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« L’immense majorité des prêtres ont été fidèles à leur sacerdoce, mais personne n’en parle »

publié le 25 nov. 2021, 03:20 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 2 déc. 2021, 10:32 ]

Cardinal Sarah

   
                                       « L’immense majorité des prêtres ont été fidèles à leur sacerdoce, 

                                                                            mais personne n’en parle »

Dans le contexte de la crise des abus sexuels commis par une minorité du clergé, le cardinal Robert Sarah publie un ouvrage* à contre-courant pour défendre la figure du prêtre catholique.

 Tout en soulignant la nécessité de reconnaître la responsabilité institutionnelle de l’Église, il met en garde contre l’utilisation de la souffrance des victimes à des fins idéologiques.

 JEAN-MARIE GUÉNOIS LE FIGARO. - 
  Que pensez-vous des mesures de la Conférence des évêques de France prises lors de l’assemblée de Lourdes contre la pédocriminalité d’une minorité de prêtres ? 

Cardinal Robert SARAH. -
 Il était nécessaire de regarder la vérité en face. Qu’avonsnous découvert ? D’abord, l’ampleur et la profondeur du péché. S’il y a une responsabilité institutionnelle, elle est là : n’avoir pas su appeler le mal par son nom. Nous avons fait preuve d’une terrible légèreté de conscience devant la gravité du péché. Quand un prêtre agresse un enfant, ce n’est pas un accident dans son parcours. C’est une négation radicale de son être de prêtre. C’est un crime. Il détruit la vie humaine et spirituelle de la victime. Il salit le sacerdoce. Il souille l’Église entière et il empêche l’évangélisation. Le crime doit être puni. Le péché doit être réparé. 

L’Église aurait-elle confondu miséricorde et justice vis-à-vis des prêtres incriminés ?

 Depuis trop longtemps, nous confondons miséricorde et complaisance avec le péché. L’Église s’est laissée contaminer par un esprit mondain qui, sous prétexte de comprendre subjectivement, en vient à ignorer la gravité objective des actes. Le pardon n’est possible que si le mal a été reconnu et regretté. Cela est vrai pour les crimes pédophiles comme pour tout péché. Quand l’Église ne dénonce pas le péché, elle est infidèle au Christ, elle manque à sa mission. Les saints n’ont pas eu peur d’employer des mots violents pour dénoncer la gravité des péchés. Mais nous, nous tremblons devant les mots « punition », « réparation », « péché ». 

Les 97 % de prêtres de l’Église de France qui n’ont pas de responsabilité dans ces abus ne sont-ils pas oubliés ?

 L’immense majorité des prêtres ont été fidèles à leur sacerdoce. Leur sacrifice quotidien est silencieux et discret. Personne n’en parle. Pourtant, ils sont pour toute l’Église un gage d’espérance et de renouveau. J’ai écrit ce livre pour eux. Pour leur dire de ne pas avoir peur de vivre le sacerdoce tout entier, tel que le Christ nous l’a laissé. 

Mais fallait-il que les évêques de France aillent jusqu’à reconnaître la « responsabilité institutionnelle » et « systémique » dans les abus sexuels ? 

Il était nécessaire de dire que notre légèreté silencieuse face à la gravité du péché était devenue un système, tant elle avait fini par s’infiltrer dans les esprits et par engendrer une forme de complicité inconsciente, une indifférence au péché. Mais il faut aussi souligner que 97 % des prêtres ont été fidèles ! Ce n’est donc pas le sacerdoce en lui-même ni la doctrine catholique au sujet des prêtres qui sont en cause. Je sais que certains sont tentés d’inventer une nouvelle figure du prêtre, voire une nouvelle Église. Ces tentations sont vaines. Ce n’est pas parce que certains ont détourné la paternité ou l’autorité du prêtre pour en faire l’instrument de leur perversion qu’il faut nier que le prêtre est père et qu’il a une charge de gouvernement en vertu de son ordination sacramentelle. Le péché n’est ni seulement une faiblesse psychologique ni la conséquence nécessaire d’une structure sociale. Ce serait encore manquer à notre responsabilité que de rejeter la faute sur la structure de l’Église. Prenons garde de ne pas instrumentaliser la souffrance des victimes pour faire avancer une idéologie. 

L’Église a-t-elle manqué de cœur face à ces victimes ? 

Dans le monde entier, quotidiennement, des milliers de religieuses et de prêtres donnent leur vie pour servir les enfants, dès leur conception, dans les maternités, les écoles et les orphelinats. L’Église a toujours pris au sérieux les mots de Jésus dans l’Évangile : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » C’est un devoir de justice de le rappeler. Comme il est juste de dire que trop d’évêques n’ont pas eu le courage d’exercer leur rôle de père. Il revient en effet à la paternité de l’évêque d’écouter et de reconnaître l’innocence des enfants victimes, de dénoncer et de punir le péché des coupables. Tous, prêtres et laïcs, nous avons besoin de cette parole épiscopale objective et paternelle.

 Pourquoi avez-vous choisi pour titre à votre livre ces mots : « Pour l’éternité » ?

 J’ai voulu m’adresser à l’immense majorité des prêtres. Tous ceux dont la fidélité quotidienne ne fait pas les titres des journaux. Il serait injuste d’instrumentaliser le dévoiement de 3 % d’entre eux pour remettre en cause le sacerdoce lui-même. Comme si la figure du prêtre, configuré au Christ pour l’éternité par le sacrement, était en elle-même nocive et porteuse d’une tentation de toute-puissance psychologique. Au contraire, cette configuration spirituelle engage les prêtres à vivre la radicalité de l’Évangile d’une manière particulière. 

Dans ce contexte, parler de sainteté, n’est-ce pas viser trop haut ? 

Il revient aux évêques de donner aux prêtres les conditions concrètes pour tendre vers cette sainteté dont ils ne peuvent se dispenser. Mais on ne demande pas aux prêtres d’être des surhommes omniscients ou des stars brillantes aux yeux des hommes. On attend d’eux qu’ils soient des saints, c’est-à-dire qu’ils vivent pleinement leur état de serviteurs du peuple de Dieu par le don des sacrements et la fidélité à l’enseignement du Christ. Au cœur du débat, il y a aussi le célibat sacerdotal. Certains le remettent en cause… La commission Sauvé a affirmé que le célibat ne saurait être regardé comme une cause des abus sexuels. À l’échelle de l’ensemble de la population, l’immense majorité de ces abus sont commis par des hommes mariés. Le célibat est le signe du don de soi comme serviteur et époux de l’Église. On doit en revanche prendre les moyens concrets et réalistes pour le préserver. Tout comme un époux préserve sa fidélité dans le mariage en évitant les occasions équivoques, un prêtre doit toujours agir en prêtre, porter un habit reconnaissable. Il n’y a pas chez lui une vie privée, coupée de sa vie sacerdotale. 

Vous puisez pour nourrir votre ouvrage dans des textes parfois millénaires de saints, de papes ou de grands auteurs. Quelles leçons en tirez-vous pour la crise actuelle ? 

Le péché est vieux comme le monde ! L’Église ne doit pas avoir peur des crises. Les saints n’ont pas eu peur d’appeler le péché par son nom. C’est ainsi qu’ils ont fait resplendir la beauté et la sainteté de l’Église. Plutôt que de chercher à « communiquer » pour se rendre populaire et acceptable aux yeux du monde, l’Église devrait chercher à être simplement fidèle à l’Évangile et à son exigence de conversion et de sainteté. 

Et que dites-vous aux simples fidèles catholiques qui finissent par douter de « leur » Église ? Et de « leurs » prêtres…

J’ai écrit ce livre aussi pour eux ! Pour qu’ils redécouvrent qui est le prêtre en vérité ! Ne lui demandons pas de faire sans cesse davantage. Demandons-lui simplement d’être prêtre, configuré au Christ ! Apprécions les prêtres pour ce qu’ils sont, et non pour ce qu’ils font. Ne demandons pas à l’Église de réussir, d’être efficace. Elle n’est pas une ONG. Demandons-lui la vérité de l’Évangile, la beauté de la liturgie, la grâce des sacrements. 

Beaucoup cherchent à vous opposer avec le pape François. Qu’en est-il exactement ? 

Beaucoup, même parmi les chrétiens, portent sur l’Église un regard politique. Ils y voient des enjeux de pouvoir. On cherche à opposer les cardinaux entre eux ou avec le pape. Tout cela est superficiel. La réalité profonde de l’Église est spirituelle. Au-delà de toutes ces gesticulations, je ne cherche qu’une seule chose : proclamer l’Évangile du Christ, être fidèle à cette Église à qui il a promis le Royaume des cieux. 

Vous avez été préfet de la Congrégation pour le culte divin, en charge de la liturgie. Quel regard portez-vous sur les tensions actuelles chez les fidèles autour du motu proprio « Traditionis custodes » restreignant l’usage de la liturgie latine ancienne ? (Un motu proprio est un décret d’application, décidé par le pape seul, dans le cadre du droit canonique, NDLR.) 

Toucher à la liturgie est toujours très délicat. Elle est l’expression de notre relation intime avec Dieu dans la louange et l’amour. Je crois que le pape François a clairement expliqué son intention dans les diverses visites ad limina des évêques français et polonais. Son but n’est absolument pas de supprimer la liturgie ancienne. Il est conscient que de nombreux jeunes et des familles y sont intimement attachés. Et il est attentif à cet instinct de la foi qui s’exprime dans le peuple de Dieu. Il ne s’agit donc pas, chez eux, d’une nostalgie de personnes âgées. Le pape a demandé d’appliquer ce texte avec souplesse et sens paternel. Il sait bien que ce qui a été sacré pour tant de générations ne peut du jour au lendemain se trouver méprisé et banni. Je crois au contraire que le pape attend que la liturgie actuelle s’enrichisse de ce que la liturgie ancienne a de meilleur. De même, il attend clairement que la liturgie ancienne soit célébrée dans l’esprit de Vatican II, ce qui est parfaitement possible. Elle n’est pas et ne doit pas devenir un prétexte pour les contestataires du concile. LE CARDINAL ROBERT SARAH

Traditionis custodes: une piqûre de stérilisation

publié le 11 août 2021, 23:14 par Olivier du Chambon

Du P. Daniel-Ange sur le récent motu proprio:

Je suis sidéré, bouleversé par ce motu proprio. Le moins qu’on puisse dire : on en demeure KO ! Je communie aux larmes de tant de mes amis et proches. Je prie qu’ils ne soient pas tentés d’aigreur, d’amertume, si ce n’est de révolte et de désespoir.

