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Cum Petro Pugnare, Cum Petro Regnare

Extraits du livre " L'Eglise en procès":Pourquoi l’Église a-t-elle tardé à prendre la mesure du scandale des prêtres pédophiles?

publié le 6 sept. 2019 à 16:34 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 6 sept. 2019 à 16:35 ]

L'Eglise en procès

Pourquoi l’Église a-t-elle tardé à prendre la mesure du scandale
des prêtres pédophiles ?
Jean-Christophe Buisson
PAR BERNARD LECOMTE

 

Le 14 août 2018, la presse mondiale se fait largement l’écho d’un rapport de 900 pages publié par le grand jury de l’Etat de Pennsylvanie qui a identifié plus de mille victimes d’abus sexuels commis par des prêtres dans les dix diocèses de cet Etat. Qu’importe que les chiffres soient discutables, que tous ces crimes soient vieux de quarante ou cinquante ans, que l’on confonde accusations et condamnations : l’effet de ce document est dévastateur.

 

Tout comme une étude commandée par l’Eglise allemande qui révèle, un mois plus tard, que 3 677 enfants auraient été abusés par 1 670 clercs, dans ce pays, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces chiffres donnent le tournis. Ils réduisent à néant toute l’action de ce pape (François, ndlr) qui était jusqu’alors extrêmement populaire et qui devient, en quelques semaines, la cible de tous les médias du monde.

 

Si les opinions publiques sont si sensibles à ces révé­lations, c’est qu’un nouvel acteur est entré en scène : les victimes de crimes pédophiles ont commencé à parler, à s’organiser, à faire pression.

 

Aux Etats-Unis, d’abord, sous le nom de survivors, encadrés par des avocats spécialisés qui ont multiplié les procédures et, d’agreement en agreement, ont ruiné plusieurs diocèses (l’Eglise américaine a dû verser plus d’un milliard de dollars en indemnisations diverses).

 

Puis en Europe, où des victimes ayant gardé le silence pendant deux ou trois décennies se sont mises à parler, à se regrouper et à intenter des procès aux évêques ayant « couvert », plus ou moins volontairement, leurs bourreaux et prédateurs.

 

L’apparition tardive des associations de victimes change totalement la donne. D’abord parce qu’elle laisse prévoir, pour des années encore, aux quatre coins de la planète, des révélations de crimes anciens, de plus en plus difficiles à prouver, mais toujours aussi épou­vantables. Les efforts des épiscopats américain, canadien, allemand ou français pour éradiquer les crimes de pédophilie dans leurs rangs seront toujours occultés par des scandales venus du passé qui, à juste titre, soulèvent le cœur.

 

Ensuite, parce qu’un chrétien sincère, par nature, est spontanément du côté des victimes, quelles qu’elles soient. Le réflexe qui consiste, pour un catholique pratiquant, à défendre « son » Eglise, dont il rappelle en récitant le Credo qu’elle est « une, sainte, catholique et apostolique », est naturel et légitime. Mais il ne tient pas longtemps face aux témoignages de personnes en chair et en os, de victimes réelles dont la souffrance, même des années après les faits, n’est pas discutable. […]

 

La crise est profonde, violente, durable, inextricable. Le pape François, bien malgré lui, doit reprendre le dossier en main. Le 20 août 2018, il publie une Lettre au peuple de Dieu où il exhorte tous les catholiques à se saisir de la question. Son idée est qu’il ne faut pas laisser celle-ci aux mains des évêques, ni même des prêtres. Lors de ses vœux à la curie, en janvier 2019, il fustige tous les responsables qui ont « couvert la vérité, dans le passé, par légèreté, par incrédulité, par impréparation, par inexpérience ou par superficialité ». Le Saint-Père n’a pas de mots assez forts contre « le cercle de privilégiés qui se figurent avoir Dieu dans leur poche » et dénonce désormais, avec force, le « cléricalisme ».

 

Le pape François ne se départira plus de ces critiques sur la gouvernance de l’Eglise. Il est temps, à ses yeux, de relativiser l’autorité quasi sacrée que l’aumônier, le confesseur, le curé ou l’évêque exercent depuis des siècles sur le simple laïc - ou le séminariste, ou la novice - porté à obéir au nom de sa foi, avec tous les risques de soumission et les abus d’autorité que comporte cette relation. Et pas seulement en matière de pédophilie, comme le montrent, en février 2019, de terribles révélations sur des religieuses abusées par des prêtres.

[…]

 

Du 21 au 24 février 2019, le pape François réunit à Rome un sommet mondial sur la pédophilie dans l’Eglise auquel participent 190 présidents de conférences épiscopales, supérieurs généraux de congrégations religieuses, préfets de dicastères, et d’autres. Les trois thèmes abordés montrent bien que le combat a changé de nature : « responsabilité », « reddition de comptes » et « transparence ». Il ne s’agit plus, désormais, de traquer et de sanctionner les prêtres pédophiles, mais bien de mettre fin aux abus de pouvoir et, surtout, aux « silences » de leur hiérarchie, comme le confirme un motu proprio intitulé Vos estis lux mundi (« Vous êtes la lumière du monde ») publié par le pape le 9 mai 2019, qui contraint désormais tous les membres du clergé, sans exception, à dénoncer tous les crimes sexuels - abus sexuels sur mineurs mais aussi abus « sur personnes vulnérables ».
Les affaires de pédophilie auront été, sur ce plan, un terrible révélateur. L’Eglise a trop longtemps imposé le silence à ses clercs - évêques, prêtres, religieux - pour se défaire facilement de son antique culture du secret. (…) Si elle veut continuer à annoncer la Bonne Nouvelle au monde de demain, il faudra bien qu’elle s’adapte, bon gré mal gré, à la nouvelle civilisation qui s’annonce.

B. L.

 

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Extrait paru dans le Figaro Magasine du 23 août 2019

Extraits du livre " L'Eglise en procès":Avec le fascisme contre le communisme ?

publié le 6 sept. 2019 à 16:31 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 6 sept. 2019 à 16:37 ]

L&#39;Eglise en procès

Avec le fascisme contre le communisme ?
Jean-Christophe Buisson
PAR FRÉDÉRIC LE MOAL

 



Le réquisitoire dressé contre l’Eglise à propos de ses relations avec les systèmes totalitaires est aussi sévère qu’incomplet, et pour tout dire injuste.

 

Sévère parce qu’il dénonce des relations coupables entretenues avec le fascisme et le nazisme et qu’il va jusqu’à mettre en avant une complicité massive avec Berlin dans l’accomplissement de la Shoah.

 

Incomplet car il met de côté la question des rapports avec le communisme, pourtant précurseur dans le totalitarisme et les crimes de masse. En effet, un silence assourdissant pèse encore sur cette page de l’histoire de l’Eglise alors que les compromissions les plus graves l’ont été avec le marxisme, ses partis affiliés à Moscou, ses organisations et ses militants (des prêtres ouvriers à la théologie de la libération).

 

Et enfin réquisitoire injuste car l’Eglise a très vite élaboré une doctrine claire et sans ambiguïté pour condamner autant ces idéologies que les régimes politiques qui en étaient issus, et a été victime de terribles persécutions.

 

Ces griefs sont d’autant plus ubuesques que les trois régimes totalitaires ont tous considéré l’Eglise et le catholicisme comme des ennemis mortels qu’ils ont cherché, par la manière douce ou forte, à réduire à néant.

 

[…] S’il fallut attendre 1917 pour voir l’installation du premier régime totalitaire sur le cadavre de la Russie tsariste, et 1925 pour lire, sous la plume de l’antifasciste Giovanni Amendola, le mot « totalitarisme » à propos du régime fasciste italien, l’Eglise catholique a très tôt perçu l’émergence de ces idéologies contraires à la liberté et même à la nature de l’être humain.

 

En effet, les trois systèmes totalitaires avaient en commun la volonté de prendre le contrôle total de l’individu et de le remodeler afin de faire émerger un homme nouveau, mission confiée à l’Etat et au parti unique dont les rôles respectifs variaient en fonction du régime.

 

Mais une chose était certaine : l’Eglise catholique faisait face à un Etat omnipotent, voire déifié, et voyait dans ce Léviathan un danger mortel pour elle.

 

Cette tyrannie d’un genre nouveau, appuyée sur des idéologies qui toutes nourrissaient une haine viscérale pour le christianisme, mettait en danger plusieurs aspects fondamentaux du catholicisme romain, tant sur le fond que sur la forme : conception de l’homme, de sa nature et de ses droits, liberté d’apostolat, nomination des évêques, autonomie des structures ecclésiastiques et de la presse catholique, conception du mariage, de la famille, de l’éducation et parfois même existence même du culte et de l’Eglise (en URSS uniquement).

A cela s’ajoutait la nature même de l’Eglise catholique, corps autonome obéissant à un monarque absolu vivant à Rome dans un Etat indépendant que les accords du Latran lui avaient rendu en 1929. La confrontation était donc inévitable avec ces idolâtries de la race, du sang, de la nation ou de la classe sociale.

 

Elle l’était d’autant plus que le magistère, échaudé par l’expérience de la Révolution française, analysa avec pertinence la dangerosité des idéologies du XXème siècle qui aspiraient, dans une pulsion utopique, à installer une sorte de paradis sur terre.

 

On en veut pour preuve les textes élaborés depuis le XIXème siècle et dont il serait difficile de faire une liste exhaustive.

Retenons les plus éclairants :

les encycliques         Qui pluribus de ­Pie IX­ (1846),

                                 Rerum novarum de Léon XIII (1891),

                                 Non abbiamo bisogno (1931),

                                 Divini Redemptoris et Mit brennender Sorge de Pie XI (1937) ;

 

les articles de la presse catholique, dont la Civiltà cattolica, revue des Jésuites et sorte de porte-parole officieux de la pensée des pontifes ;

 

tous les documents du Saint-Office analysant le nazisme comme l’expression d’un paga­nisme germanique dangereux et synthétisés dans la liste des thèses racistes condamnées par l’Eglise, catalogue opportunément rendu public en mai 1938, au moment du voyage de Hitler à Rome.

N’omettons pas non plus les rapports du nonce en Allemagne Eugenio Pacelli, futur Pie XII, écrits dans les années 1920 et dénonçant déjà le nazisme ; les fulminations des évêques allemands contre l’idéologie nationale-socialiste pour son exaltation de la race et de l’Etat, pour son antisémitisme et sa volonté de couper le christianisme de ses racines juives.

 

La lutte culmina avec l’interdiction aux fidèles d’appartenir au NSDAP émise en 1931 puis levée en mars 1933 dans la perspective des négociations pour le concordat ; ce qui n’empêcha pas la mise à l’Index par le Saint-Office, en 1934, du livre Le Mythe du XXème siècle, véritable brûlot antichrétien d’Alfred Rosenberg, l’idéologue du nazisme.
F. L. M.

 

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Extrait publié dans le Figaro Magasine du 23 août 2019

 


 

Extraits du livre " L'Eglise en procès" : Guerres de religion : à qui la faute ?

publié le 6 sept. 2019 à 16:29 par Pierre Roland-Gosselin

L&#39;Eglise en procès


Guerres de religion : à qui la faute ?
Jean-Christophe Buisson
PAR OLIVIER CHALINE

 

Les tueurs, de quelque camp qu’ils fussent, des guerres françaises du second XVIème siècle faisaient une « guerre de Religion(s) » sans le savoir et pour cause : l’expression n’existait pas encore. Sa première occurrence daterait de 1596 et elle est exceptionnelle car on utilise d’autres mots : guerres civiles, révoltes, troubles… […] C’est surtout à partir des années 1660, une fois terminée la guerre de Trente Ans, que cela devient un thème de discussion dans les pays germaniques. Entre 1679, l’année de la crise de l’Exclusion (des catholiques des fonctions publiques, à commencer par le duc d’York, héritier du trône) en Angleterre, et 1714, celle de la fin de la guerre de Succession d’Espagne, la notion de « guerre de Religion » connaît une extension internationale.

 

Contre la puissance de Louis XIV qui semble menacer tous les Etats voisins, surtout dans les années 1680, les pamphlétaires aiguisent leur plume et expliquent à qui veut l’entendre qu’un tel type de guerre est le masque de la politique triomphante. La défaite in extremis des Turcs - alliés de la France - devant Vienne (1683), la révocation de l’édit de Nantes (1685) et le renversement des Stuarts catholiques (1688), alias la Glorieuse Révolution, puis la dévastation du Palatinat (1689) permettent à la « guerre de Religion » d’entrer dans le discours, pour n’en plus sortir.
L’expression désigne une guerre d’une âpreté et d’une cruauté sans égales, soit ce qui menace l’Europe si on laisse Louis XIV faire tout ce qu’il veut. Car elle vise à réunir catholiques et protestants contre le roi Très-Chrétien : le monarque français n’est-il pas le persécuteur des huguenots, le soutien d’une restauration Stuart catholique en Angleterre, l’adversaire du pape et le complice du Grand Turc ?
Il suffit ensuite d’adapter le portrait à charge selon l’auditoire que l’on veut toucher : le papiste dans toute son horreur pour les protestants, le manipulateur cynique de la religion asservie à la raison d’Etat pour les catholiques.

 

C’est à partir de ces argumentations polémiques que sont développées ultérieurement les attaques dirigées contre l’Eglise, plus largement aussi contre le christianisme toutes « confessions » confondues, et, dès le XVIIIème siècle, contre toute religion énonçant des dogmes - ceux-ci étant tenus pour une inéluctable source d’intolérance et de persécutions.
Selon les lieux et les époques, le réquisitoire est à géométrie variable, mais l’Eglise romaine est celle qui sera de toute manière visée, que le contradicteur soit protestant, déiste ou athée. Saint-Barthélemy oblige, son évidente intolérance est l’élément commun à toutes les argumentations déployées. Tout cela a pesé sur le travail des historiens et les tentatives d’explication des guerres de Religion.
Il est tentant d’imputer à l’Eglise la responsabilité des guerres de Religion(s) là où elle a refusé de céder la place. En somme, on lui reproche de ne pas s’être laissé réformer - ou détruire - sans résistance.

 

On comprend bien que des historiens protestants aient jadis pu soutenir cette argumentation. Mais, aujour­d’hui, celle-ci peut être recyclée hors de tout cadre « confessionnel » si l’on considère que les Réformes protestantes étaient dans le sens de l’Histoire et le concile de Trente beaucoup moins, voire pas du tout.
Les guerres de Religion sont alors une réaction brutale à la fin de l’unité de la foi et à l’avènement de l’individu. L’autre grande explication nous assure que tout cela est, en fait, très politique.
La religion est tantôt un détonateur provoquant la déflagration des passions, tantôt un prétexte couvrant des mani­pulations.
On dira donc que les princes réformateurs entendent développer leur pouvoir.
Les chefs de partis religieux, quels qu’ils soient, derrière leur volonté de défendre leurs confessions de foi et leurs Eglises respectives, poursuivent des objectifs très séculiers, etc.

Mais les différentes modalités de cette conception s’accordent à faire de la raison politique la seule issue de ces terribles conflits.

Dans un cas on reproche aux hommes du passé de ne pas penser comme leur historien si fier de ses certitudes.

Dans un autre, on risque à l’inverse de vouloir les conformer aux modes de pensée actuels et on sera bien en peine de séparer avec certitude le politique du religieux.

Celui-ci, pour la France du moins, a fait l’objet d’une prise en compte accrue depuis les deux dernières décennies du siècle dernier.

 

Aux études déjà nombreuses sur le vécu religieux réformé, s’en sont ajoutées d’autres sur celui des catholiques, mais en se focalisant le plus souvent sur les moments d’émotion et de violence collectives, de préférence à caractère eschatologique.

 

Mais d’autres aspects de la piété catholique, qui n’ont rien de négligeable, restent en fait sous-étudiés, alors même qu’ils expriment une réalité vécue au quotidien d’un attachement à la foi traditionnelle et parfois aussi d’une adhésion à ses renouvellements.

 

On s’est beaucoup demandé pourquoi des gens étaient devenus protestants et comment, mais fort peu pourquoi d’autres étaient restés catholiques et, parfois, avaient pris les armes dans ce but.
O. C.

 

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Le Figaro Magasine du 23 août 2019

Jean Sévilla à propos de son livre collectif " l'Eglise en procès"

publié le 6 sept. 2019 à 16:21 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 6 sept. 2019 à 16:25 ]



Jean Sévillia “contre l’église catholique, il y a trop de généralisations abusives et de mensonges par omission”

Le Figaro Magazine du 24 août 2019    


PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-CHRISTOPHE BUISSON

 

Pour juger l’histoire bimillénaire de l’Eglise, estime le journaliste et historien, il convient d’en rappeler autant la face lumineuse que la face sombre. Et veiller à faire abstraction des critères politiques, mentaux et moraux de notre époque.

 


Depuis quand l’Eglise catholique est-elle, pour reprendre votre expression, « en procès » ? Qui en furent les premiers procureurs ?

A s’en tenir aux temps modernes, la polémique contre l’Eglise catholique occupe une grande place, dès le XVIème siècle, chez les théologiens protestants qui recourent notamment à des arguments historiques en critiquant les croisades, l’Inquisition, la colonisation espagnole et portugaise dans le Nouveau Monde, le rôle et le faste de la cour pontificale, etc. Le même argumentaire est ressorti, actualisé, par les penseurs des Lumières au XVIIIème  siècle. Au XIXème siècle, le rationalisme, le scientisme et les théoriciens des courants d’idées issus de la Révolution française se conjuguent pour mener un combat frontal contre l’Eglise, accusée de complicité avec l’ancien monde. Là encore, des pages entières de l’Histoire nourrissent la controverse ; il en sera de même au XXème siècle avec les partisans du matérialisme, du marxisme et de l’ultra-laïcisme qui mettront en exergue des épisodes du passé susceptibles de décrédibiliser le catholicisme. Mais, en remontant plus haut dans le temps, depuis le Discours contre les chrétiens du philosophe romain Celse, au IIème  siècle, jusqu’aux critiques de l’Eglise romaine par les auteurs byzantins à partir du XIème siècle, on s’aperçoit que les polémiques contre le christianisme ou entre les différentes confessions chrétiennes recourent constamment à des arguments ou à des images tirées du passé. Ce n’est donc pas d’aujourd’hui que datent les procès intentés à l’Eglise sur la base de son histoire.

 

Quels sont les principaux chefs d’accusation lancés contre l’Eglise ?

Ils touchent aux rapports entre la religion et le pouvoir, entre la religion et l’argent, entre la religion et la science, entre la religion et la liberté collective ou individuelle. Mais, s’agissant d’une religion bimillénaire représentée par une institution présente sur toute la terre, même si l’histoire du catholicisme est intimement liée à l’histoire de la civilisation occidentale, le champ est si large qu’il importe d’opérer les distinctions chronologiques, géographiques et culturelles nécessaires pour discerner ce qui relève de la réalité, de faits objectifs, ou d’accusations lancées à partir de préjugés, d’idées toutes faites, de réflexes idéologiques antichrétiens ou de conformisme à l’air du temps, celui-ci, actuellement, n’étant guère favorable à l’Eglise catholique. Il reste que notre époque se caractérise par une indifférence religieuse croissante, mais elle attend que les chrétiens se comportent de manière exemplaire, sauf à être taxés ­d’hypocrisie, ce qui est assez logique.

