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Ne pas croire, ce n’est pas déclarer le ciel vide ...

publié le 27 sept. 2021, 10:23 par Paroisse Blanzay

Ne pas croire, ce n’est pas déclarer le ciel vide : c’est le déconstruire pour le remplir d’idoles

Par Michel Janva le 27 septembre 2021Les commentaires sont fermés
Ne pas croire, ce n’est pas déclarer le ciel vide : c’est le déconstruire pour le remplir d’idoles

Dans Valeurs Actuelles, le père Danziec revient sur le sondage montrant qu’une majorité de Français ne croit plus en Dieu :

Les résultats du sondage réalisé tout récemment par l’Ifop pour l’Association des journalistes d’information sur les religions (Ajir) sont terribles. Sont-ils seulement surprenants ? Ainsi, parmi les Français sondés, il n’y en aurait plus que 49% à se déclarer croyants. Ils étaient 66% en 1947. Implacablement, le lent glissement spirituel occidental se poursuit. Et, à vue humaine, l’on peine à déceler comment un renversement de vapeur serait possible quand la crise existentielle liée à la crise sanitaire, elle-même, n’a pas su aiguiser l’appétit du religieux : 91% des sondés estiment que la pandémie mondiale ne les a pas rapprochés de la pratique religieuse. Le constat est accablant et s’ajoute à la longue liste des faits qui appellent à un examen de conscience collectif. Peut-on vivre raisonnablement sans sacré, sans visée, sans au-delà ?

L’apostasie silencieuse : figure de proue de la déconstruction

Avec Paul Valéry, nous avions appris que les civilisations étaient mortelles. Voici venu le temps, désormais, de découvrir comment une religion s’éteint lentement. Le pape Jean XXIII avait annoncé la venue d’un printemps pour l’Eglise à l’ouverture du dernier concile, l’esprit de Vatican II a plongé l’écosytème catholique dans un grand hiver. La fameuse exchristianisation d’une masse importante de fidèles évoquée par Patrick Buisson dans La fin d’un monde (Albin Michel), le néocléricalisme progressiste ayant été une véritable machine à exclure les petites gens et les pauvres. Les acteurs de Mai 68, quant à eux, nous avaient promis la plage sous les pavés. Ils nous auront finalement légué un désert. Celui des amertumes et de la déconstruction, jusqu’à entendre la candidate EELV Sandrine Rousseau se dire « hyper heureuse » de vivre en couple avec un homme déconstruit… Si cette disparition des repères élémentaires et d’une transcendance spontanée devrait nous interroger quant à ses causes, elle doit nous alerter aussi quant à ses conséquences. Ce que la chrétienté avait construit de meilleur depuis deux millénaires se trouve sinon balayé, au moins remis en cause. Indochine et Nicola Sirkis, en 1990, ne croyaient pas si bien dire dans leur titre Punishment Park : « On s’est construit et j’ai tout détruit / On s’est détruit, on a reconstruit / On s’est construit, on a tout détruit / Je m’suis détruit, on a tout détruit / On s’est puni. » Oui, l’apostasie silencieuse déconstruit et punit ce qui a fondé pendant des siècles les espaces de paix et de sociabilité établis avec soin par un Occident imbibé d’Evangile.

Chefs-d’œuvre et génie du christianisme

Si pour Socrate, « toute sagesse commence dans l’émerveillement », on serait tenté d’en déduire que toute folie commence dans le reniement. Comment ne pas voir dans cette négation de nos racines, l’avilissement en marche de nos propres permanences. Les chefs d’œuvre et le génie du christianisme ? On les retrouve en tout. En littérature, de la légende arthurienne à l’amour flamboyant, parce qu’oblatif, de Cyrano pour sa Roxane. En peinture, des Christ grossiers, et pourtant si touchants, que l’on découvre au hasard des retables de chapelles de montagne aux tableaux colorés dont nos cathédrales sont ivres. En musique, du bouleversant Cantique de Jean Racine aux complaintes religieuses des marins bretons exilés sur leur terre-neuvas. En convivialité, de la gastronomie au vêtement : du festin de Babeth au casoar du Saint-Cyrien. Dans la façon d’être, de penser, d’organiser la cité : des hôtels-Dieu aux moines copistes en passant par saint Louis rendant la justice sous son chêne. Dans la manière de vivre nos relations : de la place de la femme au rôle de la virilité, de celles qui furent nos premières reines et nos premières saintes à l’amour courtois, chevaleresque qui deviendra plus tard la galanterie française. Dans le rapport enfin à la nature et à la création, de la chartreuse à la bénédictine, de l’huile des monastères aux petits sablés des religieuses.

Du fait même de cette identité, c’est naturellement que l’amour du vrai, du beau et du bien étreint l’âme française. Avec le progressisme ambiant, chacun est prié de remiser ce triptyque suranné au placard. Finies les permanences éternelles, place désormais au développement durable ! L’audace de la charité, trop connotée, préférez-lui les gestes barrières. Dans cette atmosphère sans âme, la perpétuation de la civilisation importe peu. Le nouveau mantra porte un nom : la protection de l’environnement. Sans que l’on perçoive très bien du reste, de quel environnement il s’agit. L’environnement du laisser-aller qui saccage notre capitale, la ville lumière ? L’environnement du trafic qui ensauvage les quartiers ? L’environnement de la pornographie qui avilit la jeunesse ? Ou l’environnement fait de courage et de sacrifices, de robes de bure et de fleurs de lys, qui permit à la France de devenir la mère des armes, des arts et des lois ?

On aurait tort de ne pas voir dans le déclin religieux français, un drame lourd de conséquences. Ne pas croire, ce n’est pas déclarer le ciel vide : c’est le déconstruire pour le remplir d’idoles. L’impiété finit toujours par produire des révolutionnaires. Chesterton le disait déjà, à force de ne croire en rien, on finit par croire en n’importe quoi. Et à n’importe qui.

Crise Sanitaire : Mgr Aillet pose des questions...

publié le 20 sept. 2021, 12:24 par Paroisse Blanzay

LETTRE DE MGR MARC AILLET AUX DIOCÉSAINS DE BAYONNE, LESCAR ET OLORON, SUR L’EPIDEMIE DE COVID-19

Chers frères et sœurs,

La problématique que pose actuellement la contagion mondiale du virus de Covid 19 ne peut pas laisser l’Eglise indifférente face à la maladie et à la détresse morale des populations.

Une situation complexe et un profond malaise

Comme évêque, c’est-à-dire comme pasteur appelé à prendre soin du troupeau qui m’a été confié par le Seigneur, je partage l’inquiétude d’un nombre croissant de personnes désemparées devant l’affolement sanitaire actuel. Les solutions préconisées par le Gouvernement pour endiguer l’épidémie, avec force moyens médiatiques et législatifs, si elles partent de l’intention louable de garantir la sécurité publique, engendrent chez beaucoup un état de détresse psychologique et morale. Si la vaccination est présentée par le pouvoir politique et les autorités de santé comme le seul moyen de stopper l’épidémie, les contraintes mises en place par décret ou en discussion au Parlement – vaccination obligatoire pour certaines professions, pass-sanitaire pour certains lieux ou activités de la vie quotidienne – suscitent des interrogations chez un nombre non négligeable de personnes qui craignent pour la sauvegarde de leurs libertés.

Si de très nombreux citoyens se sont laissés convaincre par les incitations gouvernementales et sur le conseil de très nombreux médecins de bonne foi, d’autres recourent au vaccin, contraints et forcés, pour ne pas perdre leur travail, ne pas mettre en péril leur famille ou pour jouir de la liberté d’aller au restaurant, au cinéma ou en voyage… L’obligation du pass-sanitaire n’est pas sans interroger beaucoup, y compris des élus de tous bords, sur le régime de discriminations, de suspicion ou de contrôle mutuel qui sera ainsi mis en place. Les discussions animées à l’Assemblée Nationale en témoignent. Un député de la Majorité, s’opposant au pass- sanitaire, a même dénoncé devant la commission des lois le risque de « fractionner la société ».

La pression quotidienne du discours médiatique, qui fonctionne comme un appel incitatif à la vaccination, les approximations et les contradictions de la parole publique, ont conduit nombre de nos concitoyens au doute, au scepticisme, voire à des durcissements et des réactions qui ne laissent pas d’inquiéter. Il serait préjudiciable à la paix et à la cohésion sociale d’instaurer une situation de « discrimination » entre vaccinés et non vaccinés, incitant même les uns à culpabiliser les autres, à les marginaliser et à les condamner à une quasi mort sociale. D’un côté comme de l’autre, il arrive que l’on joue sur le ressort de la peur et que l’on verse dans l’irrationnel.

Il ne se passe pas un jour où je ne ressente pas ce profond malaise, ce climat de tension voire de dépit qui affecte nombre de personnes que je rencontre. Je ne vous cache pas non plus mon inquiétude en constatant des germes de division dans les familles, les + communautés, les groupes où la question de la vaccination devient peu à peu un sujet tabou, tant elle apparaît comme une question qui fâche.

Une information au service de la liberté de conscience

Vous aurez compris qu’il ne s’agit pas pour moi de dicter sa conduite à quiconque, ni de prendre position, de manière dogmatique, pour ou contre le vaccin. Mais il est de mon devoir de pasteur de vous inviter à la sérénité, dans le plus grand respect de tous, quelle que soit votre option, en vous refusant à stigmatiser ceux qui font d’autres choix. C’est la mission de l’Eglise de prendre de la hauteur et d’inviter à un débat apaisé, mieux : d’éclairer les consciences pour favoriser le « consentement libre et éclairé » exigé par la Loi. En reprenant la trilogie bien connue de la pensée sociale de l’Eglise – voir, juger, agir –, il s’est agi pour moi, avec l’aide de membres de « l’Académie diocésaine pour la vie », de procéder à un gros travail de recherche, en faisant le choix de n’utiliser que des informations référencées, provenant des services officiels de l’Etat français, d’autres Etats ou des Institutions internationales. Même s’il ne manque pas de scientifiques éminents, de médecins et autres professionnels de santé et de juristes pour alerter, de manière sereine et constructive, les pouvoirs publics et les populations sur les moyens alternatifs au vaccin et au pass-sanitaire pour endiguer l’épidémie et atteindre l’immunité collective, sans attenter aux libertés publiques.

Il n’est pas question pour moi de nier que la sécurité sanitaire soit un élément fondamental du Bien commun que l’Etat doit prendre à bras le corps, mais nul ne peut être contraint d’agir contre sa conscience. Car c’est bien la liberté de conscience qui est ici en jeu. Encore faut-il que la conscience soit éclairée et informée. Or l’enquête menée par l’Académie diocésaine pour la vie, m’a permis de découvrir une masse d’informations sur l’épidémie mondiale, impactant les populations depuis près de deux ans, et sur les moyens préconisés pour l’éradiquer, qui ne sont pas toujours portées par les grands médias à la connaissance du public.

Il y a des actes ou des choix qui sont toujours mauvais et qu’aucune loi ne saurait justifier. Il y a plus simplement un discernement à opérer sur la proportion des moyens mis en œuvre pour atteindre la fin, même louable, que l’on s’est fixé.

La posture du questionnement

Je me contenterai d’adopter ici la posture du « questionnement », que le Président de la République, dans son discours aux Bernardins du 9 avril 2018, avait affirmé attendre de l’Eglise. Les questions que je me pose, peut-être impertinentes, sont celles que j’entends régulièrement autour de moi.

On nous dit que la vaccination est le seul moyen, dans la situation actuelle, de stopper l’épidémie et d’atteindre l’immunité collective. Mais qu’en est-il des traitements qui existent et qui sont efficaces ou des autres moyens de prévention préconisés pour renforcer nos défenses immunitaires naturelles ? Est-il avéré que l’hydroxychloroquine, qui a été frappée d’interdiction en France par décret, a été autorisée dans d’autres pays européens ? Qu’en est-il de l’Ivermectine dont il semble que l’efficacité soit démontrée ? Qu’en est-il de la liberté des médecins de prescrire des traitements contre la covid-19 ?

