Le pape François et la liturgie (par Loïc Mérian)

publié le 20 mai 2013 à 01:04 par Olivier du Chambon
    Certains fidèles ont pu être surpris de l’apparente orientation liturgique choisie par le nouveau Pape François. Les commentateurs ne s’y sont pas trompés, soulignant les différences de « style » entre le nouveau pape et son prédécesseur. Il ne me viendrait pas à l’idée de dire que c’est une question de sensibilité. Les discours forts de Benoît XVI sur le sujet, auxquels beaucoup ont adhéré pleinement, rappelaient au contraire que la liturgie est par essence sacrée, qu’elle est liée à le règle de la foi et que donc le soin qui lui est apporté n’est pas un luxe accessoire mais une nécessité absolue, voire même une urgence pour nos temps actuels. Ceux qui voudraient croire ces rappels dépassés se tromperaient lourdement et l’enseignement constant et répété de l’Eglise sur ce sujet leur donne tort.
 
     A première vue, il ne semble pas que sur la forme le nouveau pape ait choisi de mettre en œuvre cette vision dans ces célébrations. Que personne ne s’arroge le droit de juger de sa pensée sur le fond. Avant Benoît XVI, ni Jean-Paul II ni Paul VI n’avaient manifesté la même volonté que le pape liturge de faire de cette discipline un des poumons de leur programme pontifical. Nul ne peut nier que ces deux papes n’ont pas fait porter leur effort sur une mise en avant d’une célébration sacrée de la liturgie. Et c’est certainement aussi le cas d’autres papes avant eux. Que certains papes aient mis plus en lumière tel ou tel aspect du dépôt de la foi, certaines modalités de sa transmission, certaines pratiques propres à favoriser la foi, c’est une évidence. Cela ne retire rien à leurs mérites, à leur foi personnelle et surtout cela ne retire rien à la foi de l’Eglise elle-même.
     Qui pourrait affirmer que ces papes n’avaient pas de considération pour la liturgie ou pensaient qu’elle n’était pas intimement liée à la doctrine ? Personne. On peut penser que la liturgie, dans sa manifestation extérieure, a une force kérygmatique aussi forte que la prédication ou le service des pauvres… mais on peut aussi choisir un de ces axes préférentiellement aux autres tout en restant parfaitement catholique. Personnellement, je connais beaucoup de prêtres pleinement orthodoxes, spirituels, engagés corps et âme dans leur ministère et pour lesquels la liturgie n’est pas la priorité absolue ou la solution à la crise de la foi. Je peux regretter leur manière plus dépouillée et simple de célébrer. Cela ne veut pas dire qu’ils n’attachent aucune importance à la liturgie. Cela ne les empêche pas d’être missionnaires, zélés, avec une doctrine sûre… et pour certains d’entre eux, d’être d’authentiques « saints prêtres ». Chassons donc cette amertume peu enrichissante, soyons certains que le Saint-Esprit a choisi le pape François pour notre sanctification et pour mener la barque de l’Eglise avec assurance.
 
     Si notre attachement à la liturgie est tel que nous le prétendons, alors redoublons d’efforts pour faire connaître l’héritage de Benoît XVI dans ce domaine afin que de plus en plus de catholiques redécouvrent les immenses trésors spirituels, théologiques et missionnaires de la liturgie de l’Eglise, chacun à sa vraie place et selon son charisme.