Pourquoi le faux “débat apaisé” du projet de loi bioéthique dissimule une violence politique, idéologique et sociale

publié le 28 juil. 2019 à 08:24 par Pierre Roland-Gosselin


Dans Valeurs Actuelles , par  Guillaume Drago ?  Jeudi 25 juillet 2019 à 11:32

"Marche pour la Vie" en opposition à la "PMA pour toutes", présente dans la loi bioéthique, le 20 janvier 2019 © Michel Stoupak / NurPhoto

“Sous les apparences de la recherche d’un ‘débat apaisé’ se cache une grande violence politique et idéologique que les Français doivent savoir décrypter”, analyse Guillaume Drago, président de l’Institut Famille et République.

Aucun gouvernement ne recherche les conflits sociaux. Mais on est parfois obligé d’y passer tant les Français aiment les controverses et s’opposer entre eux, en bons « Gaulois réfractaires », selon l’expression aujourd’hui consacrée par le président de la République. Les sujets « sociétaux » ne sont pas en peine de telles oppositions. Et le projet de loi Bioéthique sera sans doute la controverse de la rentrée. Raison de plus pour ce gouvernement de tenter de faire passer cette réforme majeure pour la filiation et la procréation selon un calendrier précis et qui révèle la grande duplicité d’un exécutif qui avance masqué. Sous les apparences de la recherche d’un « débat apaisé » se cache une grande violence politique et idéologique qu’on veut ici dénoncer et que les Français doivent savoir décrypter.

L’essentiel d’abord : le projet de loi Bioéthique lui-même. Il ouvre la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes en couple et aux femmes seules, dégageant le père du processus de reconnaissance de l’enfant à naître, faisant ainsi fi de la filiation père-mère, posant un principe de filiation fondée sur « le projet parental » et non plus sur la nature même de la filiation père-mère. L’évidence est niée au profit du « projet » que les parents ont pour eux-mêmes et non pour l’enfant. De là découle la suppression de la condition médicale pour la PMA, ouvrant à tout vent le processus créatif de l’enfant et le remboursement de ces procédés par la solidarité nationale. Pour assurer une stabilité juridique à ces « projets parentaux », la filiation deviendrait ainsi un acte de volonté et non plus l’évidence de la parenté (la mère de l’enfant est celle qui accouche, le père bénéficie d’une présomption de paternité). Bref, après le droit du couple déconstruit en 2013, c’est le droit de la filiation qui est détruit par le projet de loi Bioéthique. La violence sociale d’un tel projet est aussi considérable que si l’on décidait de supprimer d’un coup la notion de famille et l’autorité parentale. Cette violence sociale est le fruit de l’idéologie d’une minorité agissante au profit de la réalisation par la technique de tous les désirs d'enfant, pour le plus grand profit du marché de la procréation qui voudrait se développer en France, alors qu'il est actuellement contenu par l'objectif thérapeutique qui réserve la PMA aux cas d'infertilité pathologiques. On veut ainsi remplacer le soin par le seul désir d’enfant.

Mais cette violence ne s’arrête pas là. Elle se traduit aussi dans le débat parlementaire à venir. La machine gouvernementale avance masquée mais avec une détermination sans faille. Derrière le « débat apaisé » se cache le projet d’une absence de débat parlementaire. La pièce est en plusieurs actes.

Acte I : Le Gouvernement modifie les conditions du débat à l’Assemblée nationale.

Le Règlement de l’Assemblée a été modifié en juin dernier, sans d’ailleurs déclencher les foudres d’un Conseil constitutionnel peu enclin à contrôler le fonctionnement interne du Parlement. Il faut simplement répondre aux « exigences de clarté et de sincérité du débat parlementaire ». Avec un contrôle de ce type, toute restriction du débat est pratiquement autorisée. Ainsi, les temps de parole se limitent à 5 ou 10 minutes selon les textes, les députés non-inscrits dans un groupe n’ayant plus que 5 minutes de temps de parole. Ou encore, les explications de vote, qui permettent d’expliquer les raisons d’une forte opposition à un texte, deviennent à la discrétion du président de séance et ne sont plus de droit. Surtout, le droit d’amendement, droit fondamental du parlementaire, se trouve concentré en commission et plus en séance publique.

L’hémicycle ne peut plus être une tribune de débats aux yeux des Français. Avec de telles modifications, le débat est verrouillé à l’avance et l’opposition perd un espace de dialogue et de proposition.

Acte II : le calendrier parlementaire est finement défini.

Après l’adoption en conseil des ministres du projet de loi Bioéthique le 24 juillet, en fin de session parlementaire, la commission va commencer ses travaux en pleine période estivale : entre le 25 juillet et début septembre… On est ainsi assuré de travailler de façon très apaisée… Puis on organise un premier examen en septembre, rapidement, sans traîner, en utilisant le « temps législatif programmé » qui va réduire encore plus le temps de débat dans le calendrier parlementaire.

Acte III : on lance une communication tous azimuts, par twitter, par interviews multiples dans la presse, sur un ton « apaisé », bonhomme, tranquille, comme si les sujets en cause étaient de caractère banal, sans enjeu, dans le style « la révision des lois Bioéthiques, quoi… comme d’habitude, tous les cinq ans… ».

Acte IV : on constate qu’il y a certes une opposition, au Parlement, dans de très nombreux mouvements mais justement, « ils ne veulent pas d’un débat apaisé », « ils sont agités », « ils sont agressifs », et évidemment « ils sont homophobes ».

Comprendre : ceux qui ne sont pas avec nous doivent être disqualifiés dans le débat puisque ce Gouvernement porte la « bonne » parole. Si l’opposition n’accepte pas le « débat apaisé », c’est qu’ils ont des choses à se reprocher, donc il faut les disqualifier.

Chacun aura compris la tactique fallacieuse de ce gouvernement. Derrière les propos lénifiants se prépare une violence familiale et sociale qui veut faire exploser le droit de la filiation pour le remplacer par un droit de la seule volonté et du « projet parental ». En muselant le débat parlementaire, l’effet sera immédiat : ce débat aura lieu ailleurs, dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans la rue, et il y a fort à parier qu’il ne sera vraiment « policé ». En rétrécissant l’espace du débat parlementaire, ce sont les institutions représentatives que l’on fragilise. Le vrai débat se passera ailleurs et ce Gouvernement en portera la responsabilité.

https://www.valeursactuelles.com/societe/pourquoi-le-faux-debat-apaise-du-projet-de-loi-bioethique-dissimule-une-violence-politique-ideologique-et-sociale-109372?fbclid=IwAR2OzaKS1BbpHkfQZYyp7RGZaRNHZOcAhIWGTeHrdlQ34mrcefsbK2s3PAg

 

 

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