LA CORRECTION FRATERNELLE (par l’Abbé Spriet)

publié le 26 mars 2012 à 11:21 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 26 mars 2012 à 11:21 ]
    Devrais-je « corriger », c’est-à-dire « frapper » mon prochain ?
Non, bien entendu. Il ne s’agit pas de tancer physiquement mais bien plutôt de reprendre humblement et charitablement son prochain lorsqu’on le voit tomber dans le péché. Pourquoi ? Par amour de charité. C’est parce que j’aime mon prochain comme moi-même que je suis triste de le voir s’autodétruire par le péché, et donc que je réagis pour l’aider à prendre conscience de son mal et l’encourager à se convertir. C’est parce que je suis lié à mon prochain spirituellement dans la communion de toute l’Eglise que je vais me préoccuper activement du salut de l’âme de mon frère.
    La correction fraternelle est une forme d’aumône spirituelle…. Voir son frère succomber à la tentation en tombant dans le péché et ne rien faire pour lui venir en aide est une preuve de non-amour. C’est un manque à la charité fraternelle. Se taire devant le mal commis peut même être une forme de complicité car « qui ne dit mot consent ». Nous pouvons avoir parfois le devoir de parler. En toute justice. Car le minimum de la charité c’est la justice, et que là où il n’y a pas de justice, il n’y a pas de charité. Mais alors, comment faire ? Jésus nous donne le précieux « mode d’emploi » : « Si ton frère a péché contre toi, va, reprends-le entre toi et lui seul ; s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends avec toi encore une ou deux personnes, afin que toute chose se décide sur la parole de deux ou trois témoins. S’il ne les écoute pas, dis-le à l’Eglise ; et s’il n’écoute pas même l’Eglise, qu’il soit pour toi comme le païen et le publicain. »
     Il y a donc une graduation à observer…. Si nous allons tout de suite parler à des tiers du mal fait volontairement par notre prochain, avant même d’en parler avec l’intéressé, il ne s’agit pas de correction fraternelle mais de médisance. Nous nuisons à la réputation de notre prochain. Nous tombons nous-mêmes dans le péché. Aller d’abord parler avec le coupable demande un certain courage. Pour que la remarque soit acceptée, il faut se demander si, moyennant l’aide de Dieu, nous avons des chances de voir l’autre s’amender et si le moment opportun est arrivé. Il faut aussi prendre garde de ne pas s’élever dans son cœur par l’orgueil.
    C’est cette attitude d’humilité intérieure que Jésus veut souligner lorsqu’il nous rappelle de faire attention à la poutre qui est dans notre œil avant de s’occuper de la paille qui est dans celui de notre prochain !….
     Il s’agit en fait d’imiter les dispositions du Seigneur à notre égard. Dieu ne nous condamne pas, mais il ne se fait jamais complice du péché… Reprendre mais ne pas juger, ne pas condamner…