Pie XII a agi en homme responsable

publié le 7 juin 2010 à 13:06 par Paroisse Blanzay   [ mis à jour : 7 juin 2010 à 14:32 ]
Roland Hureaux estime que, face à la Shoah, Pie XII a agi en homme responsable plutôt qu'en donneur de leçon. (Extraits du magazine Marianne 2 du 11 janvier 2010 : Pie XII : et si Marianne se trompait? - en réponse à l'annonce à la béatification de ce Pape jugé anti juif et pro hitlérien).

(...) - L'homme de responsabilité s'efforce de calculer dans chaque circonstance les effets positifs et négatifs de ce qu'il dit et fait et mesure ses propos en fonction de cela.

Devant ce dilemme, il est évident que l'Eglise Catholique avait, entre 1939 et 1945, des responsabilités redoutables (face à Hitler) : celle de millions de catholiques mais aussi de centaines de milliers de juifs réfugiés dans les institutions catholiques!
LE PAPE N'EST PAS UN PROPHETE

Il est vrai que la tradition de l'Eglise assigne aussi aux papes et aux évêques, une fonction " prophétique". Mais les prophètes de la Bible se situaient en dehors des institutions et n'avaient aucune responsabilité ; ils pouvaient de ce fait, sans autre risque que pour eux mêmes, invectiver le pouvoirs en place. Il est évident que ce n'est pas la position d'un pape ou d'un évêque qui est d'abord un pasteur, c'est à dire, selon la Bible, l'homme qui garde le troupeau contre les loups.
Rien ne permet de dire que, par rapport à telle situation, le pape aurait pu, en étant moins prudent, améliorer la balance Bien/Mal. Il faut une présomption singulière à ceux qui n'ont pas vécu les mêmes évènements, ni jamais exercé des responsabilités analogues, pour porter des jugements péremptoires à ce sujet.
Dans cette logique, il est aussi choquant d'entendre certains catholiques dire que le procès en béatification de PIe XII est une question interne à l'Eglise, une affaire de sacristie en quelque sorte, qui ne concernerait que les vertus privées du pape, sans considération de son rôle historique. Nul doute que si "l'avocat du diable" (une fonction officielle dans la procédure en cours!) arrive à prouver que dans telle ou telle circonstance ke comportement du pape a eu des effets négatifs sur les juifs et sur d'autres, il ne saurait être béatifié.
Une prise de parole solennelle lors de la rafle des juifs de Rome aurait "sûrement amélioré la propre réputation de Pie XII aujourd'hui." Mais quel criminel aurait il été s'il avait, pour forger son image devant l'Histoire ou même préserver l'honneur de l'institution, sacrifié la vie ne serait-ce que d'un des milliers d'enfant juifs réfugiés dans les jardins de Castel Gondolfo et de multiples couvents!

UNE PRISE DE PAROLE INUTILE ?

Il faut une singulière méconnaissance de ce qu'avait été le régime nazi pour imaginer que ce genre de proclamations aurait pu l'émouvoir. L'exemple souvent cité de la protestation forte de évêques hollandais face à la déportation des juifs qui a attiré des représailles non seulement sur les catholiques mais surtout sur les juifs qu'ils protégeaient, est éloquent par lui même.
On dit qu'une parole plus nette du pape aurait au moins pu faire entrer les catholiques dans la résistance : ainsi les officiers catholiques allemands auraient compris que Pie XII souhaitait qu'ils assassinent Hitler. Pie XII n'ayant rien dit, ils n'y ont pas pensé!
Comment peut on dire aussi que le pape n'a rien dit contre le nazisme alors qu'il avait été le sherpa qui rédigea de bout en bout l'encyclique Mit brennender sorge. (en allemand, traduit par " Avec une vive inquiétude") est une encyclique qui condamne l'idéologie raciste, le culte de l'Etat et du chef et le paganisme qui sont le fondement du national-socialisme. Publiée le 10 mars 1937 d'abord en allemand, et non en latin comme les autres encycliques, elle est lue le 21 mars, dimanche des Rameaux et diffusée dans la presse le 22 et dans toutes les églises.
Pie XII fut, dit-on, obsédé par l'anticommunisme. Parole légère s'il en est ! Oublie-t-on qu'entre aout 1939 et juin 1941, Hitler et Staline sont alliés, un plan d'extermination des prêtres et des élites polonaises est à l'œuvre et des centaines de milliers de catholiques polonais sont assassinés. Pas de protestation mémorable non plus. Pourquoi?
On reproche assez à l'Eglise ses interdits, ses censures, ses condamnations souvent bruyantes et si impopulaires mais elles ne visent généralement pas les siens...
Rien de tel en la circonstance ; comme tous les papes, Pie XII croyait au diable et, lors de propos privés qu'il a tenus, il semble qu'il ait considéré Hitler comme un possédé.
Nonce en Allemagne sous la République de Weimar, il ne se faisait en tout cas aucune illusion sur le personnage et savait mieux que quiconque l'abîme du mal auquel l'Europe était alors confrontée. Il savait que, face à la "Bête Immonde", rien ne sert de chercher à l'attendrir, il faut en priorité limiter les dégâts en n'attisant pas sa fureur.
Le célèbre regard immobile de Pie XII derrière ses lunettes rondes n'est pas celui de quelqu'un paralysé par la peur, mais celui d'un homme totalement lucide sur l'ampleur de la catastrophe et pénétré de son immense responsabilité.
De fait, le vrai mystère de Pie XII n'est pas tant son comprtement pendant la guerre que la lecture qui en est faite actuellement. Alors que aussitôt après la guerre, il a eu les éloges unanimes des grands du monde juif : Ben Gourion, Golda Meir, Albert Einstein, Léo Kubowitski, secrétaire du congrès juif mondial, le grand rabbin de Rome, ...) et du monde non juif.
Le basculement s'est fait avec la pièce "Le Vicaire" (1963), oeuvre littéraire et non hitorique due à un personnage douteux, proche des milieux négationnistes.

"Bienheureux êtes vous si l'on vous insulte, si l'on vous calomnie de toutes manières à cause de Moi". (Mt5,11)