Pourquoi une telle dureté, sans une once de miséricorde ou de compassion ? Comment ne pas en être dérouté, déstabilisé ?

Bien sûr, parmi ces frères catholiques attachés à la tradition, il y en a qui – hélas ! hélas ! – ont pu se durcir, se figer, se cabrer, se replier dans un ghetto, allant jusqu’à refuser de concélébrer aux messes chrismales – ce qui est inadmissible. Mais pour cette petite minorité n’aurait-il pas suffi d’une forte exhortation, doublée d’éventuelles menaces de sanctions. En s’inspirant du livre de la Sagesse : « C’est peu à peu que tu reprends ceux qui tombent. Tu les avertis, leur rappelant en quoi ils pêchent (…) Même ceux-là qu’ ils étaient des hommes, tu les a ménagés. Peu à peu tu laissais place au repentir. » (12, 2,8,10)

Des oasis rafraichissantes dans un désert d’apostasie générale.

Mais, pour ne parler que de la France, le Pape sait-il qu’il y existe des groupes et communautés merveilleusement rayonnantes, attirant un grand nombre de jeunes, de jeunes couples et de familles. Ils y sont attirés par le sens du sacré, de la beauté liturgique, de la dimension contemplative, de la belle langue latine, de la docilité au siège de Pierre, la ferveur eucharistique, la confession fréquente ,la fidélité au rosaire, la passion des âmes à sauver, et tant d’autres éléments qu’ils ne trouvent pas – hélas! – dans nombre de nos paroisses.

Tous ces éléments ne sont-ils pas prophétiques. ? Ne devraient-ils pas nous interpeler ,nous stimuler, nous entrainer ? N’était-ce pas l’intuition de St.Jean-Paul II, dans son motu proprio « Ecclesia Dei » ?

Dans leurs assemblées, jeunes, foyers et familles dominent, dont la pratique dominicale frise les 100%. Qu’on ne dise pas qu’ils sont nostalgiques du passé, anachroniques. C’est le contraire : latin, messe ad orientem, grégorien, soutane : c’est tout nouveau pour eux. Cela a tout l’attrait de la nouveauté.

Est-il étonnant que les communautés monastiques qui gardent l’Office en latin, et parfois même la célébration eucharistique d’après le missel de S.Jean XXIII, soient florissantes, attirant beaucoup de jeunes ?

Je pense en particulier à des communautés que j’ai la grâce de connaitre personnellement et que j’estime et admire, comme celles du Barroux (moines et moniales) et de ND de la Garde, ainsi que des missionnaires de la Miséricorde à Toulon. Qu’on ne dise pas qu’elles ne sont pas missionnaires ! Autour du premier gravite, parmi tant d’autres, le chapitre Marie-Madeleine avec ses centaines d’ados et de jeunes, sans parler de leurs retraitants qui y affluent. Pour les seconds : on ne fait pas mieux en matière d’’évangélisation des musulmans et de nos petits païens sur les plages. Sans parler du pèlerinage de Pentecôte à Chartres, en croissance constante.

Avec le scoutisme et la communauté S.Martin, cette mouvance ecclésiale est celle qui donne le plus grand nombre de vocations sacerdotales à l’Eglise. Je suis témoin de la belle ferveur qui règne au séminaire de Witgratzbad en Bavière, établi grâce à un certain cardinal… Ratzinger.

Dans un monde tellement féroce où le combat pour la fidélité à Jésus et à son Evangile relève de l’héroïsme, où ils sont déjà marginalisés, méprisés, tournés en dérision dans leurs écoles, comme même en famille, où toutes leurs valeurs sont bafouées, sinon prostituées, où ils se retrouvent terriblement seuls et isolés, tellement insécurisés, parfois à la limite du désespoir : pourquoi, mais pourquoi donc leur refuser ces quelques places fortes qui leur donnent la force, le courage, l’audace d’entrer en résistance et de tenir? Cela en pleine zone de turbulence pour l’Eglise, en plein collapse de la foi dans le monde. La guerre contre le Christ et son Eglise est déchainée, nous sommes en plein duel homicide-Prince de la vie, les jeunes ont droit plus que jamais à être soutenus, fortifiés, armés, simplement sécurisés. Ne leur fermons pas certains de nos plus beaux refuges. Tel un refuge de haute-montagne au milieu des mortelles crevasses.

Dans l’aride désert d’une société ou gagne « l’apostasie silencieuse de l’homme qui croit être heureux sans Dieu » (JP II), ces groupes et paroisses sont de véritables et rafraichissantes oasis. Leurs plus belles fleurs : ces jeunes et même enfants parvenus aux cimes lumineuses de la sainteté. Comment ne pas évoquer une Anne-Gabrielle Caron, de la paroisse des Missionnaires de la miséricorde à Toulon, dont la cause de béatification est déjà ouverte. Et de la petite martyre Jeanne-Marie Kegelin, en Alsace, dont deux frères sont prêtres de la Fraternité S.Pierre. (Pourvu que ce ne soit pas la raison qui retarderait sa propre cause.)

Une piqure de stérilisation ?

Après tout cela, comment comprendre que le Pape semble viser tout simplement leur extinction, dissolution, liquidation pure et simple ? Cela par la simple application des normes désormais imposées ? Cela ressort du fait qu’on arrache leurs prêtres à leur paroisse, et interdit d’en créer de nouvelles : n’est-ce pas une forme de piqure de stérilisation ? Qu’aucun nouveau prêtre de rite ordinaire ne pourra célébrer la messe dite tridentine, sans indult de son évêque qui, lui, est tenu de suivre les directives romaines.

Le pire : en déclarant que le missel (messe et autres sacrements inclus) de S.Jean XXIII ne relève plus du rite Romain, puisque la « seule expression » de celui-ci est désormais l’unique missel de Paul VI. Ce rite est donc ipso facto relégué dans le passé, périmé, dépassé, et se retrouve en apesanteur dans le vide…

N’est-ce pas là un coup de poignard dans le dos, ou plutôt en plein cœur, de notre cher Benoit XVI ? Son trait de génie avait été de sauver ce rite en en faisant tout simplement la seconde variante ou forme de l’unique rite Romain. Quel courage ne lui a-t-il pas fallu ! Et ce n’était absolument pas par simple diplomatie ou politique ecclésiale, comme l’insinue le motu proprio. Combien de fois n’at-t-il pas affirmé que ce rite qui avait sanctifié le peuple chrétien, irrigué toute l’Eglise, donné tant de fruits de sainteté pendant tant de siècles, avait plein droit de cité aujourd’hui et faisait partie intégrale de la liturgie latine et romaine.

C’était un scandale d’avoir essayé de l’évacuer, voici quelque 6O ans. Et tout-à-coup, brutalement, d’un trait de plume le voilà abrogé par un Pape assurément moins liturgique dans l’âme que ce Benoit XVI à l’âme toute bénédictine.

Benoit XVI en sa retraite monastique va-t-il devoir mendier à son successeur l’autorisation de célébrer encore ce rite qu’il a tant aimé et qu’il avait réussi, magistralement, à sauver ?

Un risque de schisme ou de clandestinité ?

Encore ceci : l’intention de notre Saint Père est surement belle et bonne : protéger la communion dans le peuple de Dieu. Mais l’effet risque fort d’être exactement contraire.

J’en tremble : beaucoup risquent d’être tentés tout simplement de rallier Ecône et la Fraternité S.Pie X, à laquelle Pape Francois avait tendu généreusement la main, en l’année de la Miséricorde. Voici quelques 40 ans, ils s’étaient héroïquement détachés de Mgr Lefebvre, pour retrouver l’Eglise-Mère de Rome, accueillis les bras grands ouverts par S.Jean-Paul II. (Comment oublier la lumineuse figure de Jean-Paul Hivernat d’Ecône puis Rome et Versailles, au sillage de sainteté). Et voilà qu’on les accule à dire : « Bon, vous ne voulez plus de nous : on retourne d’où on vient. Tant de sacrifices, c’était donc pour rien ! Jean-Paul II et Benoit XVI nous aimaient, nous comprenaient, ainsi que bon nombre de merveilleux et courageux évêques, et nous voilé floués, du jour au lendemain. »

Bref, c’est un réel risque de « schismes qui fleuriront de toutes parts si des évêques abrupts imposent leur pouvoir à des abbés raides » (G.Privat). Ou bien, ce sera la tentation de se terrer dans la clandestinité…

La Communion Trinitaire n’implique-t-elle pas l’œcuménisme intra-catholique ?

La Communion ecclésiale n’est-elle donc pas celle-là même de la Toute Sainte Trinité (Jn 17) c’est à dire celle de la beauté en sa diversité ? Plus grande sont les différences- à condition qu’elles soient vécues comme complémentaires-plus l’Eglise en est belle. L’altérité n’est-elle pas condition de la fécondité ? Pourquoi avons-nous tant de peine à recevoir, accueillir, aimer ces frères et sœurs baptisés, avec leur sensibilité, leur désirs, leurs charismes propres et spécifiques, même et surtout s’ils ne sont pas les nôtres? Pourquoi imposer aux jeunes, déjà tellement fragilisés, nos propres préférences   Nous respectons bien nos frères catholiques des saintes Eglises Orientales. A Rome même une Congrégations leur est consacrée. Nous sommes émerveillés par leurs somptueuses divines liturgies, qu’elles soient coptes, éthiopiennes, arméniennes, syriaques, maronites, melchites ou byzantines russe ou grecque, et nous refusons la liturgie latine et romaine en son expression traditionnelle !