Le mot « vaccin » résonne dans l’inconscient collectif comme un progrès indéniable qui a apporté de grands bienfaits à l’humanité. Que l’on pense au vaccin contre le Tétanos, pour lequel on n’a toujours pas trouvé de traitement pour éviter une mort inéluctable. L’épidémie de Covid-19 est-elle du même ordre, le risque d’en mourir est-il comparable ? Le taux de mortalité est-il particulièrement inquiétant ? Le nombre de contaminations fait- + il croitre de manière exponentielle le nombre de décès ? Les vaccins protègent-ils contre les « variants » ?

Les vaccins mis sur le marché actuellement en France sont-ils des vaccins à proprement parler ou des « thérapies géniques » innovantes ? Pourquoi l’Agence européenne du médicament, suivie par l’Agence Nationale de sécurité du médicament en France, n’a-telle accordé qu’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) « conditionnelle » et pourquoi les firmes pharmaceutiques ont-elles été exemptées d’indemnisation pour leurs effets indésirables ? Si la phase expérimentale 3 ne s’achèvera pour Pfizzer par exemple qu’en octobre 2023, cela signifie-t-il qu’il faille craindre pour la sécurité du médicament à moyen ou long terme ? Des effets indésirables, voire mortels, ont-ils été recensés depuis l’utilisation de ces « vaccins » et les médecins traitants ont-ils été invités à informer leurs patients de ces risques ? Pourquoi n’invoque-t-on pas le « principe de précaution » si présent dans le discours public quand il s’agit de la protection de l’environnement ?

La dernière question concerne l’utilisation avérée, au moins pour le vaccin Astrazeneka, puisqu’il n’existe aucune notice d’information sur la composition des trois autres vaccins – ce qui est pour le moins étrange –, de cellules issues de fœtus avortés. La Congrégation pour la Doctrine de la foi a publié, le 20 décembre 2020, une « Note sur la moralité de l’utilisation de certains vaccins ». La question n’est pas nouvelle puisque d’autres vaccins qui circulent depuis les années 1960 (contre la rubéole, la varicelle, l’hépatite A et le zona), ont déjà suggéré à l’Eglise de se prononcer par le passé. Le dernier document en date, cité par la Note de 2020, est l’Instruction de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Dignitas personae, du 8 décembre 2008. Si l’Eglise porte évidemment un jugement négatif sur l’utilisation de cellules issues de fœtus avortés dans l’expérimentation et la fabrication des vaccins, qu’en est-il de la coopération au mal des utilisateurs de ces vaccins ? C’est une question éthique que l’on ne saurait éluder.

Enfin, le pass-sanitaire est présenté souvent de manière altruiste, comme nécessaire pour éviter que des non vaccinés contaminent les autres, par exemple les clients d’un restaurant ou les personnes les plus vulnérables que nous côtoyons ? Mais si ceux-ci sont vaccinés, que risquent-ils ? D’ailleurs le vaccin anti-covid protège-t-il de la contamination et de la transmission du virus ? La parole publique n’est pas claire : dans un mémoire au Conseil d’Etat du 28 mars 2021, le Ministre de la Santé affirme, arguments à la clé, qu’il y a toujours un risque pour les personnes vaccinées, mais le Premier Ministre dans son allocution du 21 juillet sur TFI, affirme sans ambages que l’on est protégé. Qui croire ? Et si le vaccin ne protège pas, pourquoi les vaccinés seraient-ils davantage admis dans certains lieux que les non-vaccinés ? A-t-on évalué les contraintes que le pass-sanitaire fera peser sur les citoyens dans la vie quotidienne ? Ne représente-t-il pas en fin de compte une obligation vaccinale déguisée ?

Comment concilier les textes de loi, depuis le Code de Nuremberg, qui interdisent toute obligation vaccinale ? Si le 8 avril 2021, un arrêt de la CEDH (Cour Européenne des droit de l’homme) a autorisé la vaccination obligatoire à certaines conditions, une résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, votée le 27 janvier 2021, par tous les pays de la Communauté, y compris la France, demande « de s'assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n'est pas obligatoire et que personne ne subit de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s'il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement » (7.3.1) et « de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risques potentiels pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner » (7.3.2). Qu’en penser ?

Ce sont les questions que j’entends et que je fais miennes volontiers. Ceux qui souhaiteraient consulter la Note informative de l’Académie diocésaine pour la Vie pourront la demander à l’adresse-mail suivante : academiepourlavie@diocese64.org Comme tout citoyen, nous ne saurions trancher sur ces questions sans réflexion, comme nous ne saurions accorder notre confiance aux pouvoirs publics et aux autorités de santé sans information suffisante et sans discernement. Des choix présentés comme aussi décisifs pour la sécurité publique ne peuvent être posés qu’en conscience.

En vous invitant à ne pas céder à la division entre nous, à éviter tout jugement les uns sur les autres et à rechercher toujours la vérité dans la charité, je prie le Seigneur de nous éclairer sur les bonnes attitudes, en vue du Bien commun et de la défense de nos libertés fondamentales qui en constituent le socle. Prions pour les autorités publiques, afin qu’elles prennent de bonnes et justes décisions, et demandons au Seigneur, par l’intercession de la Vierge Marie, de mettre un terme à cette épidémie.


                                                                                                                                                        + Marc Aillet, le 23 juillet 2021

Se remettre à vivre pour Dieu- Benoît XVI

publié le 25 avr. 2021, 09:40 par Jérôme Moreau



Benoît XVI a publié au mois de mars 2019 un article dans une revue destinée au clergé bavarois.
Le sujet de cet article est d'une triste actualité: les problèmes de pédophilie dans la Société et dans l'Eglise
L'éditeur de cette revue bavaroise a eu l'idée " géniale" de demander à Albert Christian Sellner qui est un "intellectuel allemand, peu suspect de complaisance avec les « conservateurs » puisqu’il vient de l’extrême gauche progressiste et libertaire allemande, de préfacer le document du pape émérite sur le scandale des abus sexuels."(J.M. Guénois)  

Vous trouverez ci-dessous cette introduction tiré du livre paru en décembre 2019.

Je vous encourage à découvrir le texte de Benoît XVI en achetant ce livre dans les bonnes librairies. Il a été édité par Jean-Marie Guénois aux Presses de la Renaissances sous le titre " Se remettre à vivre pour Dieu" (ref 9782750914943) dans les bonnes librairies.

La révolution sexuelle et son échec.

Préface d'Albert Christian Sellner

 

Un spectre hante le monde. Un épouvantail, une perspective terrifiante, celle d’un retournement. Pire encore, la vision d’une conversion imminente de l’Europe qui se défoule en ce moment et ce déchaîne en un tollé et des invectives contre Benoît XVI. Car quelques jours avant son quatre vingt douzième anniversaire, le papa emeritus a osé rendre les années 1968 responsables de la débâcle sexuelle qui marque l’esprit du temps ! Mais, pour ce que je peux en constater, l’ancien pontife a raison.

Et je parle avec un certain recul. Né et baptisé en 1945, je devins dans les années 1960 fils et disciple de la révolution sexuelle. Comme étudiant je ralliai les rangs de l’APO. C’était une opposition extraparlementaire à l’époque de la grande coalition entre le CDU et le SPD de 1966 à 1969 en République fédérale d’Allemagne. Cela fonctionnait comme un groupe d’action non organisé, composé en particulier d’étudiants et de jeunes, qui, en tant que mouvement antiautoritaire, met en oeuvre des réformes politiques et sociales en marge de l’opposition parlementaire.

Les raisons de cet engagement étaient en deux mots les suivantes : la menace des lois d’exception, la guerre du Vietnam, la RFA et le rapport scandaleux des Allemand au passé nazi.

J’ai donc manifesté contre le shah d’Iran et contre les dictateurs de ce monde. A l’université, je m’étais inscrit en histoire d’Europe de l’Est, mais je me penchai surtout sur l’histoire des révolutions, la guerre civile espagnole et les classiques du marxisme. Entre les cercles de travail fébrile et des voyages empressés auprès des « camarades » aux quatre coins du monde, j’acquis la certitude de participer activement à la transformation du monde. Je savais exactement quelle mouvance devait être soutenue et où : les « luttes des classes » en France et en Italie, les différentes guérillas dans le tiers-monde.

Nus avions le sentiment de former l’avant-garde de l’émancipation des opprimés de ce monde. Je passais à la loupe toutes les stratégies de la politique de gauche , celle des trotskistes, spartakistes, centristes de gauche, anarcho-syndicalistes. Les maoïstes se répartissaient entre partisans de la Chine, de la Corée du Nord, du Cambodge et de l’Albanie. Ils se nommaient KPD-ML ( Kommunistische Partei Deutschland/ Leninisten : Parti communiste d’Allemagne/ marxistes-léninistes), KPD-AO (Kommunistische Partei Deutschlands Aufbauorganisation : PC organisation d’élaboration) KBW ( Kommunistischer Bund Westdetschland : alliance communiste ouest-allemande), KB Nord ( alliance communiste nord) , KAPD ( Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands : Parti communiste d’Allemagne). Le K pour « communiste », les autres lettres indiquaient seulement la bonne assignation. Les groupes amis de militants italiens s’appelaient Lotta Continua, Potere Operaio, Servire il Popolo ou Lotta Communista.

En 1969, je déménageai à Vienne pour y étudier l’austro-marxisme. Cette variété particulièrement raffinée de la théorie marxiste était passionnante du fait du rôle qu’elle avait joué en Autriche sous la Première République. De 1919 à 1934, « Vienne la Rouge » fut le centre le plus important du socialisme démocratique. L’art, la littérature et la philosophie s’y épanouissaient. Les architectes de Bauhaus y avaient carte blanche, les compositeurs de l’avant-garde y dirigeaient des choeurs d’ouvriers. C’est de là que la psychanalyse partit à la conquête du monde. Les organisations de jeunesse socialistes luttaient contre la dépravation de la jeunesse ouvrière. Des jeunes sociables, amoureux de la nature, étaient leur idéal. L’alcool, le tabac étaient donc proscrits, la nourriture saine, l’hygiène corporelle et l’éducation sexuelle mises en exergue. C’est dans ce vivier des organisations de jeunesses, bientôt très populaires en Allemagne, que fut recrutée l’élite des personnalités politiques socio-démocrates comme Willy Brandt, Heintz Fischer, Käte Strobel, Paul Löbe, Franz Müntefering, Ernst Reuter, Bruno Kreisky.

Les campagnes d’éducation sexuelle dans les écoles et l’atlas d’éducation sexuelle de Käte Strobel ( 1969) , tout comme le film éducatif Helga vom Verden des menschlichen Lebens ( « Helga ou le devenir de la vie humaine »)(1967) , produit à son initiative , sont issus de cette tradition d’ « hygiène sexuelle », simultanément , mais en rapport indirect seulement avec les concepts de la « révolution sexuelle ».

Cette dernière devait son nom au titre d’un ouvrage du psychanalyste viennois Wilhelm Reich qui s’était assez vite brouillé avec Freud avant d’émigrer aux Etats-Unis. Ses héritiers trouvèrent ses écrits choquants et interdirent toute réédition. Mais c’est alors que des fouineurs piratèrent ces oeuvres disparues. Sa Fonction de l’orgasme et la Psychologie de masse du fascisme remportèrent un succès retentissant.

La génération de 68 accordait une grande importance à la « théorie ». On avait besoin de lire noir sur blanc que l’éros était le moteur des relations sociales et la sexualité le remède absolu aux structures hiérarchiques et autoritaires. C’est aussi ce que laissaient entendre les écrits d’Adorno, de Horkheimer et de Marcuse sur la « personnalité autoritaire » (1950). Simplifiées, ces thèses ont convaincues toute une génération que la cause première et véritable du fascisme résidait dans la famille autoritaire.

Avec Sexfront, Günter Amendt lança un formidable best-seller (400 000 exemplaires vendus). Soudain, on se mit à imiter passionnément le mode de vie des hippies américains, leur usage très décomplexé des drogues et leur rapport décontracté à la sexualité. Il semblait donc y avoir un moyen « soft » de vaincre l’impérialisme et le capitalisme : la pédagogie antiautoritaire. Elle devait désormais nous aider à dépasser la violence, les schémas de compétition et la répression de la créativité par la société. Le mouvement des kinderladen (jardins d’enfants alternatifs) se mit à prospérer, et, dans les écoles libres, les élèves avaient le droit de décider de quoi ils avaient envie.

