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Saint Jean-Paul II : donner à manger et à boire par voie artificielle est un moyen naturel de maintien de la vie

publié le 19 mai 2019 à 09:29 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 19 mai 2019 à 09:34 ]

Saint Jean-Paul II : l’administration d’eau et de nourriture, même à travers des voies artificielles, représente toujours un moyen naturel de maintien de la vie

Par Michel Janva le 19 mai 2019  
 
 

Extrait d’un discours de saint Jean-Paul II, prononcé en 2004, au Congrès organisé avec l’Académie pontificale pour la Vie et la Fédération internationale des Associations des médecins catholiques :

[…] Les médecins et les agents de la santé, la société et l’Eglise ont envers ces personnes des devoirs moraux auxquels ils ne peuvent se soustraire sans manquer aux exigences tant de la déontologie professionnelle que de la solidarité humaine et chrétienne.

Le malade dans un état végétatif, dans l’attente d’un rétablissement ou de sa fin naturelle, a donc droit à une assistance médicale de base (alimentation, hydratation, hygiène, réchauffement, etc.) et à la prévention des complications liées à l’alitement. Il a également le droit à une intervention réhabilitative précise et au contrôle des signes cliniques d’une éventuelle reprise.

En particulier, je voudrais souligner que l’administration d’eau et de nourriture, même à travers des voies artificielles, représente toujours un moyen naturel de maintien de la vie, et non pas un acte médical. Son utilisation devra donc être considérée, en règle générale, comme ordinaire et proportionnée, et, en tant que telle, moralement obligatoire, dans la mesure où elle atteint sa finalité propre, et jusqu’à ce qu’elle le démontre, ce qui, en l’espèce, consiste à procurer une nourriture au patient et à alléger ses souffrances.

L’obligation de ne pas faire manquer “les soins normaux dus au malade dans des cas semblables” (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Iura et bona, p. IV) comprend en effet également le recours à l’alimentation et à l’hydratation (cf. Conseil pontifical “Cor Unum”, Dans le cadre, 2.4.; Conseil pontifical pour la Pastorale des Services de la Santé, Charte des Agents de la Santé n. 120). L’évaluation des probabilités, fondée sur les maigres espérances de reprise lorsque l’état végétatif se prolonge au-delà d’un an, ne peut justifier éthiquement l’abandon ou l’interruption des soins de base au patient, y compris l’alimentation et l’hydratation. La mort due à la faim ou à la soif est, en effet, l’unique résultat possible à la suite de leur suspension. Dans ce sens, elle finit par prendre la forme, si elle est effectuée de façon consciente et délibérée, d’une véritable euthanasie par omission. […]

Il ne suffit pas, toutefois, de réaffirmer le principe général selon lequel la valeur de la vie d’un homme ne peut être soumise à un jugement de qualité exprimé par d’autres hommes; il est nécessaire de promouvoir des actions positives pour combattre les pressions en vue de la suppression de l’hydratation et de l’alimentation, comme moyen de mettre fin à la vie de ces patients.

Il faut avant tout soutenir les familles, dont l’un des membres est frappé par ce terrible état clinique. Elles ne peuvent être abandonnées à leur lourd fardeau humain, psychologique et économique. Bien que l’assistance à ces patients ne soit pas en général onéreuse, la société doit allouer des ressources suffisantes au soin de ce type de situation, à travers la mise en place d’initiatives concrètes opportunes, comme, par exemple, la création d’un réseau capillaire d’unité de réveil, avec des programmes spécifiques d’assistance et de réhabilitation; le soutien économique et l’assistance à domicile pour les familles, lorsque le patient est transporté à son domicile au terme des programmes de réhabilitation intensive; la création de structures d’accueil dans les cas où il n’y a pas de famille en mesure de faire face au problème ou pour offrir des périodes de “pause” pour venir en aide aux familles qui courent le risque d’un épuisement psychologique et moral.

L’assistance appropriée à ces patients et à leur famille devrait, en outre, prévoir la présence et le témoignage du médecin et de l’équipe d’assistance, auxquels il est demandé de faire comprendre aux proches qu’ils sont leurs alliés et qu’ils luttent à leurs côtés; la participation du volontariat représente également un soutien fondamental pour faire sortir la famille de l’isolement et l’aider à se sentir une composante précieuse et non pas abandonnée du tissu social.

En outre, dans ces situations, le conseil spirituel et l’aide pastorale revêtent une importance particulière pour aider à retrouver la signification la plus profonde d’une situation apparemment désespérée. […]


source: https://www.lesalonbeige.fr/saint-jean-paul-ii-ladministration-deau-et-de-nourriture-meme-a-travers-des-voies-artificielles-represente-toujours-un-moyen-naturel-de-maintien-de-la-vie/?fbclid=IwAR0h5gsf5zPAnnbxXBpHaQZhtTlEIpfzU89VLn-4cJJyc6wNBPMI-JxaaWU


Mr Vincent LAMBERT - DECLARATION DU GROUPE BIOETHIQUE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE

publié le 19 mai 2019 à 09:20 par Pierre Roland-Gosselin

DECLARATION DU GROUPE BIOETHIQUE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES DE FRANCE

Monsieur Vincent Lambert, dans son immense fragilité, nous convoque tous au respect de l’éthique et de l’État de droit. Prenons le temps de la réflexion.
1. Commençons par l’État de droit.
        M. Vincent Lambert a le droit à une protection adéquate, comme toute personne handicapée. Chaque personne handicapée, aussi fragile soit-elle, a des droits égaux à toute autre personne. La France le sait puisqu’elle a ratifié la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées. Le Comité international des droits des personnes handicapées (CIDPH) de l’ONU a été saisi au sujet de M. Vincent Lambert, et a répondu que cette saisine était recevable. Le Comité a demandé que les soins prodigués à M. Vincent Lambert soient maintenus tant qu’il ne s’était pas prononcé sur le fond. Le Gouvernement a donné son avis au Comité en affirmant que ce maintien des soins n’était pas envisageable car il « priverait d’effectivité le droit du patient à ne pas subir d’obstination déraisonnable ». Après ce refus, le CIDPH vient de réitérer sa demande que l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert « ne soient pas suspendues pendant le traitement de son dossier ».
Pourquoi ne pas attendre la réponse sur le fond de la part du Comité de l’ONU ? M. Vincent Lambert est un citoyen qui a le droit au respect des règles démocratiques dont le minimum est la cohérence avec les conventions signées. Pourquoi l’État français, qui met son honneur dans la promotion des droits de l’Homme, se dispenserait-il du respect de cette Convention pour M. Vincent Lambert ? Pourquoi cette précipitation pour le conduire vers la mort ? On peut répéter que la décision prise ne concerne bien sûr que M. Vincent Lambert car sa situation est unique et complexe. Mais qui garantira que toutes les personnes partageant un handicap analogue au sien seront effectivement protégées par l’État qui, tout en s’y engageant officiellement, bafouerait aujourd’hui son engagement ? La crédibilité de l’État passe par le respect de sa parole donnée. Il paraît donc sage et nécessaire d’attendre la réponse sur le fond du Comité de l’ONU.
2. Venons-en à l’éthique.
        La protection des personnes les plus fragiles demeurera toujours le signe et la mesure de l’humanité d’une société. Cette protection demande un accompagnement le plus ajusté possible et des soins les plus appropriés à chaque situation de fragilité. Cette protection nécessite une solidarité active de toute une société et une ambition internationale. Par la loi, notre société a confié aux médecins la mission de prendre soin de la santé physique et psychique de chaque personne fragile. Notre loi française leur donne un cadre pour que ce soin soit donné le mieux possible en évitant toute obstination déraisonnable. Pour les médecins s’occupant de M. Vincent Lambert, l’État français a jugé qu’ils n’avaient pas enfreint la loi. Pour autant, l’État ne s’est pas prononcé sur la décision éthique elle-même : arrêter l’hydratation et l’alimentation par voie entérale, et mettre en œuvre une sédation continue et profonde jusqu’au décès. Car heureusement, ni l’État ni les juges n’ont le pouvoir de se prononcer sur de telles décisions !

 
        Reste donc la question éthique proprement dite.
On peut supposer que les médecins, entourés du personnel soignant et de la famille, y ont mûrement réfléchi et qu’ils ont pris leur décision selon la loi éthique du respect de la vie et de la sollicitude envers la personne fragilisée comme l’est M. Vincent Lambert, et dont témoigne l’article 16 du Code civil.
 
Cependant, puisque cette décision a un retentissement qui dépasse largement l’espace limité d’un bureau et d’une chambre d’hôpital, il serait juste et bon que nous comprenions tous la décision des médecins et que nous continuions ainsi à les soutenir dans leur délicate et indispensable mission.
En effet, des interrogations restent en suspens :
  1. Pourquoi M. Vincent Lambert n’a-t-il pas été transféré dans une unité de soins spécialisée et adaptée à son état ?
  2. Exprime-t-il une souffrance récurrente et impossible à apaiser ?
  3. N’a-t-il pas le droit d’être nourri et hydraté par voie entérale puisque ce sont des soins de base auxquels tout être humain a droit ?
  4. À quels cas exceptionnels son hydratation et son alimentation actuelles correspondent-elles à une obstination déraisonnable ?
  5. De plus, comment connaissons-nous avec suffisamment de certitude la volonté de M. Vincent Lambert dans un contexte familial où s’exprime un désaccord profond ?
 Du point de vue éthique, il serait bon que la conscience des citoyens ne soit pas troublée ni par la décision inexpliquée qui laisse penser que M. Vincent Lambert a été conduit vers la mort, ni par le non-respect de la parole que l’État a donnée en signant la Convention internationale.
Le Défenseur des droits a jugé que l’État pouvait déroger à la demande du Comité de l’ONU en « justifiant de circonstances exceptionnelles » et « qu’il ne lui appartient pas de résoudre cet éventuel conflit de normes » entre la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) et le Comité international des droits des personnes handicapées (CIDPH).
Pourtant, n’y a-t-il pas urgence à trouver la juste voie éthique ?
Cela permettrait de résoudre ce conflit de droit international sur une question essentielle de notre vie ensemble afin d’apaiser nos sociétés déjà trop clivées.

