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Décès du cardinal Roger Etchegaray

publié le 6 sept. 2019 à 06:54 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 6 sept. 2019 à 06:59 ]

Le cardinal Roger Etchegaray, ancien archevêque de Marseille et proche collaborateur du pape Jean Paul II pendant plus de vingt ans, est mort mercredi à l'âge de 96 ans.
Le cardinal Roger Etchegaray est mort ce 4 septembre 2019 à Cambo-les-Bains, dans le département des Pyrénées-Atlantiques (France), a annoncé Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron. Le temps d’une journée, le haut prélat qui allait souffler sa 97e bougie, le 22 septembre prochain, a été le cardinal le plus âgé.

Basque de naissance, Roger Etchegaray est ordonné pour le diocèse de Bayonne en 1947. En 1969, le pape Paul VI le nomme évêque auxiliaire de Paris, puis archevêque de Marseille l’année suivante. C’est en 1979 qu’il reçoit la barrette cardinalice des mains du pape Jean Paul II dont il restera pendant plus de vingt ans l’un des principaux collaborateurs.

À lui les missions délicates

En avril 1984 en effet, le pontife polonais lui confie les rênes de ce qui s’appelait, à l’époque, la commission pontificale Justice et Paix. À ce titre, le cardinal français accomplit plusieurs missions diplomatiques délicates en différents points du globe : à Cuba auprès de Fidel Castro, en Irak auprès de Saddam Hussein, au Rwanda en plein génocide, à Jérusalem ou encore en Chine.

Entre 2005 et 2017, il avait, en outre, été vice doyen du Collège cardinalice avant de remettre cette charge entre les mains du pape François et de venir se reposer dans son pays basque natal.

Ses funérailles auront lieu lundi 9 septembre 2019 à 10h30 en la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne.






Pourquoi le faux “débat apaisé” du projet de loi bioéthique dissimule une violence politique, idéologique et sociale

publié le 28 juil. 2019 à 08:24 par Pierre Roland-Gosselin


Dans Valeurs Actuelles , par  Guillaume Drago ?  Jeudi 25 juillet 2019 à 11:32

"Marche pour la Vie" en opposition à la "PMA pour toutes", présente dans la loi bioéthique, le 20 janvier 2019 © Michel Stoupak / NurPhoto

“Sous les apparences de la recherche d’un ‘débat apaisé’ se cache une grande violence politique et idéologique que les Français doivent savoir décrypter”, analyse Guillaume Drago, président de l’Institut Famille et République.

Aucun gouvernement ne recherche les conflits sociaux. Mais on est parfois obligé d’y passer tant les Français aiment les controverses et s’opposer entre eux, en bons « Gaulois réfractaires », selon l’expression aujourd’hui consacrée par le président de la République. Les sujets « sociétaux » ne sont pas en peine de telles oppositions. Et le projet de loi Bioéthique sera sans doute la controverse de la rentrée. Raison de plus pour ce gouvernement de tenter de faire passer cette réforme majeure pour la filiation et la procréation selon un calendrier précis et qui révèle la grande duplicité d’un exécutif qui avance masqué. Sous les apparences de la recherche d’un « débat apaisé » se cache une grande violence politique et idéologique qu’on veut ici dénoncer et que les Français doivent savoir décrypter.

L’essentiel d’abord : le projet de loi Bioéthique lui-même. Il ouvre la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes en couple et aux femmes seules, dégageant le père du processus de reconnaissance de l’enfant à naître, faisant ainsi fi de la filiation père-mère, posant un principe de filiation fondée sur « le projet parental » et non plus sur la nature même de la filiation père-mère. L’évidence est niée au profit du « projet » que les parents ont pour eux-mêmes et non pour l’enfant. De là découle la suppression de la condition médicale pour la PMA, ouvrant à tout vent le processus créatif de l’enfant et le remboursement de ces procédés par la solidarité nationale. Pour assurer une stabilité juridique à ces « projets parentaux », la filiation deviendrait ainsi un acte de volonté et non plus l’évidence de la parenté (la mère de l’enfant est celle qui accouche, le père bénéficie d’une présomption de paternité). Bref, après le droit du couple déconstruit en 2013, c’est le droit de la filiation qui est détruit par le projet de loi Bioéthique. La violence sociale d’un tel projet est aussi considérable que si l’on décidait de supprimer d’un coup la notion de famille et l’autorité parentale. Cette violence sociale est le fruit de l’idéologie d’une minorité agissante au profit de la réalisation par la technique de tous les désirs d'enfant, pour le plus grand profit du marché de la procréation qui voudrait se développer en France, alors qu'il est actuellement contenu par l'objectif thérapeutique qui réserve la PMA aux cas d'infertilité pathologiques. On veut ainsi remplacer le soin par le seul désir d’enfant.

