RATP ET CHRETIENS D'ORIENT : LES EVEQUES DE FRANCE MUETS...

publié le 13 avr. 2015 à 23:38 par Olivier du Chambon

L’affaire de l’affiche du concert des Prêtres en partie censurée par la RATP et son dénouement -la mention refusée- pour chrétiens d’Orient- réapparait -est un épisode significatif de la querelle laïque en France.

Trois observations:

- La première est rassurante : les grandes causes, comme la défense des chrétiens persécutés, existent encore ! Et elles rassemblent. Au-delà du tambourin médiatique, les élites politiques ont su reconnaître la gravité d’un enjeu sans que les réflexes conditionnés de leur appartenance n’emprisonnent leur liberté de jugement. Face à la frilosité de la RATP, on a vu ainsi des personnalités de gauche prendre position pour la défense explicite des chrétiens d’Orient.

Certes, les arrière-pensées politiques sont là et il serait naïf de les ignorer mais une vraie « grande cause » ne se décrète pas. Elle s’impose d’elle-même. Elle transcende les partis parce qu’elle touche la conscience de chacun sans recours à l’esbroufe de la com’.

Pour les esprits éclairés-même si beaucoup se taisent- défendre publiquement en France « les chrétiens » d’Orient dans un des pays du monde où la frontière laïque est la plus stricte n’est donc pas une concession à une exception mais une nécessité indiscutable.

Quand le Pape, ce week-end de Pâques, dénonce le « silence complice » de ceux qui semblent encore ignorer l’élimination physique et programmée de chrétiens parce qu’ils sont chrétiens, ce n’est pas le chef de l’Eglise qui se lève pour une croisade mais un leader mondial qui réveille une conscience universelle anesthésiée.

- La deuxième observation regarde la « neutralité » laïque. En érigeant des barrières, il y a un siècle, entre le monde politique et le monde religieux, les pères de la laïcité à la française ont voulu empêcher que le christianisme ne pèse sur les décisions politiques. Mais la revendication d’autonomie entre ces deux sphères n’impliquait nullement une ignorance réciproque. A tel point que l’Etat, loin de l’interdire, s’engageait à garantir le libre exercice du culte.

Cette interprétation de la philosophie de la laïcité connaît pourtant un net durcissement depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande et de certains de ses dévoués ministres en la matière. Son programme présidentiel ne prévoyait-il pas l’inscription du principe même de séparation laïque dans la Constitution ?

Or, cette affaire d’affiches rappelle, de façon cinglante, qu’ »autonomie » ne veut pas dire « indifférence ». Que « séparation » ne signifie pas « neutralité ». Et qu’il arrive que ces deux mondes s’unissent dans une même conscience pour dénoncer d’une seule voix et nommer par son nom l’inadmissible et insupportable : tuer froidement l’autre parce qu’il ne pense pas comme soi. Et déporter ceux qui resteraient.

- Le troisième enseignement de cette tempête touche l’Eglise de France. Pour la seconde fois en trois ans avec la Manif pour tous, elle vient de faire, en mode mineur, l’expérience et la preuve de sa vitalité militante. Une nouvelle fois, les réseaux sociaux où les « cathos » sont très actifs ont pris de vitesse l’Eglise institutionnelle, les évêques en particulier, peu audibles sur le sujet même si beaucoup ont protesté contre la censure de la RATP.

Une nouvelle géographie catholique s’installe donc. Ses points de repère ne sont plus les clochers ou les cathédrales mais le nombre d’abonnés Twitter de tel ou tel curé qui mesure l’ampleur de son « réseau ». Ainsi de l’abbé Grosjean. Il est en passe de devenir l’une des icônes médiatiques de l’Eglise parce qu’il est capable, en quelques clics, de mobiliser des dizaines de milliers de jeunes cathos ou autres pour réagir. Il vient encore de le prouver en fin de semaine dernière. Avec son col romain très identifié mais non coincé et son langage net, il nage comme un poisson dans l’eau et surfe sur les courants portants de la toile Internet.

Certains vont dénoncer l’émergence d’un lobby catholique à combattre d’urgence au nom de la sacro-sainte laïcité. Mais ce srait ne pas voir qu’en deçà des personnalités ou de leur capacité de mobilisation quasi instantanée via les réseaux sociaux, demeure en France un socle social catholique très actif et profondément renouvelé ces dernières années. Il est rajeuni et bien loin de pousser son dernier souffle.

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