Pour être logique, il faudrait uniformiser toute la vie monastique ou religieuse ! Bénédictins, Cisterciens, Chartreux, Carmélites, Clarisses : adieu ! Il faudrait uniformiser tous les mouvements spirituels, dans leurs agaçantes diversités. Néo-catéchuménat, Focolaris, Renouveau charismatique, Oaza, Communione e liberazione : exit ! Traditions et sensibilités bénédictine, carmélitaine, franciscaine, dominicaines, jésuites, vincentienne, salésienne, etc. : à la poubelle !

Non et non, l’unité n’est pas l’uniformité, mais la diversité ! La communion n’est pas l’horizontalité, mais la complémentarité !

Saint Jean-Paul II l’avait bien exprimé dans son motu proprio Ecclesia Dei : «  Tous les pasteurs et les autres fidèles doivent avoir une conscience nouvelle non seulement de la légitimité, mais aussi de la richesse que représente pour l’Eglise la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d’apostolat. Cette diversité constitue aussi la beauté de l’unité dans la variété : telle est la symphonie que, sous l’action de l’Esprit-Saint, l‘Eglise terrestre fait monter vers le Ciel »

Entendrez-vous les cris et les larmes de vos propres enfants ?

Le Saint Père a-t-il mesuré l’impact, si ce n’est la secousse sismique, qu’une telle intransigeance risque de provoquer, dans l’Eglise et même hors de l’Eglise ? Qu’une personne aussi athée, à l’incontestable aura, que Michel Onfray, ose avouer qu’il en est « consterné ». Précisant : « La messe en latin est le patrimoine du temps généalogique de notre civilisation. Elle hérite historiquement et spirituellement d’un long lignage sacré de rituels, de célébrations, de prières, le tout cristallisé dans une forme qui offre un spectacle total » Et avec son sarcasme habituel qu’évidemment je ne fais pas mien : «Pour ceux qui croient en Dieu, la messe en latin est à la messe du Long Fleuve tranquille… ce qu’est la basilique romaine contemporaine de S.Augustin à une salle polyvalente dans une barre d’immeubles : on y chercherait en vain le sacré et la transcendance. »

A-t-il pensé à la secousse que vont éprouver nos frères des saintes Eglises Orthodoxes. Le motu proprio de Benoit XVI, très estimé par eux comme un grand théologien, les avait rassuré : que l’Eglise latine garde fidèlement et protège un rite liturgique ayant traversé des siècles. Et maintenant, de se poser la question, angoissés: ne va-t-on pas le jeter aux orties ?

A-t-il pressenti le séisme probable chez tant et tant de jeunes, de jeunes couples, de familles entières qui vont en être déstabilisés, déroutés, découragés, tentés par la révolte. Jusqu’ici ils aimaient leur Pape François- aussi attachant et déroutant soit-il-, ils étaient fidèle au magistère romain, et maintenant les voici guettés par le doute, la méfiance, sinon le rejet, avec l’impression amère d’avoir été floué, reniés sinon trahis.

Comment ne pas pleurer avec eux ?

Qu’au moins une grande vague de compassion baptismale, d’affection fraternelle, et paternelle du côté de nos évêques, d’ardentes prières les entourent, les réconfortent, les consolent, les soutiennent, les encouragent, les accueillent. Ardemment. Généreusement. C’est à dire amoureusement.

Cher Saint-Père – que par ailleurs j’aime, estime et admire –, au nom d’un grand nombre de mes amis, jeunes et moins jeunes, j’ose vous partager, en toute simplicité filiale, ma profonde douleur. Mais animé d’une folle confiance, je me risque à espérer que, à l’écoute de tant de larmes sur les joues de vos propres enfants vous aurez le courage et l’humilité de revenir sur une décision d’une telle intransigeance, cela en dépit de votre finale : « malgré toute chose contraire, même si digne de mention particulière ».

Contre toute espérance, j’espère !

Frère Daniel-Ange.

Ce 23 Juillet,

40e anniversaire de mon Ordination sacerdotale

au congrès Eucharistique international à Lourdes.

“Tu devras un jour en répondre devant Dieu”

publié le 10 mai 2021, 00:17 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 10 mai 2021, 00:19 ]

Le Père Richard Kalka, ancien aumônier des parachutistes de 1985 à 2015, répond au Chef d'État-Major des armées, François Lecointre, suite à sa prise de position concernant la tribune des généraux publiée dans Valeurs actuelles.


François Lecointre, chef d'État-Major des armées. 

Au chef d’état-major des armées

Mon Général, nous nous sommes croisés la dernière fois en juin 2019, au colloque consacré au 25ème anniversaire de l’opération Turquoise. Je ne suis pas très connu dans l’armée française, mais l’armée de terre me connaît, surtout les parachutistes. La plupart des soldats savent qui je suis : celui qui, depuis 1985, les a accompagnés sur tous les théâtres d’opération. Je dis bien « tous », jusqu’à l’Afghanistan, la dernière mission de mon parcours. J’ai toujours répondu « présent » pour être en tant que prêtre, ami et frère d’armes dans n’importe quelles conditions à côté de ceux qui avaient besoin de moi. Dans « la boue, la sueur et la bagarre », comme ils disaient. Et ils étaient nombreux, très nombreux. Il suffit de leur poser la question ; encore faut-il pouvoir le faire, car pour les questionner il faut être près d’eux, à leur côté. Ce qui n’est plus ton cas depuis fort longtemps, même si tu peux t’encenser d’un fait d’armes à Sarajevo, grâce au courage des soldats-marsouins de ta section.

Comme tu sais, mais tu préfères l’ignorer, nous étions deux ou trois fois sur les mêmes théâtres d’opération. Aujourd’hui, nous sommes aussi ensemble au combat, mais ce combat est d’une autre nature. Tout chef, lorsqu’il doit prendre des décisions importantes, est seul. J’ai connu, à plusieurs reprises, cette solitude des chefs. Dans certains cas, ils m’ont demandé de prier pour eux. Comme aujourd’hui, je prie pour toi. Mais il y a deux catégories de chef et deux sortes de solitude. Le premier est pendu au câble du téléphone et attend les directives venant d’en haut. Quelles que soient ces directives, il les accepte sans broncher, car il ne pense qu’à son avancement. Le second se met devant Dieu et sa conscience, et décide. Oui, je sais, ce n’est pas évident de prendre ce genre de décision, c’est même très dur d’assumer ainsi cette volonté qui pourrait être, et en général, elle est celle du Ciel. Elle vient toujours du Ciel, d’ailleurs, dès qu’il est question de vérité, de courage et d’honneur.

En voulant aujourd’hui punir et sanctionner les soldats – je les appelle « soldats », quel que soit leur grade parce qu’ils ont eu le courage d’aller au feu – tu revêts l’uniforme du premier, celui qui ne pense qu’à lui et son avancement. Es-tu fier ? Quel avancement, puisque tu es au sommet de la carrière militaire ! Je te plains sincèrement. Tu devras un jour en répondre devant Dieu, si tu es croyant. En attendant, tu pourras t’enorgueillir d’avoir cassé tes anciens qui n’avaient pour bouclier, face au pouvoir politique indigne, que leur honneur mué en un cri d’alarme. Et surtout tu pourras te complimenter d’avoir puni sous les feux de la rampe des soldats plus jeunes parce qu’ils avaient osé s’associer à ce cri de désespoir, à la vérité qu’il traduit. Tu pourras te vanter d’avoir en même temps jeté l’opprobre sur les Anciens et sanctionné des Jeunes, à cause de leur courage.

Candor Lucis Aeternae

publié le 23 avr. 2021, 15:54 par Pierre Roland-Gosselin

François, à la suite de ses prédécesseurs, Benoît XV, Paul VI, et bien d’autres, a commis une lettre apostolique – Candor Lucis Aeternae - sur Dante Alighieri, auteur du poème « la Divine Comédie », à l’occasion du VII centenaire de sa mort.

Cette lettre est parue le jeudi 25 mars dernier en la fête de l’Annonciation.

 Pourquoi les papes successifs se donnent-ils la peine d’écrire une lettre apostolique ou encyclique à l’occasion des anniversaires de naissance ou de décès de Dante ?  L’Eglise ne lui a pourtant ni donné le titre de docteur de l’Eglise ni ne l’a pas proposé en exemple en le canonisant.

 Dans sa lettre, François nous présente Dante comme « prophète d’espérance et témoin de la soif d’infini inscrite au cœur de l’homme. »

Benoît XV , cent ans auparavant,  affirmait que Dante, en écrivant ce poème souhaitait «  arracher les mortels d’ici-bas à leur condition misérable », celle du péché, «  pour les conduire à l’état du bonheur », celui de la divine grâce.

 Le long parcours de « conversion » de Dante, partant de l’enfer où il mesure sa petitesse et ses lâchetés jusqu’au Paradis en passant par le Purgatoire est un message d’Espoir et d’Espérance pour tous les hommes de bonne volonté.

 « Car il n'est que l'Espérance pour animer notre cœur » dit la chanson.

 En ces temps-ci, il est bon de se vivifier en lisant ces lettres apostoliques et peut-être aussi la Divine Comédie.

 

pour la lire:

http//www.vatican.va/content/francesco/fr/apost_letters/documents/papa-francesco-lettera-ap_20210325_centenario-dante.html









Que devient le cardinal Sarah ?

publié le 18 avr. 2021, 03:54 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 18 avr. 2021, 03:54 ]



De Loup Besmond de Senneville (à Rome) sur le site du journal La Croix :

Que devient le cardinal Robert Sarah ?

Depuis qu’il a quitté la tête de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le 20 février, le cardinal guinéen multiplie les prises de position publiques.

15/04/2021 

Il n’a plus aucune fonction officielle, mais il demeure très actif. Si le cardinal Robert Sarah n’est plus à la tête de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le 20 février (son successeur n’a pas encore été nommé), il n’a pas pour autant quitté Rome.

