Au sujet du célibat sacerdotal

publié le 31 janv. 2019 à 09:50 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 31 janv. 2019 à 10:31 ]

        Dans l'avion qui l'a conduit de Panama à Rome dans la nuit de dimanche à lundi,

le pape François a donné une conférence de presse où il a confirmé sa pensée sur plusieurs points d'actualité dont celui du

 mariage des prêtres:

 «Personnellement je pense que le célibat est un don pour l'Église». C'est donc un «non» ferme qu'il a opposé à l'éventualité d'autoriser le mariage des prêtres dans l'Église catholique latine: «Je ne le ferai pas, que cela reste clair. Je peux sembler peut-être fermé là-dessus mais je ne me sens pas de me présenter devant Dieu avec cette décision.» Pour bien affirmer sa détermination, François a même cité cette phrase de saint Paul VI: «Je préfère donner ma vie que de changer la loi célibat».                                  

           De même, il n'est pas question de mettre en place un système de «célibat optionnel»

où le séminariste pourrait choisir son mode de vie, mariage ou célibat: «Je ne suis pas d'accord» a prévenu François.




                                                                             Pour mémoire


 

Le synode des évêques de 1971

 

 

Le Pape Paul VI, qui a publié l’encyclique Sacerdotalis Caelibatus (24 juin 1967), réagit vigoureusement à l'approche du synode des évêques de 1971, qui doit traiter du sacerdoce ministériel et de la justice dans le monde : le 2 février 1969, il adresse une lettre pontificale aux présidents des conférences épiscopales pour leur rappeler la valeur du célibat sacerdotal[1].

 

Le Père M.J. Le Guillou (1920-1990), dominicain, qui y participe à titre de théologien officiel, témoigne :

 

Quand je suis arrivé au synode, un très haut prélat, alors très en pointe, est venu vers moi, m'a ouvert les bras et m'a mis dans le secret. Il m'a dit : "nous sommes un petit groupe d'évêques décidés à ouvrir au maximum cette perspective de l'ordination d'hommes mariés. Ensuite, par une campagne des médias, viendra la réintégration des prêtres qui ont quitté le ministère et qui se sont mariés. Enfin, cela amènera une révision profonde de la théologie du sacerdoce qui facilitera le rapprochement œcuménique avec les protestants[2].

 

Pendant le débat sur le ministère sacerdotal, les partisans de l'ordination des hommes mariés dans l'Eglise latine, à l'encontre de la volonté exprimée par Paul VI, semblaient pouvoir l'emporter. Une bataille de procédure s'engagea : dans un premier temps, le 3 novembre, les Pères se prononcèrent sur trois motions :

 

a) sur le célibat en général  (motifs, principe pour l'Eglise latine, conditions) : placet : 115, non placet : 1 ; placet iuxta modum : 84 ; abstentions : 2. Un deuxième vote, qui eut lieu le 6 novembre, dernier jour du synode, donna : placet : 169, ; non placet : 22 ; abstentions : 7 (approuvé).

 

b) "La loi du célibat sacerdotal, en vigueur dans l'Eglise latine, doit être maintenue intégralement" : placet : 168 ; non placet : 10 ; placet iuxta modum : 21 ; abstentions : 21 (approuvé).

 

c) "Par conséquent, il impossible d'admettre au sacerdoce des hommes mariés, même dans des cas particulier, à moins que le Souverain Pontife, ayant considéré le bien général de l'Eglise, n'estime dans sa prudence que la chose doit être soumise à examen" : placet : 95 ; non placet : 10 ; placet iuxta modum : 91 ; abstentions : 6 (approuvé). Cette dernière rédaction, trop floue, ayant été critiquée par un certain nombre de Pères, l'assemblée dut se prononcer clairement, le dernier jour du synode (6 novembre), sur l'une des deux formules suivantes :

 

A. "Le droit du Saint-Père demeurant toujours sauf, l'ordination d'hommes mariés n'est pas admise, pas même dans des cas particuliers˝ (107 placet).

 

B. "Il appartiendra au Souverain Pontife seul, dans des cas particuliers, en raison des nécessités pastorales et compte tenu du bien de l'Eglise universelle, de permettre l'ordination sacerdotale d'hommes mariés, d'âge mûr et d'une probité éprouvée" (87 placet, 2 abstentions, 2 bulletins nuls).

 

La motion la plus restrictive A ayant été approuvée, le célibat ecclésiastique fut donc réaffirmé sans ambiguïté[3].

 

Dans le discours de clôture du synode de 1971, Paul VI prend acte du fait que « les évêques du monde catholique veulent garder intégralement ce don absolu par lequel le prêtre se consacre à Dieu ; de ce don une part non négligeable, dans l'Eglise latine, est le célibat sacerdotal »[4]. Le document synodal lui-même réaffirme l'enseignement du concile Vatican II en refusant un sacerdoce "à temps partiel" et donc en confirmant la figure du prêtre, pasteur de la communauté auprès de laquelle il est envoyé . Cette prise de position doctrinale a pour conséquence une triple confirmation : l'interdiction de participer à des activités politiques, l'obéissance envers l'évêque, fondée sur la communion hiérarchique, qui s'exprime dans le cadre du conseil presbytéral, et donc aussi le refus implicite des assemblées délibératives au niveau national, enfin le maintien du célibat sacerdotal[5].

 

 



[1] Cf. La Documentation Catholique 1541 (1969) 513-514.

[2] J.M. GARRIGUES, "Le synode romain sur le sacerdoce et Le Mystère du Père", in Un homme pris par le Mystère de Dieu, le Père M.J. Le Guillou, Actes du colloque des 7-13 janvier 1991 au prieuré Saint-Benoît, Paris, 1992, 183. Dans l'ouvrage, ce texte est écrit à la troisième personne du singulier, car l'auteur raconte ce fait en employant le style indirect.

[3] Cf. La Documentation catholique 1597 (1971) 1003, note 3.

[4] Cf. La Documentation catholique 1597 (1971) 1002.

[5] Cf. La Documentation Catholique 1600 (1972) 7-8.

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