 
         De toute évidence, la décision prise concernant M. Vincent Lambert a un enjeu beaucoup plus large que la résolution d’un simple dilemme médical.
Respecter les droits des personnes les plus fragilisées et les plus faibles, nos frères et sœurs en humanité, en les accompagnant et en les soignant chacune selon sa situation demandera toujours du courage.
Les interrogations existentielles et douloureuses que soulèvent de telles situations sont en effet lourdes à porter.
Ce courage est vécu au quotidien par nombre de familles envers leurs proches et par le personnel soignant vis-à-vis des patients, aussi bien dans l’accompagnement que dans les prises de décision. Ensemble, soutenons ce courage vécu dans la discrétion, et osons affronter ces lourdes interrogations qui nous provoquent à toujours plus d’humanité.
Ensemble, nous sommes capables de plus de sollicitude que nous l’avions imaginé dans nos précipitations et nos envies d’évacuer ces graves interrogations.

Pensant à la souffrance vécue par les uns et les autres autour de M. Vincent Lambert, nous prions pour tous ceux qui sont concernés directement par sa situation et pour Vincent Lambert lui-même.

Le 18 mai 2019

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, responsable du Groupe bioéthique de la Conférence des évêques de France
Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges
Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio
Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême
Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint-Claude
Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre
Père Brice de Malherbe, Collège des Bernardins à Paris
Père Bruno Saintôt, Centre Sèvres à Paris

Je suis Scandalisé.......par le Cardinal Sarah

publié le 13 mai 2019 à 07:16 par Pierre Roland-Gosselin


Je suis scandalisé par tous ces hommes qui meurent en mer, par les trafics humains, par les réseaux mafieux, par l'esclavage organisé. Je reste perplexe devant ces gens qui émigrent sans papier, sans projet, sans famille. Ils pensent trouver ici le paradis terrestre ? Il n'est pas en Occident ! S'il faut les aider, je pense que c'est sur place, dans leurs villages, dans leurs ethnies. On ne peut cautionner ces déséquilibres économiques et ces drames humains. Vous ne pouvez pas accueillir tous les migrants du monde. Accueillir, ce n'est pas seulement laisser entrer les gens, c'est leur donner du travail. Vous en avez ? Non. Leur donner un logement, vous en avez ? Non. Les parquer dans un endroit indécent, sans dignité, sans travail, ce n'est pas ce que j'appelle accueillir les gens. Cela ressemble plus à une organisation mafieuse ! L'Église ne peut pas coopérer à des trafics humains, qui ressemblent à un nouvel esclavage.

Ce que je trouve également scandaleux, c'est qu'on utilise la Parole de Dieu pour justifier cela, Dieu ne veut pas la migration. Le Christ, enfant, s'est réfugié en Égypte, à cause d'Hérode, mais il est rentré chez lui ensuite. De même, Dieu a toujours ramené son peuple en Israël, après chaque famine et chaque déportation en Babylonie. Un pays est un grand trésor, c'est là que nous sommes nés, c'est là où sont enterrés nos ancêtres. Quand on accueille quelqu'un, c'est pour qu'il ait une vie meilleure, et ce n'est pas dans un camp qu'on a une vie meilleure. Quand on est nourri sans travailler, on n'a aucune dignité. Quelle culture avez-vous à leur offrir ? Est-ce que vous êtes encore capable de partager votre culture et vos racines chrétiennes ? J'ai peur que le déséquilibre démographique engendré par ces vagues migratoires vous fasse perdre votre identité et ce qui fait votre spécificité. L'Europe a une mission spéciale que Dieu lui a donnée c'est par vous que nous avons connu l'Évangile, que nous avons connu les valeurs de la famille, la dignité de la personne, et la liberté. Si vous renoncez à votre identité, si vous êtes noyés par une population qui ne partage pas votre culture, vos valeurs chrétiennes et votre identité risquent de disparaître. C'est comme la Rome ancienne envahie par les barbares. Il faut réfléchir aux migrations c'est un nouvel esclavage qu'on organise parce qu'on a besoin de travailleurs. Toutes ces personnes qui viennent ici en croyant trouver une vie rêvée. Quel mensonge ! Quel cynisme ! Benoît XVI fut particulièrement clair et prophétique sur toutes ces questions. [...]

Vous avez été façonnés par le christianisme, tout est chrétien en Europe. Pourquoi nier cela ? Aucun musulman ne nie son identité. Si vous ne retrouvez pas ce que vous êtes, vous disparaîtrez. Et si l'Europe disparaît, il y aura un bouleversement épouvantable : le christianisme risquerait de disparaître sur la surface de la terre. Voyez bien que vous êtes envahis par l'islam: ils veulent islamiser le monde entier, et ils ont les moyens financiers. Ils ne réussiront pas, parce que le Seigneur est avec nous jusqu'à la fin du monde. Mais il ne faut pas nier ce que vous êtes : ceux que vous accueillez doivent s'intégrer à votre culture. Encore faut-il que vous ayez une culture: vous ne pourrez pas les accueillir dans votre athéisme, dans votre matérialisme, dont ils ne veulent pas.

Cardinal Sarah

source: https://www.facebook.com/gorsse/posts/10156456122142183


Six saints et saintes pour l’Europe

publié le 9 mai 2019 à 12:50 par Pierre Roland-Gosselin


Choisis par deux papes du XX° siècle pour être les patrons et patronnes de l’Europe, ces saintes figures sont proposées comme signes du besoin d’unité du continent et du nécessaire renouveau spirituel que les chrétiens peuvent lui insuffler.

Pourquoi donner des saints patrons à l’Europe ?

L’initiative de donner un saint patron à l’Europe, remonte à l’époque du Pape Paul VI. Nous sommes en 1964. La troisième session du Concile Vatican II est sur le point de s’achever avec la publication de « Lumen gentium » où l’Église est proclamée comme le signe et le moyen de l’unité de tout le genre humain. Sept année plus tôt, quelques pays européens se sont donnés les moyens, avec la création de la CCE, de progresser vers une intégration économique.

C’est dans ce contexte que le 20 septembre 1964, le pape Paul VI, relevait que le continent « à peine sorti de deux guerres et de deux idéologies tragiques, était à la recherche d’une nouvelle identité » (1) et appelait à un renouveau éthique et spirituel. C’est pourquoi il a souhaité mettre l’Europe sous le patronage de Saint Benoît de Nursie qui sut, en son temps, lui donner un ferment d’unification sous le signe de la foi.

Restant dans la même ligne, le pape Jean-Paul II soulignait en 1999 (2), la place centrale et caractéristique du christianisme dans l’histoire complexe de l’Europe. Il appelait les chrétiens à en prendre une conscience renouvelée, assortie du devoir d’apporter leur contribution spécifique à la construction de l’Europe. Dans cette perspective, il lui a semblé que « les chrétiens européens […] peuvent tirer un profit spirituel de la contemplation et de l’invocation de certains saints qui sont de quelque manière particulièrement représentatifs de leur histoire ».



 
 Saint Benoît de Nursie

L’influence de Saint Benoît, fondateur au VI e siècle du monachisme occidental, s’est étendue sur une grande partie de l’Europe dont il devint le saint patron, désigné par le Pape Paul VI, avec ces mots : « Lui et ses fils avec la Croix, le livre et la charrue, apporteront le progrès chrétien aux populations s’étendant de la Méditerranée à la Scandinavie, de l’Irlande aux plaines de Pologne (3).
A propos de Saint Benoît, le Pape Benoît XVI soulignait que « l’œuvre du saint et, en particulier, sa Règle se révélèrent détentrices d’un authentique ferment spirituel qui transforma le visage de l’Europe au cours des siècles, bien au-delà des frontières de sa patrie et de son temps, suscitant après la chute de l’unité politique créée par l’empire romain une nouvelle unité spirituelle et culturelle, celle de la foi chrétienne partagée par les peuples du continent. C’est précisément ainsi qu’est née la réalité que nous appelons « Europe ». » (4).

 
Saints Cyrille et Méthode, apôtres des slaves au IV e siècle

Nés à Thessalonique, Cyrille et son frère Méthode ont été envoyés vers les peuples slaves par l’impératrice Théodora, sous l’influence du patriarche Ignace. Cyrille est connu pour la mise au point de l’alphabet qui porte maintenant son nom et lui servit d’outil d’évangélisation. Agissant au nom du patriarche d’Orient, les deux frères ont accompli leur ministère en union avec le siège romain de Pierre, « manifestant ainsi l’unité de l’Église » (5).

Le 31 décembre 1980, le Pape Jean-Paul II, rappelait, dans sa lettre apostolique « Egregiae virtutis » la coïncidence de deux évènement. Il s’agissait d’abord du 1 500 e anniversaire de la naissance de Saint Benoît, déjà nommé patron de l’Europe. Le second était le centième anniversaire de l’encyclique « Grande munus » par laquelle le pape Léon XIII instituait le 5 juillet comme date de la célébration des saints Cyrille et Méthode. Il lui apparaissait donc utile de joindre ces deux saint au premier, comme co-patrons de l’Europe. Il voyait dans cette annonce « un moyen de compréhension mutuelle et d’union entre les différents peuples de l’Europe naissante et garantissait à l’Europe d’aujourd’hui un héritage spirituel et culturel commun » (6).