À 75 ans, le cardinal guinéen, ancien archevêque de Conakry de 1979 à 2001, a même multiplié, ces dernières semaines, les prises de position publiques sur les sujets des plus sensibles. Premier d’entre eux : les restrictions imposées pour la célébration des messes à Saint-Pierre de Rome, où les prêtres ne peuvent plus, depuis le 22 mars, présider seuls des messes sans fidèles.

« Diminution du don de la grâce »

« Je supplie humblement le Saint-Père de décider du retrait des récentes normes décrétées par la Secrétairerie d’État, qui manquent autant de justice que d’amour, qui ne correspondent pas à la vérité ni au droit », écrit ainsi le cardinal Sarah, dans une longue lettre transmise au vaticaniste Sandro Magister, traduite et publiée en quatre langues.

Dans cette même missive, le cardinal apporte ainsi son soutien aux cardinaux Burke, Müller et Brandmüller, qui s’étaient tous trois déjà opposés aux nouvelles règles en la matière. « La beauté de la célébration ne s’obtient donc pas automatiquement en interdisant purement et simplement la célébration individuelle de la Messe ni en imposant la concélébration », écrit le cardinal, qui craint qu’en « contraignant les prêtres à concélébrer et donc en réduisant le nombre de Messes célébrées, on obtienne une diminution du don de la grâce fait à l’Église et au monde ».

Quelques jours plus tard, le cardinal a également salué, dans une lettre rendue publique par le site français « Renaissance catholique », la publication d’un livre critiquant la distribution de la communion dans la main. « Cet ouvrage constituera un élément important de la réflexion que je souhaite sur ce sujet en vue d’un retour à la pratique traditionnelle de la communion sur les lèvres », écrit-il.

Un compte suivi par 80 000 personnes

Plus récemment encore un autre sujet a suscité une réaction de l’ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin : l’arrestation de deux prêtres de l’église parisienne Saint-Eugène Sainte-Cécile, à qui il est reproché d’avoir célébré la veillée pascale sans respecter les normes sanitaires en vigueur.

Dans ce message, lu en chaire dans l’église dimanche 11 avril, il assure notamment les prêtres de son « soutien » et de sa « compassion »« “Je frapperai le pasteur et les brebis du troupeau seront dispersées”, dit Jésus le soir du Jeudi Saint », écrit encore le cardinal, affirmant que « cette phrase de l’Écriture Sainte (lui) est venue spontanément à l’esprit » lorsqu’il a pris connaissance des articles sur la veillée pascale célébrée à Saint-Eugène Sainte-Cécile.

Toujours membre des congrégations des causes des saints, et de l’évangélisation des peuples, le cardinal Sarah alimente également quasiment chaque jour son compte Twitter, suivi par plus de 83 000 abonnés, notamment avec des citations issues de ses livres. Comme tous les cardinaux, il est encore électeur jusqu’à l’âge de 80 ans.

Le soutien du cardinal Sarah au curé de Saint-Eugène-Sainte-Cécile

publié le 18 avr. 2021, 00:58 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 18 avr. 2021, 00:58 ]

    Le soutien du cardinal Sarah au curé de Saint-Eugène-Sainte-Cécile

         Cher monsieur le curé,

« Je frapperai le pasteur et les brebis du troupeau seront dispersées » (Mt 26, 31), dit Jésus le soir du Jeudi Saint en citant le prophète Zacharie : « Frappe le berger, et que les brebis soient dispersées » (13, 7). Cette phrase de l’Ecriture Sainte m’est venue spontanément à l’esprit en prenant connaissance des nombreux articles et reportages relatant la Vigile pascale de cette année dans l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile de Paris. Je désire vous exprimer, ainsi qu’à M. l’abbé Gabriel Grodziski, mon soutien et ma compassion dans cette épreuve qui vous touche en tant que curé, et donc pasteur d’âmes, en vous demandant de bien vouloir transmettre aux paroissiens de l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile l’assurance de ma prière très fervente, en particulier à l’autel du Saint-Sacrifice de la Messe. Je me souviens avec joie et action de grâces de ma visite si réussie en mars 2015 qui m’avait permis d’apprécier l’accueil d’une communauté paroissiale dont la ferveur m’avait touché.

Je vous bénis tous de tout cœur en vous confiant à Notre-Dame Consolatrice et à Saint Joseph, le Protecteur de l’Eglise universelle en cette année qui lui est consacrée.

En vous souhaitant bon courage et une confiance en Dieu à toute épreuve dans la Lumière de Pâques que nous célébrons en ce moment dans la joie, je vous prie de croire en mes sentiments très cordiaux dans le Christ ressuscité, avec l’assurance de ma prière pour votre ministère sacerdotal à Saint-Eugène-Sainte Cécile.

Robert Card. Sarah

Béatification samedi 17 avril 2021 à l'abbaye cistercienne de Casamari-

publié le 15 avr. 2021, 12:17 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 15 avr. 2021, 12:18 ]

Sous le Directoire, en 1799, les soldats français de la Révolution battent en retraite face aux Autrichiens. Les troupes du général Championnet occupaient Naples où  la République parthénopéenne avait été proclamée le 21 janvier 1799. A l’abbaye cistercienne de Casamari, qui existe encore aujourd'hui, près de Frosinone (Latium), les Pères Siméon Cardon, moine français,  et Domenico Maria Zawrel ainsi que les Frères Albertino Maria Maisonade, Modeste Maria Burgen, Maturino Maria Pitri et Zosimo Maria Brambat ont été tués « en haine de la foi », par des soldats de l'armée révolutionnaire française qui pillaient l'abbaye le soir du 13 mai 1799, lors de leur retraite du royaume des Deux-Siciles.

Ces six moines de Casamari avaient vaillamment résisté afin de défendre l’Eucharistie et les vases sacrés.


Siméon Cardon et de cinq de ses compagnons, religieux cisterciens tués dans l'abbaye de Casamari en haine de la foi entre le 13 et le 16 mai 1799, lors de la retraite des troupes françaises du royaume des Deux-Siciles,
En janvier 1799, Naples est occupée par les Français, en avril de la même année, l'armée révolutionnaire subit plusieurs défaites contre l'Autriche et cette circonstance conduit les troupes françaises à se diriger vers le nord. Dans la retraite, les Français ont commis toutes sortes de ravages et de meurtres, s'en prenant particulièrement aux églises et aux monastères. Les soldats français étaient imprégnés d'idées révolutionnaires, contraires à l'Église et à la foi chrétienne. Le 13 mai 1799, après avoir saccagé l'abbaye de Montecassino, vingt soldats sont entrés dans l'abbaye de Casamari à la recherche d'objets précieux à piller.
Les Serviteurs de Dieu ont résisté avec un courage héroïque pour défendre l'Eucharistie, les vases sacrés et les vêtements de la profanation. Ils ont été tués avec férocité avec des coups de sabre et de baïonnette.
- Siméon Cardon est né à Cambrai, il a fait sa profession religieuse le 4 août 1782, au monastère bénédictin de la Congrégation de San Mauro à Saint-Faron de Meaux. Pendant la Révolution française, il s'oppose publiquement à la Constitution civile du clergé et, en 1795, il doit fuir la France, se réfugiant à l'abbaye de Casamari. En 1798, Après avoir été trésorier, il est devenu prieur de l'abbaye.
Il s'est distingué pour sa sainteté de vie et surtout pour sa charité envers les malades. Il mourut le 14 mai 1799, après avoir été abattu par des soldats français.
- Domenico Maria Zawrel, né en 1725 à Cadovio (aujourd'hui République tchèque), est d'abord devenu religieux dominicain. Se sentant attiré par la vie monastique, en 1776, il demanda à entrer à l'abbaye de Casamari, faisant sa profession religieuse le 6 juin 1777.
Il était apprécié pour sa vie de prière et pour sa sagesse. Il a été tué dans la nuit du 13 mai 1799.
- Albertino Maria Maisonade, né à Bordeaux. En 1792, il entra à l'abbaye de Casamari, où il fit sa simple profession le 20 novembre 1793, comme moine choriste.
Le 13 mai 1799, il fut tué de deux coups de pistolet, alors qu'il priait avec Domenico Zawrel.
- Zosimo Maria Brambat, né à Milan, entra à l'abbaye de Casamari en 1792. Il fut admis au noviciat en 1794 et, le 20 novembre 1795, fit sa simple profession. Après avoir été attaqué et mortellement blessé le 13 mai 1799, il mourut trois jours plus tard, le 16 mai 1799, alors qu'il se rendait à Boville Ernica (Frosinone, Italie), souhaitant recevoir les derniers sacrements.
- Modeste Maria Burgen, originaire de Bourgogne, avait été trappiste à l'abbaye des Sept-Fonti, qu'il a dû abandonner après le début de la Révolution française. Entré dans l'abbaye de Casamari en janvier 1796 en tant que novice, il prononce de simples vœux monastiques le 9 janvier 1797. Le 13 mai 1799, il est tué par des soldats français.
- Mathurin Marie Pitri, né à Fontainebleau, est arrivé en Italie enrôlé, contre son gré, dans l'armée française. À Veroli, il a été hospitalisé pour une maladie grave et là, il dit à Simeone Cardon sa volonté de devenir moine cistercien s'il était guéri. Après la maladie, caché dans la maison du curé de l'hôpital de Veroli qui l'a accompagné à l'abbaye de Casamari, il a été accueilli en janvier 1799. Il a été abattu le 13 mai 1799.
Alors que la plupart des moines essayaient de se sauver, les Serviteurs de Dieu ont résisté avec un courage héroïque pour défendre l'Eucharistie, les vases sacrés et les vêtements de la profanation. Ils ont été tués avec férocité avec des coups de sabre et de baïonnette

L' EGLISE DIT NON AUX BENEDICTIONS HOMOSEXUELLES

publié le 20 mars 2021, 05:24 par Olivier du Chambon

Responsum de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à un dubium concernant la bénédiction des unions de personnes du même sexe, 15.03.2021À LA QUESTION PROPOSÉE:

L'Église a-t-elle le pouvoir de donner des bénédictions aux unions de même sexe?

