Ordination diaconale de Francois-Xavier

publié le 19 sept. 2011 à 16:39 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 21 sept. 2011 à 11:35 ]
Homélie de Mgr CENTENE

Basilique Sainte-Anne – 17 septembre 2011

Chers frères et soeurs, l’ordination diaconale de ceux que le Seigneur appelle à devenir prêtres nous rappelle opportunément que l’on ne peut entrer dans le sacerdoce que par la porte du service.

Il ne s’agit pas là de gravir les degrés d’une hiérarchie dans laquelle il faudrait servir avant que de régner.

Chaque futur prêtre endosse la tunique du Christ serviteur et il la garde.

L’Eglise veut nous rappeler par là, qu’en son sein, l’autorité ne peut être conçue que comme un service et que le mérite ne se mesure qu’à l’aune du dévouement : « Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur et celui qui veut être le premier sera votre esclave ».

Voilà une nouvelle hiérarchie et une nouvelle façon de devenir grand, et le Seigneur insiste en montrant à ses apôtres le fondement de cette nouvelle noblesse et sa raison d’être la plus profonde :

« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Ce service ne relève pas d’abord de motivations altruistes ou humanitaires, quelle qu’en soit la valeur. Il s’enracine beaucoup plus loin, il vient de beaucoup plus haut.

Il se définit par rapport au Christ, Lui qui est le Serviteur par excellence.

La vie du Christ et sa doctrine sont une invitation constante à servir, et, pour être configuré au Christ prêtre et pasteur, au Christ rédempteur qui donne sa vie pour ses brebis, il faut d’abord se laisser configurer au Christ qui « n’est pas venu pour être servi mais pour servir ».

Plus tard, les apôtres, transformés par le don de l’Esprit-Saint, finiront par le comprendre.

Saint Pierre exhortera les prêtres à faire paître le troupeau que Dieu leur a confié non pas comme des dominateurs mais en donnant l’exemple.

Et saint Paul écrira : « Bien que libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre ».

L’ordination diaconale inscrit sacramentellement ce caractère sacré du service en configurant, de façon définitive le futur prêtre au Christ serviteur.

Devenir serviteur de Dieu au milieu des hommes, devenir serviteur des hommes pour les gagner à Dieu à la manière du Christ Jésus et en Lui, c’est entrer dans la seigneurie de Dieu, c’est devenir son apanage.

L’engagement au célibat souligne précisément l’entière consécration de notre être, jusque dans l’expression de notre affectivité, jusque dans l’offrande de notre fécondité.

Dans son décret sur le ministère et la vie des prêtres,

Presbyterorum Ordinis, le concile Vatican II souligne « qu’en gardant la virginité ou le célibat pour le Royaume, les prêtres se consacrent au Christ d’une manière nouvelle et privilégiée. Ils sont alors plus libres pour se consacrer en Lui et par Lui au service de Dieu et des hommes, plus disponibles pour servir son Royaume et l’oeuvre de régénération spirituelle, plus capables d’accueillir largement la paternité dans le Christ ».

Le service auquel vous vous consacrez aujourd’hui en vue du sacerdoce, non pour l’exercez pendant quelques mois mais pour qu’il devienne véritablement le socle et l’ossature de votre vie de prêtres, se déploie en trois lignes :


la liturgie, l’annonce de la Parole,l’exercice de la charité ; et à travers cela, vous travaillerez avec l’évêque et les prêtres à la construction de l’Eglise, le Temple spirituel édifié par Dieu et non par des mains humaines.

C’est ce que le livre des Nombres, dont était tirée la première lecture, appelait « Le service de la Demeure ». « Voici la Demeure de Dieu parmi les hommes, ils seront son Peuple, et Dieu avec eux sera leur Dieu ».

La liturgie est au coeur de l’Eglise, l’expression communautaire de la foi, elle est la source et l’aboutissement de toute son action.

Le diaconat, son sens profond, sa finalité, nous permet de mieux comprendre que l’on ne fabrique pas la liturgie : on la sert. Comme source, elle nous précède, et comme aboutissement, elle existera après nous.

Etre serviteur du Christ, c’est être serviteur du Verbe de Dieu, serviteur de la Parole.

La partie visible de cette charge est la proclamation de l’Evangile, mais elle ne s’arrête pas là.

Elle englobe aussi la catéchèse, la prédication, l’annonce de la foi qui se fait dans la préparation et la célébration des sacrements qui vous seront confiés, et, d’une manière plus générale, votre participation active à la mission d’Evangélisation de l’Eglise.

Elle suppose surtout de votre part une intériorisation, un approfondissement du Mystère, par la prière, la contemplation et l’étude.

Dans l’exercice de votre service diaconal, vous parlerez et agirez au nom du Christ que vous devrez apprendre à toujours mieux connaître.

La foi, nous dit Saint Paul, vient de l’écoute : « comment croire sans d’abord entendre ?

Comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans avoir été envoyé ? »

Personne, aucun individu, aucune communauté ne peut s’annoncer à lui-même l’Evangile.

Dans l’exercice de cette mission qui est service de la communauté, vous devrez apprendre à vous situer, non plus seulement comme membre de la communauté, mais déjà comme son vis-à-vis, lui parlant au nom du Christ, que vous devez rayonner par toute votre vie.

C’est dans ce rayonnement que réside le service de la charité. Car le Christ est Dieu et Dieu est amour !

Ici, il s’agit moins de poser des actions que de vous laisser envahir par l’amour de Dieu, de le laisser construire en vous une manière d’être.

Il s’agit moins d’une fonction à remplir que d’un appel à une transformation intérieure de tout votre être qui fera de vous des hommes-signes, des images du Christ serviteur.

Laissez-vous transformer par le Christ, pour qu’à l’intercession de Notre-Dame de Joie, qui est fêtée aujourd’hui dans notre diocèse, vous soyez fidèles à la recommandation que l’Esprit-Saint a inspiré au psalmiste :
« Servez le Seigneur dans l’allégresse ! »

Quant à nous frères et soeurs, laissons-nous saisir par la grâce de ces mystères.

Accueillons dans l’exultation et l’action de grâces le don de Dieu qui nous est fait.

Accompagnons du soutien de notre prière le don que Louis, Georges-Henri et François-Xavier font de leur vie.

Et construisons avec toujours plus de cohérence, d’union et d’amour l’Eglise qu’ils auront à servir. Amen !

+ Raymond CENTENE

Evêque de Vannes