Trois saintes

Après trois hommes dont la sainteté a traversé les siècles, Jean-Paul II, par sa lettre apostolique« Spes aedificandi » (7) du 1er octobre 1999, a doté l’Europe de trois saintes patronnes, « figures également emblématiques de moments cruciaux du deuxième millénaire qui touche à sa fin » : sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix. « Trois grandes saintes, trois femmes qui, […] se sont signalées par l’amour actif de l’Église du Christ et le témoignage rendu à sa Croix ».



 

Sainte Brigitte de Suède

 

Sainte Brigitte, née en Suède vers 1302, morte à Rome en 1373, a été canonisée en 1391. Elle apparaît comme une sainte mère de famille, mystique et fondatrice d’ordre. Sa ferveur pour les pèlerinages lui a valu d’être désignée comme patronne des pèlerins. Le Pape Jean-Paul II relève que « c’est par le sens profond du mystère du Christ et de l’Église que Brigitte participa à la construction de la communauté ecclésiale, à une période notablement critique de son histoire. » Il la cite également comme porteuse d’un signe d’unité pour l’Église.

  
 


 Sainte Catherine de Sienne

Sainte Catherine est une religieuse dominicaine, née à Sienne en 1347 est morte à Rome 33 ans plus tard. Le Pape Paul VI l’a déclarée docteur de l’Église en soulignant sa « science infuse, c’est-à-dire l’assimilation brillante, profonde et enivrante de la vérité divine et des mystères de la foi  » (8). Elle a milité pour une réforme de l’Église, alors troublée à l’époque où les papes étaient installés à Avignon. Elle le faisait « non par la guerre, mais dans la paix et le calme, par des prières humbles et continuelles, dans les sueurs et les larmes des serviteurs de Dieu ». En la faisant patronne de l’Europe, le Pape Jean-Paul II a souligné sa liberté de ton vis à vis des rois et ecclésiastiques de tous rang. Elle voulait « déraciner dans le jardin de l’Église les plantes pourries et les remplacer par des plantes nouvelles fraîches et odorantes. »

 

Édith Stein, Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix

Avec Édith Stein, qu’il avait canonisée le 11 octobre 1998, sous le nom de Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, Le pape Jean-Paul II change de registre. La sainte carmélite, d’origine juive est une philosophe dont il relève sa participation personnelle à la Croix, lors de sa déportation et sa mort à Auschwitz. Il voit dans son témoignage de victime innocente une « protestation élevée contre toutes les violations des droits fondamentaux de la personne. »

« D’autre part, le gage de la rencontre renouvelée entre juifs et chrétiens qui, dans la ligne voulue par le Concile Vatican II, connaît un temps prometteur d’ouverture réciproque. »

« Déclarer aujourd’hui Édith Stein co-patronne de l’Europe signifie déployer sur l’horizon du vieux continent un étendard de respect, de tolérance, d’accueil, qui invite hommes et femmes à se comprendre et à s’accepter au-delà des diversités de race, de culture et de religion, afin de former une société vraiment fraternelle. » 
 

Un espoir pour l’Europe et un appel aux chrétiens

En concluant sa lettre apostolique, le Pape Jean-Paul II insiste particulièrement sur le rôle du christianisme pour l’édification d’une nouvelle Europe sur des bases solides et « sur les valeurs authentiques, qui ont leur fondement dans la loi morale universelle, inscrite dans le cœur de tout homme. » Il appelle donc tous les chrétiens à s’engager à un témoignage renouvelé de l’Évangile.

Philippe de Pompignan

Notes :

1 Cité par l’article « Saint Benoît de Nursie » sur le site « Nominis »
Lettre apostolique du « Spes aedificandi » du 1er octobre 1999.3 Cf. note 1
Audience générale du mercredi 9 avril 2008
Lettre apostolique « Egregiae virtutis » du Pape Jean-Paul II
6 d°
7 Voir note 2.
Homélie du Pape Paul VI, le 3 octobre 1970

 

Source : https://www.catholique78.fr/2019/05/09/six-saints-et-saintes-pour-leurope/

Jean Vanier, fondateur de l’Arche, est mort.

publié le 9 mai 2019 à 11:34 par Pierre Roland-Gosselin

Jean Vanier, fondateur de l’Arche, a consacré sa vie aux personnes vulnérables.

Il est mort dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 mai.

Jean Vanier, le 2 juillet 2014.  Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC

 

Il fallait le voir prendre sur ses genoux un enfant agité d’angoisse, le bercer tendrement, jusqu’à ce que s’esquisse, chez l’un comme l’autre, un sourire. Il fallait voir son visage s’éclairer dans la rencontre, des « grands » comme des « petits », et son regard très bleu allait chercher chacun jusqu’au plus profond de lui-même. Il fallait le voir pencher en avant son double mètre et parler d’une voix lente et douce comme s’il méditait tout haut et, soudain, se redresser pour évoquer l’histoire de Pauline, « en colère avec son corps » après quarante ans d’humiliation et qui, peu à peu, – « mais c’est un long chemin » – découvre « qu’elle a une place et qu’elle est importante » – et « c’est un beau chemin »

Tout Jean Vanier était là. Son amour de l’autre avec ses pauvretés et ses brisures, ses masques et ses mécanismes de défense, mais aussi sa dignité, sa beauté et sa soif de paix, d’amour, de vérité, qu’ils soient chrétiens ou non. Sa confiance dans la vie. Son respect de chacun. Rien n’était plus précieux pour lui que de témoigner que les plus pauvres et les plus rejetés des hommes sont particulièrement aimés de Dieu, afin peut-être de convertir les regards et, sans faire forcément de grandes choses, d’inventer des voies pour vivre et agir ensemble.

Une « humanité blessée »

Lorsqu’il évoquait sa vie, Jean Vanier distinguait trois grandes étapes. La première se joue sur mer. Né en 1928 à Genève, où la carrière diplomatique de son père – ancien gouverneur général du Canada – avait mené la famille, il avait annoncé à treize ans, en pleine guerre, son intention de quitter le Canada pour rejoindre la marine britannique. « Si tu veux, vas-y, je te fais confiance », lui avait alors répondu son père. « Ce fut l’un des événements les plus importants qui me soient arrivés, reconnaissait volontiers Jean Vanier. Car si lui avait confiance en moi, moi aussi je pouvais avoir confiance en moi-même. » 

Il avait alors navigué durant quatre années sur des bateaux de guerre anglais, aidé au retour des déportés de Buchenwald, de Dachau, de Bergen-Belsen, d’Auschwitz dans les visages desquels il avait reconnu pour la première fois une « humanité blessée ». Puis rejoint en 1948 la marine canadienne comme officier sur un porte-avions. La marine, qu’il décrivait comme « un monde où la faiblesse était à bannir, où il fallait être efficace et passer de grade en grade », contribua à structurer sa capacité d’action et son énergie, tant psychique que physique.

« Conversion profonde »

À 22 ans, Jean Vanier la quitte pourtant « en réponse à une invitation d’amour de Jésus à tout quitter pour le suivre ». C’est ainsi que s’ouvre la deuxième étape de sa vie. Désireux de devenir prêtre, il rejoint la communauté de l’Eau vive – qui rassemble des étudiants de différents pays – et découvre le monde de la théologie et de la philosophie. Il prépare une thèse de doctorat sur Aristote, soutenue en 1962 à l’Institut catholique de Paris, passe une année à l’abbaye cistercienne de Bellefontaine, puis enseigne la philosophie à Toronto – « Encore un monde d’efficacité où la faiblesse, l’ignorance, l’incompétence étaient à proscrire », disait-il – consacrant ses heures libres à visiter des détenus.

Sa carrière d’enseignant plébiscité par ses étudiants n’aura cependant qu’un temps, car bientôt la rencontre de personnes ayant un handicap mental bouleverse profondément sa vie. Dans sa famille, les parcours étaient, il est vrai, souvent atypiques : l’un de ses frères devint moine trappiste, un autre artiste peintre, sa sœur médecin a mis en place des soins palliatifs à Londres. Lui passera désormais sa vie aux côtés des personnes atteintes d’un handicap mental, et fondera la communauté de l’Arche. « Par ma culture et mon éducation, confiait-il lorsqu’il évoquait cette nouvelle étape, j’étais un homme de compétition, pas un homme de communion. Il m’a fallu opérer une conversion profonde. »

Un échange cœur à cœur avec le Christ

Ainsi résumé, cet itinéraire de vie ne permet cependant pas de comprendre comment le message de Jean Vanier, ancré dans son expérience personnelle, est devenu parole universelle, capable de rejoindre chacun là où il est. Il n’éclaire pas non plus l’un des traits pourtant essentiel de sa personnalité : son humilité, sa capacité à reconnaître sa fragilité, ses erreurs, ses propres blessures intérieures, sa faiblesse, comme lieu privilégié de l’amour et de la communion.

« La communauté de l’Arche a ouvert un chemin »

Pour mieux saisir qui fut cet homme, respecté de tous, récompensé du prix Templeton en 2015 et promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur l’année suivante, il importe de revenir sur les trois rencontres qui l’ont mené à cette « conversion » dont il disait lui-même qu’elle n’était « jamais terminée ».

