Le Grégorien

publié le 16 nov. 2010 à 22:42 par Paroisse Blanzay   [ mis à jour : 16 nov. 2010 à 22:48 ]

De l’opus Sacerdotale sept/oct 2010

 

L’abbaye de Solesmes fête cette année son millénaire. A cette occasion l’émission « le jour du Seigneur » a bien voulu, nous réserver, de cette abbaye, une messe chantée par les moines, en latin et en grégorien. Ce fut pour les auditeur un vrai bonheur de retrouver, ou de découvrir ces deux trésors de la liturgie que sont la langue et le chant de l’Eglise catholique romaine.Pourquoi, pendant presque un demi siècle, cet acharnement à vouloir faire disparaître ces deux richesses. N’est-on pas allé jusqu’à faire croire que le concile avait interdit le latin ? Et la Majesté du Grégorien avait été remplacée par une profusion de cantiques dont la valeur fut parfois plus que discutable, dans une Eglise bavarde et gesticulante toute en extériorité. L’introduction des langues vernaculaires a bien sûr des aspects positifs. En particulier il est bon que les fidèles puissent comprendre dans leur propre langue ce qui s’adresse spécialement à eux. Mais cela s’est fait assez souvent au détriment du sens de l’unité de l’Eglise. Il est bon, dans les grands rassemblements de se sentir unis par une même langue, et le latin du Grégorien n’était-il pas devenu comme une langue universelle ? Il avait un fonds commun qui s’exprimait de la même façon  des Amériques au Japon en passant par l’Europe et l’Oural. Les prières de la Foi, Pater et Ave, celles de la célébration eucharistique, d’abord la messe des anges qui revient aujourd’hui encore sur les lèvres des anciens quand ils en ont l’occasion. Citons encore le Tantum ergo, , O salutaris, Veni creator et quelques autres sans oublier le Salve Regina… 

Une minorité remuante et tonitruante a bousculé tout un passé qui avait nourri des générations de fidèles, au nom d’un prétend « Esprit de Concile » qui n’était autre que l’expression de leur propre fantaisies. Hélas ! Le moment est venu de reconstruire. Il faut rendre au latin et au plain-chant grégorien leurs lettres de noblesse. Beaucoup ont encore en mémoire ces mélodies calmes et intérieures, graves et célestes des morceaux cités plus haut. Il y a eu ces dernières années une véritable renaissance du Grégorien et certains disques et CD ont connu un succès étonnant. Les grandes voix des communautés religieuses y sont pour quelque chose. Mais aussi quelques de petits groupes de fidèles qui ont voulu préserver le rite tridentin. Cet art musical si particulier, sublime et simple à la fois, dépouillé sans être pauvre, dont Saint- Exupéry louait la signification spirituelle qui, pour d’autres non catholiques ou non chrétiens, est « la plus belle mélodie qui existe sur la terre », ou « une onde porteuse du cri qui cherche Dieu » a bien failli disparaître.

Il doit son nom au pape Grégoire Ier (vers 540) qui le diffusa et l’organisa.

Ce chant romain, d’abord simple psalmodie, puis orné de vocalises se transmettait oralement par les chantres. On trouve les premières partitions écrites vers 800 dans la Gaule franque, à Metz. A cette époque l’essentiel du répertoire grégorien est déjà composé. La tradition franque a fusionné ses riches mélodies avec le chant romain, plus dépouillé. Promu par Pépin et Charlemagne le chant deviendra un lien unificateur pour l’empire carolingien. Il prend le nom de chant grégorien et connaît alors son apogée. C’est la mise en musique d’un texte liturgique. La mélodie de fait que l’orner, l’interpréter, le servir… Le chant est une prière et non une recherche sentimentale ou esthétique ? On chante à une voix, à l’unisson sans instrument. C’est l’unisson des chœurs dans la louange de Dieu…Dans les chants grégoriens les voix se fondent. C’est un chant qui prépare l’âme à l’écoute et au silence intérieur… C’est une musique qui est à la fois langue et chant, qui est puissante et solennelle, mais aussi simple et naturelle, une musique qui ne part pas à la recherche d’elle-même, qui parait être bien plus que l’expression instinctive d’une pensée ou d’un sentiment pieux, bien plus que la langue d’une âme touchée par le doigt de Dieu. De la même manière qu’elle jailli directement du cœur, elle pénètre tout droit dans le cœur de l’auditeur, en prend possession et, dans un mouvement plein de félicité, l’emporte vers le ciel. C’est un chant très expressif malgré son apparente immatérialité, qui traduit les sentiments les plus divers, de la joie douce de Noël  à la tristesse de la Passion ou de la jois triomphale de Pâques…Dès le début du XXème siècle, les papes lui redonnent sa place, notamment Pie X qui voit dans cette liturgie « une grandeur qui attire merveilleusement les âmes vers les choses célestes. »

Cette musique contemplative est ressentie comme nécessaire dans un monde troublé. Dom Gajard écrivait en 1947 au sortir de la guerre : « Au milieu des bouleversements du monde et des ruines qui nous entourent, dans cette atmosphère de terrible incertitude où nous vivons, ce dont nous avons besoin, c’est de retrouver l’amour du calme, du silence, de la paix… La cantilène grégorienne est merveilleusement apte à nous la donner. Le grégorien apporte sa simplicité vraie dans un monde encombré d’idoles. Dom Michaël Bozelli, moine de Solesmes témoigne de la beauté spirituelle du chant grégorien… La prière de Noël, par exemple, qui est magnifique, a été chantée par des générations de moines. Quelquefois, on ne peut s’empêcher de pleurer. Il suffit de trois notes. Ce chant est là tout le temps, même la nuit. On se réveille, et on a dans la tête, très fort, un Gloria…, On n’a plus besoin d’autres musiques. Le chant grégorien est la dernière vibration avant le silence qui est plus beau que tout »

J.S.

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