INSTALLATION DE L'ABBE FAZILLEAU A CERIZAY

publié le 16 sept. 2012 à 00:14 par Olivier du Chambon

HOMELIE DE MONSEIGNEUR WINTZER LORS DE L’INSTALLATION DE L’ABBE CHARLES FAZILLEAU, ANCIEN ENFANT DE CHŒUR DE CHAMPNIERS

    A l’écoute de l’Evangile et du livre du Deutéronome, la première lecture, on peut penser que ces deux textes ont été choisis par la liturgie pour les situer en contraste, sinon en opposition. Alors que les pharisiens et les scribes sont stigmatisés par Jésus en raison de leur observance de la loi, Moïse, dans le Deutéronome appelle au respect scrupuleux de cette même loi. L’erreur à ne pas commettre, lorsque nous lisons ou écoutons la Bible, ce serait de choisir un texte et de refuser l’autre. Le Nouveau Testament n’a pas effacé ou supplanter l’Ancien Testament ; Ancien Testament qu’il est préférable d’appeler premier.
Il n’y a rien de mauvais dans la loi de Dieu.
Chaque jour, dans l’office du milieu du jour, les religieux, les prêtres, les diacres, et sans doute plusieurs parmi vous, nous disons ou nous chantons le psaume 118. C’est le plus long psaume de la Bible, et il ne fait que chanter la bonté et la beauté de la loi de Dieu ; il multiplie les synonymes pour parler de cette loi.
Dénonçant l’hypocrisie des pharisiens, Jésus ne dénonce pas la loi mais ce qu’ils en font : non pas ce qui relie mais ce qui sépare. Or la loi relie : dans la Bible, la loi relie Dieu aux hommes ; la loi est un chemin qui à la fois exprime la proximité de Dieu et en même temps guide les hommes et les femmes sur leur chemin.
Selon les commentaires rabbiniques, il y a dans la Bible 365 commandements, 365 lois. Autrement dit, aucun jour de l’année n’est en dehors de l’attention de Dieu. C’est bien de cela dont il est question, la loi est une bénédiction pour l’homme, elle est le signe que Dieu bénit l’homme, ne le laisse pas errer, dans un seul face à face avec lui-même, mais l’accompagne et le guide ; c’est le sens de chacune de ces lois.

    C’est par la Loi, par ces multiples lois, que Dieu exprime sa justice, sa bienveillance pour nous tous.
La première fois où apparaît une loi dans la Bible, c’est dès la création de l’homme, et cette loi est double, elle est à la fois une autorisation et une interdiction : « Le Seigneur Dieu prescrivit à l’homme : « tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir. » (Genèse 2, 16-17)
Plusieurs choses que je veux ici souligner : D’abord, la loi. Si elle est une interdiction, si elle pose une limite - ici, la loi manifeste simplement à l’homme qui n’est pas l’auteur de sa propre vie - la loi est d’abord une autorisation, elle révèle à l’homme ses capacités de vie et d’action. « Tu pourras manger de tout arbre ». Autrement dit, le monde est confié à l’homme.
Avant d’être borné par ses limites, l’homme est d’abord un être en capacités : en capacités de vie, d’action, de liberté. Ceci explique ce que toute la Bible dira ensuite de la Loi. Elle est un bienfait ; elle est le signe de la bénédiction de Dieu. Le premier objet de la loi, c’est donc de séparer, autrement de poser la limite. Refuser la loi, c’est supprimer la limite, et donc s’identifier à l’autre. Il n’y a de vie en société, pour nous, il n’y a de vie en Eglise que là où existe la différence, non qui isole ou sépare, mais qui relie. Lorsque l’on refuse cette différence, on cherche à être l’autre, on ne supporte plus qu’il soit différent de moi. L’homme veut devenir une femme ; l’adulte voulait toujours garder la jeunesse de l’enfant ; parfois le laïc voudrait être prêtre.

    Aujourd’hui, vous accueillez un prêtre que je vous envoie pour être votre pasteur. Le prêtre montre que pour vivre votre foi vous ne vous suffisez pas. Ce n’est pas une communauté chrétienne qui se donne son pasteur, vous le recevez. Mais la réciproque est aussitôt appelée. Le prêtre est appelé à recevoir ce que vous êtes ; à prendre en compte votre histoire. Et enfin, l’un et l’autre, le prêtre et la communauté chrétienne ne doivent jamais oublier qu’ils ne sont pas l’Eglise catholique à eux tous seuls. Et c’est la loi qui rappelle cela : la loi que sont d’abord des Ecritures auxquelles nous ne pouvons ni ajouter ni retrancher quoi que ce soit. Et c’est aussi la loi qui définit la prière chrétienne comme une prière reçue et non comme constamment laissée à la libre invention de ceux qui s’en saisiraient.
Heureuse loi qui nous délivre de la toute-puissance et de l’autosuffisance.
Heureuse loi qui nous révèle que l’autre m’est absolument nécessaire pour vivre, comme je lui suis absolument nécessaire.

