Retour sur le voyage de Benoît XVI en Allemagne

publié le 31 déc. 2011 à 06:33 par Olivier du Chambon   [ mis à jour : 31 déc. 2011 à 06:35 ]
 de (Jean Mercier)

Benoît XVI a administré une correction sévère aux deux groupes qui, outre-Rhin, agrippent le bord de sa soutane pour faire valoir leurs revendications… Il a collé une bonne claque et flanqué une belle fessée…

La claque :

« La participation à la table eucharistique est l’attente commune des protestants allemands, notamment dans un pays où les mariages mixtes abondent, mais la chose est « strikt verboten », du point de vue de Rome. La phrase du Pape a tourné en boucle sur toutes les radios allemandes, comme s’il s’agissait d’un scoop… A Erfurt, le pape a a rappelé que l’œcuménisme n’était pas un sport diplomatique où l’on se rencontre entre partenaires. Une façon de dire : je reste le pape de l’Eglise universelle, vous n’êtes que les protestants allemands. On ne joue pas dans la même cour.

Le lendemain de sa prestation au couvent de Martin Luther, les grands titres des journaux soulignaient donc la déception des héritiers de Luther. Ils attendaient du pape un geste fort -notamment quelque chose autour de l’intercommunion - et ont finalement reçu une leçon désagréable, puisque le pape leur a dit qu’ils n’étaient pas assez fidèles à la pensée originale de Luther, en mettant de côté la question du péché, et en ayant oublié son inquiétude envers le salut. En d’autres termes, le pape leur a expliqué qu’ils ont trahi leur fondateur… Dur à avaler. Même si deux amis pasteurs réformés que j’ai interrogés depuis m’ont confié que, sur le fond, le pape n’avait pas tort…

La fessée :

Elle a été administrée par Benoît XVI au Comité Central des catholiques allemands, le ZDK, un énorme mouvement qui réunit les laïcs partisans du christianisme social, dont beaucoup sont très engagés sur le terrain politique. Le patron du ZDK, Aloïs Glück, monte régulièrement au créneau pour réclamer des réformes dans la structure de l’Eglise, particulièrement l’ordination d’hommes mariés. Fidèle à son style -poigne d’acier dans un gant de satin- le pape a corrigé ses trublions avec une sorte d’humour noir au second degré. Fait peu courant, il nous a raconté une petite histoire à la mode des Lettres Persanes de Montesquieu. Mais quand un homme aussi fin que le pape prend ce détour littéraire, ça peut faire très mal…

Benoït XVI est parti d’une réalité très « tendance » qui consiste, pour les riches, à aller chez les pauvres du tiers monde pour voir le monde avec les yeux et changer de lunettes ça s’appelle, nous explique le pape, le programme « exposure » Imaginons-nous qu’un tel programme exposure ait lieu ici en Allemagne. Des experts provenant d’un pays lointain viendraient vivre pendant une semaine auprès d’une famille allemande moyenne. Ici, ils admireraient beaucoup de choses, par exemple le bien-être, l’ordre et l’efficacité. Mais avec un regard non prévenu, ils constateraient aussi beaucoup de pauvreté : pauvreté pour ce qui concerne les relations humaines et pauvreté dans le domaine religieux.

Le pape fait ensuite un diagnostic assez sévère de l’individualisme et aussi du « relativisme subliminal » qui pénètre tous les domaines de la vie. En Allemagne, l’Eglise est organisée de manière excellence. Mais derrière les structures se trouve-t-il aussi la force spirituelle qui leur est relative, la force de la foi en un Dieu vivant ? Sincèrement, nous devons cependant dire qu’il existe un excédent de structures par rapport à l’Esprit.

J’ajoute : la vraie crise de l’Eglise dans le monde occidental est une crise de la foi. Si nous n’arrivons pas à un véritable renouvellement de la foi, toute réforme structurelle demeurera inefficace.

En clair, cessez vos meetings (une passion allemande, je peux en témoigner), quittez vos bureaux, arrêtez de chercher le pouvoir interne à l’Eglise : sortez dehors pour parler de Jésus et rentrez en vous-mêmes par la prière et les sacrements. La leçon ne peut être que dure pour cette élite du catholicisme social volontiers auto satisfaite, mise devant la pauvreté de son rayonnement spirituel. »