LA RÉPONSE:
Négativement.

Note explicative

Dans certaines régions ecclésiales, des projets et des propositions de bénédictions pour les unions homosexuelles se répandent. Il n'est pas rare que de tels projets soient motivés par une volonté sincère d'accueillir et d'accompagner les personnes homosexuelles, à qui des voies de croissance dans la foi sont proposées, "afin que ceux qui manifestent la tendance homosexuelle puissent avoir l'aide nécessaire pour comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu dans leur vie " [1] .

Dans ces voyages, l'écoute de la parole de Dieu, la prière, la participation aux actions liturgiques ecclésiales et l'exercice de la charité peuvent jouer un rôle important en soutenant l'engagement à lire sa propre histoire et à adhérer librement et en responsabilité à son appel de baptême, car " Dieu aime chaque personne et l'Église aussi " [2] , rejetant toute discrimination injuste.

Parmi les actions liturgiques de l'Église , les sacramentaux ont une importance singulière , «des signes sacrés par lesquels, avec une certaine imitation des sacrements, ils sont signifiés et, à la demande de l'Église, surtout des effets spirituels sont obtenus. A travers eux, les hommes sont préparés à recevoir l'effet principal des sacrements et les diverses situations de la vie sont sanctifiées » [3] . Le Catéchisme de l'Église catholique précise donc que «les sacramentaux ne confèrent pas la grâce du Saint-Esprit à la manière des sacrements; mais par la prière de l'Église, ils se préparent à recevoir la grâce et disposent à coopérer avec elle »(n. 1670).

Au genre des sacramentaux appartiennent les bénédictions , avec lesquelles l'Église «appelle les hommes à louer Dieu, les invite à demander sa protection, les exhorte à mériter, avec la sainteté de la vie, sa miséricorde» [4] . De plus, «institués d'une certaine manière à l'imitation des sacrements, ils se réfèrent toujours et principalement à des effets spirituels, qu'ils obtiennent à la demande de l'Église» [5] .

Par conséquent, pour être cohérent avec la nature des sacramentaux, lorsqu'une bénédiction est invoquée sur certaines relations humaines, il est nécessaire - en plus de la bonne intention de ceux qui y participent - que ce qui est béni soit objectivement et positivement ordonné de recevoir et exprimer la grâce., selon les plans de Dieu inscrits dans la création et pleinement révélés par le Christ Seigneur. Par conséquent, seules les réalités qui sont en elles-mêmes ordonnées pour servir ces desseins sont compatibles avec l'essence de la bénédiction donnée par l'Église.

Pour cette raison, il n'est pas permis de conférer une bénédiction aux relations, voire aux partenariats stables, qui impliquent une pratique sexuelle en dehors du mariage (c'est-à-dire en dehors de l'union indissoluble d'un homme et d'une femme ouverts en eux-mêmes à la transmission de la vie), comme c'est le cas pour les unions homosexuelles [6] . La présence dans de telles relations d'éléments positifs, qui sont en eux-mêmes à apprécier et à valoriser, ne peut cependant pas les co-honorer et donc en faire légitimement l'objet d'une bénédiction ecclésiale, puisque ces éléments sont au service d'une union qui n'est pas ordonnée au plan du Créateur.

De plus, comme les bénédictions sur les personnes sont liées aux sacrements, la bénédiction des unions homosexuelles ne peut être considérée comme licite, car elle constituerait en quelque sorte une imitation ou une référence d'analogie avec la bénédiction nuptiale [7] , invoquée sur l'homme et la femme qui s'unir dans le sacrement du mariage, étant donné qu '«il n'y a pas de fondement pour assimiler ou établir des analogies, même pas lointaines, entre les unions homosexuelles et le plan de Dieu pour le mariage et la famille» [8] .

La déclaration d'illégalité des bénédictions des unions entre personnes de même sexe n'est donc pas, et n'a pas l'intention d'être, une discrimination injuste, mais plutôt de rappeler la vérité du rite liturgique et de ce qui correspond profondément à l'essence de la sacramentaux, tout comme l’Église qu’il les destine.

La communauté chrétienne et les pasteurs sont appelés à accueillir les personnes à penchant homosexuel avec respect et délicatesse, et sauront trouver les moyens les plus adéquats, cohérents avec l'enseignement ecclésial, d'annoncer l'Évangile dans sa plénitude. Ceux-ci, en même temps, reconnaissent la proximité sincère de l'Église - qui prie pour eux, les accompagne, partage leur chemin de foi chrétienne [9] - et accepte leurs enseignements avec une sincère disponibilité.

La réponse au dubium proposé n'exclut pas que les bénédictions soient données à des personnes ayant une inclination homosexuelle [10] , qui manifestent la volonté de vivre dans la fidélité aux desseins révélés de Dieu comme le propose l'enseignement ecclésial, mais déclare toute forme de bénédiction comme illicite qui tend à de reconnaître leurs syndicats. Dans ce cas, en effet, la bénédiction manifesterait l'intention de ne pas confier certaines personnes individuelles à la protection et à l'aide de Dieu, dans le sens mentionné ci-dessus, mais d'approuver et d'encourager un choix et un mode de vie qui ne peuvent être reconnus. comme objectivement ordonné aux plans révélés de Dieu [11] .

En même temps, l'Église rappelle que Dieu lui-même ne cesse de bénir chacun de ses enfants pèlerins dans ce monde, car pour lui «nous sommes plus importants que tous les péchés que nous pouvons faire» [12] . Mais il ne bénit ni ne peut bénir le péché: il bénit l'homme pécheur, afin qu'il reconnaisse qu'il fait partie de son plan d'amour et se laisse changer par lui. En effet, il «nous prend tels que nous sommes, mais ne nous laisse jamais tels que nous sommes » [13] .

Pour les raisons susmentionnées, l'Église n'a ni ne peut disposer du pouvoir de bénir les unions de personnes du même sexe dans le sens entendu ci-dessus.

Le Souverain Pontife François, au cours d'une audience accordée au Secrétaire soussigné de cette Congrégation, a été informé et a donné son consentement à la publication du Responsum ad dubium susmentionné , accompagné d'une Note explicative .

Donné à Rome, par le Siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 22 février 2021, fête de la Chaire de Saint Pierre, l'Apôtre.

Luis F. Card. Ladaria, OUI
Préfet

✠ Giacomo Morandi
Archevêque tit. du secrétaire de Cerveteri


Encyclique "Sur notre devoir de réparation envers le Sacré-Cœur de Jésus"

publié le 27 févr. 2021, 02:13 par Pierre Roland-Gosselin

Lettre encyclique

Miserentissimus Redemptor

8 mai 1928

Sur notre devoir de réparation envers le Sacré-Cœur de Jésus

Pie XI

Donné à Rome, près Saint-Pierre le 8 mai 1928

A nos vénérables frères Patriarches, Primats, Archevêques, Évêques et autres Ordinaires des lieux, demeurant en paix et en communion avec le Siège apostolique : sur les prières et les sacrifices à présenter au Sacré-Cœur dans les épreuves présentes du genre humain.

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction apostolique !

 Introduction : La promesse du Christ d'assister son Église.

Notre Rédempteur très miséricordieux venait d'opérer, sur le bois de la Croix, le salut du genre humain ; sur le point de remonter de ce monde vers son Père, il dit à ses Apôtres et à ses disciples pour les consoler :
Voici que je suis avec vous jusqu'à la fin du monde. Cette parole, outre qu'elle est très agréable à entendre, est génératrice d'espérance et de sécurité, c'est elle, Vénérables Frères, qui Nous réconforte toutes les fois que, du haut de ce Siège, comme d'un observatoire élevé, Nous parcourons du regard soit l'ensemble de la société humaine entière, accablée de maux et de misères si nombreuses, soit l'Église elle-même, livrée à des attaques et à des embûches incessantes.

C'est cette divine promesse qui, à l'origine, éleva le courage des Apôtres abattus, les enflamma d'un zèle ardent pour répandre à travers le monde entier la semence de la doctrine évangélique ; c'est elle encore qui, dans la suite, a soutenu l'Église dans sa lutte victorieuse contre les portes de l'enfer. L'assistance de Notre Seigneur Jésus-Christ, il est vrai, n'a jamais fait défaut à son Église. Toutefois, son secours et son appui furent d'autant plus présents qu'elle était assaillie de dangers ou de calamités plus graves ; les remèdes les mieux en rapport avec les conditions des temps et des circonstances lui étant alors fournis par cette divine Sagesse qui atteint avec force d'une extrémité à l'autre et dispose tout avec douceur.

Objet de l'Encyclique, son opportunité.

Même en ces derniers temps on ne peut vraiment dire que la main du Seigneur se soit raccourcie, et plus spécialement lorsqu'une erreur s'insinua et se propagea si loin que l'on pût craindre que, les âmes détournées de l'amour de Dieu et de la familiarité avec lui, les sources mêmes de la vie chrétienne vinssent, en quelque sorte, à se dessécher. Les plaintes que le Christ très aimant fit entendre dans ses apparitions à Marguerite-Marie Alacoque, les désirs aussi et les volontés qu'il signifia à l'adresse des hommes et pour leur bien, certains peut-être les ignorent encore, d'autres les négligent. C'est pour cette raison, Vénérables Frères, que Nous voulons vous entretenir quelques instants du devoir qui nous incombe de faire amende honorable au Cœur sacré de Jésus, pour Nous servir de l'expression courante. Nous avons la conviction que vous déploierez votre zèle pour instruire chacun de vos fidèles de toute la doctrine que Nous allons vous transmettre et que vous les encouragerez à la mettre en pratique.

I- Le Cœur de Jésus :

A)        Symbole de charité et de paix.

Parmi les nombreuses preuves de l'infinie bonté de notre Sauveur, il en est une qui brille d'un éclat tout particulier. Alors que la charité des fidèles allait se refroidissant, ce fut la charité même de Dieu qui se proposa pour être honorée d'un culte spécial, et les trésors de sa bonté se répandirent largement, grâce à la forme du culte rendu au Cœur sacré de Jésus, dans lequel sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse.