 

La plupart des historiens conviés dans l’ouvrage opposent la science historique aux affirmations des contempteurs de l’Eglise. L’histoire suffit-elle à laver cette dernière de tout reproche ?

L’objectif des 15 spécialistes qui ont contribué à ce livre est d’examiner si les accusations lancées contre l’Eglise à travers son histoire sont fondées ou non, en apportant des réponses appuyées sur les travaux les plus récents de la recherche historique.

Le principe de l’ouvrage est de refuser le procès à charge univoque comme la défense aveugle. Ce travail d’intelligence critique permet d’éviter l’écueil qui consiste à juger le passé de l’Eglise en fonction des critères politiques, moraux et mentaux qui ont cours de nos jours.

L’anachronisme est le péché majeur en histoire.

Pour comprendre, par exemple, l’univers sacral du Moyen Age, il faut se départir de nos références de citoyens d’une démocratie laïque où l’Eglise et l’Etat sont séparés, et où règnent, de plus, l’incroyance ou l’indifférence religieuse.

L’analyse historique conduite avec méthode et probité intellectuelle contribue également à éliminer les points de vue manichéens, car le passé de l’Eglise n’a jamais été tout blanc ou tout noir. L’examen objectif aboutit de même à ôter leur signification aux jugements globalisants ou réducteurs car, très souvent, la grandeur de l’institution a sublimé les défauts de ses membres, et la sainteté des uns a dépassé le péché des autres. Pour autant, si l’Eglise est sainte, selon la théologie catholique, en tant qu’elle est d’institution divine, elle est composée de pécheurs, d’hommes par nature imparfaits, et qui souvent reflètent, qu’ils le veuillent ou non, les préjugés et les passions de leur époque. La mission de l’historien est de ne rien déformer, de ne rien exagérer, de ne rien dissimuler: ni la face sombre du passé de l’Eglise, fruit des faiblesses, des fautes et parfois, malheureusement, des crimes des hommes qui la composent, ni sa face lumineuse, née d’élans de foi et de charité qui se sont vérifiés à tous les siècles.

  

De nombreuses critiques adressées à l’Eglise sont liées à des phénomènes de violence (Inquisition, guerres de Religion, colonisation).
L’Eglise, qui prône un message d’amour et de paix, n’est-elle pas, de ce point de vue, en pleine schizophrénie ? N’a-t-elle pas un problème avec la violence ?

Est-ce l’Eglise ou est-ce le genre humain qui a un problème avec la violence ? Tout le problème est là, sachant que l’Eglise, encore une fois, est constituée d’hommes qui échappent rarement, et difficilement, au conditionnement de leur époque.

Sur le plan historique, répondre en détail à votre question supposerait d’examiner chaque situation au cas par cas, car ni l’Inquisition, ni les guerres de Religion, ni la colonisation ne se sont déroulées au même moment et dans les mêmes lieux, ni n’ont répondu aux mêmes causes, ni atteint le même degré de la violence. Cette dernière, en règle générale, appartient plutôt au genre des faits sociaux et politiques, où l’Eglise n’intervient pas comme moteur premier. La croisade des Albigeois ou l’Inquisition d’Espagne ont été des phénomènes politiques, de même que les guerres dites de Religion, au XVIème siècle, ont en réalité été des guerres politiques. Quant à la colonisation, c’est une entreprise politique postérieure aux missions chrétiennes lancées un ou deux siècles plus tôt par l’Eglise.

Là où il y a un questionnement justifié, c’est à propos de la proximité, dans les anciens temps, de l’Eglise avec les pouvoirs temporels, quand la culture chrétienne qui leur était commune a pu masquer des appétits et des luttes d’intérêts dont les motifs n’étaient nullement évangéliques… Cela dit, outre que le message d’amour et de paix de l’Eglise n’est pas à comprendre au sens d’un irénisme ou d’un angélisme béats tout comme le Christ a sorti le fouet contre les marchands du Temple, l’Eglise n’a jamais condamné l’usage légitime de la force, qui ne se confond pas, précisément, avec la violence, on constate, depuis la pratique de la Trêve de Dieu qui, au Moyen Age, visait à limiter les malheurs de la guerre jusqu’aux appels à la paix lancés par le pape Benoît XV pendant la Première Guerre mondiale, que l’Eglise s’est plutôt employée à condamner et à mettre fin à la guerre. Rappelons que la formule prêtée à un des chefs de la lutte contre les cathares (« Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ») est un mythe.

 

Parmi tous les griefs exprimés contre l’Eglise, quels sont ceux qui vous paraissent les plus injustes ou les plus inexacts ?

Personnellement, ce qui m’indigne car cela blesse la vérité historique, ce sont les généralisations abusives ou les mensonges par omission.

Si l’Eglise a compté des prélats qui se sont complu dans le luxe, elle a aussi suscité des milliers de clercs à tous les niveaux, papes, cardinaux, évêques ou simples prêtres  qui n’ont jamais cessé de vivre selon les principes de la pauvreté évangélique, et de s’occuper des plus démunis.

Si certains membres du clergé, lors des deux vagues de colonisation européenne du XVIème et du XIXème siècle, n’ont guère pris de gants pour convertir les indigènes, tant d’autres ont fait tout leur possible, jusqu’au sacrifice de leur vie, pour prendre soin des populations autochtones. Si d’aucuns, au sein de l’Eglise, sont trop longtemps restés aveugles face au danger de l’antisémitisme, beaucoup d’autres ont réagi inversement et se sont engagés pour aider et sauver les Juifs dans les périodes de persécution, a fortiori sous l’occupation nazie. On pourrait multiplier les exemples. En histoire, tout jugement sommaire et global, positif ou négatif, est erroné, car il mutile une partie de la vérité.


Des chefs de l’Eglise catholique ont eux-mêmes fait repentance de certains actes passés. Comprenez-vous ce mea culpa ?

Jean-Paul II, dans sa lettre « Tertio millennio adveniente »de 1994, qui annonçait et préparait le Jubilé de l’an 2000, avait appelé l’Eglise à un examen de conscience pour se repentir et se purifier « des erreurs, des infidélités et des incohérences » qui avaient pu, dans le passé, donner un contre-témoignage altérant la crédibilité du message chrétien. Mais si on lit ce texte comme tous les écrits ou discours ultérieurs du pape sur le même sujet, on s’aperçoit que l’examen de conscience demandé visait les fidèles et non l’Eglise en soi; que la demande de pardon était adressée non aux hommes de notre temps, qui n’étaient pas victimes de fautes ou de crimes passés, mais à Dieu; que l’examen de conscience devait être équitable, en considérant les faits dans leur vérité historique, sans anachronisme, sans œillères et sans parti pris initial; et, enfin, que l’aveu des défaillances des chrétiens ne devait pas occulter les multiples témoignages de sainteté dans l’Eglise. En d’autres termes, la repentance selon Jean-Paul II, à laquelle j’adhère pleinement, n’était nullement animée par l’esprit que les médias ont retenu: nous avons assisté, alors, à une vaste manipulation de l’opinion européenne, appelée à battre sa coulpe pour les fautes de ses ancêtres.

 

En 2019, ce sont la richesse matérielle de l’institution et les accusations de pédophilie de certains de ses membres, parfois « protégés » par leur hiérarchie, qui suscitent la polémique. Pensez-vous que l’Eglise gagnera ces procès ?

La richesse de l’institution?

Le Vatican ne va pas vendre le plafond de la chapelle Sixtine peint par Michel-Ange, pas plus que les collections de ses musées, et n’a pas les moyens d’entretenir son patrimoine immobilier. Si l’Eglise d’Allemagne est riche, c’est à la loi allemande qu’elle le doit puisque tous les Allemands payent un impôt reversé à la religion de leur choix. Mais l’Eglise de France affronte un dénuement croissant. Quant à la pédophilie dans le clergé, attention aux amalgames : n’oublions pas les dizaines de milliers de prêtres et de religieux qui se dévouent inlassablement et sans faillir pour les enfants. Il reste ce sujet douloureux que notre livre aborde en face : un certain nombre de prêtres ont commis des crimes à l’égard d’enfants innocents, ce qui est une intolérable trahison de leur mission et de la confiance qui leur était accordée. Sur la réalité des faits, la lumière se fait tardivement, trop tardivement, ce qu’il faut déplorer, mais elle se fait enfin, et avec la coopération de l’Eglise, dans la continuité de l’élan donné par Benoît XVI.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-CHRISTOPHE BUISSON

 

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Lettre apostolique " Vos Estis Lux Mundi"

publié le 9 mai 2019 à 11:49 par Pierre Roland-Gosselin


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LETTRE APOSTOLIQUE 
EN FORME DE « MOTU PROPRIO »

DU SOUVERAIN PONTIFE 
FRANÇOIS

VOS ESTIS LUX MUNDI

 

« Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée » (Mt 5, 14). Notre Seigneur Jésus Christ appelle chaque fidèle à être un exemple lumineux de vertu, d’intégrité et de sainteté. Nous sommes tous, en effet, appelés à donner un témoignage concret de la foi au Christ dans notre vie et, en particulier, dans notre relation avec le prochain.

Les crimes d’abus sexuel offensent Notre Seigneur, causent des dommages physiques, psychologiques et spirituels aux victimes et portent atteinte à la communauté des fidèles. Pour que ces phénomènes, sous toutes leurs formes, ne se reproduisent plus, il faut une conversion continue et profonde des cœurs, attestée par des actions concrètes et efficaces qui impliquent chacun dans l’Eglise, si bien que la sainteté personnelle et l’engagement moral puissent contribuer à promouvoir la pleine crédibilité de l’annonce évangélique et l’efficacité de la mission de l’Eglise. Cela ne devient possible qu'avec la grâce de l’Esprit Saint répandu dans les cœurs, car nous devons toujours nous rappeler des paroles de Jésus : « En dehors de moi vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). Même si beaucoup a déjà été fait, nous devons continuer à apprendre des amères leçons du passé, pour regarder avec espérance vers l’avenir.

Cette responsabilité retombe, avant tout, sur les successeurs des Apôtres, préposés par Dieu à la conduite pastorale de son Peuple, et exige leur engagement à suivre de près les traces du Divin Maître. En raison de leur ministère, en effet, ils dirigent « les Églises particulières qui leur sont confiées, comme vicaires et légats du Christ, par leurs conseils, leurs encouragements, leurs exemples, mais aussi par leur autorité et par l’exercice du pouvoir sacré, dont l’usage cependant ne leur appartient qu’en vue de l’édification en vérité et en sainteté de leur troupeau, se souvenant que celui qui est le plus grand doit se faire le plus petit, et celui qui commande, le serviteur » (Conc. Œcum. Vat. II, Const. Lumen gentium n. 27). Tout ce qui, de manière plus impérieuse, regarde les successeurs des Apôtres concerne aussi tous ceux qui de diverses manières assument des ministères dans l’Eglise, professent les conseils évangéliques ou sont appelés à servir le Peuple chrétien. Par conséquent, il est bien que soient adoptées au niveau universel des procédures visant à prévenir et à contrer ces crimes qui trahissent la confiance des fidèles.

Je désire que cet engagement soit mis en œuvre de façon pleinement ecclésiale, et soit donc une expression de la communion qui nous tient unis, dans une écoute réciproque et ouverte aux contributions de ceux qui ont à cœur ce processus de conversion. 

Par conséquent, je dispose :

TITRE I

DISPOSITIONS GÉNÉRALES

Art. 1 – Domaine d’application

§1. Les présentes normes s’appliquent en cas de signalements relatifs à des clercs ou à des membres d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique, et concernant :

a) les délits contre le sixième commandement du Décalogue consistant à :

i. contraindre quelqu’un, avec violence ou menace ou par abus d’autorité, à accomplir ou subir des actes sexuels ;

ii. accomplir des actes sexuels avec un mineur ou avec une personne vulnérable ;

iii. produire, exhiber, détenir ou distribuer, même par voie informatique, du matériel pédopornographique, ainsi que recruter ou inciter un mineur ou une personne vulnérable à participer à des exhibitions pornographiques ;

b) les comportements dont se rendent auteurs les sujets dont il est question à l’article 6 consistant en des actions ou omissions directes visant à interférer ou éluder des enquêtes civiles ou des enquêtes canoniques, administratives ou pénales ouvertes à l’encontre d’un clerc ou d’un religieux pour des délits mentionnés à la lettre a) du présent paragraphe.

§2. Dans les présentes normes, on entend par :

a) « mineur » : toute personne âgée de moins de dix-huit ans ou équiparée comme telle par la loi ;

b) « personne vulnérable » : toute personne se trouvant dans un état d’infirmité, de déficience physique ou psychique, ou de privation de liberté personnelle qui, de fait, limite, même occasionnellement, sa capacité de compréhension ou de volonté, ou en tout cas de résistance à l’offense ;

c) « matériel pédopornographique » : toute représentation, indépendamment du moyen utilisé, d’un mineur impliqué dans une activité sexuelle explicite, réelle ou simulée, et toute représentation d’organes sexuels de mineurs à des fins principalement sexuelles.

Art. 2 – Réception des signalements et protection des données

§ 1. Tenant compte des indications éventuellement adoptées par les Conférences épiscopales, par les Synodes des Evêques des Eglises Patriarcales et des Eglises Archiépiscopales Majeures ou par les Conseils des Hiérarques des Eglises Métropolitaines sui iuris respectifs, les Diocèses ou les Eparchies doivent mettre en place, individuellement ou ensemble, dans le délai d’un an à partir de l’entrée en vigueur des présentes normes, un ou plusieurs dispositifs stables et facilement accessibles au public pour permettre de présenter des signalements, notamment à travers l’institution d’un bureau ecclésiastique approprié. Les Diocèses et les Eparchies informeront le Représentant pontifical de l’instauration desdits dispositifs.

§2. Les informations visées au présent article sont protégées et traitées de façon à en garantir la sécurité, l’intégrité et la confidentialité au sens des canons 471, 2° CIC et 244 §2, 2° CCEO.

§3. Restant sauves les dispositions de l’article 3 §3, l’Ordinaire qui a reçu le signalement le transmet sans délai à l’Ordinaire du lieu où les faits se seraient produits, ainsi qu’à l’Ordinaire propre de la personne signalée, lesquels procèdent conformément aux normes du droit, selon ce qui est prévu pour le cas spécifique.

§4. Aux fins du présent titre, les Eparchies sont équiparées aux Diocèses, et le Hiérarque est équiparé à l’Ordinaire.

Art. 3 – Signalement

§ 1. Etant saufs les cas prévus aux canons 1548 § 2 CIC et 1229 § 2 CCEO, chaque fois qu’un clerc ou qu’un membre d’un Institut de vie consacrée ou d’une Société de vie apostolique a connaissance d’une information sur des faits visés à l’article 1, ou des raisons fondées de penser qu’a été commis l’un de ces faits, il a l’obligation de le signaler sans délai à l’Ordinaire du lieu où se seraient produits les faits, ou à un autre Ordinaire parmi ceux dont il est question aux canons 134 CIC et 984 CCEO, étant sauves les dispositions du §3 du présent article.

§2. Toute personne peut présenter un signalement relatif aux comportements dont il est question à l’article 1, en se prévalant des modalités établies à l’article précédent, ou de n’importe quelle autre manière appropriée.

§3. Quand le signalement concerne l’une des personnes visées à l’article 6, il est adressé à l’Autorité déterminée aux termes des articles 8 et 9. Le signalement peut toujours être adressé au Saint-Siège, directement ou par l’intermédiaire du Représentant pontifical.

§4. Le signalement doit contenir des éléments les plus circonstanciés possible, comme des indications de temps et de lieu des faits, la désignation de personnes impliquées ou informées, ainsi que toute autre élément de circonstance pouvant être utile pour assurer une évaluation précise des faits.

§5. Les informations peuvent aussi être acquises ex officio.

Art. 4 – Protection de qui présente le signalement

§1. Le fait d’effectuer un signalement selon l’article 3 ne constitue pas une violation de l’obligation de confidentialité

§2. Restant sauves les dispositions du canon 1390 CIC et des canons 1452 et 1454 CCEO, tous préjudices, rétorsions ou discriminations pour le fait d’avoir présenté un signalement sont interdits et peuvent être assimilés aux comportements dont il est question à l’article 1 §1, lettre b).

§3. Aucune personne qui effectue un signalement ne peut se voir imposer une contrainte au silence sur le contenu de celui-ci.

Art. 5 – Soin des personnes

§1. Les Autorités ecclésiastiques s’engagent en faveur de ceux qui affirment avoir été offensés, afin qu’ils soient traités ainsi que leurs familles, avec dignité et respect. Elles leur offrent, en particulier :

a) un accueil, une écoute et un accompagnement, également à travers des services spécifiques ;

b) une assistance spirituelle ;

c) une assistance médicale, thérapeutique et psychologique, selon le cas spécifique.

§2. L’image et la sphère privée des personnes concernées, ainsi que la confidentialité des données personnelles, doivent être protégées.

TITRE II

DISPOSITIONS CONCERNANT LES EVÊQUES,
ET ÉQUIPARÉS

Art. 6- Domaine subjectif d’application

Les normes procédurales du présent titre s’appliquent aux cas de comportements visés à l’article 1, dont se rendent auteurs :

a) des Cardinaux, Patriarches, Evêques et Légats du Pontife romain ;

b) des clercs qui sont ou ont été préposés à la conduite pastorale d’une Eglise particulière ou d’une entité assimilée, latine ou orientale, y compris d’Ordinariats personnels, pour les faits commis durante munere ;

c) des clercs qui sont ou ont été préposés à la conduite pastorale d’une Prélature personnelle, pour les faits commis durante munere ;

d) des personnes qui sont ou ont été Modérateurs suprêmes d’Instituts de vie consacrée ou de Sociétés de vie apostolique de droit pontifical, ainsi que de Monastères sui iuris, pour les faits commis durante munere.

Art. 7 – Dicastère compétent

§1. Aux fins du présent titre, on entend par « Dicastère compétent » la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, pour ce qui concerne les délits qui lui sont réservés par les normes en vigueur, et, dans tous les autres cas et selon leur compétence respective en vertu des règles propres à la Curie Romaine :

- La Congrégation pour les Eglises Orientales ;

- La Congrégation pour les Evêques ;

- La Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples ;

- La Congrégation pour le Clergé ;

- La Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique.

§2. Afin d’assurer la meilleure coordination, le Dicastère compétent informe la Secrétairerie d’Etat et les autres Dicastères directement intéressés du signalement et de l’issue de l’enquête.

§3. Les communications entre le Métropolite et le Saint-Siège, dont il est question au présent titre, s’effectuent par l’intermédiaire du Représentant pontifical.

Art. 8 – Procédure applicable en cas de signalement portant sur un Evêque de l’Eglise latine

§1. L’Autorité qui reçoit un signalement le transmet soit au Saint-Siège soit au Métropolite de la Province ecclésiastique dans laquelle la personne signalée a son domicile.

§2. Si le signalement porte sur le Métropolite ou lorsque le Siège Métropolitain est vacant, le signalement est transmis au Saint-Siège, ainsi qu’à l’Evêque suffragant le plus ancien en terme de promotion, auquel s’appliquent alors les dispositions ci-après relatives au Métropolite.