La première est celle du Christ, justement, dont Jean Vanier a, toute sa vie, essayé de se faire « le disciple », le laissant lui apprendre peu à peu « les secrets de Dieu », s’efforçant de vivre, d’aimer, de parler comme lui. Jésus qu’il contemplait à la messe comme en faisant la vaisselle, dans l’adoration du Saint-Sacrement comme dans l’échange cœur à cœur. Dès 1968, Jean Vanier a témoigné – au travers de conférences, d’écrits, de retraites, de rencontres - toujours avec des mots très simples, de son expérience de vie, réponse à un appel à « rejoindre Jésus là où il est, caché dans le faible et le pauvre ».

Il a aussi proposé, chaque fois que cela était possible, la liturgie du lavement des pieds, qui tient une grande place dans les communautés de l’Arche : « En se mettant à genoux devant ses disciples, expliquait-il, Jésus montre son désir profond d’abattre les murs qui séparent les maîtres des esclaves, de détruire les préjugés qui divisent les êtres humains entre eux. Il veut rassembler, dans l’unité d’un même corps, tous les enfants de Dieu dispersés. »

« 10 000 membres, avec et sans déficiences »

La deuxième rencontre se situe à Trosly-Breuil. En août 1964, Jean Vanier s’est installé dans une maison un peu délabrée de ce village au bout de la forêt de Compiègne, avec Raphaël et Philippe, malades et handicapés, qui avaient été placés dans un hospice à la mort de leurs parents. En vivant, mangeant et travaillant avec eux, il a pris conscience de leur soif d’amitié, d’affection, de communion, mais aussi de sa vulnérabilité, de ses a priori, de ses ambivalences, de son désir de contrôler…

« Mon expérience à l’Arche m’a amenée à penser la fragilité en islam »

« Ce qui était le plus important pour eux, racontera-t-il souvent, ce n’était pas d’abord la pédagogie et les techniques éducatives, c’était mon attitude face à eux. Ma façon de les écouter, de les regarder avec respect et amour, ma façon de toucher leur corps, de répondre à leurs désirs, ma façon d’être dans la joie, de célébrer et de rire avec eux… C’est ainsi qu’ils pouvaient peu à peu découvrir leur beauté, qu’ils étaient précieux, que leur vie avait un sens et une valeur. Je me suis rendu compte que je ne les écoutais pas suffisamment, que je devais davantage respecter leur liberté. Peu à peu, ils ne furent plus pour moi des personnes avec un handicap, mais des amis. Ils me faisaient du bien et je crois que je leur faisais du bien. »

Moins de soixante ans plus tard, « l’Arche » – nommée en référence à l’Arche de Noé – est un gigantesque réseau de 154 communautés, dans 40 pays, sur les cinq continents, accueillant « 10 000 membres, avec et sans déficiences ». À la fois maisons familiales, centres d’insertion sociale, les communautés sont aussi d’étonnants lieux de mixité culturelle et sociale en raison de la diversité des statuts (salariés, volontaires, bénévoles), des nationalités et des âges… Elles s’appuient en outre sur le mouvement Foi et Lumière, créé en 1971 avec Marie-Hélène Matthieu, pour rassembler et soutenir les familles et amis des personnes handicapées.

La communauté sous le choc

Enfin, la troisième rencontre est celle qui jette aujourd’hui une ombre sur toute la communauté de L’Arche, et même sur le discernement de Jean Vanier lui-même : elle a lieu en 1950 dans le centre de formation théologique de l’Eau Vive, fondé deux ans plus tôt par le dominicain Thomas Philippe. Jean Vanier se sent « porté » vers ce théologien et philosophe « comme un élève vers un maître. Comme un jeune, aussi, cherchant quelqu’un pour lui indiquer le chemin de Jésus » (1).

L’Arche face aux agressions sexuelles du père Thomas Philippe

Deux ans plus tard, le père Thomas est toutefois rappelé à Rome par ses supérieurs : il n’explique pas les raisons de ce brusque départ et Jean Vanier ne cherche pas à les connaître « parmi les rumeurs contradictoires ». C’est en 1963 que tous deux se sont retrouvés, à Trosly-Breuil, dans l’Oise, où le père Philippe était devenu l’aumônier du Val Fleury, une résidence où vivaient une trentaine de personnes ayant un handicap mental. Jusqu’à son décès en 1993, le père Thomas est demeuré le « père spirituel » du fondateur de L’Arche, où il célébrait chaque jour l’Eucharistie à la chapelle de « La ferme », lieu d’accueil et de prière au cœur de la communauté.

En 2014, alors que la communauté s’apprêtait à fêter les cinquante ans de sa fondation par une grande fête de famille et diverses marches, plusieurs femmes ont révélé avoir été violées par le père Thomas dans le cadre d’accompagnements spirituels. Ses membres sont sous le choc. Une enquête canonique est décidée, sous la responsabilité de Mgr Pierre d’Ornellas, évêque accompagnateur de la communauté, qui a recueilli les témoignages de 14 personnes et confirmé les faits.

Quant à Jean Vanier, l’admiration qu’il avait pour son ancien père spirituel l’a d’abord empêché de réaliser d’emblée l’ampleur du mal commis. En mai 2015, il se disait « choqué et bouleversé » par ces révélations, mais reconnaissait aussi « avoir été mis au courant de certains faits il y a quelques années » tout en « ignorant leur gravité » et il réaffirmait surtout sa « gratitude pour le père Thomas » et pour « l’action de Dieu en moi et dans l’Arche à travers » lui.

« Souviens-toi que tu vas mourir un jour »

Le courrier a choqué certains membres de la communauté qui lui ont reproché, et lui reprochent encore, son « silence » sur ces agissements. Un an et demi plus tard, il reprenait la plume pour demander « pardon » aux victimes de « ne pas avoir assez vite mesuré leur traumatisme » et affirmer cette fois avoir fait « le deuil du père Thomas tel qu’il l’avait connu ». Lors de la diffusion par Arte, début mars, du bouleversant documentaire dans lequel certaines de ces victimes témoignaient à visage découvert, il était déjà trop affaibli pour réaliser le choc produit sur le grand public (2). « Il n’a pas vu le documentaire et il ne pouvait déjà plus avoir de conversation sur ce sujet depuis plusieurs semaines », confiait alors l’un de ses proches.

S’il est un sujet, toutefois, sur lequel Jean Vanier s’est distingué d’autres fondateurs de communautés nouvelles, c’est celui de la gouvernance. Dès 1980, il a choisi de quitter la responsabilité de celle qu’il avait fondée. « La vieillesse, confiait-il alors, est un passage vers la terre de communion, vers la faiblesse acceptée. Des dépouillements seront nécessaires pour m’amener plus près de la réalité de mon être, car je suis encore attaché à beaucoup de choses, à un certain besoin d’être reconnu et estimé. Il y a encore des systèmes de défense autour de mon cœur ; il y a encore des murs à faire tomber pour que je sois davantage en contact avec la source de mon être et que je devienne ce que je suis en réalité en profondeur. Pour vraiment trouver la communion plénière avec Dieu, je sais qu’il faut aller au fond de l’abîme pour remonter encore plus vivant. »

Il évoquait aussi avec pudeur les affres de l’angoisse ultime qui envahit à certains moments l’homme à l’agonie, et dont il fut parfois le témoin impuissant… « Alors, disait-il, il y a encore l’offrande, mais elle semble si fragile ! La foi, un fil si ténu, mais elle donne un peu de cette espérance qui demeure. »

« Souviens-toi que tu vas mourir un jour », était le 10ème et dernier conseil qu’il a donné pour ses 90 ans, en septembre 2018. Victime d’une crise cardiaque en octobre 2017, il alternait les périodes de repos, à Trosly, et de brefs séjours à l’hôpital. Il est décédé dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 mai.

(1) Un cri se fait entendre. Mon chemin vers la paix. Jean Vanier, avec Françoix-Xavier Maigre. Bayard, 200 p., 14,90 €.

(2) Sœurs abusées, l’autre scandale de l’Église, par Éric Quintin, Marie-Pierre Raimbault et Elizabeth Drévillon.

 

Par Anne-Bénédicte Hoffner et Martine de Sauto,

Publié dans La Croix le 07/05/2019  

 

Biographie non exhaustive du Bienheureux Bruno Lemarchand

publié le 7 mai 2019 à 09:49 par Pierre Roland-Gosselin



Père BRUNO LEMARCHAND
Supérieur de la maison annexe de Fès, au Maroc, c’était un homme mesuré et profondément humble.

 

"Je suis toujours heureux de ma vie monastique et de la vivre en terre d'Islam.
Tout se simplifie : Ici c'est Nazareth avec Jésus, Marie et Joseph..."

 

Père Bruno (Christian Lemarchand) est né le 1er Mars 1930 à Saint-Maixent (Deux-Sèvres).

Dans sa lettre de Janvier 1981 au Père Abbé de l’Abbaye de Bellefontaine, où il souhaite être reçu comme postulant, il se présente ainsi :

« Né à Saint Maixent L'Ecole (Deux-Sèvres), au pays mellois qui reste très marqué par la présence protestante (une partie de ma famille – maternelle – est protestante), par mon père, je suis breton… J’ai plusieurs oncles et tantes et quantité de cousins : ils me donnent beaucoup d’affection et aussi de soutien ; la plupart sont de fervents chrétiens, quelques-uns même très engagés. Leur prière est pour moi une grande force dans ma préparation à répondre à ce nouvel appel du Seigneur.

Mon père était officier de carrière dans l'armée coloniale. J’ai vécu avec mes parents en Syrie, en Indochine (Tonkin), en Algérie (Alger et Orléansville) où je suis retourné pour effectuer mon service militaire (17 mois) avant la guerre d'Indépendance.

Au gré des déplacements de mes parents, j’ai fréquenté écoles publiques et écoles privées, dont celle des Marianistes à La Rochelle (de la 3ème à la Terminale). L'image de la Vierge Marie dominait toute la chapelle et autour de cette image on lisait : « Que le Père et le Fils et le Saint-Esprit soient glorifiés en tous lieux par l'Immaculée Vierge Marie ».