Mais cette violence ne s’arrête pas là. Elle se traduit aussi dans le débat parlementaire à venir. La machine gouvernementale avance masquée mais avec une détermination sans faille. Derrière le « débat apaisé » se cache le projet d’une absence de débat parlementaire. La pièce est en plusieurs actes.

Acte I : Le Gouvernement modifie les conditions du débat à l’Assemblée nationale.

Le Règlement de l’Assemblée a été modifié en juin dernier, sans d’ailleurs déclencher les foudres d’un Conseil constitutionnel peu enclin à contrôler le fonctionnement interne du Parlement. Il faut simplement répondre aux « exigences de clarté et de sincérité du débat parlementaire ». Avec un contrôle de ce type, toute restriction du débat est pratiquement autorisée. Ainsi, les temps de parole se limitent à 5 ou 10 minutes selon les textes, les députés non-inscrits dans un groupe n’ayant plus que 5 minutes de temps de parole. Ou encore, les explications de vote, qui permettent d’expliquer les raisons d’une forte opposition à un texte, deviennent à la discrétion du président de séance et ne sont plus de droit. Surtout, le droit d’amendement, droit fondamental du parlementaire, se trouve concentré en commission et plus en séance publique.

L’hémicycle ne peut plus être une tribune de débats aux yeux des Français. Avec de telles modifications, le débat est verrouillé à l’avance et l’opposition perd un espace de dialogue et de proposition.

Acte II : le calendrier parlementaire est finement défini.

Après l’adoption en conseil des ministres du projet de loi Bioéthique le 24 juillet, en fin de session parlementaire, la commission va commencer ses travaux en pleine période estivale : entre le 25 juillet et début septembre… On est ainsi assuré de travailler de façon très apaisée… Puis on organise un premier examen en septembre, rapidement, sans traîner, en utilisant le « temps législatif programmé » qui va réduire encore plus le temps de débat dans le calendrier parlementaire.

Acte III : on lance une communication tous azimuts, par twitter, par interviews multiples dans la presse, sur un ton « apaisé », bonhomme, tranquille, comme si les sujets en cause étaient de caractère banal, sans enjeu, dans le style « la révision des lois Bioéthiques, quoi… comme d’habitude, tous les cinq ans… ».

Acte IV : on constate qu’il y a certes une opposition, au Parlement, dans de très nombreux mouvements mais justement, « ils ne veulent pas d’un débat apaisé », « ils sont agités », « ils sont agressifs », et évidemment « ils sont homophobes ».

Comprendre : ceux qui ne sont pas avec nous doivent être disqualifiés dans le débat puisque ce Gouvernement porte la « bonne » parole. Si l’opposition n’accepte pas le « débat apaisé », c’est qu’ils ont des choses à se reprocher, donc il faut les disqualifier.

Chacun aura compris la tactique fallacieuse de ce gouvernement. Derrière les propos lénifiants se prépare une violence familiale et sociale qui veut faire exploser le droit de la filiation pour le remplacer par un droit de la seule volonté et du « projet parental ». En muselant le débat parlementaire, l’effet sera immédiat : ce débat aura lieu ailleurs, dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans la rue, et il y a fort à parier qu’il ne sera vraiment « policé ». En rétrécissant l’espace du débat parlementaire, ce sont les institutions représentatives que l’on fragilise. Le vrai débat se passera ailleurs et ce Gouvernement en portera la responsabilité.

https://www.valeursactuelles.com/societe/pourquoi-le-faux-debat-apaise-du-projet-de-loi-bioethique-dissimule-une-violence-politique-ideologique-et-sociale-109372?fbclid=IwAR2OzaKS1BbpHkfQZYyp7RGZaRNHZOcAhIWGTeHrdlQ34mrcefsbK2s3PAg

 

 

La Chapelle des Feuillants sauvée

publié le 8 juin 2019 à 02:29 par Pierre Roland-Gosselin

Très beau texte d'Elisabeth de Courrèges, ergothérapeute

publié le 21 mai 2019 à 16:23 par Pierre Roland-Gosselin


Demain je vais essayer de soigner Bernard. Comme #VincentLambert, Bernard ne marche plus, n'a plus aucun geste volontaire, ne nous répond plus, ne nous regarde plus, ne peut sans doute plus résoudre: "combien font 2+2". 
Comme Vincent Lambert, Bernard ne guérira probablement jamais. Alors à quoi bon ?

