Homélie de Mgr CENTENE - Messe Chrismale – Cathédrale St Pierre de Vannes

publié le 7 avr. 2010 à 03:11 par Paroisse Blanzay   [ mis à jour : 7 avr. 2010 à 03:33 ]

Chaque année, dans tous les diocèses du monde, prêtres, diacres et fidèles se réunissent pour célébrer la Messe chrismale.

Cette célébration, au cours de laquelle l’Evêque consacre le Saint-Chrême et bénit l’huile des catéchumènes et l’huile des malades, cette célébration, au cours de laquelle les prêtres renouvellent les promesses faites au moment de leur ordination, est véritablement le noyau à partir duquel la grâce sacramentelle irradie toute la vie de l’Eglise diocésaine. Et c’est à juste titre que la restauration liturgique souhaitée par le Concile Vatican II lui a rendu toute son ampleur.

Célébrer la Messe Chrismale c’est entrer, ensemble, dans l’action de grâce de l’Eglise pour tout ce qu’elle reçoit de son Seigneur, pour tout ce que le Seigneur fait aujourd’hui pour les hommes. « Cette parole, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit ». Dans le Christ, par la puissance de l’Esprit-Saint, la force transformante de l’amour de Dieu nous est communiquée.

Aux pauvres, aux découragés, aux affligés, sont offertes l’espérance, les richesses de la grâce, la découverte qu’ils sont précieux aux yeux de Dieu. Aux captifs, la libération, la guérison intérieure, la liberté spirituelle. A ceux qui tâtonnent dans la nuit, la lumière intérieure. A tous, l’expérience de la miséricorde de Dieu au cœur même de leur vie.

Voilà la bonne nouvelle que le Christ nous apporte et nous savons par expérience que c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit pour tous ceux qui se laissent saisir par le Seigneur, pour tous ceux qui se laissent transformer par la foi, pour tous ceux qui se laissent sanctifier par sa Parole. Et pour tout cela nous voulons rendre grâce…

A la suite du Christ qui vient apporter cette Bonne Nouvelle, l’Eglise a reçu la mission première d’évangéliser c'est-à-dire d’être et de communiquer cette Bonne Nouvelle. Elle ne peut le faire que si elle se laisse elle-même traverser par cette expérience de sanctification, que si elle se met jour après jour au service de son Seigneur. C’est cela la vocation à la sainteté à laquelle sont appelés tous les baptisés. Et aujourd’hui nous voulons rendre grâce à Dieu pour cette invitation à la connaître et à l’aimer…

 

Le catéchisme de l’Eglise catholique commence en nous rappelant cette vérité première : « Dieu infiniment parfait et bienheureux en lui-même, dans un dessein de pure bonté a librement créé l’homme pour le faire participer à sa vie bienheureuse. C’est pourquoi de tout temps et en tous lieux il se fait proche de l’homme. Il l’appelle, il l’aide à le chercher, à le connaître et à l’aime de toutes ses forces. Il convoque tous les hommes, que le péché a dispersé, dans l’unité de sa famille l’Eglise ». L’Eglise est donc cette convocation de l’humanité à devenir famille de Dieu pour avoir part à son bonheur éternel.

Le premier chapitre de la constitution LG qui déploie une vision grandiose de ce qu’est l’Eglise dans le dessein de Dieu, dans son projet d’amour, nous dit que l’Eglise – convocation des hommes à partager son bonheur – est le but de toute l’œuvre de Dieu. « Il a envoyé son fils comme rédempteur et sauveur lorsque les temps furent accomplis. En lui et par lui, poursuit le CEC, il appelle les hommes à devenir dans l’Esprit-Saint ses enfants d’adoption et donc les héritiers de sa vie bienheureuse ». Et aujourd’hui nous voulons rendre grâce à Dieu pour son Eglise dans laquelle cette vie nous est donnée…

Pour que cet appel retentisse par toute la Terre, le Christ a envoyé les apôtres qu’il avait choisis en leur donnant mandat d’annoncer l’Evangile en son nom et par la puissance de son esprit.