Mais les rapports qu’entretenaient les sexes entre eux ne changeaient pas. L’échec rapide des expériences communautaires et l’émergence précoce de la critique féministe menèrent vite à la désillusion. Sexualité et lutte des classes, le livre à succès de Reimut Reiche, également président du SDS (Union socialiste des étudiants allemands), était tout sauf une approbation de la vague sexuelle. Il discernait déjà que les lois d’un marché débridé ne tarderaient pas à l’emporter sur la liberté. Il ne se trompait pas. Les groupes de média firent fortune en vendant l’engagement politique associé au sexe. Des revues comme Konkret, Pardon ou Twen donnèrent l’exemple. Des magazines les imitèrent, les tirages grimpaient en flèche. L’ouverture tout à fait légale d’un grand nombre de cinémas pornos donna des ailes à une nouvelle branche de l’industrie du cinéma. Le secteur de la publicité s’engouffra immédiatement dans ces nouveaux espaces de liberté. Les critiques féministes à l’endroit d’une instrumentalisation de la nudité et des connotations obscènes restèrent lettre morte. L’adage « sex sells » se mua en dogme de la vente. En l’espace de peu de temps, le marché avait battu la « Révolution » à plate couture.

L’Autriche contribua aux débats acharnés sur les orientations à venir grâce aux interventions psychologico-politiques de l’ « actionnisme viennois ». Lors des évènements qu’ils organisaient, comme par exemple Blutorgel (Orgues de sang) et Orgien-Mysterien-Theater (Théâtre des orgies et des Mystères), Hermann Nitsch, Otto Muehl, Günter Brus et Adolf Frohner, qui en étaient les instigateurs, pataugeaient dans le sang, les excréments et les tripes d’animaux. Le but de telles actions, disait-on, était de faire vivre à l’individu une catharsis qui devait lui permettre de se retrouver lui-même en affrontant le sang et la mort. L’Action Analytical Organisation(AOO), fondé par Otto Muehl en 1970, connut une grande popularité. En effet, elle s’attaquait à toute les structures de l’ordre psychosocial de la société, de l’éducation à la propreté jusqu’à la famille en passant par la religion. Des thérapies importées de Californie étaient censées « désarmer » le moi des différents membres et promouvoir une société créative grâce à une « sexualité libre » fonctionnant selon les principes de la propriété collective et l’autonomie dans l’éducation des enfants. D’éminents catholiques de gauche, tels qu’Otto Mauer, prédicateur attaché à la cathédrale Saint Etienne, et Günther Nenning, rédacteur en chef de Neues Forum (« nouveau forum ») et présentateur du talk-show « Club 2 » de l’ORF (fondation autrichienne de droit public chargé de la radio télédiffusion), accompagnèrent l’actionnisme viennois en lui prodiguant tous leurs encouragements. Il s’avéra par la suite que l’AAO était une secte totalitaire entretenant des camps de travail et se livrant assidûment aux abus sur les enfants. En 1991, Muehl fut condamné à sept années de prison, qu’il purgea intégralement, « pour atteinte à la morale, immoralité envers les mineurs allant jusqu’au viol, infraction à la loi sur les stupéfiants et subordination de témoins ».

Après les aventures diverses et variées dans l’univers éreintant de la scène autrichienne, il me fallut me réadapter à l’Allemagne où j’avais accepté l’offre d’une librairie et maison d’édition de gauche, le collectif Politladen Erlangen, tout en m’immergeant profondément dans l’univers des colocations et autres scènes alternatives en plein essor. Il s’ensuivit une kyrielle de dérives érotiques et affectives aussi épuisantes les unes que les autres. Dans une commune rurale de Franconie, j’ai approfondi les « modes de vie alternatifs ». Les huit personnages qui s’étaient regroupés là – cela allait de la Californienne déjantée au Souabe accro au travail-tinrent le coup pendant deux ans. Puis nous nous dispersâmes qui à San Francisco, qui à Poona, qui encore en Andalousie, à Berlin, ou dans le midi de la France.

Pour ma part, j’atterris à Francfort au magazine satirique Pardon. Le rédacteur en chef, Hans A. Nikel, avait concocté un mélange très réussi de « critique sociale » gauchiste, de photos coquines de nus féminins, de satire et autres niaiseries. C’était le magazine classique des années 1968. Mais quand, sous l’influence de sa femme, il se mit soudain à faire de la publicité pour le gourou Maharishi, ses rédacteurs démissionnèrent et fondèrent le magazine concurrent Titanic. Par la suite Nikel alla pêcher des gens de mon espèce pour faire le lien avec la culture des « Spontis », « spontanéités des masses ». C’étaient des groupes d’activistes politiques de gauche dans les années 1970-1980. Ils se voyaient comme les héritiers de l’APO, opposition extraparlementaire, et de la génération de 1968 et la culture alternative.

Ce mélange très spécial de politique, de satire et de sexe était extraordinairement stimulant. Mais nous ne soupçonnions pas un instant, à cette époque, que l’instrumentalisation et la désérotisation de la sexualité déboucheraient sur un marché se montant à des milliards de dollars. Les jeux sexuels dévoyés occupent aujourd’hui une place considérable aussi bien dans la presse de qualité ou les séminaires de théologie morale moderne. Et, à l’échelle mondiale, le secteur de l’industrie pharmaceutique lança un best-seller absolu avec le viagra présenté comme « engrais artificiel pour les reins fatigués ».

Lorsque l’éditeur Nikel vendit le magazine Pardon, j’ai accepté une offre de Dany Cohn-Bendit pour être rédacteur pour Pflasterstrand, le magazine de la ville de Francfort. Les principes antitotalitaires de la publication m’attiraient. Nous nous moquions de la « guérilla urbaine », prenions fait et cause pour Solidarnosc contre le communisme soviétique, nous avons alors inventé la politique « réalo » des Verts. Nos levées de boucliers aussi incessantes qu’enflammées visaient les « fundis », les esprits sectaires et ces Verts, apôtres de la pédophilie et qui prêchaient la légalisation des relations sexuelles entre adultes et enfants. Nous menions une polémique opiniâtre contre les prétendues notions d’émancipation dont nous cherchions à révéler les conséquences totalitaires.

De tous les opposants publics au totalitarisme, c’est Karol Wojtyla qui me faisait à l’époque l’impression la plus forte. Il est devenu pape en 1978 sous le nom de Jean-Paul II, et son charisme faisait trembler les dirigeants du Kremlin bien plus encore que ces derniers ne redoutaient les ouvriers polonais. L’attentat perpétré contre lui par un tueur à gages et auquel il survécut contre toute attente, présageait déjà de l’effondrement de la « glorieuse Union soviétique ».

A la question de Staline « Combien de divisions le Vatican a-t-il ? », l’histoire universelle avait répondu par un miracle. Sans le moindre avion de combat, le pape s’avéra plus fort que des dirigeants de la plus grande puissance militaire du monde. En 1991, cet empire moralement décati et désarmé spirituellement volait en éclats.

Entre-temps, j’étais devenu lecteur pour les éditions Eichborn à Francfort, qui publiait depuis 1989 une collection très appréciée des bibliophiles : Anders Bibliotehek » (l’ « autre bibliothèque »). Hans-Magnus Enzensberger, qui la dirigeait, me poussait à publier un de mes manuscrits sur l’univers étrange et fascinant des saints. Je sentais aussi qu’il m’encourageait à solliciter le cardinal Joseph Ratzinger en vue de publier un livre d’entretiens avec ce « grand inquisiteur » du pape polonais.

En 1995, je m’établis à mon compte comme agent littéraire et récupérai Peter Seewald, ancien communiste et journaliste du Spiegel comme interviewer. Les recherches pour trouver l’éditeur idoine me donnèrent un avant-goût des dispositions que l’on nourrissait à l’égard de ce futur pape allemand. « Nous n’offrons pas de podium à ce réactionnaire. » C’était encore la réponse la moins désagréable. Certains allèrent même jusqu’à solliciter les expertises de théologiens catholiques. Elles étaient dévastatrices : Ratzinger, l’adversaire de toute forme de théologie progressiste, l’adversaire de Hans Küng, ce chouchou des médias, cela ruinerait la réputation de la maison d’édition. Le seul à faire preuve d’un certain courage fut Ulrich Frank-Planitz, l’ancien responsable de la publication protestante Christ und die welt, qui était passé à la « Deutsche Verlagsanstalt » (DVA) comme directeur général. Les entretiens avec le cardinal furent donc menés avec beaucoup de brio par Seewald à qui Ratzinger fit des réponses très lucides. De surcroit, Seewald finit même par retrouver le chemin de l’église. Le livre parut sous le titre Le sel de la terre et devint un best-seller mondial traduit dans plus de trente langues.

Et maintenant un quart de siècle plus tard, j’entends de nouveau les accents libérateurs et le ton clair de sa voix de l’époque : « Catholiques de tous les pays, réveillez à nouveau l’église, unissez-vous – et défendez votre foi ! ».

Le mouvement dextrogyre se confirme sur le plan digital

publié le 14 janv. 2021, 01:45 par Paroisse Blanzay   [ mis à jour le·23 avr. 2021, 15:35 par Pierre Roland-Gosselin ]

Dans Valeurs Actuelles, le père Danziec analyse le succès rencontré par la chaîne CNews :

Ce n’est pas manquer à l’humilité que de s’en féliciter : Valeurs actuelles a enregistré sur ses plateformes numériques tout au long de 2020 une progression à faire pâlir d’envie un curé de campagne en mal de paroissiens : rien qu’en novembre dernier, + 356 % de visites en un an, 8,5 millions de visiteurs uniques et près de 45 millions de pages vues. Cette réalité comptable, si elle peut paraître subsidiaire par rapport au message délivré, signifie tout de même quelque chose. Ces résultats rappellent d’abord que le travail finit toujours par payer. Mais surtout, ils attestent qu’assumer des convictions fortes n’entame pas nécessairement les fruits d’un labeur quotidien.

Le mouvement dextrogyre, conceptualisé avec brio par le professeur Guillaume Bernard dès 2016, peine certes à se concrétiser électoralement, néanmoins il se confirme sur le plan digital. C’est dorénavant par la « droite des valeurs » que viennent l’enrichissement du débat d’idées et la pression politique. Cette droitisation, qui se traduit par l’émergence médiatique d’une certaine France décomplexée se refusant à avoir honte d’elle-même, se conjugue à une gauche en pleine crise identitaire. Déjà écartelée entre le concept d’une laïcité stricte et ses ambiguïtés avec l’islam, la gauche se trouve désormais rattrapée par ses vieux démons libertaires. La récente affaire Duhamel n’est qu’un chapitre supplémentaire qui s’ajoute à ceux des sapins de Noël et de la marche contre l’islamophobie. Autant de pages qui, à la longue, finissent par donner envie de précipiter la fin du livre de 1968…

Liberté de ton contre politiquement correct

Le succès de CNews, qui pourrait le nier, participe de ce basculement. Son directeur, Serge Nadjar, glissait en juin dans les colonnes du Parisien « On ne regarde plus une chaîne d’info pour savoir ce qui se passe ! On a toutes les informations sur smartphone. » Fort de ce constat, en se positionnant éditorialement comme une chaîne d’opinion, les deux émissions phares, L’heure des pros et Face à l’info, ont offert aux téléspectateurs des analyses sans tabou autour de certains thèmes sensibles, voire explosifs, tels que la sécurité, l’immigration, l’écologie ou les violences urbaines. Et si le choix d’accueillir sur ses plateaux un spectre d’invités sans exclusive a valu à la chaîne d’être qualifiée par Benoît Hamon de « chaîne d’extrême droite complotiste », le chiffre des audiences n’en demeure pas moins à l’opposé de celui de l’ancien candidat socialiste à la présidentielle de 2017…

Les résultats parlent d’eux-mêmes : tous les créneaux ont progressé, de 50 % à 300 %. En 2020, Pascal Praud et ses débatteurs permettent à CNews d’être la première chaîne nationale durant la matinée, le duo Kelly-Zemmour dépasse quant à lui BFMTV le soir. Dans une toute récente interview accordée au Journal du dimanche, Serge Nedjar pouvait se féliciter du cap jusqu’alors suivi :

« Il est important d’écouter toutes les opinions, même les plus dérangeantes et les plus politiquement incorrectes. Les téléspectateurs y ont été d’emblée sensibles : ils savent que sur CNews la parole est libre et les avis, divers. »

Cette liberté de ton qui s’invite à domicile, comment l’âme française pourrait ne pas y être sensible ? Le commun des fidèles n’attend pas de son prêtre qu’il délivre un discours fade et sans relief mais, au contraire, qu’il s’exprime avec la verve d’un Don Camillo, quitte à être bousculé dans son confort. De même le Français des ronds-points n’attend pas qu’on l’endorme ou le fatigue avec une pensée unique aseptisée. Nous portons tous en nous le désir d’être rejoints dans nos préoccupations, ce quotidien qu’on appelle le réel. Or cette connexion avec la réalité, difficile de ne pas la ressentir en regardant Pascal Praud ou Eric Zemmour.