    Le Père Fazilleau devient responsable de votre Secteur paroissial, il y exerce désormais la charge curiale. Cette charge s’enracine dans les sacrements de la vie chrétienne, il devra en exercer ses trois dimensions dont nous trouvons les figures dans la Bible : roi, prêtre et prophète.  -  -       Prophète, il doit annoncer l’Evangile, il doit ancrer dans la foi de l’Eglise. Dans quelques jours commencera l’année de la foi, je suis certain qu’il ne manquera pas de vous aider à vivre cette année pour vous affermir dans la foi reçue de l’Eglise, la foi dont il vient de renouveler la profession.            Prêtre, il doit vous guider dans la prière, et par elle vous tourner vers le Seigneur.
    Enfin, il est roi. Ce mot exprime qu’il est appelé à servir, servir la communion de l’Eglise, servir son dynamisme missionnaire. Il le fera aussi en assurant la charge de gouvernement qui appartient à la mission du curé. Cette mission de gouvernement existe différemment, elle a plusieurs sources.
Le gouvernement peut émaner du peuple, c’est le cas dans une démocratie.
Le gouvernement peut venir de la naissance, et nous sommes dans une monarchie.
Dans l’Eglise, le gouvernement vient de Dieu et d’un sacrement, celui de l’Ordre. Au contraire de rendre tout puissant celui qui l’exerce, ceci exprime la limite de tout pouvoir dans l’Eglise : sans cesse il doit être remis à Dieu, mis sous la critique de l’Ecriture et de l’Esprit Saint.

    Pourtant, servir dans l’Eglise, c’est aussi gouverner, c’est indiquer une direction, c’est faire des choix et les assumer, au risque parfois de se retrouver seul en première ligne. Même si cela nous est donné, à nous, les prêtres et les évêques, par un sacrement, celui de l’Ordre, ceci demeure dans la main de Dieu, c’est lui qui guide son Eglise, Lui qui chaque matin nous demande de nous remettre entre ses mains, Lui aussi qui nous rappelle que l’Esprit Saint a été donné à nos frères et sœurs autant qu’à nous ; je parle ici pour chacun de nous.
Il se pourrait aussi, parfois, que même les prêtres, et les évêques… reçoivent quelque force et lumière de l’Esprit Saint.

    Il y a encore peu d’années, la grande majorité des prêtres du diocèse venait des communes du bocage. Combrand, qui est une des communes du cerizéen, a donné nombre de prêtres dont plusieurs exercent toujours un ministère dans le diocèse.
Aujourd’hui, vous accueillez un prêtre qui est né dans la Vienne , c’est aussi dans la Vienne qu’il a exercé son ministère, ainsi qu’à Paris. Il vous arrive avec ses caractéristiques, avec son âge, aussi avec l’expérience du patronage qu’il a dirigé pendant trois ans à Paris ; c’est pour ce qu’il est que je lui ai demandé de venir parmi vous.

    En France, il est bon ton de stigmatiser la mondialisation. Il est vrai que celle-ci est néfaste lorsqu’elle détruit les histoires et les cultures locales au profit de la culture mainstream et des comportements standardisés. Mais la mondialisation c’est aussi ce qui développe l’échange entre les cultures et le sentiment que l’humanité est une. Il est bon que le diocèse vive aussi quelque chose de cette mondialisation. Comptant deux départements, eux-mêmes très contrastés -Mauléon ce n’est pas Niort - c’est une richesse de partager les expériences des uns et des autres.

     Mais Cerizay est aussi marqué par cela ; en raison du développement de l’industrie, vous avez accueilli des familles venant d’autres pays, du Portugal en particulier. La juste attitude alors est de savoir s’enrichir mutuellement et de se réjouir de ce que sont les uns et les autres. Cette attitude est noble, estimable, mais, pour nous, elle a un autre fondement, c’est celui de notre foi. Là est le fondement de notre unité. Le prêtre reçoit cette mission de signifier que tout ce que nous sommes doit être fondé dans la foi ; seul ce qui s’édifie sur le Christ est fort et juste. Ceci n’oblitère pas nos projets, nos idées, mais les passe au crible de la foi pour leur donner leur vraie solidité.

    Ne craignez pas de vous exposer au Seigneur ; il décape nos idées et nos projets, mais pour nous les rendre plus solides.