Ces apôtres, qu’il a voulu appeler, qu’il a choisis entre tous ses disciples, après une nuit passée en prière sur la montagne, pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer prêcher (Mc 3,14), ont associé leurs successeurs à leur œuvre, et par l’imposition des mains, ils leur ont transmis leur ministère. Et aujourd’hui nous voulons rendre grâce à Dieu pour le don du sacerdoce ministériel.

« Le sacerdoce, disait le saint curé d’Ars, c’est l’amour du cœur de Jésus ». Le sacerdoce c’est l’amour du cœur de Jésus parce qu’il est tout entier au service du dessein de Dieu qui est un dessein d’amour. S’il est vrai que tous les baptisés, sont en vertu de leur baptême, prêtres, prophètes et rois dans le Christ – c’est ce qu’on appelle le sacerdoce baptismal – ceux qui ont reçu l’ordination presbytérale sont configurés au Christ prêtre et pasteur de son Peuple pour servir et faire grandir, par Lui, avec Lui et en Lui, la grâce baptismale de tout le Peuple de Dieu, pour conduire et former le Peuple sacerdotal.

Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus parce que les prêtres sont au service de l’appel de tous à la sainteté, de l’appel de tous au bonheur de la vie divine, au bonheur du Ciel. C’est là que prend toute son importance, dans l’Eglise, le ministère sacerdotal, le ministère des prêtres. C’est là que prend tout son sens la promesse bien connue du curé d’Ars au jeune Antoine Gire qui lui avait indiqué la direction de sa paroisse : « Tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel ». Le ministère des prêtres est indispensable à la vie de l’Eglise parce que l’Eglise a commencé le jour où le Christ a mis à part douze hommes pour qu’ils soient avec Lui, pour qu’ils partagent étroitement sa vie et pour les envoyer prêcher. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ».

Le ministère des prêtres ne se réduit pas à l’exercice de quelques fonctions de spécialistes hautement qualifiés en matière religieuse. S’il en était ainsi, certains laïcs pourraient acquérir ces qualifications et recevoir délégation pour accomplir ces fonctions. Mais le ministère sacerdotal a une toute autre amplitude. Il est au service de la sanctification du Peuple de Dieu par une participation toute particulière à la sainteté du Christ. Par un « être avec » qui donne part à sa mission. C’est la dimension ontologique du sacerdoce ministériel.

Le sacerdoce ministériel n’est pas de l’ordre du faire. Il ne consiste pas à faire des choses que n’importe qui, au fond, pourrait faire s’il apprenait à les faire. Il est de l’ordre de l’être. Il s’agit d’être avec le Christ et cet « être avec » fonde, dispose, autorise, à parler avec le « JE » du Christ. Je te baptise, je te pardonne tes péchés, Ceci est mon Corps.

Le sacerdoce, c’est l’amour du Cœur de Jésus parce que seul l’amour le plus absolu, le plus radical, le plus fou, seul l’amour qui se donne jusqu’à la mort pouvait imaginer cela.

Le sacerdoce ministériel est au service de la sanctification du Peuple de Dieu, au service de la sainteté de tous les baptisés, de l’annonce et de l’accueil du Salut que Dieu nous donne. Non pas que les prêtres soient plus saints que les autres, ils doivent, eux aussi,  se convertir et marcher vers la sainteté. C’est d’ailleurs le but de cette année sacerdotale de prier pour le perfectionnement des prêtres. Mais, ils doivent rappeler, par le don radical de leur propre vie, que le Christ frappe à la porte de toute existence et que chacun doit faire de sa vie une offrande au Père, un sacrifice spirituel, que chacun doit laisser transformer sa vie par la puissance de l’Evangile.

Comment définir les contours de leur rôle alors que leur nombre diminue, dans une Eglise Communion où chaque baptisé prend sa part de responsabilités ? Précisément sous l’angle de la sanctification. Chargés de veiller à la sanctification de tous, à la sanctification de la communauté ecclésiale, les prêtres doivent être attentifs à annoncer à tous la Bonne Nouvelle de l’Evangile, à accompagner spirituellement les autres baptisés dans leur vie spirituelle et dans leur vie missionnaire, à éveiller à la dimension spirituelle tous ceux qui prennent aujourd’hui des responsabilités dans l’Eglise.

Cela passe par des relectures, des évaluations, des récollections, l’accompagnement spirituel, l’attention au rythme sacramentel.