§3. Dans le cas où le signalement porte sur un Légat pontifical, il est transmis directement à la Secrétairerie d’Etat.

Art. 9 – Procédure applicable à l’égard des Evêques des Eglises Orientales

§1. Dans le cas où le signalement porte sur un Evêque d’une Eglise Patriarcale, Archiépiscopale Majeure ou Métropolitaine sui iuris, il est transmis au Patriarche, Archevêque Majeur ou Métropolite de l’Eglise sui iuris respectif.

§2. Dans le cas où le signalement porte sur un Métropolite d’une Eglise Patriarcale ou Archiépiscopale Majeure, qui exerce son office sur le territoire de ces Eglises, il est transmis au Patriarche ou Archevêque Majeur respectif.

§3. Dans les cas qui précèdent, l’Autorité qui a reçu le signalement le transmet aussi au Saint-Siège.

§4. Dans le cas où la personne signalée est un Evêque ou un Métropolite hors du territoire de l’Eglise Patriarcale, Archiépiscopale Majeure ou Métropolitaine sui iuris, le signalement est adressé au Saint-Siège.

§5. Dans le cas où le signalement concerne un Patriarche, un Archevêque Majeur, un Métropolite d’une Eglise sui iuris ou un Evêque des autres Eglises Orientales sui iuris, il est transmis au Saint-Siège.

§6. Les dispositions ci-après relatives au Métropolite s’appliquent à l’Autorité ecclésiastique à qui est transmis le signalement en vertu du présent article.

Art. 10 – Devoirs initiaux du Métropolite

§1. A moins que le signalement ne soit manifestement infondé, le Métropolite demande sans délai au Dicastère compétent la charge d’ouvrir une enquête. Si le Métropolite juge le signalement manifestement infondé, il en informe le Représentant pontifical.

§2. Le Dicastère procède sans délai, et quoiqu’il en soit, dans les trente jours de la réception du premier signalement de la part du Représentant pontifical ou de la demande de prise en charge de la part du Métropolite, en fournissant les instructions nécessaires sur la manière de procéder dans le cas concret.

Art. 11 – Transmission de la charge de l’enquête à une personne autre que le Métropolite

§.1 Dans le cas où le Dicastère compétent juge opportun de confier l’enquête à une personne autre que le Métropolite, celui-ci doit en être informé. Le Métropolite remet toutes les informations et les documents importants à la personne chargée par le Dicastère.

§2. Dans le cas visé au paragraphe précédent, les dispositions ci-après relatives au Métropolite s’appliquent à la personne chargée de conduire l’enquête.

Art. 12 – Déroulement de l’enquête

§1. Le Métropolite, une fois reçue la charge d’enquêter de la part du Dicastère compétent, et dans le respect des instructions reçues, personnellement ou par l’intermédiaire d’une ou de plusieurs personnes idoines :

a) recueille les informations pertinentes concernant les faits ;

b) accède aux informations et aux documents nécessaires aux fins de l’enquête détenus dans les archives des bureaux ecclésiastiques ;

c) obtient la collaboration des autres Ordinaires ou Hiérarques, lorsque cela est nécessaire ;

d) demande des informations aux personnes et aux institutions, également civiles, qui sont en mesure de fournir des éléments utiles pour l’enquête.

§2. S’il s’avère nécessaire d’entendre un mineur ou une personne vulnérable, le Métropolite adopte les modalités adéquates, qui tiennent compte de leur état.

§3. S’il existe des motifs raisonnables de considérer que des informations ou des documents concernant l’enquête pourraient être soustraits ou détruits, le Métropolite prend les mesures nécessaires pour leur conservation.

§4. Même quand il fait appel à d’autres personnes, le Métropolite reste, quoiqu’il en soit, responsable de la direction et du déroulement de l’enquête, ainsi que de la stricte exécution des instructions dont il est question à l’article 10 §2.

§5. Le Métropolite est assisté d’un notaire choisi librement selon les règles des canons 483 §2 CIC et 253 §2 CCEO.

§6. Le Métropolite est tenu d’agir avec impartialité et sans conflits d’intérêts. Au cas où il estime se trouver en conflit d’intérêt ou ne pas être en mesure de maintenir la nécessaire impartialité pour garantir l’intégrité de l’enquête, il a l’obligation de s’abstenir et de signaler la circonstance au Dicastère compétent.

§7. La présomption d’innocence est reconnue à la personne qui fait l’objet de l’enquête.

§8. Au cas où le Dicastère compétent le requiert, le Métropolite informe la personne de l’enquête à sa charge, l’entend sur les faits et l’invite à présenter un mémoire de défense. Dans ce cas, la personne qui fait l’objet de l’enquête peut avoir recours à un avocat.

§9. Tous les trente jours, le Métropolite transmet au Dicastère compétent une note informative sur l’état de l’enquête.

Art. 13 – Implication de personnes qualifiées

§1. En conformité avec les éventuelles directives de la Conférence Episcopale, du Synode des Evêques ou du Conseil des Hiérarques sur la façon de collaborer dans les enquêtes, le Métropolite, les Evêques de la Province respective, individuellement ou ensemble, peuvent établir des listes de personnes qualifiées parmi lesquelles le Métropolite peut choisir les plus idoines pour l’assister dans l’enquête, selon les nécessités du cas et en tenant compte, en particulier, de la coopération qui peut être offerte par les laïcs aux termes des canons 228 CIC et 408 CCEO.

§2. Le Métropolite est, quoiqu’il en soit, libre de choisir d’autres personnes également qualifiées.

§3. Toute personne qui assiste le Métropolite dans l’enquête est tenue d’agir avec impartialité et sans conflits d’intérêts. Au cas où elle estime se trouver en conflit d’intérêts ou ne pas être en mesure de maintenir la nécessaire impartialité pour garantir l’intégrité de l’enquête, elle est obligée de s’abstenir et de signaler la circonstance au Métropolite.

§4. Les personnes qui assistent le Métropolite prêtent serment d’accomplir leur charge convenablement et loyalement.

Art. 14 – Durée de l’enquête

§. Les enquêtes doivent être conclues dans un délai de quatre-vingt-dix jours ou dans celui indiqué dans les instructions visées à l’article 10 §2.

§2. En présence de motifs justifiés, le Métropolite peut demander une prorogation du délai au Dicastère compétent.

Art. 15 – Mesures conservatoires

Dans le cas où les faits ou les circonstances le requièrent, le Métropolite propose au Dicastère compétent de prendre des dispositions ou des mesures conservatoires appropriées à l’encontre de la personne qui fait l’objet de l’enquête.

Art. 16 – Institution d’un fonds

§1. Les Provinces ecclésiastiques, les Conférences épiscopales, les Synodes des Evêques et les Conseils des Hiérarques peuvent établir un fonds destiné à soutenir les coûts des enquêtes, institué aux termes des canons 116 et 1303 §1, 1° CIC et 1047 CCEO, et administré selon les normes du droit canonique.

§2. Sur demande du Métropolite en charge, les fonds nécessaires aux fins de l’enquête sont mis à sa disposition par l’administrateur du fonds, étant sauf le devoir de présenter à ce dernier un compte rendu au terme de l’enquête.

Art. 17 – Transmission des actes et du votum

§1. Une fois l’enquête achevée, le Métropolite transmet les actes au Dicastère compétent avec son votum sur les résultats de l’enquête et répondant aux éventuelles questions posées dans les instructions dont il est question à l’article 10 §2.

§2. Sauf instructions ultérieures du Dicastère compétent, les facultés du Métropolite cessent une fois l’enquête achevée.

§3. Dans le respect des instructions du Dicastère compétent, le Métropolite, sur demande, informe la personne qui affirme avoir été offensée, ou ses représentants légaux, du résultat de l’enquête.

Art. 18 – Mesures ultérieures

Le Dicastère compétent, à moins qu’il ne décide l’ouverture d’une enquête supplémentaire, procède conformément aux normes du droit, selon ce qui est prévu pour le cas spécifique.


 

Art. 19 – Respect des lois de l’Etat

Les présentes normes s’appliquent sans préjudice des droits et obligations établis en chaque lieu par les lois étatiques, en particulier pour ce qui concerne les éventuelles obligations de signalement aux autorités civiles compétentes.

Les présentes normes sont approuvées ad experimentum pour trois ans.

J’établis que la présente Lettre Apostolique en forme de Motu Proprio sera promulguée par sa publication dans l’Osservatore Romano, entrera en vigueur le 1er juin 2019, et sera ensuite publiée dans les Acta Apostolicae sedis.

Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 7 mai 2019, en la septième année du Pontificat.

FRANÇOIS

 



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les bonnes pages de "CHRISTUS VIVIT"

publié le 23 avr. 2019 à 15:32 par Pierre Roland-Gosselin


 EXHORTATION APOSTOLIQUE POST-SYNODALE

CHRISTUS VIVIT

DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS

AUX JEUNES ET À TOUT LE PEUPLE DE DIEU


35. Demandons au Seigneur de délivrer l’Eglise des personnes qui veulent la faire vieillir, la scléroser dans le passé, la figer, l’immobiliser. Demandons-lui également de la délivrer d’une autre tentation : croire qu’elle est jeune parce qu’elle cède à tout ce que le monde lui offre ; croire qu’elle se renouvelle parce qu’elle cache son message et qu’elle imite les autres. Non ! Elle est jeune quand elle est elle-même, quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour. Elle est jeune quand elle est capable de retourner inlassablement à sa source.

Marie, la jeune femme de Nazareth

43. Marie resplendit dans le cœur de l’Eglise. Elle est le grand modèle pour une Eglise jeune, qui veut suivre le Christ avec courage et docilité. Quand elle était très jeune, elle a reçu l’annonce de l’ange et ne s’est pas privée de poser des questions (cf. Lc 1, 34). Mais elle avait une âme disponible et elle a dit : « Je suis la servante du Seigneur » (Lc 1, 38).

44. « Le force du “oui” de Marie, une jeune, impressionne toujours. La force de ce “qu’il en soit ainsi” qu’elle dit à l’ange. Ce fut une chose différente d’une acceptation passive ou résignée. Ce fut quelque chose d’autre qu’un “oui” voulant dire : on verra bien ce qui va se passer. Marie ne connaissait pas cette expression : attendons de voir. Elle était résolue, elle a compris de quoi il s’agissait et elle a dit « oui », sans détour. Ce fut quelque chose de plus, quelque chose de différent. Ce fut le “oui” de celle qui veut s’engager et risquer, de celle qui veut tout parier, sans autre sécurité que la certitude de savoir qu’elle était porteuse d’une promesse. Et je demande à chacun de vous : vous sentez-vous porteurs d’une promesse ? Quelle promesse est-ce que je porte dans le cœur, à poursuivre ? Marie, sans aucun doute, aura eu une mission difficile, mais les difficultés n’étaient pas une raison pour dire “non”. Certes elle aura des difficultés, mais ce ne seront pas les mêmes difficultés qui apparaissent quand la lâcheté nous paralyse du fait que tout n’est pas clair ni assuré par avance. Marie n’a pas acheté une assurance sur la vie ! Marie s’est mise en jeu, et pour cela elle est forte, pour cela elle est une influencer, elle est l’influencer de Dieu ! Le “oui” et le désir de servir ont été plus forts que les doutes et les difficultés[1] ».

45. Sans s’évader ni céder à des mirages, « elle a su accompagner la souffrance de son Fils, […] le soutenir par le regard et le protéger avec le cœur. Douleur qu’elle a subie, mais qui ne lui a pas fait baisser les bras. Elle a été la femme forte du “oui”, qui soutient et accompagne, protège et prend dans ses bras. Elle est la grande gardienne de l’espérance.[…] D’elle nous apprenons à dire “oui” à la patience obstinée et à la créativité de ceux qui ne sont pas affaiblis et qui recommencent[2] ».

46. Marie est la jeune fille à l’âme noble qui tressaille de joie (cf. Lc 1, 47), aux yeux illuminés par l’Esprit Saint qui contemple la vie avec foi et garde tout dans son cœur (cf. Lc 2, 19.51). Elle est cette femme attentive, prête à partir, qui lorsqu’elle apprend que sa cousine a besoin d’elle, ne pense pas à ses projets, mais se met en marche vers la montagne « en hâte » (Lc 1, 39).

47. Et quand il faut protéger son enfant, la voilà partie avec Joseph dans un pays lointain (cf. Mt 2, 13-14). Et elle reste au milieu des disciples réunis en prière dans l’attente de l’Esprit Saint (cf. Ac 1, 14). Ainsi, en sa présence, naît une Eglise jeune, avec ses Apôtres en sortie pour faire naître un monde nouveau (cf. Ac 2, 4-11).

48. Cette jeune fille est aujourd’hui la Mère qui veillent sur ses enfants, sur nous ses enfants qui marchent dans la vie souvent fatigués, démunis, mais souhaitant que la lumière de l’espérance ne s’éteigne pas. Voilà ce que nous voulons : que la lumière de l’espérance ne s’éteigne pas. Notre Mère regarde ce peuple pèlerin, peuple de jeunes qu’elle aime, qui la cherche en faisant silence dans le cœur, même si, sur le chemin, il y a beaucoup de bruit, de conversations et de distractions. Mais, aux yeux de la Mère, seul convient le silence chargé d’espérance. Et ainsi, Marie éclaire toujours notre jeunesse.

Des jeunes saints

49. Le cœur de l’Eglise est aussi riche de jeunes saints qui ont offert leur vie pour le Christ, et pour beaucoup en allant jusqu’au martyre. Ils ont été de précieux reflets du Christ jeune qui brillent pour nous stimuler et pour nous sortir du sommeil. Le Synode a souligné que « beaucoup de jeunes saints ont fait resplendir les traits de l’âge juvénile dans toute leur beauté et ont été, à leur époque, de véritables prophètes du changement ; leurs exemples nous montrent de quoi sont capables les jeunes quand ils s’ouvrent à la rencontre avec le Christ[3] ».

50. « A travers la sainteté des jeunes, l’Eglise peut relancer son ardeur spirituelle et sa vigueur apostolique. Le baume de la sainteté engendrée par la bonté de la vie de tant de jeunes peut soigner les blessures de l’Eglise et du monde, en nous ramenant à la plénitude de l’amour à laquelle nous sommes appelés depuis toujours : les jeunes saints nous poussent à revenir à notre premier amour (cf. Ap 2, 4)[4] ». Il y a des saints qui n’ont pas connu l’âge adulte et qui nous ont laissé le témoignage d’une autre manière de vivre la jeunesse. Souvenons-nous au moins de certains d’entre eux, de différentes époques de l’histoire, qui ont vécu la sainteté chacun à sa manière :

51. Au IIIème siècle, saint Sébastien était un jeune capitaine de la garde prétorienne. On raconte qu’il parlait du Christ partout et cherchait à convertir ses compagnons, jusqu’à ce qu’on lui demande de renoncer à sa foi. Comme il n’accepta pas, on fit pleuvoir sur lui une multitude de flèches, mais il survécut et continua à annoncer le Christ sans peur. En fin de compte, ils le flagellèrent à mort.

52. Saint François d’Assise était très jeune et rempli de rêves. Il a écouté l’appel de Jésus à être pauvre comme lui et à restaurer l’Eglise par son témoignage. Il renonça à tout avec joie et il est le saint de la fraternité universelle, le frère de tous, qui louait le Seigneur pour ses créatures. Il est mort en 1226.

53. Sainte Jeanne d’Arc est née en 1412. C’était une jeune paysanne qui, malgré son jeune âge, a lutté pour défendre la France contre les envahisseurs. Incomprise à cause de sa manière d’être et de vivre la foi, elle est morte sur le bûcher.

54. Le bienheureux André Phû Yên était un jeune vietnamien du XVIIème siècle. Il était catéchiste et aidait les missionnaires. Il a été emprisonné pour sa foi, et comme il ne voulait pas y renoncer, il a été assassiné. Il est mort en disant : « Jésus ».

55. Au cours du même siècle, sainte Kateri Tekakwitha, une jeune laïque native d’Amérique du Nord, a subi une persécution pour sa foi et a fui en marchant plus de trois cents kilomètres dans une épaisse forêt. Elle s’est consacrée à Dieu et elle est morte en disant : “Jésus, je t’aime !”.

56. Saint Dominique Savio offrait à Marie toutes ses souffrances. Quand saint Jean Bosco lui apprit que la sainteté suppose qu’on soit toujours joyeux, il ouvrit son cœur à une joie contagieuse. Il cherchait à être proche de ses compagnons les plus marginalisés et malades. Il est mort en 1857 à quatorze ans, en disant : “Quelle merveille je vois !”.

57. Sainte Thérèse l’Enfant-Jésus est née en 1873. Elle parvint à entrer dans un couvent de carmélites, à quinze ans, en traversant beaucoup de difficultés. Elle a vécu la petite voie de la confiance totale en l’amour du Seigneur et s’est proposé de nourrir par sa prière le feu de l’amour qui anime l’Eglise.

58. Le bienheureux Ceferino Namuncurá était un jeune argentin, fils d’un important chef de peuples autochtones. Il parvint à devenir séminariste salésien, brûlant du désir de retourner dans sa tribu pour conduire les gens à Jésus-Christ. Il est mort en 1905.

59. Le bienheureux Isidore Bakanja était un laïc du Congo qui témoignait de sa foi. Il a été torturé longtemps pour avoir proposé le christianisme à d’autres jeunes. Il est mort en 1909 en pardonnant à son bourreau.

60. Le bienheureux Pier Giorgio Frassati, mort en 1925, était « un jeune d’une joie contagieuse, une joie qui dépassait les nombreuses difficultés de sa vie[5] ». Il disait qu’il essayait de répondre à l’amour de Jésus qu’il recevait dans la communion, en visitant et en aidant les pauvres.

61. Le bienheureux Marcel Callo était un jeune français mort en 1945. Il fut emprisonné en Autriche dans un camp de concentration, où il réconfortait dans la foi ses compagnons de captivité, au milieu de durs travaux.

62. La jeune bienheureuse Chiara Badano, morte en 1990, « fit l’expérience de la manière dont la souffrance peut être transfigurée par l’amour […] La clé de sa paix et de sa joie était sa pleine confiance dans le Seigneur, et l’acceptation de la maladie comme expression mystérieuse de sa volonté pour son bien et celui des autres[6] ».

63. Qu’eux tous, ainsi que beaucoup d’autres jeunes qui souvent ont vécu à fond l’Evangile dans le silence et dans l’anonymat, intercèdent pour l’Eglise afin qu’elle soit remplie de jeunes joyeux, courageux et engagés, qui offrent au monde de nouveaux témoignages de sainteté.

 

 

 

201. Au Synode, l’un des jeunes auditeurs, venant des îles Samoa, a dit que l’Eglise est une pirogue, sur laquelle les vieux aident à maintenir la direction en interprétant la position des étoiles, et les jeunes rament avec force en imaginant ce qui les attend plus loin. Ne nous laissons entraîner ni par les jeunes qui pensent que les adultes sont un passé qui ne compte plus, déjà caduque, ni par les adultes qui croient savoir toujours comment doivent se comporter les jeunes. Il est mieux que nous montions tous dans la même pirogue et que nous cherchions ensemble un monde meilleur, sous l’impulsion toujours nouvelle de l’Esprit Saint.