Je continue à dire cela plusieurs fois par jour. »

Il y eut un très grand moment dans sa vie de jeune garçon. De 1940 à 1944, il se trouvait à Castelnaudary et fréquentait assidûment le patronage dirigé par une religieuse de Marie Auxiliatrice. C'étaient les belles années du mouvement « Cœurs Vaillants » et de la « Croisade Eucharistique » :

« Ma vocation, écrit-il, est née là et a grandi là, devant Jésus présent en son Eucharistie. Notre religieuse directrice a su être auprès de moi l'instrument du Seigneur et sa prière m'a porté jusqu'à sa mort (1980). Elle connaissait mon désir de la vie monastique... et m'assiste aujourd'hui d'auprès du Seigneur. »

 

biographie bruno 1956

Le jour de son ordination

 

 Il est ordonné prêtre le 2 Avril 1956, dans l’Abbatiale de St Maixent, par Monseigneur de la Chanonie, évêque de Clermont-Ferrand, ancien curé de la Paroisse de St Maixent.

Entre 1956 et 1980 il est professeur, puis supérieur (nomination du 8 août 1965) au Collège Saint-Charles à Thouars (79) :

" Domine en moi, je le dis en toute simplicité, la joie de mon sacerdoce, la joie de servir le Seigneur qui est le seul amour de ma vie, d'avoir servi tant d'enfants et de jeunes. Je n'oublierai pas mes classes de français, de sciences naturelles et de travaux manuels, toutes les heures de catéchèse, tout le temps passé à la préparation des 1ères communions et professions de foi et confirmations. Je n'oublierai pas tout ce que j'ai reçu alors des uns et des autres, tout au long de ces jours" (Discours d'adieu au collège St Charles - fin juin 1980)

Ce fut son seul ministère. Malgré cela il ne se définit pas comme un intellectuel :

« J'aime l'étude... modérée. Ni philosophe, ni théologien, mes préférences vont à la liturgie et aux œuvres de spiritualité et à l'histoire religieuse, sans compétence particulière, si ce n'est pour la culture des fleurs... Le travail manuel est un besoin fortement ressenti pour la réflexion et la prière ».

Il ressentit l'appel à la vie monastique dès ses 15 ans. En 1961, il demande à entrer à l'Abbaye de Ligugé :

« Ce fut un passage rapide et un échec que je ressentis très douloureusement ».

Il s'attache alors à une fraternité sacerdotale « Charles de Foucauld » et au cours de l'année 1963, il vient pour la première fois à Notre-Dame de Bellefontaine, dont il ignorait jusqu'à ce moment, l'existence.

A partir de 1966, il y reviendra chaque année, pour des retraites et des stages :

« Dès mes premiers séjours, j'ai senti que le Seigneur me tenait ».

En 1981, il demande à rentrer comme postulant.

« Au collège Saint-Charles, depuis 15 ans surtout, je faisais trop « tout »... Ici j'ai vivement ressenti le vide, un vide bénéfique… Je crois très fort à l'efficacité de la prière, à la vocation missionnaire du moine... J'ai conscience que la vie monastique doit comporter nécessairement louange gratuite de Dieu et intercession pour notre monde auquel nous continuons d'appartenir. Les quelques informations que nous avons sur l'actualité m'aident dans cette prière… J'ai un très grand désir de devenir un vrai moine. Je ne me sens pas capable de grandes choses, mais plein du désir de suivre, comme Thérèse de l'Enfant-Jésus, une petite voie d'abandon, de foi, d'amour, d'humilité, ou mieux, comme Marie et Joseph dans leur vie cachée à Nazareth avec Jésus, une vie de contemplation du Seigneur et d'humbles services de nos frères ».

Il s'interroge pourtant « à propos de l'importance (numérique) de la Communauté et surtout des moyens matériels nécessaires à sa subsistance » :

« Une communauté plus réduite témoignant de sa foi et de sa charité dans un milieu déchristianisé ou non chrétien, cela ne me laisse pas insensible. »

Lors d'une réunion communautaire (chapitre), il est fait mention de la Trappe de Notre-Dame de l'Atlas, dans le sud algérien. Père Bruno ne connaît rien de cette Trappe, mais elle ne quitte plus sa pensée. Et c'est un autre appel.

« Quel appel… ? Solitude plus grande, prière plus intense, pauvreté matérielle, effective, témoignage en terre d'Islam... Pas de pauvreté spirituelle vraie sans pauvreté matérielle réelle ».

…Ici nos monastères sont “riches” de tout ce soutien apporté par le peuple chrétien qui nous visite. J'aime tout ce que Bellefontaine me propose, me donne, et ce serait tellement plus simple d'en rester là. Il me semble que le Seigneur me dit à nouveau : « Laisse cela et cherche encore ».

En mars 1984, Père Bruno demande à partir à Notre-Dame de l'Atlas et y arrive (avec le F. Michel ) le 28 août suivant. En visite à Ech Cheliff (autrefois Orléansville), les souvenirs remontent en lui : sa toute première Communion et le sacrement de la Confirmation reçu le 4 Juin 1939…, il retrouve la présence de ses parents, de sa sœur (décédée là le 21 Juin 1938 à l'âge de 16 ans) et de son frère aîné.

Cinq mois après son arrivée à l'Atlas, il dit sa grande difficulté à s'adapter à la vie monastique de l'Atlas et demande à rentrer à Bellefontaine.

En 1988, il se sent prêt à retourner à Tibhirine. En Décembre, le Prieur (le Père Christian de Chergé) répond à cette demande :

« En lisant ta lettre, il me semblait... que cette richesse (du Don de Dieu) s’est dépensée, livrée entièrement, dans la diversité des frères que Dieu nous DONNE et jusque dans la variété des chemins par où ils nous rejoignent pour continuer de dire avec nous le OUI unique à un appel toujours personnel. …C’est dire, avant tout, que j’accueille – que nous accueillons – avec beaucoup de reconnaissance ce long chemin qui a été le tien, et que j’y vois, déjà et par avance, la mystérieuse ténacité de Celui qui sait par où nous conduire pour que nous soyons tout à Lui, librement, paisiblement, avec joie. »

Début Avril 1989, il repart à Notre-Dame de l'Atlas où il prononce son engagement définitif le 21 Mars 1990 :

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« Me voici devant vous ô mon Dieu... Me voici riche de misère et de pauvreté et d'une lâcheté sans nom. Me voici devant vous qui n'êtes qu'Amour et Miséricorde ».

Le Prieur, Père Christian, lui demande de rejoindre la maison annexe de Fès, au Maroc, ce qu’il fera en Octobre 1990. Il en devient le supérieur quelques mois plus tard.

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« Ma prière est devenue gratuite pour rejoindre celle de mes frères et sœurs musulmans. Mon seul but est de mettre la prière de Jésus en cette terre dans l'esprit du Père de Foucauld ».

 

Le 18 Mars 1996, l’occasion lui est donnée de retourner à Notre-Dame de l’Atlas pour participer à l’élection du Prieur, prévue le 31 Mars. Il sera enlevé dans la nuit du 26 au 27 Mars avec six autres frères de sa Communauté, dont Fr. Célestin et Fr. Michel qui, comme lui, étaient issus de l'Abbaye de Bellefontaine. Ils ont été retenus en otage tous les 7 pendant 56 jours, s’il faut en croire le communiqué qui date leur mort du 21 Mai 1996.

 

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8 mai : Mémoire liturgique du Bienheureux Bruno Lemarchand et de ses compagnons martyrs

publié le 7 mai 2019 à 09:43 par Pierre Roland-Gosselin


Le décret de béatification des 19 martyrs d’Algérie a fixé au 8 mai la date où nous célébrerons leur mémoire. C’est en effet le 8 mai 1994 que périrent les deux premiers martyrs: Soeur Paul-Hélène Saint-Raymond et Frère Henri Vergès.

Parmi ces bienheureux figure le Frère Bruno Lemarchand issu de notre diocèse.

Celles et ceux qui chaque jour célèbrent l’Office divin, sont  donc invités à faire, en ce 8 mai, mémoire de ces 19 Bienheureux.
Dans notre diocèse, nous sommes appelés plus particulièrement à faire mémoire du Frère Bruno Lemarchand et de ses compagnons, cette mémoire figurant  dans le « Propre » de notre diocèse.

Avec l’accord de Mgr Wintzer, dans l’attente de la reconnaissance par Rome de ce complément nécessaire,  vous le trouverez  en pièce jointe dans sa version « ad experimentum » . Vous pourrez ainsi vous unir plus particulièrement en ce 8 mai 2019 à la prière de nos soeurs et frères d’Algérie.





L'église d'Allemagne s'éloigne-t-elle de Rome?

publié le 7 mai 2019 à 09:25 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 7 mai 2019 à 09:28 ]

Le cardinal Reinhard Marx © Wolfgang Roucka-Commons.wikimedia.org



 

Église d’Allemagne : Los von Rom[1] ?

 

Avec la « démarche synodale » qu’elle vient d’engager, l’intention de l’Église d’Allemagne de rompre avec le magistère de l’Église universelle est désormais manifeste. Une rupture est-elle possible ?

 

Les observateurs présents lors de la récente réunion de la Conférence épiscopale allemande, dans la petite ville de Lingen (Basse-Saxe), en mars dernier, ne s’y sont pas trompés. La décision annoncée par le cardinal Marx, l’homme fort de l’Église allemande, d’engager celle-ci dans une « démarche synodale » (synodaler Weg) est apparue pour beaucoup comme la première étape d’un Sonderweg, d’une voie particulière par rapport à l’Église universelle.

