Nouvelles du grand orgue de Notre-Dame de Paris

publié le 29 avr. 2019 à 08:56 par Pierre Roland-Gosselin

mercredi 24 avril 2019 :

Photos : Eric Brottier

Nous vous avons promis des nouvelles de l’orgue de Notre-Dame. En voici…
Eric Brottier a réalisé  mardi dernier (le 23 avril)  une expertise en compagnie de Christian Lutz et Pascal Quoirin. Voici ce qu’il nous a transmis : 
 
« Je me suis rendu à Notre-Dame hier en compagnie de Christian Lutz et Pascal Quoirin et nos constats sont unanimes : l’orgue est intact. Le seul désagrément constaté est qu’il est rempli de poussière, à savoir une poussière de type marron chocolat non adhésive, et non de la suie corrosive et collante comme on trouve habituellement en cas d’incendie. Cette poussière pourra facilement être supprimée. De plus, la dalle qui relie les deux tours et qui couvre la travée de l’orgue a parfaitement rempli son rôle de parapluie et l’orgue n’a absolument pas été inondé, si ce n’est une petite flaque d’eau sur un soufflet et quelques gouttes dans le Sol#1 du Principal 32’, seul tuyau qui a reçu une minime projection d’eau.
 
Il faut néanmoins rester prudent : il n’y a plus de courant dans la cathédrale et il n’a donc pas été possible de mettre l’orgue en vent. A ce stade, on ne peut donc pas affirmer de façon absolue que les sommiers n’ont pas subi les effets d'un coup de chaud avant que l’on puisse les tester en fonctionnement. Mais nous avons toutes les raisons d’être optimistes et de penser que les sommiers seront également en parfait état. Ce qui est le cas pour tous les composants mécaniques, la console et les tuyaux qui n’ont visiblement pas souffert de la chaleur. D’ailleurs, un thermomètre à mémoire placé dans le soubassement de l’orgue nous indique qu'à cet endroit la température de 17°C n’a pas varié.
 
Evidemment les voûtes sont en partie écroulées, d’une part au niveau de la croisée des transepts dans le transept nord et aussi dans la nef près de la croisée en raison de la chute de la flèche sur cette partie de la nef. Il en résulte que l’on peut observer l’orgue sous un éclairage insolite alors que l’on ne le distingue habituellement que dans la pénombre ou sous lumière artificielle. Comme les trous dans les voûtes sont assez éloignés de la tribune, on a donc au niveau de la tribune une sorte de clair-obscur qui donne à voir l’orgue sous un éclairage un peu irréel. Une photo jointe, prise du triforium sud, en fait état.
 
D’ici deux semaines environ, on obtiendra une ligne électrique pour alimenter l’orgue et on pourra alors poser un diagnostic sur la partie « sommiers », mais il y a vraiment lieu d’être confiant sur ce point. Tous les circuits électroniques, qu’ils soient dans la console ou dans le soubassement du buffet, sont indemnes et parfaitement propres, étant enfermés.
 
Comme des travaux sur l’édifice aux abords de l’orgue auront lieu, notre opinion est qu’il sera préférable de le confiner sous caisson étanche pressurisé et sous ambiance contrôlée plutôt que de le démonter. Le nettoyage sous ce caisson pourra être effectué sans difficultés techniques, les paramètres d'embouchage et d’harmonie sont parfaitement conservés. Le démontage de l’orgue, son stockage prolongé et sa réinstallation seraient un travail considérable et l’orgue aurait à en souffrir amplement. Notamment la façade extrêmement fragile de Cavaillé-Coll, qui n’a jamais été sortie de la cathédrale depuis 1868, et qui aurait bien peu de chance d’y survivre.
 
L’orgue de chœur
Quelques mots sur l’orgue de chœur dans lequel j’ai pu faire un examen succinct. Les pompiers ont arrosé les stalles pour éviter qu’elles ne brulent et fatalement, de l’eau est rentrée au-dessus des stalles et a coulé derrière, sous la partie du buffet en surplomb. Les soufflets baquets dans le haut du soubassement ont été remplis d’eau qui s’est déversée sur la mécanique dans le soubassement. Mais je suppose que la partie haute n’a pas été arrosée car je n’ai pas vu de traces d’écoulement dans les parties hautes sur la tuyauterie et les sommiers. Les dégâts sont quand même non négligeables, mais la partie de haute l’orgue semble avoir été plutôt épargnée. Il faudra faire un examen plus poussé pour apprécier la réelle étendue des dégâts dans cet instrument. La console, dont l’accès est actuellement totalement inenvisageable pour raisons de sécurité, a sûrement été bien arrosée également.
 
Ces constats sont plutôt un réconfort vis à vis de cette terrible catastrophe. »
 
Il faut d’ailleurs, nous dit également Eric Brottier, saluer le travail exemplaire des pompiers qui ont réalisé un arrosage ciblé et méticuleux, permettant de sauver beaucoup d’œuvres d’art qui auraient pu être endommagées par des actions plus brutales.
 
Un petit coin de ciel bleu au milieu de cette fournaise cataclysmique…

textes de Pascale Rouet

Comments