 

CHAPITRE 8

LA VOCATION

 

248. Il est vrai que le mot "vocation" peut être compris au sens large comme appel de Dieu. La vocation inclut l’appel à la vie, l’appel à l’amitié avec lui, l’appel à la sainteté, etc. Cela est important, parce qu’elle place notre vie face à Dieu qui nous aime, et qu’elle nous permet de comprendre que rien n’est le fruit d’un chaos privé de sens, mais que tout peut être intégré sur un chemin de réponse au Seigneur qui a un plan magnifique pour nous.

249. Dans l’Exhortation Gaudete et exsultate, j’ai voulu m’arrêter sur la vocation de tous à grandir pour la gloire de Dieu et j’ai voulu “faire résonner une fois de plus l’appel à la sainteté, en essayant de l’insérer dans le contexte actuel, avec ses risques, ses défis et ses opportunités[7]”. Le Concile Vatican II nous a aidés à renouveler la conscience de cet appel adressé à chacun : « tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père ».[8]

L’appel à l’amitié avec lui

250. Ce que Jésus désire de chaque jeune, c’est avant tout son amitié. Il est essentiel de discerner et de découvrir cela. C’est le discernement fondamental. Dans le dialogue du Seigneur ressuscité avec son ami Simon-Pierre, la grande question était : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » (Jn 21, 16). C’est-à-dire : Me veux-tu comme ami ? La mission que Pierre reçoit de prendre soin de ses brebis et de ses agneaux sera toujours en lien avec cet amour gratuit, avec cet amour d’amitié.

 251. Et si un exemple contraire était nécessaire, rappelons-nous la rencontre-désaccord du Seigneur avec le jeune homme riche, qui nous dit clairement que ce que ce jeune n’a pas perçu, c’est le regard amoureux du Seigneur (cf. Mc 10, 21). Il a été attristé, après avoir suivi un bon élan, parce qu’il ne pouvait pas quitter les nombreuses choses qu’il possédait (cf. Mt 19, 22). Il a raté l’opportunité de ce qui aurait certainement pu être une grande amitié. Et nous, nous restons sans savoir ce qu’il aurait pu être pour nous, ce qu’il aurait pu faire pour l’humanité, ce jeune unique que Jésus a regardé avec amour et à qui il a tendu la main.

252. Parce que « la vie que Jésus nous offre est une histoire d’amour, une histoire de vie qui veut se mêler à la nôtre et plonger ses racines dans la terre de chacun. Cette vie n’est pas un salut suspendu “dans les nuages” attendant d’être déversé, ni une “application” nouvelle à découvrir, ni un exercice mental fruit de techniques de dépassement de soi. La vie que Dieu nous offre n’est pas non plus un “tutoriel” avec lequel on apprendrait la dernière nouveauté. Le salut que Dieu nous offre est une invitation à faire partie d’une histoire d’amour qui se tisse avec nos histoires ; qui vit et veut naître parmi nous pour que nous puissions donner du fruit là où nous sommes, comme nous sommes et avec qui nous sommes. C’est là que le Seigneur vient planter et se planter[9] ».

Être pour les autres

253. Je voudrais m’arrêter maintenant sur la vocation entendue dans le sens précis d’un appel au service missionnaire des autres. Nous sommes appelés par le Seigneur à participer à son œuvre créatrice, en apportant notre contribution au bien commun à partir des capacités que nous avons reçues.

254. Cette vocation missionnaire a à voir avec notre service des autres. Parce que notre vie sur la terre atteint sa plénitude quand elle se transforme en offrande. Je rappelle que « la mission au cœur du peuple n’est ni une partie de ma vie ni un ornement que je peux quitter, ni un appendice ni un moment de l’existence. Elle est quelque chose que je ne peux pas arracher de mon être si je ne veux pas me détruire. Je suis une mission sur cette terre, et pour cela je suis dans ce monde[10]». Par conséquent, il faut penser que toute pastorale est vocationnelle, toute formation est vocationnelle et toute spiritualité est vocationnelle.

255. Ta vocation ne consiste pas seulement dans les travaux que tu as à faire, même si elle s’exprime en eux. C’est quelque chose de plus, c’est un chemin qui orientera beaucoup d’efforts et d’actions dans le sens du service. Pour cela, dans le discernement d’une vocation, il est important de voir si l’on reconnaît en soi-même les capacités nécessaires pour ce service spécifique de la société.

256. Cela donne une très grande valeur à ces tâches, car elles cessent d’être une somme d’actions que l’on réalise pour gagner de l’argent, pour être occupé ou pour plaire aux autres. Tout cela constitue une vocation parce que nous sommes appelés, il y a quelque chose de plus que notre simple choix pragmatique. C’est en définitive reconnaître pour quoi je suis fait, le pourquoi d’un passage sur cette terre, reconnaître quel est le projet du Seigneur pour ma vie. Il ne m’indiquera pas tous les lieux, les temps et les détails, que je choisirai avec sagesse, mais oui, il y a une orientation de ma vie qu’il doit me montrer, parce qu’il est mon Créateur, mon potier, et que j’ai besoin d’écouter sa voix pour me laisser façonner et porter par lui. Alors, je serai ce que je dois être et je serai aussi fidèle à ma propre réalité.

257. Pour accomplir sa propre vocation, il est nécessaire de développer, de faire pousser et grandir tout ce que l’on est. Il ne s’agit pas de s’inventer, de se créer spontanément à partir de rien, mais de se découvrir soi-même à la lumière de Dieu et de faire fleurir son propre être. « Dans le dessein de Dieu, chaque homme est appelé à se développer car toute vie est vocation[11]». Ta vocation t’oriente à tirer le meilleur de toi pour la gloire de Dieu et pour le bien des autres. Le sujet n’est pas seulement de faire des choses, mais de les faire avec un sens, avec une orientation. A ce sujet, saint Alberto Hurtado disait aux jeunes qu’il faut prendre très au sérieux la direction : « Sur un bateau, le pilote qui devient négligent, on le renvoie sans rémission, parce qu’il joue avec quelque chose de trop sacré. Et dans la vie, veillons-nous à notre orientation ? Quel est ton cap ? S’il était nécessaire de s’arrêter encore plus sur cette idée, je prie chacun de vous de lui donner la plus grande importance, parce que réussir cela est tout simplement réussir ; échouer en cela est simplement échouer[12] ».

258. “Être pour les autres” dans la vie de chaque jeune est généralement lié à deux questions fondamentales : la formation d’une nouvelle famille et le travail. Les diverses enquêtes qui ont été faites auprès des jeunes confirment à maintes reprises que ce sont les deux grands thèmes qui les préoccupent et les intéressent. Les deux doivent être l’objet d’un discernement spécial. Arrêtons-nous brièvement sur eux.

L’amour et la famille

259. Les jeunes ressentent avec force l’appel à l’amour, et ils rêvent de trouver la bonne personne avec laquelle former une famille et construire une vie ensemble. Sans aucun doute, c’est une vocation que Dieu lui-même propose à travers les sentiments, les désirs, les rêves. Sur ce thème, je me suis amplement arrêté dans l’Exhortation Amoris laetitia et j’invite tous les jeunes à lire en particulier les chapitres 4 et 5.

260. J’aime à penser que « deux chrétiens qui se marient ont reconnu dans leur histoire d’amour l’appel du Seigneur, la vocation à faire de deux personnes, un homme et une femme, une seule chair, une seule vie. Et le Sacrement du mariage enveloppe cet amour avec la grâce de Dieu, il l’enracine en Dieu même. Avec ce don, avec la certitude de cet appel, on peut partir en sécurité, on n’a peur de rien, on peut tout affronter, ensemble ! [13]».

261. Dans ce contexte, je rappelle que Dieu nous a créés sexués. Lui-même « a créé la sexualité qui est un don merveilleux fait à ses créatures[14]». Dans la vocation au mariage, il faut reconnaître et remercier que « la sexualité, le sexe sont un don de Dieu. Rien de tabou. Ils sont un don de Dieu, un don que le Seigneur nous fait. Ils ont deux buts : s’aimer et engendrer la vie. C’est une passion, un amour passionné. Le véritable amour est passionné. L’amour entre un homme et une femme, quand il est passionné, te porte à donner ta vie pour toujours. Toujours. Et à la donner avec ton corps et ton âme[15] ».

262. Le Synode a souligné que « la famille continue de représenter le principal point de référence pour les jeunes. Les enfants apprécient l’amour et l’attention de leurs parents, les liens familiaux leur tiennent à cœur et ils espèrent réussir à former, à leur tour, une famille. Indéniablement, l’augmentation des séparations, des divorces, des secondes unions et des familles monoparentales peut causer de grandes souffrances et une crise d’identité. Parfois, ils doivent porter des responsabilités qui ne sont pas proportionnées à leur âge et qui les contraignent à devenir adultes avant le temps normal. Les grands-parents offrent souvent une contribution décisive sur le plan affectif et au niveau de l’éducation religieuse : par leur sagesse, ils sont un maillon décisif dans le rapport entre les générations[16]».

263. Il est vrai que les difficultés dont ils souffrent dans leur famille d’origine amènent beaucoup de jeunes à se demander si former une nouvelle famille vaut la peine, si être fidèles, être généreux vaut la peine. Je veux leur dire que oui, ça vaut la peine de parier sur la famille et qu’en elle, ils trouveront les meilleures stimulations pour grandir et les plus belles joies à partager. Ne vous laissez pas voler l’amour pour de vrai. Ne vous laissez pas tromper par ceux qui proposent une vie de débauche individualiste qui conduit finalement à l’isolement et à la solitude.

264. Aujourd’hui règne une culture du provisoire qui est une illusion. Croire que rien ne peut être définitif est une tromperie et un mensonge. Souvent, « il y a ceux qui disent qu’aujourd’hui le mariage est “ démodé”. [...] Dans la culture du provisoire, du relatif, beaucoup prônent que l’important c’est de “jouir” du moment, qu’il ne vaut pas la peine de s’engager pour toute la vie, de faire des choix définitifs […]. Moi, au contraire, je vous demande d’être révolutionnaires, je vous demande d’aller à contre-courant ; oui, en cela je vous demande de vous révolter contre cette culture du provisoire, qui, au fond, croit que vous n’êtes pas en mesure d’assumer vos responsabilités, elle croit que vous n’êtes pas capables d’aimer vraiment[17] ». J’ai confiance en vous, et pour cela je vous encourage à opter pour le mariage.

265. Il est nécessaire de se préparer pour le mariage, et cela requiert de s’éduquer soi-même, de développer les meilleures vertus, en particulier l’amour, la patience, la capacité de dialogue et de service. Cela implique aussi d’éduquer sa propre sexualité, pour qu’elle soit de moins en moins un moyen de se servir des autres et de plus en plus une capacité à se livrer pleinement à une personne, de manière exclusive et généreuse.

266. Les évêques de Colombie nous ont montré que « le Christ sait que les époux ne sont pas parfaits et qu’ils ont besoin de surmonter leur faiblesse et leur inconstance pour que leur amour puisse grandir et durer. Pour cela, il accorde aux époux sa grâce qui est, à la fois, une lumière et une force qui leur permet de réaliser leur projet de vie matrimoniale conformément au plan de Dieu[18] ».

267. Pour ceux qui ne sont pas appelés au mariage ou à la vie consacrée, il faut toujours se rappeler que la première vocation, et la plus importante, est la vocation baptismale. Les célibataires, même si ce n’est pas pour eux un choix intentionnel, peuvent devenir un témoignage particulier d’une telle vocation sur leur propre chemin de croissance spirituelle.


 

Le travail

268. Les Évêques des États-Unis ont souligné avec clarté que la jeunesse, ayant atteint l’âge de la majorité, « marque souvent l’entrée d’une personne dans le monde du travail. “Que fais-tu pour vivre?” est un sujet constant de conversation, parce que le travail est une partie très importante de leur vie. Pour les jeunes adultes, cette expérience est très fluide, parce qu’ils se déplacent d’un travail à un autre et ils vont même de carrière en carrière. Le travail peut définir l’utilisation du temps et il peut déterminer ce qu’ils peuvent faire ou acheter. Il peut également déterminer la qualité et la quantité du temps libre. Le travail définit et affecte l’identité et l’estime de soi d’un jeune adulte et c’est un lieu fondamental où se développent des amitiés et d’autres relations parce que, généralement, on ne travaille pas seul. Les jeunes hommes et femmes parlent du travail comme de l’accomplissement d’une fonction et comme quelque chose qui donne un sens. Il permet aux jeunes adultes de répondre à leurs besoins pratiques mais plus encore de chercher le sens et l’accomplissement de leurs rêves et de leurs visions. Bien que le travail puisse ne pas aider à atteindre leurs rêves, il est important pour les jeunes adultes de cultiver une vision, d’apprendre à travailler d’une manière vraiment personnelle et satisfaisante pour leur vie, et de continuer à discerner l’appel de Dieu[19]. »

269. Je demande aux jeunes de ne pas espérer vivre sans travailler, en dépendant de l’aide des autres. Cela ne fait pas de bien, parce que « le travail est une nécessité, il fait partie du sens de la vie sur cette terre, chemin de maturation, de développement humain et de réalisation personnelle. Dans ce sens, aider les pauvres avec de l’argent doit toujours être une solution provisoire pour affronter des urgences[20] ». Il en résulte que « la spiritualité chrétienne, avec l’admiration contemplative des créatures que nous trouvons chez saint François d’Assise, a développé aussi une riche et saine compréhension du travail, comme nous pouvons le voir, par exemple, dans la vie du bienheureux Charles de Foucauld et de ses disciples[21] ».

270. Le Synode a souligné que le monde du travail est un milieu où les jeunes « font l’expérience de formes d’exclusion et de marginalisation. La première et la plus grave est le chômage des jeunes qui, dans certains pays, atteint des niveaux très élevés. Non seulement cela les rend pauvres, mais le manque de travail ôte aux jeunes la capacité de rêver et d’espérer et les prive de la possibilité d’apporter leur contribution au développement de la société. Dans de nombreux pays, cette situation dépend du fait que certaines couches de la population jeune sont dépourvues de qualifications professionnelles adéquates, notamment à cause des déficiences du système d’éducation et de formation. Souvent la précarité de l’emploi qui affecte les jeunes répond aux intérêts économiques qui exploitent le travail[22]».


 

271. C’est une question très délicate que la politique doit considérer comme un sujet de premier ordre, particulièrement aujourd’hui où la rapidité des développements technologiques, jointe à l’obsession de réduire les coûts de la main d’œuvre, peut conduire rapidement à remplacer de nombreux postes de travail par des machines. Et il s’agit d’une question de société fondamentale, parce que le travail pour un jeune n’est pas simplement une tâche visant à obtenir des revenus. Il est l’expression de la dignité humaine, il est un chemin de maturation et d’insertion sociale, il est une stimulation permanente pour grandir en responsabilité et en créativité, il est une protection face à la tendance à l’individualisme et au confort, et il est aussi une action de grâce à Dieu avec le développement de ses propres capacités.

272. Un jeune n’a pas toujours la possibilité de décider à quoi il va consacrer ses efforts, dans quelles tâches il va déployer ses énergies et sa capacité d’innover. Parce qu’en plus de ses désirs, et encore plus de ses capacités et du discernement que l’on réalise, se trouvent les dures limites de la réalité. Il est vrai que tu ne peux pas vivre sans travailler et que parfois tu dois accepter ce que tu trouves, mais ne renonce jamais à tes rêves, n’enterre jamais définitivement une vocation, ne te donne jamais pour vaincu. Continue toujours à chercher, au moins, de manière partielle ou imparfaite, à vivre ce que dans ton discernement tu reconnais comme une véritable vocation.

273. Quand l’on découvre que Dieu appelle à quelque chose, que l’on est fait pour cela – qu’il s’agisse de devenir infirmier(e), ou menuisier, ou de travailler dans la communication, l’enseignement, l’art ou de tout autre travail – alors on est capable de faire fleurir ses meilleures capacités de sacrifice, de générosité et de don de soi. Savoir que l’on ne fait pas les choses sans raison, mais avec un sens, comme réponse à un appel qui résonne au plus profond de son être pour apporter quelque chose aux autres, fait que ces tâches donnent à son propre cœur une expérience particulière de plénitude. Ainsi le disait l’ancien livre biblique de l’Ecclésiaste : « Je vois qu’il n’y a de bonheur pour l’homme qu’à se réjouir de ses œuvres » (Qo 3, 22).

Vocations à une consécration particulière

274. Si nous partons de la conviction que l’Esprit continue à susciter des vocations au sacerdoce et à la vie religieuse, nous pouvons “jeter de nouveau les filets” au nom du Seigneur, en toute confiance. Nous pouvons oser, et nous devons le faire : dire à chaque jeune qu’il s’interroge sur la possibilité de suivre ce chemin.

275. Parfois j’ai fait cette proposition à des jeunes qui m’ont répondu presqu’avec dérision en disant : “Non, la vérité est que je ne vais pas de ce côté”. Cependant, quelques années après, certains d’entre eux étaient au Séminaire. Le Seigneur ne peut pas manquer à sa promesse de laisser l’Eglise privée de pasteurs sans lesquels elle ne pourrait pas vivre et réaliser sa mission. Et si certains prêtres ne donnent pas un bon témoignage, ce n’est pas pour cela que le Seigneur cessera d’appeler. Au contraire, il double la mise parce qu’il ne cesse pas de prendre soin de son Eglise bien-aimée.


 

276. Dans le discernement d’une vocation, il ne faut pas exclure la possibilité de se consacrer à Dieu dans le sacerdoce, dans la vie religieuse ou dans d’autres formes de consécration. Pourquoi l’exclure ?  Sois certain que, si tu reconnais un appel de Dieu et que tu le suis, ce sera ce qui te comblera.

277. Jésus marche parmi nous comme il le faisait en Galilée. Il passe par nos rues, s’arrête et nous regarde dans les yeux, sans hâte. Son appel est attrayant, il est fascinant. Mais aujourd’hui, l’anxiété et la rapidité de nombreuses stimulations qui nous bombardent, font qu’il ne reste plus de place pour ce silence intérieur où l’on perçoit le regard de Jésus et où l’on écoute son appel. Pendant ce temps, t’arriveront de nombreuses propositions maquillées, qui semblent belles et intenses, même si, avec le temps, elles te laisseront vide, fatigué et seul. Ne laisse pas cela t’arriver, parce que le tourbillon de ce monde te pousse à une course insensée, sans orientation, sans objectifs clairs, et qu’ainsi beaucoup de tes efforts seront vains. Cherche plutôt ces espaces de calme et de silence qui te permettront de réfléchir, de prier, de mieux regarder le monde qui t’entoure, et alors, oui, avec Jésus tu pourras reconnaître quelle est ta vocation sur cette terre.


CHAPITRE 9

LE DISCERNEMENT

 

278. Sur le discernement en général, je me suis déjà arrêté dans l’Exhortation apostolique Gaudete et exsultate. Permettez-moi de reprendre certaines de ces réflexions, en les appliquant au discernement de sa propre vocation dans le monde.

