Réponse de Karol Wojtyla à un documentaire de la BBC

publié le 24 févr. 2016 à 23:35 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 24 févr. 2016 à 23:35 ]


Prof. Anna-Teresa_Tymieniecka

Prof. Anna-Teresa_Tymieniecka

La BBC s’étonne de la grande simplicité de relation entre Karol Wojtyla et les femmes, dans un documentaire qui fait couler beaucoup d’encre, mais qui n’a pas interrogé Karol Wojtyla lui-même sur ses relations « fraternelles » avec les femmes. Et pourtant il s’en est expliqué clairement, aux niveaux anthropologique et spirituel.

Il s’agit de l’amitié spirituelle de Karol Wojtyla-Jean-Paul II et de la prof. Anna-Teresa Tymieniecka (1923-2014), philosophe, phénoménologue, polonaise, diplômée à l’université de Cracovie, installée aux Etats-Unis, mariée à un économiste, Hendrik Houthakker, mère de trois enfants, et l’amitié de Jean-Paul II incluait toute la famille.

L’amitié pour Anna-Teresa Tymieniecka est liée, à partir de 1973, au livre Personne et Acte : elle travailla à sa révision et à sa traduction en anglais.

Karol Wojtyla s’est rendu aux Etats-Unis en 1976, pour une assemblée des évêques catholiques du pays, et à cette occasion, il rendit visite à la famille d’Anna-Teresa Tymieniecka. Une des photos sur lesquelles la BBC se fonde date de ce séjour.

La BBC fait aussi état du don d’un scapulaire de la Vierge Marie à la mère de famille, parce que le pape lui-même – qui vivait de la spiritualité du Carmel – portait le scapulaire de Notre Dame du Carmel. Quel chrétien n’a pas lui-même offert une médaille qui lui est chère ou un scapulaire, une image sainte à des amis ?

La Bibliothèque nationale de Pologne, qui possède les lettres d’Anna-Teresa Tymieniecka, a indiqué dans un communiqué : « Jean-Paul II était entouré d’un cercle d’amis ecclésiastiques et laïcs, avec lesquels il restait en contact étroit. Ce cercle incluait Anna-Teresa Tymieniecka, mais la relation n’avait rien de confidentiel ni d’exceptionnel. »

Un autre exemple d’amitié avec l’archevêque de Cracovie devenu pape est celle de la famille de Wanda Poltawska. Une amitié spirituelle née à l’époque où elle était étudiante et lui aumônier, dont témoigne la publication du Journal d’une amitié (Médiaspaul) et qui incluait le mari et les enfants, comme indique d’emblée le sous-titre : “La famille Poltawski et Karol Wojtyla. Avec quarante-six lettres inédites de Jean-Paul II”. C’est pour sa santé que l’archevêque de Cracovie a écrit au Padre Pio dont la prière a obtenu la grâce d’une guérison.

La BBC a raison de s’étonner des amitiés spirituelles de Karol Wojtyla – surtout si l’on considère le contexte de l’Eglise polonaise et qu’il est né en 1920 – mais on pourrait dire que le reportage n’a pas été jusqu’au bout de sa démarche : il aurait peut-être fallu enrichir le programme en interrogeant le principal intéressé sur la source de sa grande simplicité et franchise dans ses relations avec les femmes.

Dans sa Lettre aux prêtres du Jeudi saint 1995, Année internationale de la femme, le pape Jean-Paul II fait observer que les prêtres sont appelés à reconnaître dans les femmes des « sœurs » en Christ, dans le baptême.

Lui-même, loin de faire secret de ce don humain et spirituel, essaye de transmettre ce qu’il vit dans cette Lettre aux prêtres : « Il ne fait pas de doute que « la sœur » représente une manifestation spécifique de la beauté spirituelle de la femme, mais elle révèle, en même temps, son « intangibilité ». Si le prêtre, avec l’aide de la grâce divine et sous la protection spéciale de Marie Vierge et Mère, approfondit en ce sens son attitude envers la femme, il verra son ministère accompagné d’un sentiment de grande confiance précisément de la part des femmes, qu’il aura regardées, dans leurs diverses conditions de vie, comme des sœurs et comme des mères » (n. 5).

Il ajoute : « La figure de la femme-sœur est d’une importance considérable dans notre civilisation chrétienne, où d’innombrables femmes sont devenues des sœurs pour tous, grâce à l’attitude particulière qu’elles ont adoptée à l’égard du prochain, surtout du plus démuni. Une « sœur » est une garantie de désintéressement, à l’école, à l’hôpital, à la prison et dans d’autres secteurs des services sociaux. Quand une femme reste célibataire, dans le « don qu’elle fait d’elle-même comme sœur » par l’engagement apostolique et le généreux don de soi au prochain, elle développe en elle une maternité spirituelle particulière. Ce don désintéressé d’une féminité « fraternelle » baigne de lumière l’existence humaine, fait naître les meilleurs des sentiments dont l’homme soit capable et laisse toujours après elle une trace de reconnaissance pour le bien gratuitement offert. »

« La condition de mère et celle de sœur sont les deux dimensions fondamentales du rapport entre la femme et le prêtre. Si ce rapport est établi de manière sereine et responsable, la femme n’éprouvera aucune difficulté particulière dans ses relations avec le prêtre », explique le pape Jean-Paul II à ses prêtres avant d’ajouter : « Dans ces conditions, la femme ne peut être pour le prêtre qu’une sœur, et sa dignité de sœur doit être envisagée par lui de manière consciente. »

Peut-être ces paroles éclairent-elles ce que Wojtyla vivait, priait, réfléchissait, pour le transmettre, en père spirituel et pasteur universel.