Jadis, à la sortie de l'arche de Noé, Dieu notifia par un signe son pacte d'amitié avec le genre humain, en faisant briller un arc resplendissant dans les nuées. De même, à l'époque si troublée où se répandait l'hérésie, perfide entre toutes, du jansénisme qui étouffait l'amour et la piété dus à Dieu, en le présentant moins comme un Père digne d'amour que comme un juge à craindre pour sa sévérité implacable, Jésus vint, dans sa bonté infinie, nous montrer son Cœur sacré tel un symbole de paix et de charité offert aux regards des peuples ; c'était un gage assuré de victoire dans les combats. Aussi Notre prédécesseur d'heureuse mémoire, Léon XIII, considérant justement, dans sa Lettre encyclique Annum sacrum, l'admirable opportunité du culte envers le Cœur sacré de Jésus, n'hésitait pas à dire : ”Quand l'Église, encore toute proche de ses origines, gémissait sous le joug des Césars, une croix apparut dans le ciel à un jeune empereur ; elle était le présage et la cause d'un insigne et prochain triomphe. Aujourd'hui, un autre symbole divin d'heureux augure apparaît à nos yeux : c'est le Cœur très sacré de Jésus, surmonté de la croix et resplendissant d'un éclat incomparable au milieu des flammes. Nous devons placer en lui toutes nos espérances, c'est à lui que nous devons demander le salut des hommes, et c'est de lui qu'il faut l'attendre.”

B)        Synthèse de la religion.

Et c'est à juste titre, Vénérables Frères. Car ce signe éminemment propice et la forme de dévotion qui en découle ne renferment-ils point la synthèse de la religion et la norme d'une vie d'autant plus parfaite qu'elle achemine les âmes à connaître plus profondément et plus rapidement le Christ Seigneur, à l'aimer plus ardemment et à l'imiter avec plus d'application et plus d'efficacité ? Qu'on ne s'étonne point dès lors que Nos prédécesseurs aient constamment défendu cette forme si excellente de dévotion contre les accusations de ses détracteurs, qu'ils l'aient couverte de louanges et qu'ils aient mis tout leur zèle à la propager, suivant les exigences des temps et des lieux. Sous le souffle de Dieu, la piété des fidèles envers le Cœur sacré de Jésus n'a point cessé de croître ; d'où l'éclosion de toutes parts des confréries vouées à la diffusion du culte du Sacré-Cœur ; de là encore l'usage de la communion du premier vendredi du mois, conforme aux désirs du Christ-Jésus lui-même, et maintenant répandu à peu près partout.

II. Formes du culte du Sacré-Cœur :

A)        La consécration au Sacré-Cœur.

Parmi toutes ces pratiques de la dévotion au Sacré-Cœur, il en est une remarquable qui mérite d'être signalée, c'est la pieuse consécration par laquelle, offrant à Dieu nos personnes et tous les biens que nous tenons de son éternelle bonté, nous les vouons au divin Cœur de Jésus. Ce devoir de piété que Notre Seigneur voudrait voir tous les hommes lui rendre et qu'il réclame moins en raison de ses droits qu'en vertu de son immense amour pour nous, il l'enseigna lui-même à Marguerite-Marie, la très fidèle servante de son Cœur. Elle et son directeur spirituel, Claude de la Colombière, furent les premiers à le lui offrir ; avec le temps, d'autres ont suivi : des hommes isolés d'abord, puis des familles, des associations, enfin même des magistrats, des villes et des nations.

B)        Pratique et diffusion de cette consécration.

Au siècle dernier et jusqu'au nôtre, des impies en sont venus, par leurs machinations, à faire repousser l'empire du Christ et à provoquer une guerre ouverte contre l'Église ; on promulgue des lois et des décrets contraires au droit divin aussi bien qu'au droit naturel, bien plus, on clame dans des assemblées : Nous ne voulons pas qu'il règne sur nous. Mais, en revanche, par la consécration dont Nous venons de parler, une voix unanime éclate, celle des fidèles du Sacré-Cœur, s'opposant vaillamment à celle de ses ennemis, pour venger sa gloire et affirmer ses droits : Il faut que le Christ règne - Que votre règne arrive. Voilà pourquoi, fort heureusement, le genre humain tout entier - que le Christ, en qui seul tout peut être restauré, possède par droit de nature - fut, au début de ce siècle, consacré au Sacré-Cœur par Léon XIII, Notre prédécesseur de glorieuse mémoire, aux applaudissements de l'univers chrétien.

Ces débuts si heureux et si réconfortants, ainsi que Nous le disions dans Notre Lettre encyclique Quas Primas en donnant suite aux vœux persévérants et nombreux des évêques et des fidèles, Nous avons pu, avec la grâce de Dieu, les compléter et les parachever quand, à l'issue de l'Année Sainte, Nous avons institué la fête du Christ Roi de l'univers et prescrit de la célébrer solennellement dans toute la chrétienté. Ce faisant, Nous n'avons pas seulement mis en lumière l'empire souverain du Christ sur toutes choses, sur la société tant civile que domestique et sur chaque homme en particulier, mais Nous avons encore fait entrevoir les joies de ce jour, heureux entre tous, où le genre humain, de son plein gré, se soumettra à la souveraineté infiniment douce du Christ-Roi. Pour cette raison, Nous avons ordonné que dès lors chaque année, au jour fixé pour cette fête, on renouvelât cette consécration, pour en obtenir des grâces plus certaines et plus abondantes, au profit de l'union de tous les peuples par les liens de la charité chrétienne et de la paix dans le Cœur du Roi des rois et du Seigneur des seigneurs.

C)        La réparation due au Sacré-Cœur.

A tous ces hommages, et principalement à cette consécration si féconde, que vient sceller en quelque sorte la fête solennelle du Christ-Roi, il faut ajouter encore autre chose. C'est le sujet, Vénérables Frères, dont il Nous plaît de vous entretenir plus longuement dans cette Lettre : à savoir l'amende honorable ou la réparation selon l'expression courante à offrir au Cœur sacré de Jésus. Si, dans la consécration, le but premier et principal pour la créature est de rendre à son Créateur amour pour amour, il s'ensuit naturellement qu'elle doit offrir à l'égard de l'amour incréé une compensation pour l'indifférence, l'oubli, les offenses, les outrages, les injures qu'il subit : c'est ce qu'on appelle couramment le devoir de la réparation.

1)             Motif de justice.

Si les mêmes raisons nous obligent à ce double devoir, cependant le devoir de réparation et d'expiation s'impose en vertu d'un motif encore plus impérieux de justice et d'amour : de justice d'abord, car l'offense faite à Dieu par nos crimes doit être expiée, et l'ordre violé doit être rétabli par la pénitence ; mais d'amour aussi, car nous devons “compatir au Christ souffrant et saturé d'opprobres”, et lui offrir, selon notre petitesse, quelque consolation. Tous nous sommes des pécheurs ; de nombreuses fautes nous chargent ; nous avons donc l'obligation d'honorer Dieu non seulement par notre culte, par une adoration qui rend à sa Majesté suprême de légitimes hommages, par des prières qui reconnaissent son souverain domaine, par des louanges et des actions de grâces pour son infinie bonté ; mais à ce Dieu juste vengeur nous avons encore le devoir d'offrir satisfaction pour nos innombrables péchés, offenses et négligences. Ainsi à la consécration, par laquelle nous nous donnons à Dieu et qui nous mérite d'être voués à Dieu, avec la sainteté et la stabilité qui, suivant l'enseignement du Docteur angélique sont le propre de la consécration, il faut donc ajouter l'expiation qui répare entièrement les péchés, de peur que, dans sa sainteté, la Souveraine Justice ne nous repousse pour notre impudente indignité et, loin d'agréer notre offrande, ne la rejette.

2)             Nécessité de cette réparation.

En fait, ce devoir d'expiation incombe au genre humain tout entier. Comme nous l'enseigne la foi chrétienne, après la déplorable chute d'Adam, l'homme, infecté de la souillure originelle, esclave de la concupiscence et des plus lamentables dépravations, se trouva ainsi voué à la perte éternelle. De nos jours, des savants orgueilleux nient ces vérités et, s'inspirant de la vieille erreur de Pélage, vantent des vertus innées de la nature humaine qui la conduiraient, par ses seules forces, jusqu'aux cimes les plus élevées. Ces fausses théories de l'orgueil humain, l'Apôtre les réfute en nous rappelant que, par nature, nous étions enfants de colère. Dès les débuts, en réalité, la nécessité de cette expiation commune a été reconnue, puisque, cédant à un instinct naturel, les hommes se sont efforcés d'apaiser Dieu par des sacrifices même publics.

3)             Sa subordination au sacrifice du Christ.

Mais aucune puissance créée n'aurait jamais suffi à expier les crimes du genre humain si le Fils de Dieu n'avait assumé la nature humaine pour la relever. Le Sauveur des hommes l'a lui-même annoncé par la bouche du Psalmiste : Vous n'avez voulu ni sacrifice ni oblation, mais vous m'avez formé un corps ; vous n'avez pas agréé les holocaustes pour le péché. Alors j'ai dit : Me voici, je viens. Et de fait, il s'est vraiment chargé de nos infirmités, il a porté lui-même nos douleurs ; il a été broyé à cause de nos iniquités ; il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, détruisant l'acte qui était écrit contre nous et nous était contraire avec ses ordonnances ; et il l'a fait disparaître en le clouant à la croix… afin que, morts, au péché, nous vivions pour la justice.

4)             Notre participation.