Et pourtant, demain, pendant que l'on retirera à Vincent Lambert le plus essentiel de ses moyens d'existence, je vais essayer de soigner Bernard.

Je continuerai de toquer doucement à sa porte avant de lui lancer mon plus tonitruant "Bonjour Monsieur ! ". Je lui ferai remarquer que cette pluie est assez désolante après 15 jours de beau temps, moi qui reviens de montagne et espérais conserver mon petit teint hâlé. Sans espoir de réponse. Je regarderai l'état de ses mains recroquevillées avant de les étirer, mettrai de la crème sur ses talons rouges, passerai un bâtonnet d'eau citronnée le long de ses lèvres sèches. Je veillerai au bon déroulé de sa perfusion, au bon fonctionnement de son lit et de son matelas à air, au bon positionnement au mur des photos de ses trois fistons, à l'état des branches de muguets à l'entrée de sa chambre. Je tâcherai d'y mettre toute mon intelligence, toutes mes compétences, toute ma bonne volonté, et même mes maladresses. Je ne lui dirai peut-être pas, mais j'y mettrai toute ma foi, qui ne déplace pas encore des montagnes, mais qui me permet déjà de les gravir, pour Bernard et pour tous ceux qui ne le peuvent plus.

Car comme Vincent Lambert, Bernard ne marche plus et ne commande plus ses gestes , mais il n'est pas prouvé qu'il n'effectue plus de voyage intérieur. Bernard ne nous répond plus, mais il n'est pas prouvé qu'il ne nous entend plus. Bernard ne nous regarde plus, mais il n'est pas prouvé qu'il ne nous voit plus. Bernard ne peut plus résoudre: "combien font 2+2" mais il n'est pas prouvé qu'il n'aime plus. Comme Vincent Lambert, Bernard ne guérira plus, mais, lui, vivra jusqu'à sa mort naturelle.

Car, bien que confrontés à l'incertitude médicale, confrontés au doute existentiel quant à la réelle présence de Bernard, confrontés au flou de son pronostic (aussi lourd que son silence), confrontés à la peur d'en devenir fous, confrontés au mystère d'un corps inanimé que l'âme n'a pas quitté, nous avons tout de même fait le choix, soignants et famille de Bernard, de lui permettre de vivre sa vie.

Bien évidemment, ni lui, ni sa famille, ni aucun de nous n'aurions désiré vivre cette vie, qui porte en elle et autour d'elle tant de douleurs à atténuer, de souffrances à apaiser, de crises à traverser, de colères à évacuer, de chagrins à consoler, de limites infranchissables auxquelles consentir.
Pourtant, cette vie, qui est là, porte aussi en elle une valeur infiniment respectable, intrinsèque à son humanité, incomparable, inquantifiable , inaliénable, inaltérable : la dignité de la personne humaine. Cette dignité qu'aucun handicap, qu'aucune blessure, qu'aucune souillure, qu'aucune dépendance, qu'aucun qualificatif réducteur ne peut faire perdre à Bernard.

Alors demain, pendant que l'on plongera Vincent Lambert dans le mystère d'une agonie provoquée et anticipée, j'essaierai de soigner Bernard. Malgré leurs limites et leur maladresse, puissent , mon regard, mes gestes, mes attentions et mes mots témoigner de mon profond attachement pour la vie de Bernard, et manifester au monde la grandeur de la dignité de toute personne humaine. En particulier des plus fragiles.