279. Je rappelle que tout le monde, mais « spécialement les jeunes, sont exposés à un zapping constant. Il est possible de naviguer sur deux ou trois écrans simultanément et d’interagir en même temps sur différents lieux virtuels. Sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes à la merci des tendances du moment[23] ». Et « cela devient particulièrement important quand apparaît une nouveauté dans notre vie et qu’il faudrait alors discerner pour savoir s’il s’agit du vin nouveau de Dieu ou bien d’une nouveauté trompeuse de l’esprit du monde ou de l’esprit du diable[24] ».

280. Ce discernement, « bien qu’il inclue la raison et la prudence, il les dépasse parce qu’il s’agit d’entrevoir le mystère du projet unique et inimitable que Dieu a pour chacun […] Ce qui est en jeu, c’est le sens de ma vie devant le Père qui me connaît et qui m’aime, le vrai sens de mon existence que personne ne connaît mieux que lui[25] ».

281. Dans ce cadre, se situe la formation de la conscience qui permet au discernement de grandir en profondeur et dans la fidélité à Dieu. « Former la conscience est le cheminement de toute la vie, où l’on apprend à nourrir les mêmes sentiments que Jésus-Christ, en adoptant les critères de ses choix et les intentions de son action (cf. Ph 2, 5)[26]».

282. Cette formation implique de se laisser transformer par le Christ,  et elle est en même temps « une pratique habituelle du bien, vérifiée dans l’examen de conscience : un exercice où il ne s’agit pas seulement d’identifier ses péchés, mais aussi de reconnaître l’œuvre de Dieu dans sa propre expérience quotidienne, dans les événements de l’histoire et des cultures au sein desquelles nous vivons, dans le témoignage de tant d’hommes et de femmes qui nous ont précédés ou qui nous accompagnent par leur sagesse. Tout cela aide à grandir dans la vertu de prudence, en articulant l’orientation globale de l’existence avec les choix concrets, avec une lucidité sereine de ses dons et de ses limites[27]».


 

Comment discerner ta vocation

283. Une expression du discernement est l’engagement pour reconnaître sa propre vocation. C’est une tâche qui requiert des espaces de solitude et de silence, parce qu’il s’agit d’une décision très personnelle que d’autres ne peuvent pas prendre pour quelqu’un : « Même si le Seigneur nous parle de manières variées, dans notre travail, à travers les autres et à tout moment, il n’est pas possible de se passer du silence de la prière attentive pour mieux percevoir ce langage, pour interpréter la signification réelle des inspirations que nous croyons recevoir, pour apaiser les angoisses et recomposer l’ensemble de l’existence personnelle à la lumière de Dieu[28] ».[

284. Ce silence n’est pas une forme d’isolement, car « il faut rappeler que le discernement priant doit trouver son origine dans la disponibilité à écouter le Seigneur, les autres, la réalité même qui nous interpelle toujours de manière nouvelle. Seul celui qui est disposé à écouter possède la liberté pour renoncer à son propre point de vue partiel ou insuffisant […]. De la sorte, il est vraiment disponible pour accueillir un appel qui brise ses sécurités mais qui le conduit à une vie meilleure, car il ne suffit pas que tout aille bien, que tout soit tranquille. Dieu pourrait être en train de nous offrir quelque chose de plus, et à cause de notre distraction dans la commodité, nous ne nous en rendons pas compte[29] ».

285. Quand il s’agit de discerner sa propre vocation, il est nécessaire de se poser plusieurs questions. Il ne faut pas commencer par se demander où l’on pourrait gagner le plus d’argent, ou bien où l’on pourrait obtenir le plus de notoriété et de prestige social, ni commencer par se demander quelles tâches donneraient plus de plaisir à quelqu’un. Pour ne pas se tromper, il faut commencer d’un autre lieu, et se demander : Est-ce que je me connais moi-même, au-delà des apparences et de mes sensations ?; est-ce-que je sais ce qui rend mon cœur heureux ou triste ? ; quelles sont mes forces et mes faiblesses ? Immédiatement suivent d’autres questions : comment puis-je servir au mieux et être plus utile au monde et à l’Eglise ?; quelle est ma place sur cette terre ? ; qu’est-ce que je pourrais offrir à la société ? ; puis d’autres suivent très réalistes: est-ce que j’ai les capacités nécessaires pour assurer ce service ? ; ou est-ce que je pourrais développer les capacités nécessaires ?

286. Ces questions doivent se situer non pas tant en rapport avec soi-même et ses inclinations, mais en rapport avec les autres, face à eux, de manière à ce que le discernement pose sa propre vie en référence aux autres. Pour cela, je veux rappeler quelle est la grande question : “Tant de fois, dans la vie, nous perdons du temps à nous demander : « Mais qui suis-je ? ». Mais tu peux te demander qui tu es et passer toute la vie en cherchant qui tu es. Demande-toi plutôt : « Pour qui suis-je ? [30]»”. Tu es pour Dieu, sans aucun doute. Mais il a voulu que tu sois aussi pour les autres, et il a mis en toi beaucoup de qualités, des inclinations, des dons et des charismes qui ne sont pas pour toi, mais pour les autres.


 

L’appel de l’Ami

287. Pour discerner sa propre vocation, il faut reconnaître que cette vocation est l’appel d’un ami : Jésus. A ses amis, si on leur offre quelque chose, on leur offre le meilleur. Et ce meilleur n’est pas nécessairement la chose la plus coûteuse ou la plus difficile à obtenir, mais celle dont on sait qu’elle donnera de la joie à l’autre. Un ami perçoit cela avec tant de clarté qu’il peut visualiser dans son imagination le sourire de son ami quand il ouvre son cadeau. Ce discernement d’amitié est ce que je propose aux jeunes comme modèle s’ils cherchent à trouver quelle est la volonté de Dieu pour leur vie.

288. Je voudrais qu’ils sachent que lorsque le Seigneur pense à chacun, dans ce qu’il souhaiterait lui offrir, il pense à lui comme à son ami personnel. Et s’il a prévu de t’offrir une grâce, un charisme qui te fera vivre ta vie à plein et te transformera en une personne utile pour les autres, en quelqu’un qui laissera une trace dans l’histoire, ce sera sûrement quelque chose qui te réjouira au plus profond de toi et qui t’enthousiasmera plus que toute chose au monde. Non pas parce qu’il va te donner un charisme extraordinaire ou rare, mais parce qu’il sera juste à ta mesure, à la mesure de ta vie entière.

289. Le don de la vocation sera sans aucun doute un don exigeant. Les dons de Dieu sont interactifs et pour en profiter tu dois mettre beaucoup en jeu, tu dois risquer. Mais ce ne sera pas l’exigence d’un devoir imposé par un autre de l’extérieur, mais quelque chose qui te stimulera à grandir et à choisir que ce don mûrisse et devienne un don pour les autres. Quand le Seigneur suscite une vocation, il ne pense pas seulement à ce que tu es, mais à tout ce que tu pourras parvenir à être avec lui et avec les autres.

290. La puissance de la vie et la force de sa propre personnalité se nourrissent mutuellement à l’intérieur de chaque jeune et le poussent à aller au-delà de toutes limites. L’inexpérience permet que cela arrive, même si rapidement cela se transforme en expérience, très souvent douloureuse. Il est important de mettre en contact ce désir de « l’infini du commencement pas encore mis à l’épreuve[31] » avec l’amitié inconditionnelle que nous offre Jésus. Avant toute loi et tout devoir, ce que Jésus nous propose pour choisir est le fait de suivre, comme le font des amis qui se suivent et se cherchent et se trouvent par pure amitié. Tout le reste vient après, et même les échecs de la vie peuvent être une expérience inestimable de cette amitié qui jamais ne se brise.

Ecoute et accompagnement

291. Il y a des prêtres, des religieux, des religieuses, des laïcs, des professionnels, et même des jeunes formés, qui peuvent accompagner les jeunes dans leur discernement vocationnel. Quand il nous incombe d’aider l’autre à discerner le chemin de sa vie, la première chose est d’écouter. Et cette écoute suppose trois sensibilités ou attentions distinctes et complémentaires:

292. La première sensibilité ou attention est à la personne. Il s’agit d’écouter l’autre qui se donne lui-même à nous dans ses paroles. Le signe de cette écoute est le temps que je consacre à l’autre. Ce n’est pas une question de quantité, mais que l’autre sente que mon temps est à lui: celui dont il a besoin pour m’exprimer ce qu’il veut. Il doit sentir que je l’écoute inconditionnellement, sans m’offenser, sans me scandaliser, sans m’ennuyer, sans me fatiguer. Cette écoute est celle que le Seigneur exerce quand il se met à marcher à côté des disciples d’Emmaüs et qu’il les accompagne un long moment par un chemin qui allait dans la direction opposée à la bonne direction (cf. Lc 24, 13-35). Quand Jésus fait le mouvement d’aller de l’avant parce qu’ils sont arrivés à leur maison, là ils comprennent qu’il leur a offert son temps, et alors ils lui offrent le leur, en lui donnant l’hébergement. Cette écoute attentive et désintéressée indique la valeur que l’autre personne a pour nous, au-delà de ses idées et de ses choix de vie.

293. La seconde sensibilité ou attention est celle de discerner. Il s’agit d’épingler le moment précis où l’on discerne la grâce ou la tentation. Parce que parfois les choses qui traversent notre imagination ne sont que des tentations qui nous détournent de notre véritable chemin. Ici, je dois me demander ce que cette personne me dit exactement, ce qu’elle veut me dire, ce qu’elle désire que je comprenne de ce qui se passe. Ce sont des questions qui aident à comprendre où s’enchainent les arguments qui meuvent l’autre et à sentir le poids et le rythme de ses affections influencées par cette logique. Cette écoute vise à discerner les paroles salvatrices du bon Esprit, qui nous propose la vérité du Seigneur, mais également les pièges du mauvais esprit – ses erreurs et ses séductions –. Il faut avoir le courage, la tendresse et la délicatesse nécessaires pour aider l’autre à reconnaître la vérité et les mensonges ou les prétextes.

294. La troisième sensibilité ou attention vise à écouter les impulsions que l’autre expérimente “en avant”. C’est l’écoute profonde de “ce vers quoi l’autre veut vraiment aller”. Au-delà de ce qu’il sent et pense dans le présent, de ce qu’il a fait dans le passé, l’attention vise ce qu’il voudrait être. Parfois cela implique que la personne ne regarde pas tant ce qui lui plaît, ses désirs superficiels, mais ce qui plaît plus au Seigneur, son projet pour sa propre vie qui s’exprime dans une inclination du cœur, au-delà de l’enveloppe des goûts et des sentiments. Cette écoute est attention à l’intention ultime, celle qui en définitive décide de la vie, parce qu’il existe Quelqu’un comme Jésus qui entend et évalue cette intention ultime du cœur. C’est pourquoi il est toujours disposé à aider chacun pour qu’il la reconnaisse, et pour cela il suffit que quelqu’un lui dise : “Seigneur, sauve-moi ! Aie pitié de moi !”.

295. Alors oui, le discernement devient un instrument de lutte pour mieux suivre le Seigneur[32]. De cette manière, le désir de reconnaître sa propre vocation acquiert une intensité suprême, une qualité différente et un niveau supérieur, qui répond beaucoup mieux à la dignité de sa propre vie. Parce qu’en définitive un bon discernement est un chemin de liberté qui fait apparaître ce que chaque personne a d’unique, ce qui est vraiment soi, vraiment personnel, que Dieu seul connaît. Les autres ne peuvent ni pleinement comprendre ni anticiper de l’extérieur comment cela se développera.


 

296. C’est pourquoi, quand on écoute l’autre de cette manière, à un moment donné, on doit disparaître pour le laisser poursuivre ce chemin qu’il a découvert. C’est disparaître comme le Seigneur disparaît à la vue de ses disciples et les laisse seuls avec la brûlure du cœur qui devient un élan irrésistible de se mettre en chemin. (cf. Lc 24, 31-33). Au retour dans la communauté, les disciples d’Emmaüs recevront la confirmation que vraiment le Seigneur est ressuscité (cf. Lc 24, 34).

297. Etant donné que « le temps est supérieur à l’espace[33] », il est nécessaire de susciter et d’accompagner des processus, et non pas d’imposer des parcours. Et ce sont des processus de personnes qui sont toujours uniques et libres. C’est pourquoi il est difficile d’établir des règles, même lorsque tous les signes sont positifs, parce qu’« il importe de soumettre ces mêmes facteurs positifs à un discernement attentif, pour ne pas les isoler l'un de l'autre et ne pas les mettre en opposition entre eux, comme s'ils étaient des absolus en opposition. Il en est de même pour les facteurs négatifs : il ne faut pas les rejeter en bloc et sans distinction, parce qu'en chacun d'eux peut se cacher une valeur qui attend d'être libérée et rendue à sa vérité totale[34] ».

298. Mais pour accompagner les autres sur ce chemin, tu as d’abord besoin d’avoir l’habitude de le parcourir toi-même. Marie l’a fait, en affrontant ses questions et ses propres difficultés quand elle était très jeune. Qu’elle renouvelle ta jeunesse avec la force de sa prière et qu’elle t’accompagne toujours avec sa présence de Mère.

* * *

Et pour conclure... un désir

299. Chers jeunes, je serai heureux en vous voyant courir plus vite qu’en vous voyant lents et peureux. Courez, « attirés par ce Visage tant aimé, que nous adorons dans la sainte Eucharistie et que nous reconnaissons dans la chair de notre frère qui souffre. Que l’Esprit Saint vous pousse dans cette course en avant. L’Eglise a besoin de votre élan, de vos intuitions, de votre foi. Nous en avons besoin! Et quand vous arriverez là où nous ne sommes pas encore arrivés, ayez la patience de nous attendre [35] ».

 

Donné à Lorette, près du Sanctuaire de la Sainte Maison,

le 25 mars, Solennité de l’Annonciation du Seigneur de l’année 2019,

la septième de mon Pontificat.

 

FRANÇOIS

 


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[1] [18] Discours de la veillée des XXXIVèmesJournées Mondiales de la Jeunesse à Panama (26 janvier 2019): L’Osservatore Romano, éd. française, n. 6 du 5 février 2019, p. 9.

[5] [22] Saint Jean-Paul II, Discours aux jeunes à Turin (13 avril 1980), 4: Insegnamenti 3, 1 (1980), 905.

[6] [23] Benoît XVI, Message pour les XXVIIèmeJournées Mondiales de la Jeunesse (15 mars 2012): AAS 104 (2012), 359: L’Osservatore Romano, éd. française, n. 13 du 29 mars 2012, p. 4.

 

[8] Const. dogm. Lumen gentium, sur l’Eglise, n. 11. Cf ref 137 dans le texte original

[10] [139] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 273: AAS 105 (2013), 1130.

[11] [140] Saint Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 15: AAS 59 (1967), 265.

[12] [141] Meditación de Semana Santa para jóvenes, écrite à bord d’un cargo, de retour des Etats-Unis, 1946, en : https://www.padrealbertohurtado.cl/escritos-2/.

[13] [142] Rencontre avec les jeunes d’Ombrie à Assise (4 octobre 2013): AAS 105 (2013), 921. L’Osservatore Romano, éd. française, n. 41 du 10 octobre 2013, p. 12.

[14] [143] Exhort. ap. postsynodale Amoris laetitia (19 mars 2016), n. 150: AAS 108 (2016), 369.

[15] [144] Audience aux jeunes du Diocèse de Grenoble-Vienne (17 septembre 2018): L’Osservatore Romano, 19 septembre 2018, p. 8.

[18] [147] Conférence épiscopale de Colombie, Mensaje Cristiano sobre el matrimonio (14 mai 1981).

[19] [148] Conférence des évêques Catholiques des États-Unis, Sons and Daughters of Light: A Pastoral Plan for Ministry with Young Adult, November 12, 1996, Part one, 3.

[20] [149] Lett. enc. Laudato si’ (24 mai 2015), n. 128: AAS 107 (2015), 898.

[21] [150] Ibid., n. 125: AAS 107 (2015), 897.

[23] [152] Exhort. ap. Gaudete et exsultate (19 mars 2018), n. 167.

[24]  [153] Ibid., n. 168.

[25] [154] Ibid., n. 170.

[28] [157] Exhort. ap. Gaudete et exsultate (19 mars 2018), n. 171.

[29] [158] Ibid., n. 172.

[31] [160] Romano Guardini, Le età della vita, in Opera omnia IV, 1, éd. Morcelliana, Brescia 2015, 209.

[32] [161] Cf. Exhort. ap. Gaudete et exsultate (19 mars 2018), n. 169.

 

[33] [162] Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 222: AAS 105 (2013), 1111.

[34] [163] Saint Jean-Paul II, Exhort. ap. postsynodale. Pastores dabo Vobis (25 mars 1992), n. 10: AAS 84 (1992), 672.

[35] [164] Rencontre et prière avec les jeunes italiens au Cirque Massimo de Rome (11 août 2018): L’Osservatore Romano, éd. française, n. 34 du 23 août 2018, p. 8.

Cardinal Sarah, le regard d’un mystique sur l’incendie

publié le 20 avr. 2019 à 06:25 par Pierre Roland-Gosselin

Ce haut responsable au Vatican publie un livre sur la crise de l’Église. Très touché par la destruction de Notre-Dame, il y trouve pourtant une signification.

 par Jean-Marie Guénois, 

 

Il est africain de Guinée. Il a 73 ans. Il est amoureux du Christ. Il est amoureux de l’Église. Il aime la France.

Depuis Rome, le cardinal Robert Sarah regarde Notre-Dame de Paris brûler. Et médite :

« Cet incendie est un appel de Dieu pour retrouver son amour. Par ces brasiers apocalyptiques, Dieu a voulu attirer l’attention des hommes pour qu’ils puissent retrouver la foi de leurs ancêtres. Cet appel est directement et spécialement adressé à la France. La belle nation de Saint Louis et de Jeanne d’Arc, de Charles Péguy et de Paul Claudel a toujours eu un rôle particulier dans la diffusion de la foi. Il faut parfois le feu pour nous ouvrir au Ciel… »

Ses mots sont ardents. Comme son âme… Il parle lentement, sans hausser la voix, de l’intérieur. N’était sa ceinture rouge de cardinal passée sur une simple soutane, on vêtirait cet homme de Dieu d’une coule monastique.

Après un silence, il ajoute : « L’enseignement de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris est simple et extraordinaire en même temps. Il appelle au réveil pressant de la foi française et à celle de l’Occident. Il nous dit que les questions matérielles ou économiques ne peuvent, seules, conduire nos vies terrestres. Un amour nous est proposé. Il faut absolument tourner notre regard vers Dieu. »

 

 

 

 

Et ce pasteur, aujourd’hui en charge pour le monde entier de la liturgie catholique - il est préfet de la congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements -, exprime son émerveillement devant « les jeunes venus de toute part pour prier autour de l’édifice médiéval alors que les flammes ravageaient inexorablement le toit et la flèche ». Cette jeunesse catholique, inattendue en France, il la perçoit comme « une première manifestation éclatante de ce nouveau chemin vers le Ciel ».