Praud et Zemmour traitent les sujets d’actualité sans détour

Dans L’heure des pros, le premier dirige ses invités tel un père de famille, attentif à tirer le meilleur de chacun d’eux. Il arrive qu’il gourmande certains, en fasse taire d’autres à l’occasion, mais la bienveillance domine et l’amour du débat prévaut. Dans Face à l’info, l’alchimie créée par Christine Kelly entre ses chroniqueurs garantit à l’émission une atmosphère cordiale, pour ne pas dire posée et chaleureuse. La complicité manifeste entre un Eric Zemmour et un Marc Menant fait mouche. Mais au-delà de la forme, ce qui apparaît plus appréciable encore, et ce dont les audiences témoignent, réside dans la capacité de Praud et de Zemmour à traiter les sujets d’actualité sans détour. Chez eux, la langue de bois semble avoir été depuis longtemps tronçonnée. Alors, oui, bien sûr, du fait d’une parole libérée, cette dernière n’échappe pas, parfois, aux excès des passions ou aux coups de gueule passagers.

La vie serait-elle vraiment la vie si l’on devait s’obliger à rester de marbre ou bâillonner ses convictions d’un insupportable masque ? L’impertinence face à la bien-pensance, oui. La culture de l’audimat via l’outrance, non. Une analyse honnête oblige à constater que chez les deux journalistes vedettes, le besoin compulsif de faire le buzz ne constitue pas le fil rouge de leur temps d’antenne. Cette forme de débat désinhibé, où l’on peut montrer, sans s’excuser ou avoir l’air gêné, la vidéo d’un entretien télévisé de Jean-Marie Le Pen déclinant, dès 1989, les raisons de ses réserves quant à l’islam, permet au téléspectateur de respirer. Enfin. A l’image des meilleures homélies, en écoutant ces émissions, les auditeurs n’ont pas l’impression de recevoir des leçons mais de pouvoir en tirer.

« Le monde devient inhumain lorsqu’il est emporté dans un mouvement où ne subsiste aucune espèce de permanences », écrivait Hannah Arendt. On pourrait ajouter que le monde devient proprement odieux lorsque l’on tend à étouffer en son sein toute forme de contradiction. A cet égard, si l’Evangile demande aux disciples du Christ d’en être des signes, ce n’est sûrement pas un hasard.

Prêtre, pour quoi faire ?

publié le 14 janv. 2021, 01:42 par Paroisse Blanzay

Un prêtre diocésain nous envoie ce texte :

Depuis quelques décennies, le ministère de prêtre ne donne pas envie à des jeunes de s’y engager. En effet, ceux ceux-ci voient certains prêtres parfois lassés de leur ministère, d’autres sont débordés par des activités qui ne sont pas forcément principales dans leur vocation, d’autres encore de véritables managers, plus intéressés par la gestion d’une paroisse que par le Salut des âmes… Autant dire que la vocation de prêtre n’a plus son sens, tant elle n’est plus celle du prêtre disponible, mais elle devient celle d’un gestionnaire qui règle des conflits entre ses paroissiens et accommode le sacré par peur de choquer…

Il y a peu, une enquête faite auprès des prêtres a fait état de chiffres alarmants quant à la dépression, la consommation d’alcool et d’anxiolytiques… mais pourquoi cela ? Cette question, beaucoup de personnes se la posent et ne comprennent pas, tout simplement parce que l’on ne regarde sûrement pas là où il faut. On regarde les branches de l’arbre, on constate qu’elles ne sont pas mirobolantes, mais avons-nous regardé les racines ? Non, pas vraiment, parce que cela pourrait remettre en question des pratiques ancrées depuis des décennies ! On préfère alors pérorer sur des futilités de la vie du prêtre : « Oui, mais le célibat du prêtre est un poids pour eux, marions-les ! » Ou encore : «il a trop de travail, faisons des choses à sa place ». Sur l’arbre, ces questions représentent le tronc. Mais le problème n’est pas là. Il est là où on sait que ça pourrait choquer ! Il est dans la relation avec les fidèles laïcs. Mais, là, il n’y a plus personne pour l’entendre tellement cela pourrait provoquer une guerre au sein même d’un clocher…

Il y a quelques années est sorti un livre s’intitulant « Monsieur le Curé fait sa crise« [1] on voit sur la couverture l’ombre d’un homme partant en courant… Dans ce livre, est racontée l’histoire d’un curé d’une paroisse lambda qui se retrouve à gérer des problèmes entre les personnes, celle de l’équipe fleurs par exemple. Il décide alors de partir au fond de son jardin et de s’y cacher. Et personne n’arrive à le retrouver ! On s’inquiète : « qu’allons-nous faire pour les messes du dimanche ? » Ce livre, par son humour, a fait sourire des catholiques pratiquants ; mais, derrière cet humour cinglant, on peut constater qu’en sous-main, l’auteur veut montrer que ce prêtre, intérieurement, est en crise…

Crise ? Vous avez dit crise ? Après tout, il l’a choisi non ? Eh bien non ! Lorsque nous choisissons d’être prêtres, ce n’est pas pour être un gestionnaire de paroisse (bien que certains séminaires formeraient plus des futurs curés que des prêtres…), ce n’est pas pour être un animateur de réunions, ni même pour être le brave type avec qui on est à tu et à toi parce qu’il est un frère chrétien comme tout le monde ! Le prêtre est, et restera l’homme du sacré ; celui qui, par l’imposition des mains et les dons de l’Esprit Saint, reçoit une grâce particulière et la mission d’aider chacun à vivre de son Baptême ! Cette grâce qu’il reçoit ne fait pas de lui un surhomme, mais tout simplement un « homme mis à part pour le service du Peuple de Dieu » (rituel de l’ordination). Cela change la donne alors ? A vrai dire, oui, et ce n’est pas être cléricaliste que de le dire ! Un prêtre est un homme à part, il ne choisit pas le célibat, il sait tout simplement que pour vivre pleinement son ministère, il ne peut pas avoir une vie matrimoniale. S’il veut exercer réellement son ministère, ce n’est pas en étant présent à des réunions (nécessaires oui, mais parfois stériles) pour parler du fait que l’on doive mettre des fleurs violettes au temps du carême, qu’il faut voir comment on peut faire lire une lettre pastorale aux équipes d’animations locales (bien que ce soit important que les fidèles puissent le lire d’eux-mêmes) … STOP ! La place d’un prêtre est sur le terrain ! Auprès de ses brebis, pas assis confortablement sur une chaise à régler des histoires sans intérêt ! Sa place est dans le face à face avec la réalité de sa paroisse !

Le Pape François exhortait il y a quelques années les prêtres à « sentir l’odeur de leur brebis…  » c’est à dire à être au milieu de son troupeau. Avez-vous vu un éleveur de moutons passer sa journée dans son bureau à gérer les affaires économiques de son exploitation ? La première chose qu’il fait en se levant, c’est de nourrir ses bêtes, nettoyer les litières, soigner les bêtes malades, évacuer celle qui n’a pas survécu… sa journée, dans le principe, est comme cela ! Bien sûr, il va gérer des affaires administratives courantes, mais ce ne sera pas sa priorité.

Un prêtre doit donc être comme un éleveur : sa première pensée doit être de prier pour que sa mission continue, qu’elle soit bénéfique ! Ensuite, il doit nourrir ses paroissiens, notamment par les sacrements mais aussi des enseignements ; il doit visiter ceux qui sont malades ou en difficulté, mais aussi ceux qui vont bien ! Enfin, il doit accompagner ceux qui rejoignent la maison du Père… c’est à cela qu’est appelé un prêtre ! En collaboration avec son évêque, il porte la charge de l’Évangélisation en étant présent dans le monde pour l’élever vers Dieu, lui donner le goût de Dieu ! S’il n’est pas un gestionnaire, être prêtre n’est alors plus un métier, mais bien une vocation très particulière.

Revenons donc à cette enquête faisant état de la vie des prêtres… oui, beaucoup de prêtres vont mal, mais tout simplement parce qu’ils sont loin de l’essentiel de leur vocation. La place a été prise et ne peut pas être rendue ! Certains laïcs, au nom de la répartition des tâches, ont volé la place du ministre ordonné. Bien sûr, cela a été fait de bonne foi dans la plupart des cas. Mais pourquoi chacun ne resterait-il pas à sa place ? A-t-on peur de hiérarchiser ? Car il ne s’agit pas ici de hiérarchie, mais bien de la grâce particulière reçue dans les sacrements ! Un homme marié reçoit une grâce et la mission de mener avant tout sa vie d’époux et de père chrétien. Un prêtre reçoit la grâce d’être dispensateur des sacrements et le berger du troupeau qui lui est confié par son évêque.

Durant ma première année de sacerdoce, deux jeunes prêtres se sont suicidés… l’un d’entre eux était au séminaire avec moi. Un fort caractère, mais un homme qui a été appelé par le Seigneur pour le servir. Il a sûrement fait face à une minorité de personnes qui l’ont poussé à bout, l’ont accusé de maux dont il était innocent. Tout cela pour quoi ? Parce qu’il était jeune, qu’il était prêtre, et qu’il comptait bien prendre sa place de berger du troupeau ! Une vie détruite pour rien, tout ça parce que depuis quelques décennies, les prêtres étaient devenus des animateurs plus que des pasteurs ! Gouverner, Enseigner et Sanctifier est devenu la mission de tout chrétien. Et l’on se trompe à ce sujet : chacun trouve sa place dans l’Eglise, mais laissons sa place à celui qui est le pasteur…

Recueillons-nous donc ! Notre Eglise traverse une crise sans précédent, redonnons sa place à chacun dans le corps du Christ (le pied ne prendra jamais la place de la main, ni l’oreille celle du nez). Retrouvons l’Espérance perdue et restons des veilleurs, le Christ sera le grand vainqueur au bout du chemin !

[1] Monsieur le Curé fait sa crise, Jean Mercier, Qasar 2016

L'inaction coupable des évêques de France : le ralliement, encore et toujours

publié le 23 mai 2020, 11:24 par Paroisse Blanzay


Par  Gaspar de Quiroga

21 mai 2020

https://www.valeursactuelles.com/

Alors que tout rassemblement au sein des lieux de culte était interdit encore ce lundi, le Conseil d'État s'est prononcé à l'encontre du décret du
gouvernement, rétablissant ainsi la liberté de tenir des cérémonies religieuses. Une bataille médiatique et juridique dans laquelle l'épiscopat français s'est illustré par son absence, sa timidité et son manque coupable d'abnégation. Il n’y a plus d’épiscopat en France, juste des syndics de faillite, dénonce Gaspar de Quiroga, prêtre sous pseudonyme. Tribune.

Le gouvernement avait ainsi, par décret, voulu appliquer un régime dérogatoire aux lieux de culte durant le déconfinement. Tandis que supermarchés et écoles ouvraient pour accueillir leur habituelle population, les lieux de cultes pouvaient rester ouverts, mais n’accueillir
aucun rassemblement, ni, évidemment, culte public. Une première depuis la Terreur. Et la reprise des cultes n’était envisagée que début
juin, au-mieux – ce qui permettait de faire d’une pierre, deux coups : frustrer les chrétiens des fêtes de l’Ascension, et de Pentecôte, et
permettre aux forces de l’ordre de contenir, autant que possible, les coûteuses joyeusetés qui accompagnent systématiquement la fin du
ramadan, la fête de l’Aïd. 