"Vous qui vivez en toute quiétude 
Bien au chaud dans vos maisons, 
Vous qui trouvez le soir en rentrant 
La table mise et des visages amis, 
Considérez si c'est un homme 
Que celui qui peine dans la boue, 
Qui ne connaît pas de repos, 
Qui se bat pour un quignon de pain, 
Qui meurt pour un oui pour un non. 
N'oubliez pas que cela fut, 
Non, ne l'oubliez pas : 
Gravez ces mots dans votre cœur. 
Pensez-y chez vous, dans la rue, 
En vous couchant, en vous levant ; 
Répétez-les à vos enfants."
Primo Levi, Si c'est un Homme


source: https://www.facebook.com/edecourreges?fref=search&__tn__=%2Cd%2CP-R&eid=ARD_Xw7n17VWeawPef2dZxKtrS5RpwIEJMErvMPFYiku-4NFdaxAOgDUF0lGzygbRxXDV_qImxdFhdbS

Vincent Lambert, l’otage de nos peurs par Laurence de Charette

publié le 21 mai 2019 à 16:15 par Pierre Roland-Gosselin

    À l’entrée du CHU de Reims, la présence de vigiles postés devant des grilles fermées souligne amèrement la violence dans laquelle a basculé la destinée de Vincent Lambert. Ici se joue la nouvelle bataille d’une guerre tragique qui a dépassé ses acteurs. Otage d’affrontements mortifères et prisonnier d’un lit d’hôpital, à la merci d’un maelström de décisions judiciaires, Vincent Lambert n’appartient plus à lui-même et sans doute plus même à ses proches - dont il faut entendre, avec humilité, et pour chacun d’entre eux, l’immense souffrance.


Il est devenu, malgré les complexités de son histoire dont on ne connaît pas aujourd’hui l’épilogue, l’emblème d’une nouvelle exigence : le « droit » à mourir « quand je veux » et « comme je veux » (voire « si je veux »). Ceux qui réclament la souveraineté sur les corps depuis leur conception jusqu’à leur extinction et prétendent régenter le mystère qui les habite le dépossèdent de sa singularité et de son humanité pour faire de lui l’instrument de cette revendication.
Vincent Lambert est la victime de cette grande opération de dénégation qu’a entreprise l’homme moderne, qui croit vaincre la mort en la donnant lui-même, ou bien la nie en chassant les mourants des maisons comme autrefois on éloignait les lépreux dont on craignait la contagion. Il est l’exutoire d’une nouvelle poussée de cet hygiénisme hostile à toutes les formes de faiblesse, vues comme autant d’affronts au progrès et d’obstacles à l’épanouissement. Et, plus profondément, il est l’otage de nos peurs.


Dans cette conception manichéenne du monde amputée de transcendance, les « gentils » sont ceux qui nous feraient la politesse de s’en aller proprement, vite fait bien fait, s’il vous plaît - « dignement », nous dit-on. Non parce qu’ils seraient forcément si las de cheminer sur la terre, même lorsqu’il leur faut emprunter des sentiers escarpés, mais bien parce que, nous, nous ne voulons pas voir sur leurs visages et dans leurs corps les signes des maladies ou du temps qui passe et nous attend, quelque part, à notre heure.


Les « méchants », quant à eux, chercheraient à imposer une vie monstrueuse à des êtres déchus pour lesquels l’existence serait une humiliation - à moins que ce ne soit l’inverse, et que ce ne soit eux que l’on juge humiliants pour le monde. Ces rustres seraient pleins de cruauté pour les plus faibles et de ridicule dans leur obstination à chercher la grandeur de l’humanité dans ses blessures. Sans doute Romain Gary, si merveilleux poète des fragilités dont on loue l’entrée dans la « Pléiade », devrait-il aujourd’hui être classé du côté obscur de la Force…


Aveuglés par cette sorte de dolorisme masochiste - qu’on attribue aux catholiques notamment -, les « méchants », toujours, issus d’une caste désuète et ignorante qui n’aurait pas été suffisamment éclairée par les lumières du progrès, nourriraient un appétit malsain pour la souffrance - surtout chez les autres. Peu importe, aux yeux de leurs accusateurs, que de grands établissements de soins palliatifs, comme l’institut Jeanne-Garnier, où Jean Vanier s’est éteint il a deux semaines, aient été au contraire fondés sous l’impulsion des chrétiens…


Parce qu’elle est heureusement parvenue à atténuer de nombreuses douleurs physiques, la société contemporaine tend à confondre la douleur, qu’elle combat légitimement, avec l’adversité, qu’elle voudrait éradiquer, comme s’il s’agissait d’une scorie et non pas d’un chemin de progrès (intérieur, celui-là !), d’une voie de transformation, de croissance, d’élévation. « Peut-être tous les dragons de nos vies sont-ils des princesses qui attendent, simplement, de nous voir beaux et vaillants. Peut-être tout l’effroyable est-il, au plus profond, ce qui, privé de secours, attend que nous le secourions », livre Rilke dans les magnifiques leçons de vie qu’il adresse à Franz Kappus tout au long de ses Lettres à un jeune poète.