La surabondante Rédemption du Christ nous a fait remise de toutes nos fautes. Cependant, par une admirable disposition de la Sagesse divine, nous devons compléter dans notre chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l'Église. En conséquence, aux louanges et aux réparations “dont le Christ s'est acquitté envers Dieu au nom des pécheurs” pouvons-nous, et même devons-nous ajouter encore nos louanges et nos expiations. Mais nous ne devons jamais l'oublier, toute la vertu d'expiation découle uniquement du sacrifice sanglant du Christ, qui se renouvelle sans interruption, d'une manière non sanglante sur nos autels, car “c'est toujours une seule et même victime, c'est le même qui s'offre maintenant par le ministère du prêtre et qui s'offrit jadis sur la croix ; seule la manière d'offrir diffère.” C'est pour cette raison qu'au très auguste Sacrifice eucharistique les ministres et le reste des fidèles doivent joindre leur propre immolation, de sorte qu'ils s'offrent eux aussi comme des hosties vivantes, saintes, agréables à Dieu. Bien plus, saint Cyprien ne craint pas d'affirmer que “le sacrifice du Seigneur n'est pas célébré avec la sainteté requise si notre propre oblation et notre propre sacrifice ne correspondent pas à sa Passion”. Pour cette raison encore, l'Apôtre nous exhorte à “porter dans notre corps la mort de Jésus,” à nous ensevelir avec Jésus et à nous greffer sur lui par la ressemblance de sa mort non seulement en crucifiant notre chair avec ses vices et ses convoitises en fuyant la corruption de la concupiscence qui règne dans le monde, mais encore en manifestant la vie de Jésus dans nos corps et, unis à son éternel sacerdoce, à offrir ainsi des dons et des sacrifices pour nos péchés.

A ce sacerdoce mystérieux et à cette mission de satisfaire et de sacrifier ne participent pas seulement les ministres choisis par notre Pontife, le Christ Jésus, pour l'oblation immaculée qui se doit faire en son nom divin depuis l'Orient jusqu'à l'Occident mais encore le peuple chrétien tout entier, appelé à bon droit par le Prince des Apôtres race élue, sacerdoce royal; car soit pour eux-mêmes, soit pour le genre humain tout entier, les fidèles doivent concourir à cette oblation pour les péchés, à peu près de la même manière que le Pontife choisi parmi les hommes est établi pour les hommes en ce qui concerne les choses de Dieu.

Plus notre oblation et notre sacrifice ressembleront au sacrifice du Christ, autrement dit plus parfaite sera l'immolation de notre amour-propre et de nos convoitises, plus la crucifixion de notre chair se rapprochera de cette crucifixion mystique dont parle l'Apôtre, plus abondants seront les fruits de propitiation et d'expiation que nous recueillerons pour nous et pour les autres. Car entre les fidèles et le Christ il existe une admirable relation, semblable à celle qui relie la tête aux divers membres du corps ; mais de plus, par cette mystérieuse communion des saints que professe notre foi catholique, les hommes et les peuples non seulement sont unis entre eux, mais encore avec Celui-là même qui est la tête, le Christ. C'est de lui que tout le corps, coordonné et uni par le lien des membres qui se prêtent un mutuel secours et dont chacun opère selon sa mesure d'activité, grandit et se perfectionne dans la charité. C'est la prière qu'avant de mourir le Christ Jésus, médiateur entre Dieu et les hommes, adressait lui-même à son Père : Que je sois en eux et vous en moi, afin qu'ils soient parfaitement un.

 D) Motif d'amour pour la réparation.

1)             L'union des fidèles dans le Christ.

Par conséquent, de même que l'union avec le Christ trouve son expression et sa confirmation dans l'acte de consécration, de même l'expiation sert de prélude à cette union en effaçant les péchés, elle nous perfectionne en nous associant aux souffrances du Christ, elle la parachève enfin en offrant des victimes pour le prochain. Ce fut là bien certainement la miséricordieuse intention de Jésus quand il nous présenta son Cœur portant les insignes de la Passion et d'où s'échappaient des flammes d’amour ; en nous découvrant ainsi la malice infinie du péché, d'une part, et en nous faisant admirer, d'autre part, l'infinie charité du Rédempteur, il voulait nous inspirer une haine encore plus vive du péché et plus d'ardeur à répondre à son amour.

2)              La réparation mendiée par Notre-Seigneur.

Du reste, l'esprit d'expiation ou de réparation a toujours tenu le premier et principal rôle dans le culte rendu au Sacré Cœur de Jésus ; rien n'est plus conforme à l'origine, à la nature, à la vertu et aux pratiques qui caractérisent cette dévotion ; d'ailleurs, l'histoire, les usages, la liturgie sacrée et les actes des Souverains Pontifes en portent témoignage. Dans ses apparitions à Marguerite-Marie, quand il lui dévoilait son infinie charité, le Christ laissait en même temps percevoir comme une sorte de tristesse, en se plaignant des outrages si nombreux et si graves que lui faisait subir l'ingratitude des hommes. Puissent les paroles qu'il employait alors ne jamais s'effacer de l'âme des fidèles : “Voici ce Cœur ― disait-il ― qui a tant aimé les hommes, qui les a comblés de tous les bienfaits, mais qui, en échange de son amour infini, non seulement ne reçoit pas de reconnaissance, mais ne recueille que l'oubli, la négligence et des injures, et cela parfois de la part de ceux-là même qui sont tenus de lui témoigner un amour spécial.”

Pour l'expiation de ces fautes il recommandait, entre autres, comme lui étant particulièrement agréables, les pratiques suivantes : participer, dans un esprit d'expiation, aux saints Mystères en faisant la “communion réparatrice” ; y joindre des invocations et des prières expiatoires pendant une heure entière, en faisant, comme on l'appelle justement, “l'heure sainte” : exercices qui non seulement ont été approuvés par l'Église, mais qu'elle a enrichis d'abondantes indulgences.

3)             Considération du Christ dans sa Passion.

Mais, dira-t-on, quelle consolation peuvent apporter au Christ régnant dans la béatitude céleste ces rites expiatoires ? Nous répondrons avec Saint Augustin : “Prenez une personne qui aime : elle comprendra ce que je dis.” Nulle part d'ailleurs ces paroles ne trouvent une application plus juste.

Toute âme aimant Dieu avec ferveur, quand elle jette un regard sur le passé, peut voir et contempler dans ses méditations le Christ travaillant pour l'homme, affligé, souffrant les plus dures épreuves, pour nous autres hommes et pour notre salut, presque abattu par la tristesse, l'angoisse et les opprobres ; bien plus, “broyé sous le poids de nos crimes, il nous guérit par ses meurtrissures”. Tout cela, les âmes pieuses ont d'autant plus de raison de le méditer que ce sont les péchés et les crimes des hommes commis en n'importe quel temps qui ont causé la mort du Fils de Dieu; ces mêmes fautes, maintenant encore, causeraient la mort du Christ, entraîneraient les mêmes douleurs et les mêmes afflictions, puisque chacune d'elles, ainsi qu'on l'admet, est censée renouveler à sa manière la Passion du Seigneur :Crucifiant de nouveau pour leur part le Fils de Dieu et le livrant à l'ignominie. Que si, à cause de nos péchés futurs, mais prévus, l'âme du Christ devint triste jusqu'à la mort, elle a, sans nul doute, recueilli quelque consolation, prévue elle aussi, de nos actes de réparation, alors qu’un ange venant du ciel lui apparut, pour consoler son cœur accablé de dégoût et d'angoisse.

Ainsi donc, ce Cœur sacré incessamment blessé par les péchés d'hommes ingrats, nous pouvons maintenant et même nous devons le consoler d'une manière mystérieuse, mais réelle, d'autant que le Christ lui-même se plaint, par la bouche du Psalmiste, ainsi que la liturgie sacrée le rappelle, d'être abandonné de ses amis : Mon cœur a attendu l’opprobre et la misère ; j'ai espéré celui qui s'affligerait avec moi et il n'est point venu, celui qui me consolerait et je ne l'ai point trouvé.

4)             Les souffrances du Corps Mystique.

Ajoutons encore que la Passion du Christ se renouvelle, et d'une certaine manière elle se poursuit et s'achève, dans son corps mystique qui est l'Église. Car, pour nous servir encore des paroles de saint Augustin : “Le Christ a souffert tout ce qu'il devait souffrir ; la mesure de ses souffrances est désormais à son comble. La dette de souffrances était donc payée dans la Tête, mais elle demeurait entière dans son corps”. Le Seigneur Jésus lui-même a bien voulu nous l'apprendre, quand il disait à Saul, respirant encore la menace et la mort contre les disciples : Je suis Jésus que tu persécutes. Il laissait ainsi nettement entendre que les persécutions déchaînées contre l'Église visaient et atteignaient le divin Chef de l'Église lui-même. C'est donc à bon droit que, souffrant toujours en son corps mystique, le Christ veut nous avoir pour compagnons de son expiation. Notre situation envers lui l'exige également, car, puisque nous sommes le corps du Christ et ses membres chacun pour notre part, tout ce que souffre la tête, les membres le doivent souffrir aussi”.

E. Nécessité actuelle de la réparation

1) L'Église persécutée.

A quel point cette expiation, cette réparation sont nécessaires, surtout de nos jours, on le comprendra sans peine, comme Nous le disions au début, en considérant d'un regard le monde plongé dans le mal. De partout, en effet, montent vers Nous les gémissements des peuples dont il est vrai d'affirmer que les chefs ou les gouvernants se sont dressés et ligués contre le Seigneur et son Église. En ces pays, tous les droits, divins ou humains, se trouvent confondus. Les églises sont abattues, ruinées de fond en comble, les religieux et les vierges consacrées sont expulsés de leur demeure, livrés aux insultes et aux mauvais traitements, voués à la famine, condamnés à la prison, des multitudes d'enfants et de jeunes filles sont arrachés du sein de l'Église leur mère; on les excite à renier et à blasphémer le Christ; on les pousse aux pires dégradations de la luxure; le peuple entier des fidèles, terrorisé, éperdu sous la continuelle menace de renier sa foi ou de périr, parfois de la mort la plus atroce. Spectacle tellement affligeant qu'on y pourrait voir déjà l'aurore de ce début des douleurs que doit apporter l'homme de péché s'élevant contre tout ce qui est appelé Dieu ou honoré d'un culte.