 

Ce vieux sage qui a vu la guerre civile dans son pays natal où sa tête était mise à prix regarde l’avenir : « Ici et maintenant, comment le peuple français du XXIe peut-il retrouver l’amour de Dieu ? La cathédrale Notre-Dame de Paris est un monument magnifique, somptueux, délicat qui fut la réponse de foi d’un peuple à l’amour que Dieu lui portait. La restauration de la cathédrale doit être la manifestation concrète d’une foi régénérée. »

 

Cette cathédrale, le cardinal Sarah ne tardera pas à la revoir de près, lors de l’un de ses prochains séjours en France, comme une malade, rescapée de la mort, sous perfusion, promise à une longue cure de soin. Le prélat vient de publier chez Fayard un troisième gros livre. Après les succès de Dieu ou rien. Entretien sur la foi et La Force du silence, c’est Le soir approche et déjà le jour baisse, titre énigma­tique, crépusculaire, mais œuvre profondément stimulante. Par le jeu des questions-réponses avec l’écrivain Nicolas Diat, ce spirituel Africain livre cette fois, après avoir raconté sa vie étonnante dans un premier volume, sa spiritualité dans le deuxième, sa vision de l’Église ­catholique et… de ses problèmes.

 

Les titres des chapitres de ce livre diagnostic sont explicites. Quelques morceaux choisis : « la crise de la foi », « la crise du sacerdoce », « la haine de l’homme », « la haine de la vie », « les erreurs de l’occident », « les séductions trompeuses », « le déclin du courage », « la marche funèbre de la décadence »… Ce pourrait être une série noire, un livre de vendredi saint. Sauf qu’une constante traverse l’ouvrage comme une lumière, partout exprimée. C’est d’ailleurs l’un des titres de chapitre « Dieu ouvre sa main ». Certes, l’homme de Dieu dénonce avec vigueur ce qui ne tourne pas rond à ses yeux dans l’Église et dans le monde. Mais il ne cède rien à la sinistrose ambiante.

 

C’est donc un vrai livre d’Espérance. « L’Église traverse son vendredi saint confie-t-il, mais j’ai d’abord fait cet ouvrage pour casser le désespoir, soutenir et réconforter les prêtres en cette période de tourmente, pour les aider à ne pas se laisser atteindre par le découragement, qui est la pire des choses pour des porteurs d’Espérance. » À cet égard il lance : « Je veux dire à tous les prêtres : restez forts et droits. » Et ponctue : « Le diable cherche à nous faire douter de l’Église. Il veut nous faire croire que l’Église a trahi. Mais l’Église ne trahit pas. Il y aura toujours assez de lumière en elle pour ceux qui cherchent Dieu. » Il reconnaît toutefois le trouble actuel : « L’Église ne connaît plus sa mission. Elle ne sait plus ce qu’elle doit enseigner. Et les catholiques vivent dans la confusion la plus totale. » L’Église se trouve donc à « tournant ». Mais la seule « réforme » sera « notre conversion ». Ainsi exhorte-t-il : « Vous voulez relever l’Église ? Mettez-vous à genoux ! » Car « ce sont les saints qui changent les choses ». « Sans spectacle » et dans le « secret du cœur ».

 

Une crise de l’Église qu’il juge providentielle. Après l’agonie du Christ, il y aura Pâques : « C’est une grâce d’être ainsi humiliés. Nous avons trahi. Nous allons nous rendre compte combien nous sommes descendus aussi bas. Cette humiliation est un don de Dieu. Elle peut se révéler être une grâce. Dieu intervient plus que jamais. »

 

Parmi ces dossiers difficiles, deux le rendent particulièrement combatif. Le célibat sacerdotal et l’immigration. Sur la question du célibat, il dénonce « les pressions » exercées sur l’Église pour qu’elle « change sa doctrine ». Or, affirme-t-il, « tant de prêtres et religieux vivent la chasteté parfaitement » et « ce ne sont pas des refoulés ». Quant à « séparer le célibat du sacerdoce, un trésor, ce serait une ruine totale, une grande tristesse ». Sur l’immigration, il s’érige, en Africain, contre les « filières mafieuses des passeurs ». Mais critique « le pacte de Marrakech » qui va produire « l’inverse » de ce qu’il promet, à savoir des « migrations sûres, ordonnées et régulières ». L’Europe pourrait « disparaître » avec un « islam envahissant ».

 

Deux dossiers où ce que dit le cardinal Sarah ne cadre pas avec la pensée du pape François. Et qui donnent l’impression qu’il serait l’un des « opposants » du pontificat actuel. Il est vrai qu’il est le seul à avoir le courage de s’exprimer aussi ouvertement : « le Pape connaît ma pensée, je ne cache rien, tout est écrit », se justifie-il. Mais il s’indigne profondément quand on veut faire de lui un « chef de parti ». Ce résistant dans l’âme affirme : « Je ne m’oppose pas au pape François ! Que l’on cesse de m’opposer à lui. Je suis son collaborateur, et la meilleure collaboration pour un cardinal est de dire l’enseignement de l’Église et la doctrine de toujours. Ce ne sont pas mes idées personnelles. Je trahirais si je disais des choses auxquelles je ne crois pas. Je ne suis pas un révolté, je suis seulement soucieux de la façon dont, aujourd’hui, nous prenons la liberté d’interpréter un héritage que nous avons reçu et de la façon dont on voudrait réduire la mission et l’enseignement de l’Église. »

 

 

 

Inséré depuis <http://kiosque.lefigaro.fr/ouvrir-liseuse-milibris/le-figaro/224bf05a-2286-494f-bbf5-e415d0528d47>

 

source: Le Figaro du samedi 20 et dimanche de Pâques  21 avril 2019  page 6

 

MERCI ! Nous sommes heureux d’être chrétiens avec vous et prêtres pour vous!

publié le 18 avr. 2019 à 13:33 par Pierre Roland-Gosselin

"Admiration" par Abbé Grosjean

Nombreux sont ceux qui, en ce jour du Jeudi saint, manifestent à leurs prêtres leur prière et leur amitié. Comment ne pas profiter de ce jour pour vous dire en retour notre admiration et notre action de grâce, que partagent sans doute beaucoup de prêtres ?

Depuis septembre, nous traversons un temps d’épreuves et de tourmentes. L’Église en a connu d’autres, mais pas nous. Pas à ce point, sans doute. Pas sur ces sujets. Les révélations en cascade d’abus, de crimes ou de double vie chez de nombreux clercs, fondateurs ou prélats nous ont tous profondément atteints. La souffrance des victimes nous a bouleversés et fait ouvrir les yeux. La façon dont tout cela a été « géré » pendant des décennies nous a légitimement indignés. Le climat poisseux de soupçon ou de défiance qui en résulte dans l’opinion publique nous a – nous prêtres – fragilisés. La façon dont certains « loups » instrumentalisent ces affaires pour changer la doctrine de l’Église et affaiblir encore celle-ci nous met en colère.

Tout cela renforce d’autant plus notre admiration pour la fidélité d’une grande partie du peuple chrétien. C’est aujourd’hui notre principale consolation et pour cela, il faut vous dire notre admiration.

Admiration et reconnaissance devant ces paroissiens qui, plus que d’habitude, prennent des nouvelles de leur curé, manifestent leur soutien, trouvent les mots pour encourager et dire merci.

Admiration devant tant de jeunes et de moins jeunes qui continuent de nous faire confiance et de s’appuyer sur cette « paternité spirituelle » de leurs prêtres, aumôniers, vicaires ou curés. Cette « paternité » que certains clercs ont dévoyée ou profanée, demeure un trésor précieux qu’il ne faudrait pas jeter. Elle est la raison d’être de notre célibat et de l’offrande de notre vie : nous l’avons donnée pour faire grandir ceux qui nous sont confiés. Paternité spirituelle qu’il nous faut apprendre à vivre de façon toujours plus juste et plus gratuite. Paternité spirituelle que vous nous apprenez à vivre, en nous rappelant avec exigence, patience et bienveillance ce que nous devons être pour vous.

Admiration devant l’amitié que vous nous exprimez, avec pudeur et bienveillance. Elle est si précieuse pour nous prêtres, cette amitié des familles – en particulier – et de beaucoup d’entre vous. Amitié qui n’empêche pas de reconnaître les prêtres que nous sommes. Amitié fraternelle qui voit aussi dans ce « père » un frère à encourager et à inviter, un frère qui chemine comme vous avec ses limites et ses talents, ses moments de doute, ses joies et ses peines, un frère qui, à vos côtés, essaye lui aussi de se convertir, de se relever sans jamais se décourager. Un frère qui a besoin d’apprendre comme chacun de vous à aimer et se laisser aimer. Merci de votre patience et de votre foi quand vous continuez à voir le prêtre à travers le frère ! Vous nous rappelez à nous-mêmes ce que nous sommes.

Admiration devant tous ces fidèles qui maintiennent leur confiance et nous le redisent, comme un choix résolu mais jamais aveugle. Cette confiance nous encourage à être à la hauteur de notre vocation, quand le soupçon nous fragilise et nous donne envie de céder au démon du « à quoi bon ? »

Admiration devant ces jeunes qui auraient tant de raisons de lâcher l’Église et de se méfier de ses prêtres, et qui au contraire sont là, assoiffés d’une parole vraie, venant chercher auprès de nous ce miracle de nos mains vides, cette espérance qui nous manque parfois, cette présence et ce pardon de Dieu dont nous sommes les premiers à avoir besoin, cette joie de croire et de servir qu’ils nous redonnent eux-mêmes en nous la demandant sans relâche !

Admiration devant ces fidèles qui au travail, à l’école ou auprès de leurs amis, continuent de témoigner de leur amour de l’Église et de leur attachement au Christ, face aux attaques virulentes, aux sarcasmes, au dénigrement ou aux interrogations plus légitimes. Vous êtes souvent les premiers à porter le poids de ces scandales, à devoir affronter le regard de la société, sa colère et ses amalgames. Sans jamais nier les crimes et même en les pleurant, vous continuez à dire aussi la beauté et la sainteté de notre famille qu’est l’Église. Sans jamais nier l’ivraie, vous rappelez aussi le bon grain. Vous redécouvrez votre mission d’être vous-mêmes ce beau visage de l’Église que le monde a besoin de voir. Vous tirez de tout cela l’envie de faire le bien autour de vous et dans votre vie, ce bien qui seul peut réparer le mal commis. Beaucoup d’entre vous ont compris qu’il nous fallait tous revenir au cœur de notre foi et de notre vocation, qu’il nous fallait vivre généreusement cette conversion personnelle, qu’il nous fallait plus que jamais aimer, croire et servir… et que c’était d’abord là, la réforme à entreprendre.

Admiration encore ce Lundi saint au soir en voyant spontanément tous ces chrétiens, souvent très jeunes, venir prier dans la rue ou dans les églises alors que la cathédrale Notre-Dame était en proie aux flammes. Les journalistes et les touristes en étaient stupéfaits et impressionnés. Témoignage humble et fervent, qui vaut toutes les démonstrations. Voici la foi d’un peuple qu’aucun scandale ne pourra faire disparaître. Image magnifique et symbolique de l’époque que nous vivons : une église en proie au chaos, qui menace de s’effondrer. Un peuple qui prie et intercède. Des jeunes qui d’eux-mêmes se mobilisent. Une cathédrale meurtrie, blessée, mais sauvée. Une ferveur immense et un désir de rebâtir qui emporte tous les cœurs.

Le monde pourrait s’étonner qu’il reste encore en France des catholiques. Certes, ils sont moins nombreux. Mais pourquoi restez-vous là, fidèles malgré tout, vous qui nous lisez ? Votre fidélité – même si elle peut être parfois bousculée, attaquée par les doutes ou légitimement éprouvée – interroge le monde et force notre admiration. Votre confiance renouvelée, votre exigence toujours accompagnée de bienveillance, votre désir de sainteté, votre prière et votre amitié sont autant d’encouragements pour nous prêtres « à être généreux, à donner sans compter, à combattre sans soucis des blessures… » ! Vous nous rendez heureux de vous donner le Christ, de vous parler du Christ. Vous nous aidez ainsi à garder une âme de serviteurs. Le meilleur rempart contre le « cléricalisme », ce n’est pas d’installer dans nos paroisses la défiance entre clercs et laïcs mais de se manifester mutuellement cette confiance qui fait grandir et encourage chacun à se convertir sans cesse.

Oui, il reste des catholiques engagés et fervents. Ils ne sont pas tous des saints, certes ! Leurs prêtres non plus ! Ce sont des pauvres… comme leurs prêtres. Des pauvres qui ont besoin d’être pardonnés, aimés, relevés, consolés. Mais ces « pauvres » sont sacrément généreux et courageux ces temps-ci. Éprouvés, bousculés, mais fidèles. Pour cela : MERCI ! Nous sommes heureux d’être chrétiens avec vous et prêtres pour vous. Merci de nous aider ainsi à le demeurer.

source: https://www.padreblog.fr/admiration


Lettre du pape émérite Benoît XVI

publié le 18 avr. 2019 à 03:58 par Pierre Roland-Gosselin



Pédophilie : Benoit XVI sort de son silence : l'effondrement moral de 68 a conduit à ce que nous vivons

 

Du 21 au 24 février, à l'invitation du pape François, les présidents des conférences épiscopales du monde entier se sont réunis au Vatican pour évoquer la crise actuelle de la Foi et de l'Eglise ; une crise qui s’est fait ressentir dans le monde entier à la suite des révélations fracassantes d'abus cléricaux à l’égard de mineurs.


L’étendue et la gravité des incidents signalés ont très profondément troublé prêtres et laïcs, et elles en ont conduit plus d'un à remettre en question la Foi même de l'Eglise. Il était nécessaire de diffuser un message fort, et de chercher à prendre un nouveau départ, de manière à rendre l'Eglise de nouveau crédible en tant que lumière parmi les peuples, et force au service de la lutte contre les puissances de la destruction.

Comme j’ai moi-même eu à servir dans une position de responsabilité en tant que Pasteur de l'Eglise au moment de la manifestation publique de la crise, et pendant qu’elle se préparait, je me devais de me demander – bien qu’en tant qu'émérite, je ne porte plus directement cette responsabilité – ce que je peux apporter par ce regard en arrière en vue de ce nouveau départ.

Ainsi, après l’annonce de la rencontre des présidents des  conférences épiscopales, j'ai compilé quelques notes qui pourraient me permettre de contribuer quelques remarques utiles en ces heures graves.

Ayant pris contact avec le secrétaire d’Etat, le cardinal Parolin et le Saint-Père lui-même, il m’a semblé opportun de publier ce texte dans le Klerusblatt [un mensuel destiné au clergé des diocèses, pour la plupart de la région de Bavière].

Mon travail est divisé en trois parties.

Dans la première partie, je vise à présenter brièvement le contexte social plus étendu de la question, sans lequel il est impossible de comprendre le problème. Je cherche à montrer qu'au cours des années 1960 il s'est produit un événement monstrueux, à une échelle sans précédent au cours de l'histoire. On peut dire qu'au cours des vingt années entre 1960 et 1980, les critères normatifs de la sexualité se sont entièrement effondrés ; une nouvelle absence de normes est née qu’entre-temps on s’est employé à redresser.

Dans une deuxième partie, je tente d’indiquer les effets qu'a eus cette situation sur la formation et la vie des prêtres.

Pour conclure, dans la troisième partie, je voudrais développer quelques perspectives en vue d'une réponse droite de la part de l’Eglise.


 

I.


1. Tout commence avec l’introduction, prescrite par l’État et soutenu par lui, des enfants et des jeunes aux réalités de la sexualité. En Allemagne, celle qui était alors ministre de la Santé, Mme [Käte] Strobel, fit réaliser un film où tout ce qui jusqu'alors était interdit de présentation publique, y compris les rapports sexuels, était désormais montré à des fins d’éducation. Ce qui au départ visait seulement l’information des jeunes devait bien entendu par la suite être accepté comme une possibilité généralisée.

Des résultats similaires furent atteints à travers la publication du Sexkoffer par le gouvernement autrichien [une « valisette » controversée de matériaux d'éducation sexuelle utilisée dans les écoles autrichiennes à la fin des années 1980]. Des films de sexe et pornographiques se répandirent entre-temps, à tel point qu'on les montrait dans des cinémas de gare [Bahnhofskinos]. Je me rappelle encore avoir vu, alors que je me déplaçais un jour à pied dans Ratisbonne, une masse de gens faisant la queue devant un grand cinéma – comportement qu'auparavant nous ne voyions qu'en temps de guerre, alors  qu'on pouvait espérer quelque distribution spéciale. Je me rappelle également être arrivé dans cette ville le Vendredi Saint de l’année 1970 et d'avoir vu tous les panneaux publicitaires recouverts de posters montrant deux personnes totalement nues, grandeur nature, étroitement enlacées.

Parmi les libertés que la Révolution de 1968 s'est battue pour conquérir, il y avait aussi cette liberté sexuelle absolue, qui ne tolérait plus aucune norme.

Cet effondrement moral caractéristique de ces années-là était également étroitement lié à une propension à la violence. C'est pour cette raison que les films de sexe n’ont plus été autorisés dans les avions car la violence éclatait alors parmi la petite communauté de passagers. Et puisque les excès dans le domaine de l'habillement portaient également à l’agression, des directeurs d’école ont également tenté de mettre en place des uniformes scolaires pour rendre possible un environnement propice à l’étude.

Faisait partie de la physionomie de la révolution de 1968, le fait que la pédophilie fut alors jugée acceptable et raisonnable.

Pour les jeunes dans l’Eglise au moins, mais pas seulement pour eux, ce fut à bien des égards une époque très difficile, et de plus d'une manière. Je me suis toujours demandé comment des jeunes dans cette situation pouvaient se diriger vers le sacerdoce et l'accepter, avec toutes ses conséquences. L'effondrement important qui a frappé la nouvelle génération de prêtres dans ces années-là, et le nombre très élevé de réductions à l'état laïc, furent la conséquence de tout ce processus.

2.  Dans le même temps, et indépendamment de cette évolution, la théologie morale catholique s’est effondrée, laissant l'Eglise sans défense face à ces changements sociétaux. Je vais essayer d’esquisser brièvement la trajectoire de cette évolution.

Jusqu’au concile Vatican II, la théologie morale catholique était dans une large mesure fondée sur la loi naturelle, tandis que l'Ecriture sainte n’était citée que pour fournir un contexte ou une confirmation. Dans les efforts du Concile en vue d’une nouvelle compréhension de la Révélation, l'option de la loi naturelle fut largement abandonnée, et on exigea une théologie morale fondée entièrement sur la Bible.

Je me rappelle encore que la faculté jésuite de Francfort permit à un jeune père extrêmement doué (Bruno Schüller) de développer une morale entièrement fondée sur l'Ecriture sainte. La belle dissertation du P. Schüller constitue un premier pas vers la construction d'une morale fondée sur l’Ecriture. Le P. Schüller fut alors envoyé en Amérique pour faire des études supplémentaires ; il en revint en reconnaissant qu’en partant de la seule Bible, la morale ne pouvait être présentée de manière systématique. Il tenta alors d'établir une théologie morale plus pragmatique, sans pour autant parvenir à apporter une réponse à la crise de la morale.

Finalement, c'est dans une large mesure l’hypothèse selon laquelle la morale devait être exclusivement déterminée en vue des fins de l'action humaine qui devait prévaloir. La vieille expression « la fin justifie les moyens » n’était certes pas affirmée sous cette forme grossière, mais la manière de penser qui y correspond était devenue déterminante. Par voie de conséquence, plus rien ne pouvait désormais constituer un bien absolu, pas plus qu'il ne pouvait y avoir quelque chose de fondamentalement mauvais,  mais seulement des jugements de valeur relatifs. Le bien n’existait plus, mais seulement le mieux relatif, dépendant du moment et des circonstances.