Quelques évêques français s’en sont émus. Mgr Rougé de Nanterre, dans une analyse assez juste, évoquait un manque de respect pour les croyants et parlait de « tropisme anticatholique », Mgr Aillet, à Bayonne, tweetait le 30 avril : « En soi, l'Eglise n'a pas à demander l'autorisation
de reprendre le culte public, mais à faire valoir un droit à la liberté de culte », Mgr Touvet, à Chalons-en-Champagne, Mgr Le Gall à Toulouse, Mgr Lebrun, à Rouen, et bien d’autres y allaient de l’expression de leur déception des annonces du Premier ministre. Quelques menaces furent
même lancées par Mgr Aupetit, à Paris, à l’occasion d’une intrusion de la police dans une église. Dénonçant cette intrusion violente et illégale –
d’autant que l’église en question était privée, et non communale –, il  affirme  : « Il faut garder la tête froide et arrêter ce cirque. Sinon on va
prendre la parole et [...] aboyer très fort ! »

Magnifique, nous sommes-nous dit, les droits des fidèles à recevoir les sacrements de la part de leurs pasteurs et les droits de Dieu à être honoré publiquement par un culte convenable vont être respectés, en même temps que les justes précautions demandées pour assurer la santé
publique : il y a de nouveau des évêques en France ! Las ! Notre béatitude fut de courte durée. Pas un seul de ces épiscopes à la dent dure, au verbe haut, à la formule acérée n’a fait autre chose que nous asséner des rodomontades. Du blabla. Voilà ce que sont les saillies épiscopales. 


Sont-ils simplement bêtes ou aveugles, ou franchement mauvais ?

Ils se plaignent des atteintes à la liberté de culte, de conscience, du mauvais traitement fait aux croyants en général, aux catholiques en
particulier, mais dans les actes ? Le vide sidéral. L’Eglise est « dialoguante », soucieuse de trouver un terrain d’entente avec ce gouvernement, comme avec les autres. Sont-ils simplement bêtes ou aveugles, ou franchement mauvais ? Dès avant le confinement, lors des auditions au parlement, au sujet des lois bioéthiques, Mgr d’Ornellas a réalisé avec stupéfaction que son discours n’intéressait personne et qu’il n’était là que comme alibi. Dans le cadre de la crise sanitaire, tel autre évêque imagine qu’il va obtenir, du fait de ses bonnes relations avec le préfet, des aménagements pour son diocèse, oubliant que le préfet ne peut prendre ce genre de décision, hors de son pouvoir, d’une part, mais aussi certainement peu propice à l’avancement de sa carrière. 

Quant à l’archevêque de Paris, la caravane est passée, et il n’a pas pris la peine d’aboyer. Dans tels autres diocèses, des maires, au mépris de la loi, prennent l’initiative de sonner les cloches des églises le soir à 20h00, pour saluer le personnel soignant – qui aurait sans doute préféré des
moyens matériels et de la considération plutôt que des applaudissements grotesques et des sonneries de cloches – et sont rappelés à l’ordre par les évêques… sans que cessent les sonneries illégales, et que l’on saisisse la juridiction administrative. Tels autres, après avoir manifesté sur les réseaux sociaux leur désagrément des décisions gouvernementales, finissent par s’en accommoder et proposent, pêle-mêle, la messe à
domicile, la messe en « drive-in », la messe à la télévision…c’est à celui qui trouvera la formule la plus originale. Une solution à portée de main,
hygiénique, légale, de bon sens n’a pas été envisagée : la saisine du Conseil d’État pour contester la légalité du décret limitant l’exercice du culte sans aucune proportion avec l’objectif de préservation de la santé publique. C’est tellement important de garder de bonnes relations avec des gouvernements qui, depuis plus de deux siècles se montrent si bienveillants et compréhensifs avec l’Église ! 

Nous avons de véritables moulins à vent, qui justifient leur inaction par le « Rendez à César ». Ils étaient moins regardants quand il s’agissait de
livrer – ou surtout de ne pas livrer – au bras séculier, et même à leurs propres tribunaux ecclésiastiques, les prêtres scandaleux, libidineux,
voleurs, concussionnaires, etc. Non, ce qui était important, c’était de ne pas briser le beau consensualisme qui habite la Conférence des évêques de France. D’ailleurs, quand des laïques ayant encore le sens des choses, ainsi que quelques congrégations religieuses ou assimilées, d’obédience « traditionnelle » – pas des « conservateurs » donc, c’est-à-dire ceux qui défendent le « juste milieu », les accommodements raisonnables, en liturgie, en morale, en théologie, et en politique – ont souhaité défendre le droit naturel à pratiquer le culte en public, leurs Excellences s’en sont quelque peu offusquées, estimant que cette démarche était une rupture de communion, puisqu’elles n’avaient pas été consultées ni donné leur accord. Mais c’est là une conception vétéro-concilaire de l’épiscopat ! Il s’agirait de grandir ! Place au laïcat adulte et conscient de lui-même, mort au cléricalisme !

Leur idée ? Ou on y va tous, ou on n’y va pas ! A l’heure où nous écrivons, Mgr de Moulins-Beaufort, le charismatique et énergique président de la Conférence des évêques de France, auquel a été proposé d’ester devant le Conseil d’État, réfléchit encore…Mais la haute juridiction administrative, sollicitée par des personnes qui savent encore ce qu’est un droit objectif, qui savent qu’une loi ne mérite ce titre et l’obéissance que si elle est une « certaine ordination de la raison au bien commun », et qu’il ne suffit pas qu’elle sorte de la main d’un titulaire de la potestas, qui savent que le bien commun temporel ne peut être séparé ou opposée au bien commun éternel auquel il est ordonné, a rendu son verdict : l’interdiction générale et inconditionnelle des cultes est bien une atteinte manifestement et gravement illégale à la liberté de conscience et à la liberté des cultes. Quelques évêques ont évidemment réagi : ils viennent au secours de la victoire et essaient naturellement de « tirer la couverture à eux ».

Tous les moyens licites doivent être mis en œuvre pour obtenir la victoire

L’un d’entre eux a tout de même exprimé des  remerciements , quoiqu’il ne soit pas certain qu’ils s’adressent aux auteurs de la saisine du Conseil d’État, lesquels, par la victoire obtenue au bénéfice de tous les catholiques, mettent dans l’embarras l’épiscopat français… Car c’est bien de cela qu’il s’agit : en ne voulant pas envisager que les fidèles ont des droits qu’il appartient aux pasteurs de défendre, ne voulant pas plus
envisager que Dieu a le droit d’être publiquement honoré et adoré, et que, là-aussi, c’est normalement entre les mains des évêques qu’a été remise la responsabilité ordinaire de le défendre, ces derniers, après la décision du Conseil d’État, apparaissent tels qu’ils sont : inexistants,
inconsistants, pusillanimes. Le 27 mars 1908, Maurras achevait sa chronique politique dans le journal L’Action française par ces mots : « La
devise de notre Action française est d'agir, d'avancer, de manifester par tous les moyens, même légaux. » Point besoin d’être maurrassien pour
s’approprier cette idée : tous les moyens licites doivent être mis en œuvre pour obtenir la victoire. Comment prétendre l’obtenir si l’on n’essaie
même pas !?

Et tandis que les « tradis » sont rentrés dans l’histoire de la jurisprudence administrative, les évêques, eux, sont sortis de l’Histoire

A cet égard, nous partageons assez l’analyse que fait Jean-Pierre Denis. Le lendemain de l’arrêt du Conseil d’État restaurant la liberté de culte, il  écrit  : « Il est donc regrettable que l’action ait été une nouvelle fois Même si le délai de huit jours qu’il octroie au gouvernement pour rédiger un nouveau texte rend cette décision, dans l’ordre pratique, peu utile. Du moins, les principes sont affirmés. abandonnée à une poignée de requérants et à des organisations disons… peu représentatives du catholicisme de ce pays. Ce sont eux et elles, heureusement mais hélas qui ont défendu nos libertés maltraitées. » Les requérants sont effectivement peu représentatifs du catholicisme français. Et on ne peut que s’en réjouir. Le « catholicisme français » de Jean-Pierre Denis et de la CEF est une coquille vide, et les évêques peinent à s’en rendre compte : ils sont encore dans des référentiels des années 60, où le catholicisme jouit de moyens matériels, d’une forte présence ecclésiastique et religieuse, d’une certaine aura dans la société, d’un taux de pratique bien plus imposant qu’aujourd’hui, quoique déjà diminué. Ils se pensent encore « quelque chose » dans la société, « quelqu’un » vis-à-vis des autorités politiques. La preuve vient d’être faite : ils ne sont plus rien. Et leur inertie dans le combat pour défendre les libertés des fidèles et les droits de Dieu n’a fait que confirmer au gouvernement de la République ce qu’il subodorait : il n’y a plus d’épiscopat en France, juste des syndics de faillite. Et tandis que les « tradis » sont rentrés dans l’histoire de la jurisprudence administrative, les évêques, eux, sont sortis de l’Histoire. Tout court.

Réflexion sur la situation par le Cardinal Sarah

publié le 22 avr. 2020, 13:13 par Paroisse Blanzay

Remarquable !

.Alors que le monde entier est percuté par le coronavirus, le cardinal Robert Sarah, confiné au Vatican, analyse les ressorts de cette crise absolument inédite. 

 

Que vous inspire la crise du coronavirus ?

 

Ce virus a agi comme un révélateur. En quelques semaines, la grande illusion d'un monde matérialiste qui se croyait tout-puissant semble s'être effondrée. Il y a quelques jours, les politiciens nous parlaient de croissance, de retraites, de réduction du chômage. Ils étaient sûrs d'eux. Et voilà qu'un virus, un virus microscopique, a mis à genoux ce monde qui se regardait, qui se contemplait lui-même, ivre d'autosatisfaction parce qu'il se croyait invulnérable.

La crise actuelle est une parabole. Elle révèle combien tout ce en quoi on nous invitait à croire était inconsistant, fragile et vide. On nous disait : vous pourrez consommer sans limites ! Mais l'économie s'est effondrée et les Bourses dévissent. Les faillites sont partout. On nous promettait de repousser toujours plus loin les limites de la nature humaine par une science triomphante. On nous parlait de PMA, de GPA, de transhumanisme, d'humanité augmentée. On nous vantait un homme de synthèse et une humanité que les biotechnologies rendraient invincible et immortelle. Mais nous voilà affolés, confinés par un virus dont on ne sait presque rien. L'“épidémie” était un mot dépassé, médiéval. Il est soudain devenu notre quotidien.

Je crois que cette épidémie a dispersé la fumée de l'illusion. L'homme soi-disant tout-puissant apparaît dans sa réalité crue. Le voilà nu. Sa faiblesse et sa vulnérabilité sont criantes. Le fait d'être confinés à la maison nous permettra, je l'espère, de nous tourner de nouveau vers les choses essentielles, de redécouvrir l'importance de nos rapports avec Dieu, et donc la centralité de la prière dans l'existence humaine. Et, dans la conscience de notre fragilité, de nous confier à Dieu et à sa miséricorde paternelle.

 

Est-ce une crise de civilisation ?

 

J'ai souvent répété, en particulier dans mon dernier livre, Le soir approche et déjà le jour baisse, que la grande erreur de l'homme moderne était de refuser de dépendre. Le moderne se veut radicalement indépendant. Il ne veut pas dépendre des lois de la nature. Il refuse de se faire dépendant des autres en s'engageant par des liens définitifs comme le mariage. Il considère comme humiliant de dépendre de Dieu. Il s'imagine ne rien devoir à personne. Refuser de s'inscrire dans un réseau de dépendance, d'héritage et de filiation nous condamne à entrer nus dans la jungle de la concurrence d'une économie laissée à elle-même.

Mais tout cela n'est qu'illusion. L'expérience du confinement a permis à beaucoup de redécouvrir que nous dépendons réellement et concrètement les uns des autresQuand tout s'effondre, seuls demeurent les liens du mariage, de la famille, de l'amitié. Nous avons redécouvert que, membres d'une nation, nous sommes liés par des liens invisibles mais réels. Nous avons surtout redécouvert que nous dépendons de Dieu.