Il ne faut pas s’étonner que cette vision tronquée et cruellement privée de compassion de l’humanité conduise à glisser, un jour ou l’autre, du désir d’« accompagner la fin de vie sans faire obstacle à la mort » (soins palliatifs) à la volonté de provoquer la mort en faisant obstacle, cette fois, à la vie.


L’euthanasie, qui est au cœur du débat que soulève l’affaire Vincent Lambert, sorte de raccourci magique qui permettrait de passer de vie à trépas en court-circuitant l’agonie, serait ainsi une assurance contre toutes souffrances, espèrent ses partisans. Ils en font ainsi une « liberté » (fondamentale, forcément), se refusant à admettre que, par nature, la liberté ne peut déprendre d’un événement et qu’elle ne se conquiert que par la voie intérieure.

 

Le Figaro du 21 mai 2019

 

 

Inséré depuis <http://kiosque.lefigaro.fr/ouvrir-liseuse-milibris/le-figaro/d7e08c9f-d9c1-48c9-bc9c-669791c4f070>

Communiqué de Mgr Michel Aupetit à propos de la situation de M. Vincent Lambert

publié le 21 mai 2019 à 16:13 par Pierre Roland-Gosselin

Lundi 20 mai 2019

Paris, le 20 mai 2019. Sommes-nous devenus de simples déchets ?

Si aujourd’hui je me permets de prendre la parole au sujet de ce qui est en train de se passer pour M. Vincent Lambert, c’est que son cas si particulier est emblématique de la société dans laquelle nous voulons vivre.

Tout d’abord, mon cœur de prêtre me porte à prier pour lui, soumis à tant de pressions, et dont la vie ne peut dépendre que de décisions qui lui échappent. Il y a quelques années, il a déjà subi un arrêt de l’alimentation et de l’hydratation auquel il a survécu de manière étonnante. Cet homme de 42 ans, traumatisé crânien lors d’un accident de la route est actuellement lourdement handicapé, tétraplégique et dépendant dans un lit au CHU de Reims. Son cas est tout proche de celui de Michaël Schumacher, traumatisé crânien avec de lourdes lésions cérébrales et, lui aussi, en état pauci relationnel. Malgré la célébrité de ce champion de Formule 1, les médias ne se sont pas emparés de son cas médical et il peut jouir de soins spécialisés très attentifs en milieu privé. Dans le cas précis de M. Vincent Lambert, on constate qu’il a les yeux ouverts, qu’il respire normalement, qu’il est dans un état stable, pas du tout en fin de vie. Il a besoin d’une aide-soignante et d’une infirmière qui assurent le nursing et le changement de position, d’un kinésithérapeute pour éviter les escarres. La nutrition et l’hydratation se font par gastrostomie ou par sonde nasogastrique.

La décision d’interrompre les soins de confort et de nutrition de base chez un patient handicapé s’oppose à la loi Léonetti. Il n’est pas mentionné qu’il présente de souffrance insupportable qui nécessite une sédation profonde sauf évidemment dans le cas où l’arrêt de l’hydratation par les médecins entraînerait la douleur cruelle de mourir de soif. Il ne s’agit pas d’une « obstination thérapeutique » puisque ce ne sont pas des soins curatifs d’une maladie incurable, mais simplement les soins corporels et nutritionnels de base que l’on doit aussi aux personnes âgées dépendantes, hémiplégiques, et aux bébés qui ne sont pas encore autonomes.

