L'Evangile ne condamne pas les riches, mais l'idolâtrie de la richesse

publié le 19 janv. 2015 à 05:09 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 19 janv. 2015 à 05:09 ]

ROME, 12 janvier 2015  - L’Évangile « ne condamne pas les riches, mais l'idolâtrie de la richesse qui rend insensible au cri des pauvres », déclare le pape François dans un entretien avec les journalistes Andrea Tornielli, de Vatican Insider, et Giacomo Galeazzi, du quotidien La Stampa.

Cet entretien conclut le livre "Pape François. Cette économie tue" (Papa Francesco. Questa economia uccide), qui sortira le 13 janvier en Italie. Le pape évoque donc lui-même sa pastorale, au terme d'un ouvrage qui lui est consacré.

Pauvreté et Évangile

Dans des extraits de l'entretien rapportés par La Stampa, le pape souligne que « l'attention pour les pauvres est dans l’Évangile et dans la tradition de l’Église : ce n'est pas une invention du communisme ».

Le « choix préférentiel pour les pauvres » trouve son origine « dans l’Évangile, depuis les premiers siècles du christianisme » : ainsi lorsque « l’Église invite à vaincre la 'globalisation de l'indifférence', elle est loin d'un quelconque intérêt politique ou d'une quelconque idéologie... Elle est uniquement motivée par les paroles de Jésus », insiste-t-il.

L’Évangile, précise le pape, « ne condamne pas les riches, mais l'idolâtrie de la richesse qui rend insensible au cri des pauvres ». Refusant le paupérisme, « une caricature de l’Évangile et de la pauvreté elle même », il rappelle le « protocole » sur la base duquel l'homme sera jugé : « prendre soin du prochain, de celui qui est pauvre, de celui qui souffre dans son corps et dans son esprit, de celui qui est dans le besoin ».

Sans plus attendre

Dénonçant « le système économique et social » mondial « qui met au centre l'argent », et non l'homme, il exhorte : « Arrêtons-nous !... Ne nous résignons pas mais cherchons à construire une société et une économie où l'homme et son bien soient au centre ».

Le pape souligne la conséquence d'un système centré sur l'argent : « l'exclusion de ce qui ne sert à rien : enfants, jeunes, personnes âgées... la culture de l'exclusion conduit même à refuser les enfants avec l'avortement ».

Il déplore aussi « le taux de natalité si bas en Italie », « l'euthanasie cachée des plus vieux qui sont abandonnés », au lieu d'être considérés « comme mémoire, lien avec le passé, ressource de sagesse pour le présent » et le chômage des jeunes.

Pour lutter contre ces exclusions, il invite à « prier Dieu », car « l'amour et le partage » sont d'abord « un don à demander », et à « s'engager à tous les niveaux en mettant au centre le bien commun ».

« On ne peut plus attendre pour résoudre les causes structurelles de la pauvreté » car « sans solution aux problèmes des pauvres, on ne peut résoudre les problèmes du monde », affirme-t-il.