 

Parleriez-vous de crise spirituelle 

Avez-vous remarqué la vague de silence qui a déferlé sur l'Europe ? Brusquement, en quelques heures, même nos villes bruyantes se sont apaisées. Nos rues souvent grouillantes de monde et de machines sont aujourd'hui désertes, silencieuses. Beaucoup se sont retrouvés seuls, en silence, dans des appartements qui sont devenus comme autant d'ermitages ou de cellules monacales.

Quel paradoxe ! Il aura fallu un virus pour que nous nous taisions. Et tout d'un coup nous avons pris conscience que notre vie était fragile. Nous avons réalisé que la mort n'était pas loin. Nos yeux se sont ouverts. Ce qui nous préoccupait : nos économies, nos vacances, les polémiques médiatiques, tout cela nous est apparu secondaire et vain. La question de la vie éternelle ne peut manquer de se poser quand on nous annonce tous les jours un grand nombre de contagions et de décès. Certains paniquent. Ils ont peur. D'autres refusent de voir l'évidence. Ils se disent : c'est un mauvais moment à passer. Tout recommencera comme avant.

 

Le temps est fini des fausses pudeurs et des hésitations pusillanimes.

Et si, tout simplement, dans ce silence, cette solitude, ce confinement, nous osions prier ? Si nous osions transformer notre famille et notre maison en église domestique. Une église est un lieu sacré qui nous rappelle qu'en cette maison de prière tout doit être vécu en cherchant à orienter toute chose et tout choix vers la Gloire de Dieu. Et si, tout simplement, nous osions accepter notre finitude, nos limites, notre faiblesse de créature ?

J'ose vous inviter à vous tourner vers Dieu, vers le Créateur, vers le Sauveur. Lorsque la mort est si massivement présente, je vous invite à vous poser la question : la mort est-elle vraiment la fin de tout ? ou bien n'est-elle pas un passage, douloureux certes, mais qui débouche sur la vie ? C'est pour cela que le Christ ressuscité est notre grande espérance. « Regardons vers Lui. Attachons-nous à Lui. Il est la Résurrection et la Vie. Qui croit en Lui, même s'il meurt, vivra, et quiconque vit et croit en Lui ne mourra jamais » (Jn 11,25-26). Ne sommes-nous pas comme Job dans la Bible ? Appauvris de tout, les mains vides, le cœur inquiet : que nous reste-t-il ? La colère contre Dieu est absurde. Il nous reste l'adoration, la confiance et la contemplation du mystère.

Si nous refusons de croire que nous sommes le fruit d'un vouloir amoureux de Dieu tout-puissant, alors tout cela est trop dur, alors tout cela n'a pas de sens. Comment vivre dans un monde où un virus frappe au hasard et fauche des innocents ? Il n'y a qu'une réponse : la certitude que Dieu est amour et qu'il n'est pas indifférent à notre souffrance. Notre vulnérabilité ouvre notre cœur à Dieu et elle incline Dieu à nous faire miséricorde. Je crois qu'il est temps d'oser ces mots de foi. Le temps est fini des fausses pudeurs et des hésitations pusillanimes. Le monde attend de l'Église une parole forte, la seule parole qui donne l'Espérance et la confiance, la parole de la foi en Dieu, la parole que Jésus nous a confiée.

 

Que doivent faire les prêtres dans cette situation ?

 

Le pape a été très clair. Les prêtres doivent faire tout ce qu'ils peuvent pour demeurer proches des fidèles. Ils doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour assister les mourants, sans compliquer la tâche des soignants et des autorités civiles. Mais personne n'a le droit de priver un malade ou un mourant de l'assistance spirituelle d'un prêtre. C'est un droit absolu et inaliénable. En Italie, le clergé a déjà payé un lourd tribut. Soixante-quinze prêtres sont morts en portant assistance aux malades.

Mais je crois aussi que de nombreux prêtres redécouvrent leur vocation à la prière et à l'intercession au nom du peuple entier. Le prêtre est fait pour se tenir constamment devant Dieu pour l'adorer, le glorifier et le servir. Ainsi, dans les pays confinés, les prêtres se retrouvent dans la situation inaugurée par Benoît XVI. Ils apprennent à passer leurs journées dans la prière, la solitude et le silence offerts pour le salut des hommes. S'ils ne peuvent physiquement tenir la main de chaque mourant comme ils le voudraient, ils découvrent que, dans l'adoration, ils peuvent intercéder pour chacun.

J'aimerais que les malades, les personnes isolées et en détresse ressentent cette présence sacerdotale mystérieuse. En ces jours terribles, personne n'est seul, personne n'est abandonné. Auprès de chacun, le Bon Pasteur veille. Au nom de chacun, l'Église veille et intercède comme une mère. Les prêtres peuvent redécouvrir leur paternité spirituelle à travers la prière continuelle. Ils redécouvrent leur identité profonde : ils ne sont pas d'abord des animateurs de réunions ou de communautés, mais des hommes de Dieu, des hommes de prière, des adorateurs de la Majesté de Dieu et des contemplatifs.

 

Par la messe, le prêtre touche le monde entier.

Parfois, à cause du confinement, ils célèbrent la messe dans la solitude. Ils mesurent alors l'immense grandeur du sacrifice eucharistique qui n'a pas besoin d'une assistance nombreuse pour produire ses fruits. Par la messe, le prêtre touche le monde entier. Comme Moïse et comme Jésus lui-même, les prêtres redécouvrent la puissance de leur intercession, leur fonction de médiateur entre Dieu et l'homme. Certes, en célébrant l'eucharistie, ils n'ont plus le peuple de Dieu devant eux. Alors, qu'ils tournent leur regard vers l'Orient. Car « c'est de l'orient que vient la propitiation». C'est de là que vient l'homme dont le nom est Orient, qui est devenu médiateur entre Dieu et les hommes. Par là, vous êtes donc invités à toujours regarder vers l'orient, « où se lève pour vous le Soleil de justice, où la lumière apparaît toujours pour vous », nous dit Origène dans une homélie sur le Lévitique. Il faudra se souvenir de tout cela après la crise pour ne pas retomber dans une vaine agitation.

 

Et les fidèles ?

 

Les chrétiens aussi expérimentent très concrètement la communion des saints, ce lien mystérieux qui unit tous les baptisés dans la prière silencieuse et le face-à-face avec Dieu. Il est important de redécouvrir combien peut être précieuse l'habitude de lire la Parole de Dieu, de réciter le chapelet en famille et de consacrer du temps à Dieu, dans une attitude de don de soi, d'écoute et d'adoration silencieuse.

Habituellement, on évalue l'utilité d'une personne à son influence, sa capacité d'action voire d'agitation. Tout d'un coup, nous voilà tous remis à égalité. Nous voudrions être utiles, servir à quelque chose. Mais nous ne pouvons que prier, nous encourager mutuellement, nous supporter les uns les autres. Il est temps de redécouvrir la prière personnelle. Il est temps de réentendre Jésus nous dire : « Quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6,6).

Il est l'heure de redécouvrir la prière en famille. Il est l'heure, pour les pères de famille, d'apprendre à bénir leurs enfants. Les chrétiens, privés de l'eucharistie, mesurent combien la communion était une grâce pour eux. Je les encourage à pratiquer l'adoration depuis chez eux, car il n'y a pas de vie chrétienne sans vie sacramentelle. Au milieu de nos villes et de nos villages, le Seigneur demeure présent. Parfois aussi l'héroïsme est demandé aux chrétiens : quand les hôpitaux demandent des volontaires, quand il faut s'occuper des personnes isolées ou à la rue.

 

Qu'est-ce qui doit changer ?

 

Certains disent : plus rien ne sera comme avant. Je l'espère. Mais je crains plutôt que tout ne recommence comme avant car, tant que l'homme ne revient pas à Dieu de tout son cœur, sa marche vers le gouffre est inéluctable. Nous mesurons en tout cas combien le consumérisme mondialisé a isolé les individus et les a réduits à l'état de consommateurs livrés à la jungle du marché et de la finance. La mondialisation, qu'on nous avait promise heureuse, s'est révélée un leurre. Dans les épreuves, les nations et les familles font corps. Mais les coalitions d'intérêts se débandent.

 

On voit ressurgir des cœurs l'esprit de don de soi et de sacrifice.

La crise actuelle démontre qu'une société ne peut être fondée sur des liens économiques. Nous prenons conscience de nouveau d'être une nation, avec ses frontières, que nous pouvons ouvrir ou fermer pour la défense, la protection et la sécurité de nos populations. Au fondement de la vie de la Cité, on trouve des liens qui nous précèdent : ceux de la famille et de la solidarité nationale. Il est beau de les voir ressurgir aujourd'hui. Il est beau de voir les plus jeunes prendre soin des anciens. Il y a quelques mois, on parlait d'euthanasie et certains voulaient se débarrasser des grands malades et des handicapés. Aujourd'hui, les nations se mobilisent pour protéger les personnes âgées.

On voit ressurgir des cœurs l'esprit de don de soi et de sacrifice. On a l'impression que la pression médiatique nous avait contraints à cacher la meilleure part de nous-mêmes. On nous avait appris à admirer les “gagnants”, les “loups”, ceux qui réussissaient, quitte à écraser les autres au passage. Voilà que soudain on admire et applaudit avec respect et gratitude les aides-soignantes, les infirmières, les médecins, les volontaires et les héros du quotidien. Tout d'un coup, on ose acclamer ceux qui servent les plus faibles. Notre temps avait soif de héros et de saints, mais il le cachait et en avait honte.

Serons-nous capables de garder cette échelle de valeurs ? Serons-nous capables de refonder nos cités sur autre chose que la croissance, la consommation et la course à l'argent ? Je crois que nous serions coupables si, au sortir de cette crise, nous replongions dans les mêmes erreurs. Cette crise démontre que la question de Dieu n'est pas seulement une question de conviction privée, elle interroge le fondement de notre civilisation.

 

 

Mgr Schneider commente l'arrêt de la célébration publique de la messe

publié le 31 mars 2020, 04:04 par Paroisse Blanzay

28 mars, 2020


Mgr Athanasius Schneider vient d'accorder un important entretien à Diane Montagna, publié cette nuit par The Remnant. Il répond à ses questions sur la cessation quasi globale de la célébration publique de la messe, et sur les ordres donnés aux prêtres par de nombreux évêques de ne pas donner les sacrements aux fidèles. Et de mettre tout cela en perpective avec les nombreuses profanations de la sainte Eucharistie et le manque de foi en la Présence réelle qui a envahi l'Eglise depuis cinquante ans. Il n'hésite pas à faire le lien avec les annonces de l'Apocalypse. C'est un appel à la pénitence et à la foi en ce temps de « dictature sanitaire ».

Les prêtres doivent-ils obéir aux ordres qui leur sont donnés de fermer leurs églises ? Non, répond Mgr Schneider, qui les invite à la « créativité » pour célébrer publiquement la messe en respectant les précautions d'hygiène liées à l'épidémie du coronavirus.

En voici la traduction intégrale par mes soins, relue et approuvée par Mgr Schneider. – J.S.

Diane Montagna : Excellence, quelle est votre impression générale sur la manière dont l’Eglise gère l’épidémie de coronavirus ?

Mgr Schneider : J’ai l’impression que la majorité des évêques a réagi de façon précipitée et par panique en interdisant toutes les messes publiques et – ce qui est encore plus incompréhensible – en fermant les églises. Ces évêques ont réagi davantage comme des bureaucrates civils qu’en pasteurs. En se concentrant trop exclusivement sur toutes les mesures de protection hygiénique, ils ont perdu une vision surnaturelle et ont abandonné la primauté du bien éternel des âmes.

Le diocèse de Rome a rapidement suspendu toutes les messes publiques pour se conformer aux directives du gouvernement. Les évêques du monde entier ont pris des mesures similaires. Les évêques polonais, en revanche, ont demandé que davantage de messes soient célébrées afin que les congrégations soient plus petites. Que pensez-vous de la décision de suspendre les messes publiques pour empêcher la propagation du coronavirus ?