On cite à l’envi les pays moins-disant éthiques comme la Belgique ou les Pays-Bas. Force est de constater que dans ces pays il y a une anesthésie totale de la conscience. On entend des enfants parler de manière naturelle de l’euthanasie de leurs parents comme s’il s’agissait d’une éventualité normale. Un membre du gouvernement belge, assise en face de moi lors d’une rencontre chez M. le Président de la République, était très fière que son pays soit « en avance », comme elle disait. Pourquoi ne cite-t-on jamais les pays qui ont une plus haute conscience éthique, comme l’Allemagne ou l’Italie ? Il y a aujourd’hui un choix de civilisation très clair : soit nous considérons les êtres humains comme des robots fonctionnels qui peuvent être éliminés ou envoyés à la casse lorsqu’ils ne servent plus à rien, soit nous considérons que le propre de l’humanité se fonde, non sur l’utilité d’une vie, mais sur la qualité des relations entre les personnes qui révèlent l’amour. N’est-ce pas ainsi que cela se passe lorsqu’une maman se penche de manière élective vers celui de ses enfants qui souffre ou qui est plus fragile ? C’est le choix devant lequel nous nous trouvons. Le Christ nous a révélé la seule manière de grandir en humanité : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ». Et il nous a donné la seule manière d’exprimer cet amour : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Une fois de plus nous sommes confrontés à un choix décisif : la civilisation du déchet ou la civilisation de l’amour.

+Michel Aupetit
Archevêque de Paris

Pape François

publié le 21 mai 2019 à 15:56 par Pierre Roland-Gosselin

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Saint Jean-Paul II : donner à manger et à boire par voie artificielle est un moyen naturel de maintien de la vie

publié le 19 mai 2019 à 09:29 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 19 mai 2019 à 09:34 ]

Saint Jean-Paul II : l’administration d’eau et de nourriture, même à travers des voies artificielles, représente toujours un moyen naturel de maintien de la vie

Par Michel Janva le 19 mai 2019  
 
 

Extrait d’un discours de saint Jean-Paul II, prononcé en 2004, au Congrès organisé avec l’Académie pontificale pour la Vie et la Fédération internationale des Associations des médecins catholiques :

[…] Les médecins et les agents de la santé, la société et l’Eglise ont envers ces personnes des devoirs moraux auxquels ils ne peuvent se soustraire sans manquer aux exigences tant de la déontologie professionnelle que de la solidarité humaine et chrétienne.

Le malade dans un état végétatif, dans l’attente d’un rétablissement ou de sa fin naturelle, a donc droit à une assistance médicale de base (alimentation, hydratation, hygiène, réchauffement, etc.) et à la prévention des complications liées à l’alitement. Il a également le droit à une intervention réhabilitative précise et au contrôle des signes cliniques d’une éventuelle reprise.

En particulier, je voudrais souligner que l’administration d’eau et de nourriture, même à travers des voies artificielles, représente toujours un moyen naturel de maintien de la vie, et non pas un acte médical. Son utilisation devra donc être considérée, en règle générale, comme ordinaire et proportionnée, et, en tant que telle, moralement obligatoire, dans la mesure où elle atteint sa finalité propre, et jusqu’à ce qu’elle le démontre, ce qui, en l’espèce, consiste à procurer une nourriture au patient et à alléger ses souffrances.

L’obligation de ne pas faire manquer “les soins normaux dus au malade dans des cas semblables” (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Iura et bona, p. IV) comprend en effet également le recours à l’alimentation et à l’hydratation (cf. Conseil pontifical “Cor Unum”, Dans le cadre, 2.4.; Conseil pontifical pour la Pastorale des Services de la Santé, Charte des Agents de la Santé n. 120). L’évaluation des probabilités, fondée sur les maigres espérances de reprise lorsque l’état végétatif se prolonge au-delà d’un an, ne peut justifier éthiquement l’abandon ou l’interruption des soins de base au patient, y compris l’alimentation et l’hydratation. La mort due à la faim ou à la soif est, en effet, l’unique résultat possible à la suite de leur suspension. Dans ce sens, elle finit par prendre la forme, si elle est effectuée de façon consciente et délibérée, d’une véritable euthanasie par omission. […]

Il ne suffit pas, toutefois, de réaffirmer le principe général selon lequel la valeur de la vie d’un homme ne peut être soumise à un jugement de qualité exprimé par d’autres hommes; il est nécessaire de promouvoir des actions positives pour combattre les pressions en vue de la suppression de l’hydratation et de l’alimentation, comme moyen de mettre fin à la vie de ces patients.