 

Cette crise, qui couvait depuis plusieurs années, frappe une Église qui présente aujourd’hui trois traits caractéristiques.

 

Il s’agit, tout d’abord, d’une Église puissante dans son apparence. Puissante en moyens financiers, grâce au système du Kirchensteuer, c’est-à-dire la taxe prélevée directement sur les salaires au même titre que les impôts et destinée au financement des églises (environ 8 % des impôts), et qui permet de faire vivre un nombre considérable d’institutions sociales et éducatives. Puissante en moyens intellectuels, grâce à son réseau de facultés de théologie, qu’elles soient publiques (au nombre de 15), diocésaines (Trèves, Fulda et Paderbon) et religieuses (par exemple, les facultés jésuites de Francfort-sur-le-Main et de Munich).

 

Il s’agit, ensuite, d’une Église largement dévitalisée dans sa réalité. Le nombre de prêtres, d’environ 26 000 en 1970, s’établit à 13 000 aujourd’hui, tandis que les ordinations sont passées, pendant la même période, d’environ 300 à 60. Quant à la pratique religieuse, elle s’est littéralement effondrée, et le nombre de fidèles demandant à sortir de l’Église (Kirchenaustritt) atteint en moyenne 160 000 par an, ce qui pourrait, à terme, menacer la pérennité même du Kirchensteuer. Reste encore un réseau important d’assistants pastoraux, c’est-à-dire de laïcs payés par l’Église, qui assurent pour une large part l’animation catéchétique et le quotidien des paroisses.

Il s’agit, enfin, d’une Église progressiste dans sa majorité, et ce au moins depuis le concile Vatican II, où ses cardinaux Döpfner (Munich) et Frings (Cologne) y jouèrent un rôle éminent. C’est dans cette direction et animés d’un solide complexe anti-romain que, dans les années qui suivirent le concile, des théologiens de langue allemande exercèrent une influence considérable sur la théologie européenne et nord-américaine, avec les noms connus de Karl Rahner, Hans Küng et Johann-Baptist Metz.

En dépit de ces trois caractéristiques, la tendance centrifuge de l’Église allemande est longtemps demeurée endiguée par la volonté des papes de l’après-concile de conforter les principes du magistère et de la morale traditionnelle. De là, une situation d’équilibre instable, qu’aucune des parties en cause n’avait intérêt à rompre, mais qui donnait lieu à des coups d’éclat réguliers.

 

Des coups d’éclat

 

Ces coups d’éclat allaient d’abord concerner des théologiens revendiquant le droit de diffuser publiquement des thèses contraires à la doctrine catholique, tout en conservant la missio canonica, c’est-à-dire l’habilitation à enseigner dans les facultés de théologie catholiques. Le personnage le plus emblématique à cet égard est Hans Küng, auteur d’un ouvrage retentissant, Infaillible ? Une interpellation (DDB), publié en 1971 après la parution de l’encyclique Humanae vitae (1968), et privé de son habilitation en 1979. Quelques années plus tard, la même sanction frappera Eugen Drewermann, professeur à la faculté de Paderborn, en raison de la parution de son ouvrage Les fonctionnaires de Dieu[2].

 

Des coups d’éclat allaient également émailler les rapports entre les évêques allemands eux-mêmes et le Vatican, en particulier au sujet de la question très sensible de l’avortement. Alors que, en 1999, les centres de planning familial dépendant de l’Église allemande avaient été contraints par Rome de ne plus participer aux consultations accueillant les femmes envisageant une interruption de grossesse, le président de la Conférence épiscopale de l’époque, le cardinal Lehmann, avait reconnu, amer : « Nous avons résisté aussi longtemps que possible, mais nous avons perdu. » Mais c’est surtout à l’occasion du voyage du pape Benoît XVI dans son pays natal en 2011 que le conflit latent entre certains évêques et la papauté allait apparaître au grand jour : au discours de Benoît XVI appelant à une « démondanisation » (Entweltlichung) de l’Église, les évêques allemands avaient opposé un silence lourd de sens.

 

Trois sujets de tension

 

On aurait pu imaginer que l’élection du pape François en 2013 ouvrirait un chapitre dépassionné de l’histoire des relations entre Rome et l’Église allemande, ce d’autant que cette élection avait été largement encouragée par les cardinaux allemands, que le nouveau pape, sitôt élu, avait exprimé sa dette envers la théologie de Karl Rahner et qu’il avait fait entrer le cardinal Marx au Conseil des cardinaux (C9) nouvellement créé. Pourtant, en dépit de la grande popularité dont jouit le pape François en Allemagne, certains malentendus n’allaient pas tarder à apparaître entre les deux parties, comme si la fièvre réformatrice de l’Église allemande, longtemps tenue au silence, n’entendait plus tolérer une quelconque tutelle.

 

Un premier sujet de tension a concerné l’accès à l’Eucharistie des divorcés-remariés : avant même que le synode de la famille de 2015 ait pris position sur le sujet, le cardinal Marx n’avait pas hésité à proclamer que l’Église allemande n’était pas « une filiale de Rome » et qu’elle ne pouvait attendre « qu’un synode nous dise comment nous devons faire pour prendre un soin pastoral du mariage et de la famille ».


 

Un autre sujet de tension est survenu en 2018 lorsque la conférence épiscopale allemande a adopté à la majorité un texte autorisant l’accès à l’Eucharistie des protestants mariés avec des catholiques. Alors que Rome, saisie par des évêques minoritaires[3], avait indiqué que ce texte soulevait des « problèmes d’une importance considérable », car touchant la « foi de l’Église », et n’était pas « mûr pour être publié », le cardinal Marx est passé outre et a fait diffuser le texte en cause, sans d’ailleurs cacher son mécontentement : « Certaines choses au cours des deux dernières semaines ont été limites pour moi. »

La question de l’homosexualité a constitué un troisième point de tension, à l’occasion de l’affaire Wucherpfennig, du nom du recteur de la faculté jésuite Sankt-Georg de Francfort-sur-le-Main, dont le renouvellement du mandat avait été bloqué par la Congrégation pour l’Éducation catholique en raison de propos tenus en 2006 en faveur d’une révision radicale de la doctrine catholique sur l’homosexualité. L’intéressé a refusé de se soumettre et a même obtenu gain de cause, grâce à une intervention du supérieur général des jésuites, le P. Arturo Sosa.

 

Fuite en avant à la réunion de Lingen

 

Mais c’est avec la réunion de Lingen, mentionnée au début de cet article, que la fuite en avant de l’Église allemande semble avoir pris un élan décisif. Prétextant la grave crise provoquée par les abus sexuels et imputant ceux-ci au « cléricalisme », elle a décidé, dans le cadre de sa « démarche synodale », de mettre en place trois forums, consacrés respectivement au pouvoir dans l’Église, à la morale sexuelle et à la vie sacerdotale.

 

Or, en soulevant ces trois questions, l’intention de la fraction majoritaire de la Conférence épiscopale est bien de remettre en cause des pans entiers du magistère de l’Église catholique, ce d’autant plus que cette Conférence a décidé d’associer à ces forums le Zentralkomitee der deutschen Katholiken (comité central des catholiques allemands, ZdK), la puissante association des laïcs connue pour son progressisme radical.

 

Ainsi, s’agissant de la question du pouvoir dans l’Église, l’objectif est de parvenir, autant que faire se peut, à découpler l’état sacerdotal de la fonction de gouvernement des paroisses, voire des diocèses, au besoin en faisant fi des dispositions canoniques en vigueur. Cet objectif est, du reste, déjà mis en œuvre dans certains diocèses ou sur le point de l’être, comme dans celui de Munich, où, selon un projet récemment diffusé, la fonction de vicaire général pourrait être attribuée conjointement à un prêtre et à un laïc, ou dans celui d’Osnabrück, où la direction effective d’une paroisse a été confiée à une femme.

 

Pour ce qui est de la morale sexuelle, la visée de la « démarche synodale » apparaît encore plus spectaculaire, puisque celle-ci entend opérer une rupture nette avec la « théologie du corps » enseignée par Jean-Paul II. Il suffit à cet égard de renvoyer aux propos du cardinal Marx à Lingen, selon lesquels, d’une part, la morale sexuelle de l’Église n’avait pas encore intégré des apports décisifs de la théologie et des sciences humaines, et, d’autre part, la « signification personnelle » de la sexualité avait été jusqu’alors insuffisamment prise en considération. Il n’est pas non plus anodin que l’animation du forum consacré à cette question soit confiée au représentant le plus emblématique du progressisme épiscopal, en l’occurrence Mgr Franz-Josef Bode (Osnabrück), celui-là même qui, encore récemment, proposait la bénédiction des couples de même sexe.

 

Quant à la vie sacerdotale, ce n’est un secret pour personne que l’Église allemande entend obtenir la possibilité d’ordonner des hommes mariés, voire des femmes. Cette dernière revendication (l’ordination des femmes) n’est, d’ailleurs, pas le fait de théologiens en marge, mais a été soulevée par des personnalités religieuses de premier plan, parmi lesquelles une religieuse responsable d’une des plus grandes communautés bénédictines allemandes[4] et deux évêques[5].

Rupture avec Rome ?

 

Il n’est pas aisé de prévoir ce qui va résulter de cette démarche synodale. Risque-t-elle, comme certains le redoutent, de conduire l’Église allemande à une rupture avec Rome, à un nouveau « Los von Rom », après celui de Luther ?