Tant que les supermarchés sont ouverts et accessibles et que les gens ont accès aux transports publics, on ne voit pas de raison plausible d’interdire aux gens d’assister à la messe dans une église. On pourrait garantir dans les églises des mesures de protection hygiénique identiques, voire meilleures. Par exemple, avant chaque messe, on pourrait désinfecter les bancs et les portes, et tous ceux qui entrent dans l’église pourraient se désinfecter les mains. D’autres mesures similaires pourraient également être prises. On pourrait limiter le nombre de participants et augmenter la fréquence de la célébration des messes. L’exemple de vision surnaturelle en temps d’épidémie donné par le président tanzanien John Magufuli devrait nous inspirer. Le président Magufuli, catholique pratiquant, a déclaré le dimanche 22 mars 2020 (dimanche de Laetare), à la cathédrale de Saint-Paul, dans la capitale tanzanienne de Dodoma : « J’insiste auprès de vous, mes frères chrétiens et même auprès de vous, les musulmans : n’ayez pas peur, ne cessez pas de vous rassembler pour glorifier Dieu et le louer. C’est pourquoi, en tant que gouvernement, nous n’avons pas fermé d’églises ou de mosquées. Au contraire, elles devraient toujours être ouvertes pour que les gens puissent chercher refuge auprès de Dieu. Les églises sont des lieux où les gens peuvent chercher la vraie guérison, car c’est là que réside le vrai Dieu. N’ayez pas peur de louer et de chercher le visage de Dieu dans l’église. »

Faisant référence à l’Eucharistie, le Président Magufuli a également prononcé ces mots encourageants : « Le coronavirus ne peut pas survivre dans le corps eucharistique du Christ ; il sera bientôt brûlé. C’est exactement pour cela que je n’ai pas paniqué en recevant la sainte communion, parce que je savais qu’avec Jésus dans l’Eucharistie, je suis en sécurité. C’est le moment de renforcer notre foi en Dieu. » (Le discours du président Magufuli peut être consulté en swahili ici).

Pensez-vous qu’un prêtre agirait de manière responsable en célébrant une messe privée en présence de quelques fidèles laïcs, tout en prenant les précautions sanitaires nécessaires ?

Ce serait responsable, mais aussi méritoire ; cela constituerait un acte pastoral authentique, à condition bien sûr que le prêtre prenne les précautions sanitaires nécessaires.

Les prêtres sont dans une position difficile dans cette situation. Certains bons prêtres sont critiqués pour avoir obéi aux directives de leur évêque de suspendre les messes publiques (alors qu’ils continuent à célébrer une messe privée). D’autres cherchent des moyens créatifs d’entendre les confessions tout en cherchant à préserver la santé des gens. Quels conseils donneriez-vous aux prêtres pour vivre leur vocation en ces temps difficiles ?

Les prêtres doivent se rappeler qu’ils sont avant tout pasteurs des âmes immortelles. Ils doivent imiter le Christ, qui a dit : « Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, et celui qui n’est pas pasteur, à qui les brebis n’appartiennent pas, voit venir le loup, et abandonne les brebis, et s’enfuit ; et le loup ravit et disperse les brebis. Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met pas en peine des brebis. Je suis le bon pasteur, et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent » (Jean 10, 11-14) Si un prêtre observe de manière raisonnable toutes les précautions sanitaires nécessaires et fait preuve de discernement, il n’est pas tenu d’obéir aux directives de son évêque ou du gouvernement lui ordonnant de suspendre la Messe pour les fidèles. De telles directives sont une pure loi humaine, alors que la loi suprême dans l’Église est le salut des âmes. Les prêtres dans une telle situation doivent être extrêmement créatifs pour assurer aux fidèles, même pour un petit groupe, la célébration de la sainte messe et la réception des sacrements. Tel était le comportement pastoral de tous les prêtres confesseurs et martyrs au temps des persécutions.

Est-il jamais légitime que les prêtres défient l’autorité, en particulier l’autorité ecclésiastique (par exemple, si un prêtre se voit enjoindre de ne pas aller rendre visite aux malades et aux mourants) ?

Si une autorité ecclésiastique interdit à un prêtre d’aller rendre visite aux malades et aux mourants, il ne peut pas obéir. Une telle interdiction constitue un abus de pouvoir. Le Christ n’a pas donné à l’évêque le pouvoir d’interdire la visite des malades et des mourants. Un vrai prêtre fera tout ce qu’il peut pour rendre visite à un mourant. De nombreux prêtres l’ont fait même lorsque cela signifiait mettre leur vie en danger, soit en cas de persécution, soit en cas d’épidémie. Nous avons de nombreux exemples de tels prêtres dans l’histoire de l’Église. Saint Charles Borromée, par exemple, donnait la sainte communion de ses propres mains sur la langue de mourants infectés par la peste. À notre époque, nous avons l’exemple émouvant et édifiant de prêtres, en particulier de la région de Bergame, dans le nord de l’Italie, qui ont été infectés et sont morts parce qu’ils s’occupaient de patients mourants atteints de coronavirus. Un prêtre de 72 ans atteint de coronavirus est mort il y a quelques jours en Italie, après avoir abandonné le respirateur, dont il avait besoin pour survivre, et avoir permis qu’il soit donné à un patient plus jeune. Ne pas aller rendre visite aux malades et aux mourants est un comportement qui relève plus du mercenaire que du bon pasteur.

Vous avez passé vos premières années dans l’église clandestine soviétique. Quel point de vue ou perspective aimeriez-vous partager avec les fidèles laïcs qui ne peuvent pas assister à la messe, et dans certains cas, ne peuvent même pas passer du temps devant le saint sacrement parce que toutes les églises de leur diocèse ont été fermées ?

J’encouragerais les fidèles à faire des actes fréquents de communion spirituelle. Ils pourraient lire et contempler les lectures quotidiennes de la Messe et l’ordo entier de la Messe. Ils pourraient envoyer leur saint Ange gardien pour adorer Jésus-Christ dans le tabernacle en leur nom. Ils pourraient s’unir spirituellement à tous les chrétiens qui sont en prison au nom de leur foi, à tous les chrétiens qui sont malades et alités, à tous les chrétiens mourants qui sont privés des sacrements. Dieu remplira de nombreuses grâces ce temps de privation temporelle de la sainte messe et du Saint-Sacrement.

Le Vatican a récemment annoncé que les liturgies de Pâques seront célébrées en l’absence des fidèles. Il a précisé par la suite qu’il étudie « des moyens de mise en œuvre et de participation qui respectent les mesures de sécurité mises en place pour prévenir la propagation du coronavirus ». Quel est votre avis sur cette décision ?

Étant donné la stricte interdiction des rassemblements de masse par les autorités gouvernementales italiennes, on peut comprendre que le pape ne puisse pas célébrer les liturgies de la Semaine Sainte en présence d’un grand nombre de fidèles. Je pense que les liturgies de la Semaine Sainte pourraient être célébrées par le Pape en toute dignité et sans qu’on les abrège, par exemple dans la Chapelle Sixtine (comme c’était la coutume des papes avant le Concile Vatican II), avec la participation du clergé (cardinaux, prêtres) et d’un groupe choisi de fidèles, auxquels des mesures de protection hygiénique seraient préalablement appliquées. On ne voit pas la logique d’interdire l’allumage du feu, la bénédiction de l’eau et le baptême lors de la Veillée pascale, comme si ces actions risquaient de propager un virus. Une peur quasi-pathologique a vaincu la raison commune et la vision surnaturelle.

Votre Excellence, que révèle la gestion de l’épidémie de coronavirus par l’Église sur l’état de l’Église et en particulier de sa hiérarchie ?

Elle révèle la perte d’une vision surnaturelle. Au cours des dernières décennies, de nombreux membres de la hiérarchie de l’Église ont été surtout immergés dans les affaires séculières, intérieures et temporelles et sont ainsi devenus aveugles aux réalités surnaturelles et éternelles. Leurs yeux ont été remplis de la poussière des occupations terrestres, comme l’a dit un jour saint Grégoire le Grand (voir Regula pastoralis II, 7). Leur réaction face à l’épidémie du coronavirus a révélé qu’ils accordent plus d’importance au corps mortel qu’à l’âme immortelle des hommes, oubliant les paroles de notre Seigneur : « En effet, que servirait à l’homme de gagner le monde entier et de perdre son âme ? » (Marc 8, 36). Les mêmes évêques qui tentent aujourd’hui de protéger (parfois par des mesures disproportionnées) le corps de leurs fidèles de la contamination par un virus matériel, ont tranquillement laissé le virus des enseignements et pratiques hérétiques se répandre parmi leur troupeau.

Le cardinal Vincent Nichols a récemment déclaré que nous aurons une faim nouvelle de l’Eucharistie après la disparition de l’épidémie du coronavirus ? Êtes-vous d’accord avec cela ?

J’espère que ces paroles se vérifieront chez de nombreux catholiques. C’est une expérience humaine commune que la privation prolongée d’une réalité importante enflamme le cœur des gens qui la désirent ardemment. Cela s’applique, bien sûr, à ceux qui croient et aiment vraiment l’Eucharistie. Une telle expérience aide également à réfléchir plus profondément sur la signification et la valeur de la sainte Eucharistie. Peut-être que les catholiques qui étaient si habitués au Saint des Saints qu’ils en sont venus à le considérer comme quelque chose d’ordinaire et de commun connaîtront une conversion spirituelle et comprendront et traiteront désormais la sainte Eucharistie comme extraordinaire et sublime.

Le dimanche 15 mars, le pape François est allé prier devant l’image du Salus Populo Romani à Santa Maria Maggiore et devant le Crucifix miraculeux qui se trouve dans l’église de San Marcelo al Corso. Pensez-vous qu’il soit important que les évêques et les cardinaux réalisent des actes de prière publique semblables pour que prenne fin l’épidémie du coronavirus ?

L’exemple du pape François peut encourager de nombreux évêques à accomplir des actes semblables de témoignage public de foi et de prière, et à donner des signes concrets de pénitence qui implorent Dieu de mettre fin à l’épidémie. On pourrait recommander que les évêques et les prêtres traversent régulièrement leurs villes et villages avec le Saint-Sacrement dans l’ostensoir, accompagnés d’un petit nombre de clercs ou de fidèles (un, deux ou trois), selon les réglementations gouvernementales. De telles processions avec le Seigneur Eucharistique transmettront aux fidèles et aux citoyens la consolation et la joie de ne pas être seuls au moment de la tribulation, de savoir que le Seigneur est vraiment avec eux, que l’Église est une mère qui n’a ni oublié ni abandonné ses enfants. Une chaîne mondiale d’ostensoirs portant le Seigneur eucharistique dans les rues de ce monde pourrait être lancée. De telles mini processions eucharistiques, même si elles ne sont réalisées que par un évêque ou un prêtre seul, imploreront des grâces de guérison physique et spirituelle, et de conversion.

Le coronavirus a fait son apparition en Chine peu de temps après le synode de l’Amazonie. Certains médias croient fermement qu’il s’agit d’une punition divine après les épisodes de la Pachamama au Vatican. D’autres croient qu’il s’agit d’un châtiment divin à la suite de l’accord entre le Vatican et la Chine. Pensez-vous que l’une ou l’autre de ces positions soit tenable ?

L’épidémie de coronavirus est sans aucun doute, à mon avis, une intervention divine pour châtier et purifier le monde pécheur et aussi l’Église. Nous ne devons pas oublier que Notre Seigneur Jésus-Christ considérait les catastrophes physiques comme des châtiments divins. Nous lisons, par exemple : « En ce même temps, il y avait là quelques hommes, qui lui annonçaient ce qui était arrivé aux Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Et prenant la parole, il leur dit : Pensez-vous que ces Galiléens fussent plus pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de telles choses ? Non, je vous le dis ; mais, si vous ne faites pénitence, vous périrez tous pareillement. Comme ces dix-huit personnes sur lesquelles est tombée la tour de Siloé, et qu’elle a tuées : pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis ; mais, si vous ne faites pénitence, vous périrez tous pareillement » (Luc 13, 1-5)

La vénération cultuelle de l’idole païenne de la Pachamama à l’intérieur du Vatican, avec l’approbation du Pape, était à coup sûr un grand péché d’infidélité au Premier Commandement du Décalogue, c’était une abomination. Toute tentative de minimiser cet acte de vénération ne peut résister au barrage des preuves évidentes et de la raison. Je pense que ces actes d’idolâtrie ont été le point culminant d’une série d’autres actes d’infidélité par rapport à la sauvegarde du dépôt divin de la Foi par de nombreux membres de haut rang de la hiérarchie de l’Église au cours des décennies passées. Je n’ai pas la certitude absolue que l’apparition du coronavirus est une rétribution divine pour les événements de la Pachamama au Vatican, mais envisager une telle possibilité ne serait pas tiré par les cheveux. Déjà au début de l’Église, le Christ a réprimandé les évêques (les « anges ») des églises de Pergame et de Thyatire en raison de leur connivence avec l’idolâtrie et l’adultère. La figure de « Jézabel », qui séduisait l’Église pour l’amener à l’idolâtrie et à l’adultère (voir Apocalypse 2, 20), pourrait également être comprise comme un symbole du monde d’aujourd’hui – avec lequel flirtent de nombreuses personnes ayant des responsabilités au sein de l’Église.