Participant au ministère apostolique, au ministère du Christ, les prêtres doivent veiller à ce que les communautés qui leur sont confiées se nourrissent de la Parole de Dieu et de l’Eucharistie, soient fidèles au service des frères, soient présentes au monde par le témoignage de la foi.

Présidant le rassemblement ecclésial ils doivent veiller à la reconnaissance de la diversité des charismes, à ce que chacun puisse trouver sa place, à ce que personne ne s’enferme dans son secteur d’activités en devenant propriétaire du service qu’il exerce.

Présidant à la célébration des sacrements par lesquels le Christ lui-même agit à travers ses ministres, les prêtres doivent être signes de la présence du Christ, tête et pasteur au sein de la communauté.

Présidant à la charité, le sacerdoce est l’amour du cœur de Jésus, le prêtre doit veiller à ce que nos communautés soient des lieux d’accueil, qu’elles n’aient pas la prétention d’exister sans la brebis perdue, sans les tout- petits, sans les pauvres, sans les prisonniers, sans les malades.

Le ministère sacerdotal est indispensable à la vie de l’Eglise parce que l’Eglise ne peut pas se penser sans le Christ présent aujourd’hui.

Le saint curé d’Ars disait : « Si on regardait le prêtre avec les yeux de la foi, on verrait en lui Notre Seigneur comme la lumière à travers le verre, comme le vin mélangé à l’eau ».

Le ministère sacerdotal est indispensable à l’Eglise parce que l’épouse ne peut exister en tant qu’épouse que dans la mesure où il y a un époux. L’Eglise ne peut pas être veuve du Christ. C’est pourquoi il nous faut retrouver l’audace de l’appel.

Mais, me direz-vous, qu’y pouvons-nous ? N’est-ce pas Dieu qui appelle et envoie ? Certes, mais il passe par des médiations humaines. Saint Paul ne disait-il pas « Comment l’invoqueraient-ils sans avoir cru en Lui, et comment croiraient-ils en Lui sans avoir entendu, et comment l’entendraient-ils si personne ne le proclame ? » Nous avons à servir cet appel du Seigneur en créant les conditions favorables pour qu’il soit entendu.

Or, je constate que souvent nous sommes silencieux, paralysés. Nous devons revisiter notre propre charisme à la lumière de la foi. Bernanos, en son temps, écrivait avec tristesse : « Je plains ces hommes qui ne croient plus au pouvoir sacré qui nous pousse à nous agenouiller devant eux ! »

Sommes-nous paralysés par la crise ? Avons-nous peur de passer pour des sergents recruteurs ? Avons-nous peur de brusquer la liberté des jeunes ? Je vous rassure tout de suite, ce danger ne nous guette pas, bien au contraire.

Appeler, c’est donner une véritable liberté de choix. Nous sommes dans une société où rien ne porte à devenir prêtre. Appeler un jeune, ce n’est pas choisir à sa place, ce n’est pas lui forcer la main, c’est lui donner une occasion de réfléchir, c’est lui proposer une alternative que personne d’autre ne lui proposera, c’est lui permettre de se poser la question du sens. Qu’est-ce que je veux faire de ma vie, à quoi le Seigneur m’appelle-t-il ? C’est lui donner un espace de silence pour qu’il puisse entendre cet appel.

Les séminaristes qui sont là peuvent en témoigner, ils ne sont ni des extraterrestres ni des survivants ni des fins de race. Ils sont le signe que l’appel du Christ est audible aujourd’hui si nous créons les conditions pour que cet appel soit entendu.


« Le sacerdoce c’est l’amour du Cœur de Jésus ». L’an dernier, nous avons reçu ici les reliques du curé d’Ars. Cette année, nous accueillerons les reliques de sainte Marguerite-Marie, la confidente du Cœur de Jésus à Paray-le-Monial. A cette occasion, je confierai notre diocèse, je consacrerai toute notre action pastorale à l’amour du Cœur de Jésus pour que l’amour du Cœur de Jésus soit rayonnant dans notre Eglise diocésaine, pour qu’il aide chacun à s’immerger dans le mystère insondable du dessein de Dieu qui veut appeler tous les hommes à partager sa vie et son amour. Amen !