 

Certes, dans l’hypothèse où Rome refuserait toutes les avancées demandées par l’Église allemande, à savoir la possibilité d’ordonner des hommes mariés, de bénir des couples de même sexe et de partager le gouvernement des diocèses et des paroisses entre clercs et laïcs, il n’est pas exclu que ladite Église passe outre et mette en œuvre les réformes souhaitées, consommant ainsi la rupture. Toutefois, dans ce cas extrême, le schisme se doublerait sans doute d’un autre schisme, interne celui-là à l’Église allemande, car une minorité d’évêques ainsi qu’une partie du laïcat[6] ne seraient pas disposées à se rallier à l’agenda progressiste du cardinal Marx et du Comité central des catholiques allemands. Tel est notamment le cas des pratiquants arrivés récemment d’Afrique, d’Asie ou d’autres pays européens.

 

Mais le scénario du schisme n’apparaît pas, en l’état, comme le plus probable. Devant les risques que représente une telle issue, les deux parties – Rome et l’Église allemande – seront probablement disposées à faire chacune un pas vers l’autre. Ainsi Rome pourrait accorder, à l’occasion du synode pour l’Amazonie d’octobre prochain, la possibilité d’ordonner des viri probati, comme le porte déjà à croire le document préparatoire de ce synode[7] . De même, elle pourrait, sans formellement changer son enseignement sur l’homosexualité, garder le silence sur d’éventuelles bénédictions de couples de même sexe (qui sont d’ailleurs déjà pratiquées). Quant à l’Église allemande, celle-ci pourrait renoncer, au moins temporairement, à ses revendications les plus radicales, comme l’ordination des femmes.

 

Quoi qu’il en soit, dans les mois à venir, l’Église allemande devra être observée avec la plus grande attention, car, dans ce pays qui a vu naître la Réforme, l’Église universelle joue peut-être une partie de son avenir.

 

Jean Bernard

 

© LA NEF n°314 Mai 2019

 



[1] Loin de Rome

[2]Eugen Drewermann a, depuis lors, en 2005, quitté officiellement l’Église catholique. 

[3] Les évêques de Ratisbonne, Passau, Eichstätt, Augsbourg, Bamberg, Cologne et Görlitz.

[4] « Il est tout à fait naturel que des femmes soient prêtres… Ici, à Tutzing, nous avons des théologiennes extrêmement qualifiées. La seule chose qui leur manque, c’est l’ordination, rien d’autre » (Ruth Schönenberger, responsable du prieuré bénédictin de Tutzing, la maison mère bavaroise d’une des plus importantes congrégations missionnaires bénédictines, comprenant environ 1300 religieuses présentes dans 29 pays).

[5] Le cardinal Woelki (Cologne), Mgr Franz Jung (Wurzbourg) et Mgr Gerhard Feige (Magdebourg) ont déjà exprimé leurs doutes à l’égard de certaines orientations de la démarche synodale.

[6] C’est le cas, en particulier, des fidèles regroupés au sein du Forum Deutscher Katholiken (Forum des catholiques allemands). Voir également les associations Totus Tuus et Emanuell, ainsi que les Katholische Pfadfinder Europas. Enfin, s’agissant des médias, on peut citer le journal Tagespost ou le site internet kath.net.

[7] « Il faut repenser de nouveaux chemins pour que le Peuple de Dieu ait plus fréquemment un meilleur accès à l’Eucharistie. »

La République… Notre-Dame de France de Jacques Julliard

publié le 6 mai 2019 à 16:43 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 6 mai 2019 à 16:51 ]


Jacques Julliard - crédit dessin Fabien Clairefond

Jacques Julliard - Dessin Fabien Clairefond



Profondément touché par l’incendie de Notre-Dame, l’historien Jacques Julliard consacre sa chronique mensuelle à ce symbole de la France. Cette destruction paraît venir en conclusion d’une période désastreuse pour le catholicisme français. Pourtant l’émotion suscitée par ce désastre a donné lieu à un moment d’unité nationale, chrétienne et républicaine, qui nous enseigne que les jeux ne sont pas faits.

 

Hasard ou fatalité ? Péripétie ou tournant majeur ? Quand un événement comme l’incendie de Notre-Dame de Paris prend d’un coup une telle place dans la vie de la nation, il n’est pas facile de lui assigner à chaud, si l’on peut dire, la signification qui lui revient dans le cours de l’Histoire.

 

D’un côté, les cathédrales sont des édifices si grandioses, si ambitieux, mais si fragiles qu’elles sont inévitablement exposées aux vicissitudes du temps, aux accidents les plus divers, de l’incendie comme à Laon (1112) ou à Nantes (1972), à l’imbécillité pure comme à Lavaur (Tarn) en février dernier, jusqu’au bombardement de guerre comme à Strasbourg (1870) et à Reims (1914), sans compter l’effondrement par excès de gigantisme comme à Beauvais en 1573.

 

De l’autre, l’embrasement de Notre-Dame de Paris le 15 avril dernier paraît venir en conclusion d’une séquence si désastreuse pour le catholicisme français, avec la révélation en cascade de multiples scandales sexuels, mettant en cause des clercs, la condamnation en première instance d’un cardinal français primat des Gaules par la justice séculière, et surtout l’écroulement de la pratique religieuse dans notre pays, que l’on est tenté de voir là symboliquement une sorte de bouquet final. En 2013 déjà, Hervé Le Bras et Emmanuel Todd dans Le Mystère français parlaient d’un « catholicisme zombie », diagnostic confirmé par Guillaume Cuchet en 2018 dans un livre intitulé Comment notre monde a cessé d’être chrétien, tandis que Jérôme Fourquet dans sa magistrale synthèse, L’Archipel français (2019), concluait, dans le même sens, à un « décrochage terminal ». Saoulé de coups venus de toutes parts et comme assommé par cet acharnement du sort, victime d’une sévérité sans merci dans les médias et dans la gauche, quand l’islam y bénéficie d’une inépuisable complaisance, le clergé français, par ailleurs dépourvu de personnalités fortes, paraît hors d’état de réagir, réduit à faire passer son humaine faiblesse pour de la mansuétude chrétienne.

 

Sur le premier point, je me contenterais de souhaiter que Notre-Dame, qui a déjà tant souffert, ne subisse pas en plus les outrages de cette calamité qui, à Paris tout au moins, prend la forme d’un oxymore : « l’art contemporain » partagé entre les horreurs à l’état pur du Centre Pompidou ou de l’Opéra Bastille et les banalités de la pyramide du Louvre ou de l’arche de la Défense. En attendant les consternantes tulipes de Jeff Koons, qu’Anne Hidalgo, maire de Paris, et Françoise Nyssen, alors ministre de la Culture, ont eu la pusillanimité d’accepter, pour partie aux frais du contribuable. Comme l’a souligné Pierre Nora, il n’est pas sûr que nous ayons sous la main un nouveau Viollet-le-Duc. Prions donc pour que ce qui reste de Notre-Dame ne soit pas couronné par une flèche en Plexiglas.


LA FIN DE L’UNION LIBRE 

 

Mais là n’est pas l’essentiel de notre propos. Tout au long de l’Ancien Régime jusqu’à la IIIe République incluse, l’Église et l’État ont formé un couple indissociable que ni la campagne anticléricale du tournant du XXe siècle, ni la loi de séparation de 1905 n’étaient parvenues à détruire. Pourquoi ? Parce que s’ils se combattaient politiquement pour le contrôle des opinions, les deux protagonistes le faisaient, excepté dans le rapport à la transcendance, au nom de valeurs communes. « L’école sans Dieu » de la IIIe République n’était pas, loin de là, une école sans morale. Le plus souvent, l’instituteur et le curé ne se parlaient pas. Mais ils tenaient aux enfants les mêmes propos sous-tendus par une même anthropologie. L’Église et l’État vivaient clandestinement en état d’union libre.

 

Un premier décrochage eut lieu en 1884 avec la loi Naquet sur le divorce. Mais il fallut attendre 1973, avec la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse, pour qu’une divergence majeure s’installe. C’est pourtant la loi Taubira sur le mariage pour tous (2013), en vérité beaucoup moins importante, qui la fit éclater au grand jour, avec la Manif pour tous, ce Mai 68 des catholiques français de droite (ceux de gauche paraissent avoir disparu…). C’est qu’entre-temps, dans cet espace de quarante années, les catholiques avaient découvert, non seulement qu’ils étaient devenus minoritaires, mais que le lien invisible et pourtant essentiel qui les reliait à l’État avait été rompu. Paradoxalement, ce sont eux-mêmes qui constataient avec regret que le principe de laïcité, au départ dirigé contre eux, mais dont ils avaient fini par s’accommoder, avait été abandonné par une notable partie de la gauche, dès lors qu’il se fut agi de l’appliquer à l’islam et aux musulmans, au risque d’accréditer l’idée que la laïcité n’avait pas été conçue historiquement par les républicains comme un principe universel, mais comme un instrument de combat dirigé contre le seul catholicisme. Celui-ci n’était plus cette religion d’État qu’il était sous l’Ancien Régime, ni cette « religion de la majorité des Français » qu’avait proclamée le Concordat de 1801 ; il n’était même plus cet interlocuteur privilégié des autorités civiles ; il ne demeurait qu’à l’état de culte minoritaire au milieu d’autres, comme ceux des protestants, des juifs, des musulmans. « Les catholiques ont perdu leur droit d’aînesse culturelle », déclare Jérôme Fourquet (Causeur, avril 2019) : c’est la double peine : déchus de leurs privilèges, mais traités plus durement que quiconque pour prix de ces derniers.