La crise du fondement et de la présentation de la morale catholique atteignit des proportions dramatiques à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Le 5 janvier 1989, la « Déclaration de Cologne » signée par 15 professeurs catholiques de théologie était publiée. Elle avait pour objet les différents points de crise dans la relation entre le magistère épiscopal et le travail de la théologie. Ce texte, qui dans un premier temps ne dépassa pas le niveau habituel de contestation, se transforma rapidement en tollé contre le magistère de l’Eglise, rassemblant de manière audible et visible tout le potentiel de protestation contre les textes doctrinaux de Jean-Paul II qui étaient alors attendus (cf. D. Mieth,  Kölner Erklärung, LThK, VI3, p. 196) [LTHK désigne le Lexikon für Theologie und Kirche, un « Lexique de la théologie et de l’Eglise » de langue allemande, qui comptait parmi ses rédacteurs en chef Karl Rahner et le cardinal Walter Kasper, note du traducteur d’EWTN.]

Le pape Jean-Paul II, qui connaissait très bien la situation de la théologie morale et qui la suivait avec vigilance, commanda des travaux en vue d'une encyclique qui remettrait ces choses à l’endroit. Elle fut publiée sous le titre Veritatis splendor le 6 août 1993, et provoqua de vives contre-réactions de la part de théologiens moraux. Auparavant, le Catéchisme de l'Eglise catholique avait déjà présenté de manière convaincante et systématique la morale proclamée par l’Eglise.

Je n'oublierai jamais comment le théologien moral allemand le plus reconnu à l’époque, Franz Böcke, qui était retourné dans sa Suisse natale pour sa retraite, déclara au vu des choix possibles de l’encyclique Veritatis splendor, que si cette encyclique devait affirmer que certaines actions doivent toujours et en toutes circonstances être qualifiées de mauvaise, il élèverait la voix contre elle avec toute la force dont il disposait.

 C’est Dieu qui dans sa bienveillance lui épargna la mise en œuvre de cette résolution ; Böcke mourut le 8 juillet 1991. L'encyclique fut publiée le 6 août 1993, et elle comporta en effet l’affirmation selon laquelle il existe des actions qui ne peuvent jamais devenir bonnes.

Le pape était alors pleinement conscient de l'importance de cette décision, et pour cette partie de son texte, il avait de nouveau consulté des spécialistes de premier plan qui ne participaient pas à la rédaction de l’encyclique. Il savait qu'il ne pouvait et ne devait laisser subsister aucun doute quant au fait que la morale de la pondération des intérêts doit respecter une limite ultime. Il y a des biens qui ne sont jamais sujets à une mise en balance.

Il y a des valeurs qui ne doivent jamais être abandonnées en vue d'une plus grande valeur, et qui surpassent même la préservation de la vie physique. Il y a le martyre. Dieu est davantage, davantage même que la survie physique. Une vie achetée par la négation de Dieu, une vie fondée sur un mensonge ultime, est une non-vie.

Le martyre est une catégorie fondamentale de l'existence chrétienne. Le fait que le martyre n'est plus moralement nécessaire dans la théorie avancée par Böckle et tant d’autres montre que c'est l'essence même du christianisme qui est ici en jeu.

En théologie morale, cependant, une autre question était entre-temps devenue pressante : la thèse selon laquelle le magistère de l'Eglise devait avoir la compétence finale (« infaillibilité ») seulement dans des matières concernant la foi elle-même avait obtenu une adhésion très large ; les questions relatives à la morale ne devaient pas faire partie du champ des décisions infaillibles du magistère de l’Eglise. Il y a probablement quelque chose de vrai dans cette hypothèse qui mérite d’en discuter plus avant. Mais il existe un ensemble minimum de principes moraux qui est indissolublement liée au principe fondateurs de la Foi et qui doit être défendu si la Foi ne doit pas être réduite à une théorie mais au contraire reconnue dans ses droits par rapport à la vie concrète.

Tout cela rend visible  à quel point fondamental l'autorité de l'Eglise en matière de morale est remise en question. Ceux qui nient à l’Eglise une compétence d’enseignement ultime dans ce domaine l'obligent à rester silencieuse précisément là où la frontière entre la vérité et les mensonges est en jeu.

Indépendamment de cette question, on a développé dans de nombreux cercles de théologie morale, la thèse selon laquelle l'Eglise n’a pas, et ne peut avoir sa morale en propre. On soutenait cela en faisant remarquer que toutes les thèses morales connaîtraient également des parallèles dans d'autres religions et que par conséquent, une morale proprement chrétienne ne pouvait exister. Mais la question du caractère propre d'une morale biblique n'est pas réglée par le fait que pour chaque phrase apparaissant ici ou là, on peut aussi trouver un parallèle dans d'autres religions. Il s'agit plutôt de la totalité de la morale biblique, qui en tant que telle est nouvelle et différente de ses éléments individuels.

La doctrine morale de la Sainte Ecriture trouve en dernière analyse le fondement de son caractère unique dans son ancrage dans l'image de Dieu, dans la foi au Dieu unique qui s’est montré en Jésus-Christ et qui a vécu comme être humain. Le Décalogue est une application de la foi biblique en Dieu à la vie humaine. L'image de Dieu et la morale sont indissociables et sont ainsi cause de l’extraodinaire nouveauté de l'attitude chrétienne à l'égard du monde et de la vie humaine. En outre, le christianisme a été désigné depuis le début par le mot « hodós » [le mot grec signifiant voie, souvent utilisée dans le nouveau testament dans le sens de chemin de progrès].

La foi est un voyage et une façon de vivre. Dans l’Eglise ancienne, le catéchuménat fut créé comme un lieu de vie face à une culture de plus en plus démoralisée, où les aspects particuliers et nouveaux de la manière de vivre chrétienne étaient mis en pratique, et en même temps protégés de la manière de vivre ordinaire. Je pense qu'encore aujourd’hui il faut quelque chose qui ressemble à des communautés catéchumènes, de telle sorte que la vie chrétienne puisse s’affirmer à sa propre façon.


 

II.

 

 Les réactions ecclésiales initiales.

 

1.  Le processus, préparé de longue date et toujours en cours de réalisation, de la liquidation de la conception chrétienne de la morale a été, comme j'ai essayé de le montrer, marquée par un radicalisme sans précédent au cours des années 1960. Cette liquidation de l’autorité d’enseignement moral de l'Eglise devait nécessairement produire des effets dans divers domaines de l’Eglise. Dans le contexte de la rencontre des présidents des  conférences épiscopales du monde entier avec le pape François, la question de la vie sacerdotale comme celle des séminaires est d'un intérêt primordial. Pour ce qui est du problème de la préparation au ministère sacerdotal dans les séminaires, il existe dans les faits un vaste effondrement de la forme antérieure de cette préparation.

Dans divers séminaires des clubs homosexuels furent établis, qui agissaient plus ou moins ouvertement et qui ont significativement modifié le climat des séminaires. Dans un séminaire en Allemagne du Sud, les candidats à la prêtrise et les candidats au ministère laïc du référent pastoral [Pastoralreferent] vivaient ensemble. Lors des repas pris en commun, les séminaristes et les référents pastoraux mangeaient ensemble, et ceux des laïcs qui étaient mariés étaient parfois accompagnés de leurs femme et enfants, et même à l'occasion par leur petite amie. Le climat de ce séminaire ne pouvait apporter un soutien à la préparation à la vocation sacerdotale. Le Saint-Siège avait connaissance de tels problèmes, sans en être informé précisément. Comme première étape, une visite apostolique des séminaires des États-Unis fut organisée.

Comme les critères de sélection et de nomination des évêques avaient également été modifiés après le concile Vatican II, la relation des évêques vis-à-vis de leurs séminaristes était également très variable. Par-dessus tout, le critère pour la nomination des nouveaux évêques était désormais leur « conciliarité », ce qui peut évidemment être compris de façons assez différentes.

Dans les faits, dans de nombreuses parties de l'Eglise, les attitudes conciliaires étaient comprises comme le fait d'avoir une attitude critique négative à l'égard de la tradition existant jusqu’alors, et qui devait  désormais être remplacée par une nouvelle relation, radicalement ouverte, au monde. Un évêque, qui avait précédemment été recteur de séminaire, avait organisé la projection de films pornographiques pour les séminaristes, prétendument dans l’intention de les rendre ainsi résistants aux comportements contraires à la foi.

Certains évêques – et pas seulement aux Etats-Unis d’Amérique – rejetèrent la tradition catholique dans son ensemble, cherchant à faire advenir une nouvelle forme moderne de « catholicité » dans leurs diocèses. Cela vaut peut-être la peine de mentionner que dans un nombre non négligeable de séminaires, des étudiants pris sur le fait d'avoir lu mes livres furent jugés inaptes au sacerdoce. On cachait mes livres comme de la mauvaise littérature, et ils n’étaient lus que sous le manteau.

La visite qui eut lieu alors n’apporta pas de nouvelles perspectives, apparemment parce que diverses forces s'étaient réunies afin de dissimuler la situation réelle. Une deuxième visite fut ordonnée, qui permit d’obtenir bien plus d’informations, mais dans son ensemble elle n’eut pas de retombées. Cependant, depuis les années 1970 la situation dans les séminaires s'est améliorée de manière générale. Et pourtant, il n'y eut que des cas rares d’un nouveau renforcement des vocations sacerdotales parce que la situation dans son ensemble avait pris un chemin différent.

2.  La question de la pédophilie, telle que je m'en souviens, n'est devenue aiguë qu'au cours de la seconde moitié des années 1980. Entre-temps, elle était déjà devenu une affaire publique aux États-Unis, de telle sorte que les évêques recherchèrent l'aide de Rome, puisque le droit canonique, tel qu'il est écrit dans le nouveau code [de 1983], ne semblait pas suffire pour prendre les mesures nécessaires.

Rome et les canonistes romains eurent dans un premier temps des difficultés à prendre en compte ces préoccupations ; dans leur opinion, la suspension temporaire de l'office sacerdotal devait suffire à produire la purification et la clarification. Cela, les évêques américains ne purent l’accepter, puisque les prêtres restaient ainsi au service de l’évêque et pouvaient donc être supposés rester en association directe avec lui. Ce n'est que lentement qu'un renouveau et un approfondissement de la loi pénale du nouveau code, construite délibérément de manière souple, commencèrent à prendre forme.

Outre cela, cependant, il y avait un problème fondamental de perception de la loi pénale. Seul ce qu'on appelait le garantisme était encore considéré comme « conciliaire ». Cela signifie que par-dessus tout, les droits de l'accusé devaient être garantis, à tel point que de fait, toute condamnation était exclue. Comme contrepoids aux options de défense souvent inadéquates offerte aux théologiens accusés, leur droit à la défense par le biais du garantisme s'étendit à tel point que les condamnations n'étaient guère possibles.

Permettez-moi ici de faire une brève digression. A la lumière de l’étendue des transgressions pédophiles, une parole de Jésus est de nouveau présente dans les esprits, qui affirme : « Mais si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît autour du cou une de ces meules que les ânes tournent, et qu’on le jetât dans la mer » (Marc, 9, 41).

L’expression « ces petits » dans le langage de Jésus signifie les fidèles ordinaires qui peuvent être amenés à chuter par l'arrogance intellectuelle de ceux qui se pensent intelligents dans leur foi. Donc ici, Jésus protège le dépôt de la foi avec une menace insistante de punition adressée à ceux qui lui portent atteinte.

L'utilisation moderne de la phrase n'est pas en elle-même erronée, mais elle ne doit pas obscurcir la signification originale. Selon cette signification il devient clair, contrairement à tous garantisme, que ce n'est pas seulement le droit de l'accusé qui est important et qui a besoin d'une garantie. De grands biens, telle la Foi, sont également importants.

Un droit canonique équilibré, qui corresponde à l'intégralité du message de Jésus, ne doit donc pas seulement  fournir une garantie aux accusés, dont le respect est un bien légal. Il doit également protéger la Foi, qui est elle aussi un bien légal important. Un droit canonique correctement constitué doit donc contenir une double garantie – une protection légale des accusés, une protection légale du bien qui est en jeu. On fait généralement la sourde oreille àcCelui qui aujourd’hui propose cette conception intrinsèquement claire, dès lors qu'il s'agit de la question de la protection de la foi en tant que bien légal. Dans la conscience générale qu’on a de la loi, la Foi ne semble plus avoir le rang d'un bien qui doit être protégé. Il s'agit là d'une situation alarmante qui doit être sérieusement prise en considération par les pasteurs de l’Eglise.

J’aimerais ici ajouter aux brèves notes sur la situation de la formation sacerdotale au moment où la crise a éclaté de manière publique, quelques remarques concernant l’évolution du droit canonique en cette matière.

En principe, la Congrégation pour le clergé est responsable du traitement des crimes commis par des prêtres. Mais puisque le garantisme dominait à ce point la situation à l’époque, je me suis accordé avec le pape Jean-Paul II pour dire qu'il était opportun d’assigner la compétence de ces infractions à la Congrégation pour la Doctrine de la foi, et sous l’intitulé : « Delicta maiora contra fidem. »

Cette assignation donnait également la possibilité d'imposer la peine maximale,  à savoir l'expulsion du clergé, qui n'aurait pas pu être imposé selon d’autres dispositions juridiques. Ce n'était pas un tour de passe-passe permettant d'imposer la peine maximale, mais une conséquence de l'importance de la Foi pour l’Eglise. Il est en réalité important de comprendre que de telles transgressions de la part de clercs nuisent en dernier ressort à la Foi.

C'est seulement là où la Foi ne détermine plus les actions de l'homme que de tels crimes sont possibles.

La sévérité de la punition présuppose cependant aussi une preuve claire de la réalité de l’infraction : cet aspect du garantisme reste en vigueur.

Pour le dire autrement: pour pouvoir imposer la peine maximale de manière légale, il faut une authentique procédure criminelle. Mais à la fois les diocèses et le Saint-Siège étaient dépassés par une telle exigence. Nous avons mis en place une forme minimale des procédures criminelles, laissant ouverte la possibilité pour le Saint-Siège de prendre en main le procès dès lors que le diocèse ou l’administration métropolitaine n'est pas en mesure de le mener. Dans tous les cas, le procès doit être revu par la Congrégation de la Doctrine de la foi de manière à garantir les droits de l’accusé. Pour finir, à la Feria IV (c'est-à-dire l'assemblée des membres de la Congrégation), nous avons établi une instance d’appel de manière à offrir une possibilité d’appel.

Dans la mesure où tout cela allait en réalité au-delà des capacités de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, et parce que des retards se sont faits jour qu'il fallait empêcher en raison de la nature du sujet, le pape François a entrepris des reformes supplémentaires.

III.

 

1.  Que devons-nous faire ? Faudrait-il que nous créions une autre Eglise pour tout remettre à l’endroit ? Eh bien, cette expérience-là a déjà été faite et elle a déjà échoué. Seuls l'obéissance et l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ peuvent indiquer le droit chemin. Essayons donc d’abord de comprendre de nouveau et de l’intérieur [en nous-mêmes] ce que veut Notre Seigneur, et ce qu'Il a voulu de nous.

Je voudrais suggérer d'abord ceci : si nous voulons vraiment résumer très brièvement le contenu de la Foi tel qu'il est exposé dans la Bible, nous pourrions le faire en disant que Notre Seigneur a entamé avec nous une histoire d’amour dans laquelle Il veut récapituler toute la création. La force antagoniste face au mal qui nous menace et qui menace le monde entier, ne peut au bout du compte consister que dans notre entrée dans cet amour. Il est la vraie force antagoniste face au mal. Le pouvoir du mal dérive de notre refus de l’amour de Dieu. Celui qui se confie à l'amour de Dieu est racheté. Le fait que nous ne soyons pas rachetés est une conséquence de notre incapacité à aimer Dieu. Apprendre à aimer Dieu est par conséquent la voie de la rédemption des hommes.

Essayons maintenant d'exposer un peu plus ce contenu essentiel de la Révélation de Dieu. Nous pourrions dire alors que le premier don fondamental que nous offre la Foi est la certitude que Dieu existe.

Un monde sans Dieu ne peut être qu'un monde sans signification. Car alors, d'où vient tout ce qui est ? En tout cas, il n'a pas de fondement spirituel. Il est tout simplement là, on ne sait trop comment, et n'a ni but ni sens. Dès lors, il n'y a pas de normes du bien ou du mal. Alors, seul ce qui est plus fort que l’autre peut s’auto-affirmer. Alors, la puissance est le seul principe. La vérité ne compte pas – en fait, elle n'existe même pas. Ce n'est que si les choses ont une raison d’être spirituelle, ayant été voulues et conçues – c'est seulement s'il y a un Dieu créateur qui est bon et qui veut le bien – que la vie de l'homme peut aussi avoir un sens.

Qu'il existe un Dieu créateur, mesure de toutes choses, est tout d’abord un besoin primordial. Mais un Dieu qui ne s'exprimerait pas du tout, qui ne se ferait pas connaître, resterait à l'état d’intuition et ne pourrait ainsi déterminer la forme de notre vie.

Pour que Dieu soit réellement Dieu dans cette création délibérée, nous devons nous tourner vers lui afin qu'Il s’exprime d'une façon ou d'une autre. Il l’a fait de multiples façons, mais ce fut de manière décisive dans cet appel fait à Abraham qui donna aux personnes à la recherche de Dieu l’orientation qui mène au-delà de tout ce qu’on pouvait attendre : Dieu lui-même devient créature, et parle comme un homme avec nous autres êtres humains.

Ainsi la phrase « Dieu est » se transforme en dernière analyse véritablement en Bonne Nouvelle, tant Il est plus qu’une idée, parce qu'Il créé l’amour et qu’Il est l’amour. Rendre de nouveau conscient de cela est la tâche première et fondamentale que nous confie le Seigneur.

Une société sans Dieu – une société qui ne le connaît pas et qui le considère comme n'existant pas – est une société qui perd sa mesure. C'est à notre époque que le slogan «  Dieu est mort » a été forgé. Lorsque Dieu meurt effectivement au sein d'une société, elle devient libre, nous assurait-on. En réalité, la mort de Dieu dans une  société signifie aussi la fin de la liberté, parce que ce qui meurt est la finalité qui permet l’orientation. Et aussi parce que disparaît le compas qui nous indique la bonne direction en nous apprenant à distinguer le bien du mal. La société occidentale est une société dont Dieu est absent de la sphère publique et qui n’a plus rien à lui dire. Et c'est pourquoi il s'agit d'une société où la mesure de l’humanité se perd de plus en plus. Sur des points précis, il devient soudain visible que ce qui est mal et détruit l’homme est devenu la norme acceptée.

Il en va ainsi de la pédophilie. Théorisée il n'y a pas très longtemps comme étant tout à fait légitime, elle s'est étendue de plus en plus loin. Et nous nous rendons compte aujourd'hui avec effroi qu'il advient des choses à nos enfants et à nos jeunes qui menacent de les détruire. Le fait que cela ait pu aussi s'étendre dans l'Eglise et parmi les prêtres devrait nous troubler tout particulièrement.