Il faut avant tout soutenir les familles, dont l’un des membres est frappé par ce terrible état clinique. Elles ne peuvent être abandonnées à leur lourd fardeau humain, psychologique et économique. Bien que l’assistance à ces patients ne soit pas en général onéreuse, la société doit allouer des ressources suffisantes au soin de ce type de situation, à travers la mise en place d’initiatives concrètes opportunes, comme, par exemple, la création d’un réseau capillaire d’unité de réveil, avec des programmes spécifiques d’assistance et de réhabilitation; le soutien économique et l’assistance à domicile pour les familles, lorsque le patient est transporté à son domicile au terme des programmes de réhabilitation intensive; la création de structures d’accueil dans les cas où il n’y a pas de famille en mesure de faire face au problème ou pour offrir des périodes de “pause” pour venir en aide aux familles qui courent le risque d’un épuisement psychologique et moral.

L’assistance appropriée à ces patients et à leur famille devrait, en outre, prévoir la présence et le témoignage du médecin et de l’équipe d’assistance, auxquels il est demandé de faire comprendre aux proches qu’ils sont leurs alliés et qu’ils luttent à leurs côtés; la participation du volontariat représente également un soutien fondamental pour faire sortir la famille de l’isolement et l’aider à se sentir une composante précieuse et non pas abandonnée du tissu social.

En outre, dans ces situations, le conseil spirituel et l’aide pastorale revêtent une importance particulière pour aider à retrouver la signification la plus profonde d’une situation apparemment désespérée. […]


source: https://www.lesalonbeige.fr/saint-jean-paul-ii-ladministration-deau-et-de-nourriture-meme-a-travers-des-voies-artificielles-represente-toujours-un-moyen-naturel-de-maintien-de-la-vie/?fbclid=IwAR0h5gsf5zPAnnbxXBpHaQZhtTlEIpfzU89VLn-4cJJyc6wNBPMI-JxaaWU


Mr Vincent LAMBERT - DECLARATION DU GROUPE BIOETHIQUE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE

publié le 19 mai 2019 à 09:20 par Pierre Roland-Gosselin

DECLARATION DU GROUPE BIOETHIQUE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE

Monsieur Vincent Lambert, dans son immense fragilité, nous convoque tous au respect de l’éthique et de l’État de droit. Prenons le temps de la réflexion.
1. Commençons par l’État de droit.
        M. Vincent Lambert a le droit à une protection adéquate, comme toute personne handicapée. Chaque personne handicapée, aussi fragile soit-elle, a des droits égaux à toute autre personne. La France le sait puisqu’elle a ratifié la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées. Le Comité international des droits des personnes handicapées (CIDPH) de l’ONU a été saisi au sujet de M. Vincent Lambert, et a répondu que cette saisine était recevable. Le Comité a demandé que les soins prodigués à M. Vincent Lambert soient maintenus tant qu’il ne s’était pas prononcé sur le fond. Le Gouvernement a donné son avis au Comité en affirmant que ce maintien des soins n’était pas envisageable car il « priverait d’effectivité le droit du patient à ne pas subir d’obstination déraisonnable ». Après ce refus, le CIDPH vient de réitérer sa demande que l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert « ne soient pas suspendues pendant le traitement de son dossier ».
Pourquoi ne pas attendre la réponse sur le fond de la part du Comité de l’ONU ? M. Vincent Lambert est un citoyen qui a le droit au respect des règles démocratiques dont le minimum est la cohérence avec les conventions signées. Pourquoi l’État français, qui met son honneur dans la promotion des droits de l’Homme, se dispenserait-il du respect de cette Convention pour M. Vincent Lambert ? Pourquoi cette précipitation pour le conduire vers la mort ? On peut répéter que la décision prise ne concerne bien sûr que M. Vincent Lambert car sa situation est unique et complexe. Mais qui garantira que toutes les personnes partageant un handicap analogue au sien seront effectivement protégées par l’État qui, tout en s’y engageant officiellement, bafouerait aujourd’hui son engagement ? La crédibilité de l’État passe par le respect de sa parole donnée. Il paraît donc sage et nécessaire d’attendre la réponse sur le fond du Comité de l’ONU.
2. Venons-en à l’éthique.
        La protection des personnes les plus fragiles demeurera toujours le signe et la mesure de l’humanité d’une société. Cette protection demande un accompagnement le plus ajusté possible et des soins les plus appropriés à chaque situation de fragilité. Cette protection nécessite une solidarité active de toute une société et une ambition internationale. Par la loi, notre société a confié aux médecins la mission de prendre soin de la santé physique et psychique de chaque personne fragile. Notre loi française leur donne un cadre pour que ce soin soit donné le mieux possible en évitant toute obstination déraisonnable. Pour les médecins s’occupant de M. Vincent Lambert, l’État français a jugé qu’ils n’avaient pas enfreint la loi. Pour autant, l’État ne s’est pas prononcé sur la décision éthique elle-même : arrêter l’hydratation et l’alimentation par voie entérale, et mettre en œuvre une sédation continue et profonde jusqu’au décès. Car heureusement, ni l’État ni les juges n’ont le pouvoir de se prononcer sur de telles décisions !