2) Le mal parmi les chrétiens.

Mais plus attristant encore, Vénérables Frères, est l'état de tant de fidèles que le baptême a lavés dans le sang de l'Agneau immaculé et comblés de grâces; à tous les rangs de la société il s'en trouve qui, aveuglés par une ignorance incroyable des choses divines, empoisonnés d'erreurs, se traînent dans le vice, loin de la maison du Père; nul rayon de lumière de la vraie foi ne les éclaire, nulle espérance de la félicité future ne les réjouit, nulle ardeur de la charité ne les anime et ne les réchauffe; ils semblent vraiment être plongés dans les ténèbres et assis à l'ombre de la mort. Bien plus : chez les fidèles grandit l'indifférence à l'égard de la discipline ecclésiastique et des institutions anciennes qui forment la base de toute vie chrétienne, régissent la famille et protègent la sainteté du mariage, l'éducation des enfants est négligée, sinon faussée, par une affection trop indulgente; l'Église est frustrée de son droit d'élever la jeunesse chrétienne; dans la vie courante, la pudeur chrétienne est lamentablement oubliée, surtout dans la mode féminine; on ne voit que poursuite effrénée des biens passagers, que prédominance sans frein des intérêts civils, que recherche immorale de la faveur populaire, rébellion contre l'autorité légitime, enfin mépris de la parole divine, aboutissant à un affaiblissement grave, sinon à la perte de la foi.

3)       Le mal parmi les clercs.

A ces maux vient mettre un comble soit la mollesse ou la lâcheté de ceux qui - tels les disciples endormis ou fugitifs, chancelant dans leur foi - désertent misérablement le Christ agonisant dans l'angoisse ou entouré par les satellites de Satan, soit la perfidie de ceux qui, à l'exemple du traître Judas, ont l'audace de participer au sacrifice de l'autel de manière sacrilège ou de passer à l'ennemi. On ne peut vraiment pas s'empêcher de penser que les temps prédits par Notre-Seigneur semblent être proches, où, à cause des progrès incessants de l'iniquité, la charité d'un grand nombre se refroidira.

4)             L'esprit de réparation.

Il n'est pas un seul fidèle qui puisse méditer ces choses sans s'enflammer d'amour pour le Christ souffrant, avec un zèle plus vif, tous voudront expier leurs fautes et celles d'autrui, réparer les torts faits à l'honneur du Christ et travailler au salut éternel de leurs âmes. Comme elle est vraie cette parole de l’Apôtre : Là où la faute abonda, la grâce surabonda, et comme, en un sens, elle peut servir à peindre notre époque ! Car en dépit de la perversité croissante des hommes, il est merveilleux de voir grandir, sous l'inspiration du Saint-Esprit, le nombre des fidèles des deux sexes qui, d'un zèle plus ardent s'efforcent de réparer tant d'insultes au divin Cœur, n'hésitent pas à s'offrir eux-mêmes comme victimes au Christ.

Celui qui médite, en effet, avec amour sur tout ce que Nous venons de rappeler, s'en imprégnant, si l'on peut dire, jusqu'au plus profond de son être, ne peut faire autrement que de ressentir de l'horreur pour tout péché et de s'en abstenir comme du mal souverain, plus encore, il s'appliquera à s'abandonner tout entier à la volonté de Dieu et à réparer les outrages faits à la divine Majesté par tous les moyens en son pouvoir : prières incessantes, souffrances librement consenties, épreuves éventuelles patiemment acceptées; en un mot, par une vie entièrement consacrée à ce désir d'expiation.

5)             Les associations réparatrices.

De là sont nées toutes ces familles religieuses d'hommes et de femmes qui, rivalisant en quelque sorte avec l'Ange du Jardin des Oliviers, s'imposent, jour et nuit, le devoir de consoler Jésus; de là encore ces confréries pieuses, approuvées par le Siège apostolique et enrichies d'indulgences, qui, elles aussi, ont assumé ce devoir d'expiation en s'imposant la pratique d'exercices religieux et de vertus en rapport avec cette tâche; de là, enfin, puisqu'on ne peut tout dire, les réparations offertes à l'honneur divin sous forme d'amendes honorables et de cérémonies solennelles, non pas seulement de la part de fidèles isolés, mais aussi, ça et là, de paroisses, de diocèses et de cités.

6)             La Fête du Sacré-Cœur, fête de réparation.

C'est pourquoi, Vénérables Frères, de même que la pratique de la consécration, après des débuts modestes, s'est bien vite répandue au loin et a reçu finalement de Notre confirmation tout l'éclat désirable, de même Notre plus vif désir est de sanctionner officiellement de notre autorité apostolique la pratique déjà connue et propagée de l'expiation et de l'amende honorable et de la voir célébrée solennellement dans tout l'univers catholique.

Dans ce but, en la fête du Sacré Cœur de Jésus - qu'à cette occasion Nous décidons d'élever au rang de double de première classe avec octave - Nous décrétons et ordonnons que chaque année, dans toutes les églises du monde entier, on récite solennellement, d'après la formule jointe à cette lettre, la protestation ou amende honorable a Notre-Seigneur, dans laquelle toutes nos fautes sont déplorées, et hommage est rendu aux droits violés de notre Roi et de notre Seigneur très aimant.

7)             Les effets qu'on peut en attendre.

Sans nul doute, Vénérables Frères, l'institution de cette solennité sainte et sa généralisation dans l'Église universelle produiront des fruits nombreux et excellents non seulement pour chacun en particulier, mais pour la société tout entière, religieuse, civile ou familiale. Notre Rédempteur lui-même a promis, en effet, à Marguerite-Marie que “tous ceux qui, de la sorte, honoreraient son Cœur seraient comblés d'abondantes grâces célestes “. Les pécheurs même, en regardant celui qu'ils ont transpercés se sentiront émus par les gémissements et les pleurs de l'Église entière, déploreront à leur tour les insultes adressées au Souverain Roi et rentreront en eux-mêmes ; ils craindront qu'endurcis dans leurs fautes ils ne pleurent trop tard et en vain sur lui, lorsqu'ils verront venir sur les nuées du ciel celui qu'ils ont transpercé. Quant aux justes, ils deviendront plus justes encore et plus saints ; ils se voueront tout entiers et avec une ardeur renouvelée au service de leur Roi, qu'ils voient si méprisé, si attaqué, si souvent outragé, par-dessus tout, ils brûleront de zèle pour procurer le salut des âmes, en ayant toujours présente à la mémoire la plainte la divine Victime : A quoi donc sert mon sang ? et aussi la joie qu'éprouvera le Cœur sacré de Jésus pour un seul pécheur faisant pénitence !

Notre souhait le plus vif et Notre espoir le plus ferme, c'est que la justice de Dieu, qui eût, dans sa miséricorde, pardonné à Sodome pour dix justes, pardonne plus volontiers au genre humain, parce que la communauté tout entière, de tout lieu et de toute race, aura répandu ses instantes supplications et ses réparations efficaces, en union avec le Christ, son Médiateur et Chef.

Conclusion : Marie réparatrice.

A Nos vœux et à Nos efforts, que Marie la Vierge très bienveillante et la Mère de Dieu daigne sourire, elle qui nous donna Jésus notre Rédempteur, qui l'éleva, qui l'offrit comme victime au pied de la croix, et qui, par sa mystérieuse union avec le Christ et par une grâce particulière reçue de lui, fut aussi Réparatrice et est pieusement appelée de ce nom. Plein de confiance en son intercession auprès du Christ qui, seul Médiateur entre Dieu et les hommes, a voulu cependant s'associer sa Mère comme avocate des pécheurs et comme dispensatrice et médiatrice de ses grâces, Nous vous accordons du fond du cœur, comme gage des faveurs célestes et en témoignage de Notre bienveillance paternelle, à vous, Vénérables Frères, ainsi qu'à tous les fidèles confiés à vos soins, la Bénédiction Apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre le 8 mai 1928, la septième année de Notre Pontificat.

PIE XI, PAPE.

 

 

Le Professeur Jérôme Lejeune déclaré "Vénérable".

publié le 22 janv. 2021, 08:26 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 22 janv. 2021, 08:34 ]

"Le 21 janvier 2020, le Pape François a accepté la promulgation du décret reconnaissant l’héroïcité des vertus de Jérôme Lejeune, après le vote positif du congrès des théologiens et des évêques et cardinaux réunis en session ordinaire le 12 janvier 2021.

Pour notre Fondation qui porte le nom de Jérôme Lejeune, cette nouvelle constitue une immense joie et contribuera à faire rayonner le nom de Jérôme Lejeune en France et à travers le Monde, Pionnier de la génétique moderne, médecin, grand savant et Homme de foi.

Cette annonce intervient dans un contexte alarmant pour le respect de la vie en France, alors que la loi de bioéthique toujours en discussion au Parlement chosifie et déshumanise toujours plus l’embryon qui est le plus jeune membre de l’espèce humaine.

Ce combat pour le respect de l’embryon, Jérôme Lejeune l’avait mené durant toute sa vie, opposant historique de la Loi Veil qui légalisa l’avortement en France en 1975, et qui avait vu dès la première loi de bioéthique en 1994, juste avant sa mort, en tant que chercheur et médecin, où nous conduiraient la fécondation in vitro et la recherche sur l’embryon.

Premier président de l’Académie pontificale pour la vie nommé par Jean-Paul II, l’Eglise catholique reconnaît un homme de science exceptionnel qui avait mis son intelligence, ses talents et sa foi au service de la dignité des personnes blessées par un handicap mental, parmi lesquels les enfants porteurs de trisomie 21.

Pour Jean-Marie Le Méné, Président de la Fondation, cette décision constitue un grand encouragement pour poursuivre l’œuvre du Professeur Jérôme Lejeune au service de la vie : « La qualité d’une civilisation se mesure au respect qu’elle porte aux plus faibles de ses membres ». »


Le Professeur Jérôme Lejeune déclaré "Vénérable".


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