Pourquoi la pédophilie a-t-elle atteint de telles proportions ? En dernière analyse, la raison en est l'absence de Dieu. Nous autres chrétiens et prêtres préférons aussi ne pas parler de Dieu, parce que ce discours ne semble pas pratique. Après le bouleversement de la Seconde Guerre mondiale, nous avons continué en Allemagne de placer expressément notre constitution sous le signe de la responsabilité vis-à-vis Dieu en tant que principe conducteur. Un demi-siècle plus tard, il ne fut plus possible d'inclure la responsabilité vis-à-vis de Dieu comme critère de référence de la constitution européenne. Dieu est considéré comme la préoccupation partisane d'un petit groupe et ne peut plus constituer le critère de référence de la communauté dans son ensemble. Cette décision est le reflet de la situation en Occident, où Dieu est devenu l'affaire privée d'une minorité.

Une tâche essentielle, qui doit résulter des bouleversements moraux de notre temps, est de commencer nous-mêmes de nouveau à vivre par Dieu et pour Lui. Par-dessus tout, nous devons apprendre de nouveau à reconnaître Dieu comme fondement de notre vie au lieu de le laisser de côté comme une phrase  d'une certaine manière inopérante. Je n'oublierai jamais la mise en garde que m’adressa un jour  dans une de ses lettres le grand théologien Hans Urs von Balthazar. « Ne présupposez pas le Dieu trine, Père, Fils et Saint Esprit – présentez-les ! »

De fait, dans la théologie Dieu est souvent tenu pour acquis, comme si cela allait de soi, mais concrètement on n'en traite pas. Le thème de Dieu semble si irréel, si éloigné des choses qui nous préoccupent. Et pourtant tout change si l'on ne présuppose pas Dieu, mais qu'on le présente. En ne le laissant pas d'une certaine manière à l’arrière-plan, mais en le reconnaissant comme le centre de nos pensées, de nos paroles et de nos actions.


2.   Dieu est devenu homme pour nous. L’homme, sa créature, est si près de son Cœur qu'Il s'est uni à lui, entrant ainsi dans l'histoire humaine d'une manière très pratique. Il parle avec nous, Il vit avec nous, Il souffre avec nous et Il a pris la mort sur lui pour nous. Nous parlons de cela dans le détail en théologie, avec des pensées et des mots savants. Mais c'est précisément de cette manière que nous courons le risque de devenir maîtres de la Foi au lieu d'être renouvelés et gouvernés par la Foi.

Considérons cela par rapport à une question centrale, la célébration de la Sainte Eucharistie. La manière dont nous traitons l'Eucharistie ne peut que provoquer de la préoccupation. Le concile Vatican II était à juste titre centré sur la volonté de remettre ce sacrement de la présence du Corps et du Sang du Christ, de la présence de sa Personne, de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection, au centre de la vie chrétienne et de l'existence même de l’Eglise. En partie, cela a effectivement été réalisé, et nous devons en être reconnaissants au Seigneur du fond du cœur.

Et pourtant, c'est une attitude assez différente qui prévaut. Ce qui prédomine n'est pas une nouvelle révérence envers la présence de la mort et de la résurrection du Christ, mais une manière de Le traiter qui détruit la grandeur du mystère. Le déclin de la participation à la célébration dominicale de l’Eucharistie montre combien nous autres chrétiens d’aujourd'hui sommes devenus peu capables d’apprécier la grandeur du don que constitue sa Présence Réelle. L'Eucharistie a été dévaluée pour devenir un simple geste cérémoniel, lorsqu'on prend pour acquis que la courtoisie exige qu’elle soit offerte lors des célébrations familiales ou des occasions comme les mariages et les enterrements à tous les invités, pour des raisons familiales.

La manière dont les personnes présentes reçoivent facilement en maints endroits le Saint-Sacrement ; comme si cela allait de soi, montre que beaucoup ne voient plus dans la communion qu’un geste purement cérémoniel. Donc, lorsque nous pensons à l'action qui serait nécessaire avant tout, il devient évident que nous n'avons pas besoin d'une nouvelle Eglise de notre invention. Au contraire, ce qui faut d'abord et avant tout, c'est bien davantage le renouveau de la foi en la présence de Jésus-Christ qui nous est donnée dans le Saint-Sacrement.

Lors  de conversations avec des victimes de pédophilie, j'ai été amené à une conscience toujours plus aiguë de cette exigence. Une jeune femme qui avait été servante d’autel me dit que l’aumônier, qui était son supérieur en tant que servante d’autel, commençait toujours les abus sexuels commis à son encontre par les paroles : « Ceci est mon corps qui sera livré pour vous. »

Il est évident que cette femme ne peut plus entendre les paroles mêmes de la consécration sans ressentir à nouveau de manière terrifiante toute la torture des abus qu'elle a subis. Oui, nous devons d'urgence implorer le pardon du Seigneur ; et d'abord et avant tout nous devons l’invoquer et lui demander de nous enseigner de nouveau à tous la dimension de sa souffrance, de son sacrifice. Et nous devons tout faire pour protéger le don de la Sainte Eucharistie de tout abus.

3.  Pour finir, il y a le mystère de l’Eglise. La phrase par laquelle Romano Guardini, il y a près de 100 ans, exprimait l'espérance joyeuse qui avait été instillée en lui et en beaucoup d’autres, demeure inoubliée : « Un événement d'une importance incalculable a commencé : l'Eglise se réveille dans les âmes. »

Il voulait dire que l'Eglise n’était plus vécue et perçue simplement comme un système externe qui entre dans nos vies, comme une sorte d'autorité, mais qu'elle commençait plutôt à être perçue comme étant présente dans les cœurs – non comme quelque chose de simplement extérieur, mais comme nous touchant de l’intérieur. Environ un demi-siècle plus tard, reconsidérant ce processus et en regardant ce qui s'était produit, je fus tenté d'inverser la phrase : « L’Eglise meurt dans les âmes. »

De fait, l'Eglise aujourd'hui est largement considérée comme une simple sorte d'appareil politique. On en parle quasi exclusivement en catégories politiques, et cela concerne même les évêques, qui formulent leur conception de l'Eglise de demain en termes quasi exclusivement politiques. La crise causée par les nombreux cas d'abus commis par des prêtres nous pousse à considérer l'Eglise comme quelque chose de misérable : une chose que nous devons désormais reprendre en mains et restructurer. Mais une Eglise fabriquée par nous ne peut constituer l’espérance.

Jésus lui-même a comparé l'Eglise à un filet de pêche où à la fin, les bons poissons sont séparés des mauvais par Dieu lui-même. Il y a aussi la parabole de l’Eglise, figurée par un champ où pousse le bon grain semé par Dieu lui-même, mais aussi l’ivraie qu’« un ennemi » y a secrètement semé. Il est vrai que l’ivraie dans le champ de Dieu, l’Eglise, n'est que trop visible, et que les mauvais poissons dans le filet montrent également leur force. Néanmoins, le champ est toujours le champ de Dieu et le filet est toujours le filet de pêche de Dieu. Et dans tous les temps, il n'y a pas seulement l’ivraie et les mauvais poissons, mais également les moissons de Dieu et les bons poissons. Proclamer les deux choses avec insistance ne relève pas d’une fausse apologétique : c’est un service qu'il est nécessaire de rendre à la vérité.

Dans ce contexte il est nécessaire de se référer à un texte important de l'Apocalypse de saint Jean. Le diable est identifié comme l’accusateur qui accuse nos frères devant Dieu jour et nuit (Apoc. 12, 10). L’Apocalypse de saint Jean reprend ainsi une réflexion qui est au centre du cadre narratif du livre de Job (Job 1 et 2, 10 ; 42, 7-15). Dans ce livre, le diable cherche à rabaisser la droiture de Job devant Dieu, en disant qu’elle n’est qu’extérieure. Il s’agit exactement de ce que dit l’Apocalypse : le diable cherche à prouver qu'il n'y a pas de justes ; que toute la droiture des hommes ne se manifeste qu’à l’extérieur. Si on pouvait s'approcher davantage d'une personne, alors les apparences de droiture s’évanouiraient bien vite.

L’histoire de Job commence par une dispute entre Dieu et le diable, où Dieu avait désigné Job comme un homme vraiment juste. Celui-ci sera utilisé comme exemple, pour vérifier qui a raison. Enlevez-lui ce qu'il possède et vous verrez qu'il ne restera rien de sa piété, soutient le diable. Dieu lui permet de faire cette tentative, dont Job sort victorieux. Alors le diable va plus loin, disant : « L’homme donnera peau pour peau, et tout ce qu’il a pour sauver sa vie ; mais étendez votre main, et frappez ses os et sa chair, et vous verrez s’il ne vous maudira pas en face » (Job, 2, 4).

Dieu concède au diable un deuxième round. Il lui sera également permis de toucher la peau de Job. Il ne lui est interdit que de tuer Job. Pour les chrétiens, il est clair que ce Job, qui se dresse devant Dieu comme un exemple pour l'humanité tout entière, est Jésus-Christ. Dans l’Apocalypse de saint Jean, le drame de l'humanité nous est présenté dans toute son étendue.

Le Dieu créateur est face au diable qui médit de toute l'humanité et de toute la création. Il dit, non seulement à Dieu mais par-dessus tout aux êtres humains : Regardez ce qu’a fait ce Dieu. Cette création prétendument bonne, est en réalité pleine de misère et de répugnance.

Ce dénigrement de la création est en réalité un dénigrement de Dieu. Il cherche à prouver que Dieu n'est pas bon lui-même, et ainsi à nous détourner de lui.

L'actualité de ce que l'Apocalypse nous dit ici est évidente. Aujourd’hui, l’accusation adressée à Dieu vise par dessus tout à présenter son Eglise comme entièrement mauvaise, et ainsi, à nous en détourner. L'idée d’une Eglise meilleure, que nous créerions nous même, est en réalité une suggestion du diable, par laquelle il cherche à nous éloigner du Dieu vivant, au moyen d'une logique trompeuse par laquelle nous nous laissons trop facilement duper. Non, même aujourd'hui l'Eglise n'est pas composée seulement de mauvais poissons et d’ivraie. L'Eglise de Dieu continue d’exister aujourd’hui, et aujourd’hui, elle est l'instrument même par lequel Dieu nous sauve.

Il est très important de contrer les mensonges et demi-vérités du diable au moyen de la vérité tout entière : oui, il y a des péchés dans l’Eglise, il y a du mal. Mais aujourd'hui encore il y a la sainte Eglise, qui est indestructible. Aujourd'hui il y a beaucoup de gens qui croient, souffrent et aiment humblement, dans lesquels le vrai Dieu, le Dieu d’amour, se montre à nous. Aujourd'hui encore Dieu a ses témoins (ses « martyrs ») dans le monde. Nous devons simplement veiller, pour les voir et pour les entendre.

Le mot « martyr »  nous vient du droit procédural. Dans le procès contre le diable, Jésus-Christ est le premier et le véritable témoin de Dieu, Il est le premier martyr, suivi depuis lors par d'innombrables autres martyrs.

Aujourd'hui l'Eglise est plus que jamais une Eglise des martyrs, et elle est ainsi témoin du Dieu vivant. Si nous regardons autour de nous et que nous écoutons d'un cœur attentif, nous pouvons trouver des témoins partout aujourd’hui, spécialement parmi les gens ordinaires, mais aussi dans les plus hautes rangs de l’Eglise, qui par leur vie et leur souffrance, se lèvent pour Dieu. C'est une inertie du cœur qui nous conduit à ne pas vouloir les reconnaître. L'une des tâches les plus grandes et des plus essentielles de notre évangélisation est d’établir, autant que nous le pouvons, des lieux de vie de Foi, et par-dessus tout, de les trouver et de les reconnaître.

Je vis dans une maison, une petite communauté de personnes qui découvrent de tels témoins du Dieu vivant, encore et toujours, dans la vie quotidienne, et qui me le font remarquer à moi aussi avec joie. Voir et trouver l'Eglise vivante est une tâche merveilleuse qui nous rend plus forts et qui nous donne de nous réjouir de nouveau dans notre foi, toujours.

A la fin de mes réflexions je voudrais remercier le pape François pour tout ce qu'il fait pour nous montrer, encore et encore, la lumière de Dieu, qui n'a pas disparu, même aujourd’hui. Merci, Saint-Père !

Benoît XVI

Sources

Texte originel en allemand : 
https://www.vaticannews.va/de/papst/news/2019-04/papst-benedikt-xvi-wortlaut-aufsatz-missbrauch-theologie.html

 

Traduction en anglais : https://www.lifesitenews.com/news/full-text-pope-emeritus-benedict-xvi-lays-out-thoughts-on-abuse-crisis  par  Anian Christoph Wimmer publiée par EWTN 

 

Traduction française : © pour cette traduction, non officielle : Jeanne Smits.

https://leblogdejeannesmits.blogspot.com/2019/04/benoit-xvi-abus-sexuels-eglise-traduction-francaise-integrale.html


Commentaires de Jeanne Smits:

 Benoît XVI parle des abus sexuels dans l'Eglise : traduction française intégrale

Le pape émérite Benoît XVI a publié un long texte sur la crise des abus sexuels dans l'Eglise dans une revue catholique allemande, Klerusblatt, qui s'adresse surtout au clergé bavarois. Mais la portée du texte va bien au-delà, évoquant à la fois les causes du mal et la manière dont l'Eglise a réagi alors que Jozef Ratzinger était encore à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.

La « monstrueuse » libéralisation des mœurs de mai 1968, la perte du sens de Dieu, l'impossibilité de fonder une morale dans un monde d'où Dieu est absent, le manque de considération pour la Présence réelle de Notre Seigneur Jésus-Christ dans l'Eucharistie, la morale de situation, l'existence d'actes bons en soi et mauvais en soi, la présence de « clubs » (ou de cliques) homosexuelles au sein de certains séminaires, tout est évoqué.


En particulier, l'insistance sur l'existence d'un bien et d'un mal objectifs reprend le thème central des « Dubia » adressés au pape François par les cardinaux Burke et Brandmüller, et feu les cardinaux Caffarra et Meisner.


Il faut noter que Benoît XVI utilise exclusivement le terme de « pédophilie », y compris – me semble-t-il – pour désigner des actes et des manières de penser qui ne se bornent pas aux agressions commises sur des enfants pré-pubères. Une lecture attentive du texte suggère qu'il voit cette « pédophilie » au sens plus large, visant aussi des adolescents comme toujours excusée dans une certaine mesure par l'anti-morale moderne, et répandue parmi les jeunes. S'il s'agit de la liberté sexuelle de faire ce que l'on veut avec qui on veut, du même sexe ou non – la seule exigence contemporaine étant le libre consentement, peut-être une certaine « égalité » d'âge et l'absence d'abus de la part de personnes ayant autorité – on comprend mieux. Mais il ne s'agit là que de mon appréciation. 

Le texte a paru en allemand et il est repris 
in extenso dans cette langue sur le site vatican.news.

Je l'ai pour ma part traduit depuis la traduction anglaise de Anian Christoph Wimmer publiée par EWTN et reprise notamment sur LifeSiteNews, mais pour éviter toute erreur, j'ai donc tout vérifié, ligne à ligne, au regard du texte allemand, et apporté quelques modifications. Cependant je ne maîtrise pas complètement cette langue et reporterai avec plaisir les corrections que des lecteurs germanophones voudraient bien me faire parvenir via le formulaire de contact de ce blog.


Pour l'agrément de la lecture en ligne, j'ai ajouté des alinéas. 


Comment vous dire le bonheur spirituel, intellectuel, linguistique que l'on ressent à traduire un texte de Benoît XVI ?


Ma traduction n'est pas officielle, et elle est certainement perfectible. Merci, si vous y faites référence, de renvoyer sur ce blog afin que cette précision soit claire pour tous. – J.S.


 

Communiqué de Mgr Aillet, évêque de Bayonne :

publié le 7 déc. 2018 à 05:38 par Paroisse Blanzay   [ mis à jour : 7 déc. 2018 à 05:39 ]


 Le mouvement dit des « gilets jaunes » exprime, depuis quelques semaines, la souffrance de nombre de nos concitoyens laissés pour compte d’une société où se creuse le fossé entre les plus riches et les plus pauvres. Dans un premier temps, ce mouvement social, qui a gagné l’ensemble du territoire national, s’est montré pacifique et ne demandait qu’à être entendu dans ses justes aspirations à vivre dans des conditions de vie dignes, quand les hausses de taxation annoncées risquaient de mettre en péril cette exigence et d’augmenter encore le nombre de ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Ces derniers mois et ces dernières années, les pouvoirs publics ont donné le sentiment d’écouter et de privilégier les revendications communautaristes ou catégorielles et parfois tapageuses d’un certain nombre de minorités, au détriment des préoccupations et des priorités réelles de nos concitoyens, en particulier des plus défavorisés d’entre eux, qui n’aspirent qu’à vivre le plus dignement possible ou à sortir de la précarité sociale ; ce faisant, ils n’ont fait qu’exaspérer une large partie de l’opinion et rendre quasiment inéluctable le divorce actuel entre « pays légal » et « pays réel ».

Il y a des revendications qui sont justes et des colères qui sont légitimes, mais à condition de rechercher le Bien commun, de préserver l’intégrité physique et morale des personnes, de respecter les Institutions de l’Etat et de ne pas mettre en péril la cohésion nationale. La spontanéité du mouvement des « Gilets jaunes » et son manque d’organisation manifestent la défiance des Français par rapport aux syndicats et aux partis politiques non moins que l’effacement regrettable des corps intermédiaires dont la mission est de promouvoir la justice sociale, sans faire de la « lutte des classes » leur étendard, tant l’expérience prouve qu’elle ne peut aboutir qu’à la fracture sociale, voire à la dictature.

S’il ne m’appartient pas de porter le moindre jugement sur la gestion de crise adoptée ces dernières semaines par le Gouvernement, je constate à présent, avec beaucoup d’inquiétude, le durcissement d’un mouvement où tentent désormais de s’imposer ceux qui veulent « en découdre », en s’adonnant à la violence et au pillage. Or, le chaos qui en résulterait ne ferait que peser plus lourdement sur les citoyens les plus vulnérables, au risque de nous entrainer dans de funestes aventures.

N’est-ce pas le résultat d’une société qui ne trouve pas la voie de la fraternité, faute de reconnaître une paternité commune, s’interroge Mgr Aupetit ? Comme l’écrivait le Pape Benoît XVI : « En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein » (Lettre aux évêques catholiques du 10 mars 2009).

A la suite de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, j’appelle donc les fidèles du diocèse à prier pour la France le samedi 8 décembre, en la solennité de l’Immaculée Conception. A l’Ile-Bouchard, la Vierge Marie est précisément apparue du 8 au 14 décembre 1947 pour demander aux petits voyants de prier pour la France qui se trouvait alors en grand danger. L’histoire nous enseigne que notre pays fut alors sauvé d’un coup d’Etat dont les conséquences auraient sans doute été dramatiques.

Je vous invite donc à porter cette intention en ces jours, en y associant, dans la mesure du possible, une démarche de jeûne.

Puisse la Vierge Marie, patronne de notre pays qui lui a été consacré, protéger la France et nous aider à retrouver la paix sociale, la concorde et l’unité.

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