L’AUTRE PERDANT 

 

La perte de statut, de prestige, d’influence est considérable. Mais n’allons pas imaginer que l’Église soit la seule perdante dans cette affaire. L’État ne l’est pas moins, car il ne peut plus compter sur le catéchisme au moment où l’école, les familles, les partis, les syndicats sont également défaillants, pour dispenser cette morale civique sans laquelle il risque de se désagréger. Que reste-t-il en effet de l’État national quand les citoyens ne partagent plus entre eux que cet individualisme qui en est la négation ? Dans le passé, Rousseau, Robespierre, Benjamin Constant, Tocqueville ont estimé que la société ne peut subsister longtemps comme un ensemble cohérent sans religion, sauf à en secréter une, purement temporelle, purement horizontale, mais infiniment plus despotique. Tout le monde va à l’envi répétant la saisissante formule de Marcel Gauchet, suivant laquelle le christianisme est la religion de la sortie de la religion. Fort bien. Mais personne ne se hasarde à répondre à la question : « que se passe-t-il ensuite ? », pas même Gauchet dans sa grande étude sur la démocratie.

 

Longtemps, la lutte des classes entre la bourgeoisie et le prolétariat a joué à l’intérieur de la société le même rôle que le conflit entre l’État et l’Église : une confrontation qui tient lieu de lien social entre les protagonistes. Cette société n’est plus divisée, elle est morcelée, ce qui est beaucoup plus grave, constituant ce que Jérôme Fourquet appelle, dans le livre déjà cité, un « archipel », au lieu d’un massif unique avec son adret et son ubac. Des négociations rituelles qui ont significativement pris le nom du lieu où elles se sont déroulées, comme Matignon ou Grenelle, ou bien encore des institutions comme le Plan, justement décrit par le général de Gaulle comme l’une « ardente obligation », ont créé du lien social, ont « fait société », comme on dit aujourd’hui avec quelque nostalgie. En aucun cas la lutte des sexes et la lutte des races, l’une et l’autre importées de l’Amérique, ne sont capables de recréer de tels liens. Songeons, bien au contraire, que la lutte des minorités identitaires, portées à leur comble, parfois à celui du ridicule, dans les universités américaines, a eu pour contrepartie l’élection quasi mécanique de Donald Trump à la présidence, en attendant un vraisemblable deuxième mandat.

 

Tout cela au moment où l’afflux des migrants aboutit, au dire de François Hollande lui-même, à une virtuelle « partition de la France », tant les populations juxtaposées sur son territoire diffèrent par les origines, l’histoire, les mœurs, la religion. Une partie notable, peut-être majoritaire des élites, à gauche notamment, mais aussi chez Emmanuel Macron et dans la haute bourgeoisie, est déjà tacitement convertie ou résignée au communautarisme. La négation forcenée de l’histoire de France, chez certains historiens progressistes, qui s’est traduite par le renoncement de l’État à créer une maison de l’Histoire de France, ou par un ouvrage collectif comme L’Histoire mondiale de la France (2017) sous la direction de Patrick Boucheron, en sont des signes irrécusables. Mondialiser l’histoire de France, sans référence à l’héritage français lui-même, c’est, a dit Alain Finkielkraut ici même, le 26 février 2017 : « dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage ». C’est passer sous silence, et par là même déconsidérer, tout ce qui fait son unité, c’est-à-dire son héritage historique. C’est implicitement instituer la lutte de chaque groupe contre tous les autres, avec l’État en arbitre impuissant, comme substitut de la lutte des classes, sans l’élément fédérateur que l’on a pour cette dernière, indiqué plus haut.

 

Il est significatif que le mouvement des « gilets jaunes », qui mêle un ressentiment social souvent justifié au déclassement culturel, soit en train de s’abîmer dans un abaissement moral auquel le mouvement ouvrier, même dans ses formes les plus radicales, n’a jamais succombé : la haine du riche exacerbée jusqu’à l’indignation dans le cas de la collecte de fonds pour Notre-Dame de Paris, l’immonde slogan « Suicidez vous… » et j’en passe. Quand une représentante de l’Unef, devenue le symbole dérisoire de cette dégradation collective, tweete rageusement « Je m’en fiche de Notre-Dame, je m’en fiche de l’histoire de France », il faut voir dans ce refus de l’histoire comme le germe des luttes intestines futures, que l’on avait crues révolues. Selon le mot si profond du philosophe américain Santayana : « Ceux qui ignorent leur histoire sont condamnés à la revivre. »


LES JEUX NE SONT PAS FAITS 

 

Le pire, qui est au premier abord le plus probable, n’est pas du tout sûr.
Il a fallu cette étrange conjoncture, qui a vu l’incendie de Notre-Dame combiné avec cet avachissement moral pour que je comprenne toute la portée du mot de Péguy en ouverture à Notre jeunesse : « 
Le mouvement de dérépublicanisation de la France est profondément le même mouvement que le mouvement de sa déchristianisation. C’est ensemble un même, un seul mouvement de démystication. C’est du même mouvement que ce peuple ne croit plus à la République et qu’il ne croit plus à Dieu (….) on pourrait presque dire qu’il ne veut plus croire aux idoles et qu’il ne veut plus croire au vrai Dieu, (…) c’est proprement la stérilité moderne. 
»
Tout est-il pourtant joué ? Je ne le crois pas. Comme dit encore Péguy : « 
Je ne dis pas que c’est pour toujours. 
»
D’abord parce que le « 
décrochage terminal » de l’Église catholique ne me paraît pas aussi évident que cela. Il y a en effet une représentation du christianisme commune aux agnostiques, aux intégristes et aux sociologues, qui le réduit à sa façade institutionnelle, c’est-à-dire à l’appareil externe, à l’exclusion de la foi. Les sociologues mesurent, c’est inévitable, l’importance d’une religion à ses manifestations extérieures. Dans le cas du catholicisme, au nombre des baptêmes, des mariages, à l’assistance à la messe. Or le rétrécissement numérique du christianisme, et spécialement du catholicisme, va aujourd’hui souvent de pair avec un approfondissement et une intériorisation de la foi. Peut-être fallait-il ce rétrécissement pour atteindre à cette intériorisation. Après tout Jésus-Christ n’est pas venu sur terre pour faire du chiffre, comme on dit dans la police et dans la gendarmerie, mais pour sauver l’humanité tout entière comme un seul homme. Dans un très intéressant dialogue, intitulé « Restauration
 », entre Michel Houellebecq et Geoffroy Lejeune, directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, on est presque d’un bout à l’autre proche de cette vision néo-comtienne ou néo-maurrassienne d’un catholicisme sans le Christ, réduit à sa puissance extérieure, à l’inverse de ce que Jésus enseignait, c’est dire le renoncement à la puissance. Je laisse à chacun, et d’abord aux interlocuteurs eux-mêmes, le soin de décider ce qui là-dedans relève de la sociologie, de l’agnosticisme ou de l’intégrisme, peut-être des trois à la fois.
- « 
Mon Père, j’ai perdu la foi 
», disait cette pénitente à son confesseur
- « 
Ma fille, vous n’avez pas perdu grand-chose », répondit celui-ci, en l’occurrence le père Ganne, grand jésuite de la mouvance lyonnaise du père de Lubac, dont j’ai jadis suivi l’enseignement. La foi n’est pas une chose que l’on perd ou que l’on retrouve comme un trousseau de clefs ou un téléphone portable. Ou alors ce n’est pas la foi.


POUR UN MOMENT FRANÇAIS 

 

C’est sans doute dans cet état d’esprit paradoxal - mais le christianisme est tout entier un paradoxe - que Jean-Luc Marion parlait récemment d’un « moment catholique » dans la société française. Mieux : il annonçait que les catholiques étaient peut-être aujourd’hui les seuls à pouvoir « donner une communion à une communauté qui, sans eux, ne serait plus une et indivisible » (Brève apologie pour un moment catholique, 2017).
Que l’on me comprenne bien. Je n’entends nullement, ni de près, ni de loin, identifier le devenir du christianisme et celui de la République dans le moment difficile qu’ils traversent l’un et l’autre. Car chacun, à sa manière, dépasse infiniment l’autre. À chacun ses affaires, c’est le fondement de la laïcité, cette sublime invention du Christ. Mais je prends acte que l’un et l’autre, dans ce mouvement d’« 
archipélisation
 » qui ne touche pas seulement les groupes sociaux, mais les idées et les valeurs elles-mêmes, se présentent comme les représentants de l’universel, c’est-à-dire de ce qui est tourné vers l’Un. Oui, le tronc commun au christianisme et à la République, c’est l’idée qu’il y a une identité et une unité du genre humain, et que donc ce qui unit les hommes est infiniment plus fort que ce qui les divise. Pas plus que les catholiques, les républicains en France ne sont morts.
Il faut donc que l’école, réduite à l’état de joujou pédagogique par l’arrogance des technocrates et la veulerie des politiques, avec les résultats désastreux que l’on connaît, redevienne une instruction publique et une institution morale. L’enjeu, c’est tout simplement la survie de la République. Jean-Michel Blanquer l’a compris, qui est justement, qu’il siège rue de Grenelle ou à Matignon, comme le disait récemment Vincent Trémolet de Villers ici même, le premier ministre. C’est-à-dire le plus important.

 

En vérité, ce que l’on reproche donc aux hommes politiques de droite, de gauche et du centre, et qui prend la forme du « dégagisme », ce n’est pas leur ambition, mais au contraire leur absence d’ambition. Il faut faire de la reconstruction de Notre-Dame un grand acte d’unité nationale, chrétienne et républicaine, fondé sur les valeurs universelles qui se confondent avec l’âme de la France.

 

Jacques Julliard, éditorialiste de l’hebdomadaire « Marianne »

Le Figaro du lundi 6 mai 2019

 

 

 

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