 
        Reste donc la question éthique proprement dite.
On peut supposer que les médecins, entourés du personnel soignant et de la famille, y ont mûrement réfléchi et qu’ils ont pris leur décision selon la loi éthique du respect de la vie et de la sollicitude envers la personne fragilisée comme l’est M. Vincent Lambert, et dont témoigne l’article 16 du Code civil.
 
Cependant, puisque cette décision a un retentissement qui dépasse largement l’espace limité d’un bureau et d’une chambre d’hôpital, il serait juste et bon que nous comprenions tous la décision des médecins et que nous continuions ainsi à les soutenir dans leur délicate et indispensable mission.
En effet, des interrogations restent en suspens :
  1. Pourquoi M. Vincent Lambert n’a-t-il pas été transféré dans une unité de soins spécialisée et adaptée à son état ?
  2. Exprime-t-il une souffrance récurrente et impossible à apaiser ?
  3. N’a-t-il pas le droit d’être nourri et hydraté par voie entérale puisque ce sont des soins de base auxquels tout être humain a droit ?
  4. À quels cas exceptionnels son hydratation et son alimentation actuelles correspondent-elles à une obstination déraisonnable ?
  5. De plus, comment connaissons-nous avec suffisamment de certitude la volonté de M. Vincent Lambert dans un contexte familial où s’exprime un désaccord profond ?
 Du point de vue éthique, il serait bon que la conscience des citoyens ne soit pas troublée ni par la décision inexpliquée qui laisse penser que M. Vincent Lambert a été conduit vers la mort, ni par le non-respect de la parole que l’État a donnée en signant la Convention internationale.
Le Défenseur des droits a jugé que l’État pouvait déroger à la demande du Comité de l’ONU en « justifiant de circonstances exceptionnelles » et « qu’il ne lui appartient pas de résoudre cet éventuel conflit de normes » entre la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) et le Comité international des droits des personnes handicapées (CIDPH).
Pourtant, n’y a-t-il pas urgence à trouver la juste voie éthique ?
Cela permettrait de résoudre ce conflit de droit international sur une question essentielle de notre vie ensemble afin d’apaiser nos sociétés déjà trop clivées.

 
         De toute évidence, la décision prise concernant M. Vincent Lambert a un enjeu beaucoup plus large que la résolution d’un simple dilemme médical.
Respecter les droits des personnes les plus fragilisées et les plus faibles, nos frères et sœurs en humanité, en les accompagnant et en les soignant chacune selon sa situation demandera toujours du courage.
Les interrogations existentielles et douloureuses que soulèvent de telles situations sont en effet lourdes à porter.
Ce courage est vécu au quotidien par nombre de familles envers leurs proches et par le personnel soignant vis-à-vis des patients, aussi bien dans l’accompagnement que dans les prises de décision. Ensemble, soutenons ce courage vécu dans la discrétion, et osons affronter ces lourdes interrogations qui nous provoquent à toujours plus d’humanité.
Ensemble, nous sommes capables de plus de sollicitude que nous l’avions imaginé dans nos précipitations et nos envies d’évacuer ces graves interrogations.

Pensant à la souffrance vécue par les uns et les autres autour de M. Vincent Lambert, nous prions pour tous ceux qui sont concernés directement par sa situation et pour Vincent Lambert lui-même.

Le 18 mai 2019

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, responsable du Groupe bioéthique de la Conférence des évêques de France
Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges
Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio
Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême
Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint-Claude
Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre
Père Brice de Malherbe, Collège des Bernardins à Paris
Père Bruno Saintôt, Centre Sèvres à Paris

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