Les paroles suivantes du Christ restent valables pour notre époque également : « Voici, je vais la jeter sur un lit de douleur, et ceux qui commettent l’adultère avec elle seront dans une très grande tribulation, s’ils ne font pénitence de leurs œuvres. Je frapperai de mort ses enfants, et toutes les Eglises sauront que je suis celui qui sonde les reins et les cœurs, et je rendrai à chacun de vous selon ses œuvres » (Apocalypse 2, 22-23). Le Christ a menacé de châtiment, et Il a appelé les églises à la pénitence : « Mais j’ai quelque peu de chose contre toi : c’est que tu as là des hommes qui tiennent à l’enseignement… pour les faire manger la nourriture sacrifiée aux idoles et les faire tomber dans la fornication… Fais pareillement pénitence ; sinon je viendrai bientôt à toi, et je combattrai contre eux avec l’épée de ma bouche. » Je suis convaincu que le Christ répéterait les mêmes paroles au pape François et aux autres évêques qui ont permis la vénération idolâtre de la Pachamama et qui ont implicitement approuvé les relations sexuelles en dehors d’un mariage valide, en permettant aux personnes dites « divorcées et remariées » qui sont sexuellement actives de recevoir la sainte communion.

Vous avez cité les Évangiles et le Livre de l’Apocalypse. La façon dont Dieu a traité son peuple élu dans l’Ancien Testament nous permet-elle de mieux comprendre la situation actuelle ?

L’épidémie de coronavirus a provoqué une situation au sein de l’Église qui, à ma connaissance, est unique, c’est-à-dire une interdiction quasi mondiale de toutes les messes publiques. Cette situation est en partie analogue à l’interdiction du culte chrétien dans la quasi totalité de l’Empire romain au cours des trois premiers siècles. La situation actuelle est cependant sans précédent, car dans notre cas, l’interdiction du culte public a été prononcée par des évêques catholiques, devançant même les ordres gouvernementaux correspondants.

D’une certaine manière, la situation actuelle peut également être comparée à la cessation du culte sacrificiel du Temple de Jérusalem pendant la captivité babylonienne du peuple élu de Dieu. Dans la Bible, le châtiment divin était considéré comme une grâce, par exemple : « Heureux l’homme qui est châtié par Dieu. Ne rejette donc pas la correction du Seigneur. Car c’est lui qui blesse et qui donne le remède ; il frappe, et ses mains guérissent » (Job 5, 17-18), et : « Ceux que j’aime, je les reprends et les châtie ; aie donc du zèle, et fais pénitence. » (Ap. 3, 19). La seule réaction adéquate face à la tribulation, aux catastrophes, aux épidémies et autres situations similaires – qui sont autant d’instruments entre les mains de la Providence divine pour réveiller les gens du sommeil du péché et de l’indifférence envers les commandements de Dieu et la vie éternelle – est la pénitence et la conversion sincère à Dieu. Dans la prière suivante, le prophète Daniel donne aux fidèles de tous les temps un exemple du juste état esprit qu’ils doivent avoir, et de la façon dont ils doivent se comporter et prier en temps de tribulation : « Tout Israël a transgressé votre loi et s’est détourné pour ne pas entendre votre voix… Abaissez, mon Dieu, votre oreille et écoutez ; ouvrez vos yeux, et voyez notre désolation et cette ville sur laquelle votre nom a été invoqué ; car ce n’est pas à cause de notre justice que nous vous présentons humblement nos prières, mais à cause de vos abondantes miséricordes. Exaucez-nous, Seigneur ; apaisez-vous, Seigneur ; soyez attentif et agissez ; ne tardez pas, mon Dieu, pour vous-même, parce que votre nom a été invoqué sur cette ville et sur votre peuple » (Dan 9, 11,18-19).

Saint Robert Bellarmin a écrit : « Signes sûrs concernant la venue de l’Antéchrist… la plus grande et la dernière persécution ; et le sacrifice public (de la Messe) cessera complètement » (La prophétie de Daniel, pages 37-38).

Pensez-vous que ce qu’il évoque là est ce à quoi nous assistons actuellement ? Est-ce le début du grand châtiment prophétisé dans le livre de l’Apocalypse ?

La situation actuelle offre suffisamment de motifs raisonnables pour penser que nous sommes au début d’un temps apocalyptique, qui comprend des châtiments divins. Notre Seigneur s’est référé à la prophétie de Daniel : « Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne » (Mt 24,15). Le livre de l’Apocalypse dit que l’Église devra pendant un certain temps fuir dans le désert (voir Ap 12, 14). L’arrêt presque total du Sacrifice public de la Messe pourrait être interprété comme une fuite dans un désert spirituel. Ce qui est regrettable dans notre situation est le fait que de nombreux membres de la hiérarchie de l’Église ne voient pas la situation actuelle comme une tribulation, comme un châtiment divin, c’est-à-dire comme une « visitation divine » au sens biblique. Ces paroles du Seigneur s’appliquent également à de nombreux membres du clergé au milieu de l’épidémie physique et spirituelle actuelle : « Tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée » (Luc 19, 44). La situation actuelle de cette « épreuve du feu » (cf 1 Pierre 4:12) doit être prise au sérieux par le pape et les évêques afin de conduire à une profonde conversion de l’Eglise entière. Si cela ne se produit pas, alors le message de cette histoire de Søren Kierkegaard sera également applicable à notre situation actuelle : « Un incendie éclate dans les coulisses d’un cirque. Le clown apparaît et tente d’avertir le public. Chacun croit à une blague et rit. Il répète, on rigole encore plus fort. Ainsi la fin du monde se produira au milieu des vivats et chacun pensera : Quelle bonne blague ! »

Excellence, quel est le sens profond de tout cela ?

La situation de la cessation de la célébration publique de la messe et de la sainte communion sacramentelle est si unique et si grave que l’on peut découvrir derrière tout cela une signification plus profonde. Cet événement survient près de cinquante ans après l’introduction de la communion dans la main (en 1969) et une réforme radicale du rite de la Messe (en 1969/1970) avec ses éléments protestants (prière de l’Offertoire) et son style de célébration horizontal et axé sur l’instruction (moments de liberté, célébration en cercle fermé et vers le peuple). La pratique de la communion dans la main au cours des cinquante dernières années a conduit à des profanations involontaires et volontaires du Corps eucharistique du Christ à une échelle sans précédent. Pendant plus de cinquante ans, le Corps du Christ a été (la plupart du temps involontairement) piétiné par les pieds du clergé et des laïcs dans les églises catholiques du monde entier. Le vol des Hosties consacrées a également augmenté à un rythme alarmant. La pratique consistant à communier directement avec ses propres mains et doigts ressemble de plus en plus au geste par lequel on prend la nourriture ordinaire. Chez de nombreux catholiques, la pratique de recevoir la communion dans la main a affaibli la foi en la Présence réelle et en la transsubstantiation, la foi au caractère divin et sublime de la sainte Hostie. La présence eucharistique du Christ est devenue, au fil du temps, inconsciemment, pour ces fidèles une sorte de pain ou de symbole sacré. Maintenant, le Seigneur est intervenu et a privé presque tous les fidèles d’assister à la sainte messe et de recevoir sacramentellement la Sainte Communion.

Les innocents et les coupables endurent ensemble cette tribulation, puisque dans le mystère de l’Église, tous sont mutuellement unis en tant que membres : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Co 12, 26). La cessation actuelle de la sainte messe publique et de la sainte communion pourrait être comprise par le pape et les évêques comme une réprimande divine pour les cinquante dernières années de profanations et de banalisations de l’Eucharistie et, en même temps, comme un appel miséricordieux à une authentique conversion eucharistique de toute l’Église. Que l’Esprit Saint touche le cœur du Pape et des évêques et les pousse à édicter des normes liturgiques concrètes afin que le culte eucharistique de toute l’Église soit purifié et orienté à nouveau vers le Seigneur.

On pourrait suggérer que le Pape, avec les cardinaux et les évêques, réalise un acte public de réparation à Rome pour les péchés contre la sainte Eucharistie, et pour le péché des actes de vénération religieuse des statuettes de la Pachamama. Une fois la tribulation actuelle terminée, le pape devrait édicter des normes liturgiques concrètes, dans lesquelles il invitera toute l’Église à se tourner à nouveau vers le Seigneur dans la manière de célébrer, c’est-à-dire que célébrants et fidèles soient tournés dans la même direction pendant la prière eucharistique. Le Pape devrait également interdire la pratique de la communion dans la main, car l’Église ne peut pas continuer à traiter le Saint des Saints dans la petite Hostie consacrée de manière aussi minimaliste et l’exposant ainsi au danger.

La prière suivante d’Azariah dans la fournaise ardente, que chaque prêtre dit pendant le rite de l’Offertoire de la Messe, pourrait inspirer le Pape et les évêques à des actions concrètes de réparation et de restauration de la gloire du sacrifice eucharistique et du Corps eucharistique du Seigneur : « En esprit d’humilité et le cœur contrit, puissions-nous être accueillis par vous, Seigneur : et que notre sacrifice ait lieu aujourd’hui devant vous de telle manière qu’il vous soit agréable, Seigneur Dieu. Car ceux qui ont confiance en vous ne seront jamais confondus. Et maintenant, nous nous consacrons à vous de tout notre cœur, nous vous craignons, et nous cherchons votre visage. Ne nous couvrez pas de honte ; mais traitez-nous selon votre mansuétude et selon l’abondance de voire miséricorde. Délivrez-nous par un de vos prodiges, et donnez la gloire à votre nom, ô Seigneur ! » (Dn 3, 39-43, Septante).

Le texte original de l'entretien est ici, sur The Remnant.

© leblogdejeannesmits pour la traduction.

Réflexion de Don Pateau

publié le 31 mars 2020, 04:01 par Paroisse Blanzay

+ Fontgombault, le 21 mars 2020 

Chers Amis,

Flavius Josèphe, dans La Guerre des Juifs contre les Romains (Liv VI, c. XXXI), évoque longuement les signes annonciateurs de la dévastation du Temple par les armées de Titus, en l’an 70 de notre ère :

 À la fête dite de la Pentecôte, les prêtres qui, suivant leur coutume, étaient entrés la nuit dans le Temple intérieur pour le service du culte, dirent qu’ils avaient perçu une secousse et du bruit, et entendu ensuite ces mots comme proférés par plusieurs voix : « Nous partons d’ici. »

 Le 15 avril 2019, il y a presque un an, Notre-Dame de Paris était en feu. Aujourd’hui la nef de la cathédrale, comme celle de bien des églises du monde, est vide et silencieuse. Les routes, les places, sont désertes. Dieu nous aurait-il abandonnés ? En ces temps difficiles, je veux vous rejoindre pour vous manifester la proximité des moines et l’assurance de leur prière. 

 Beaucoup parmi vous vivent la privation imposée de la Messe et de l’Eucharistie comme une grande souffrance. L’occasion douloureuse vous est donnée de vous souvenir que l’Eucharistie est un don gratuit, non un dû. C’est aussi le moment d’un examen de conscience sur la façon dont nous nous préparons à recevoir ce sacrement, et sur la manière dont nous le recevons : les sacrements ne sont-ils pas trop souvent traités à la même enseigne que les biens de consommation ? Ce temps vous invite à une prière familiale et personnelle renouvelée et plus intense. Les diocèses développent heureusement des moyens pour y initier les fidèles. Heureusement aussi, les églises restent encore ouvertes, et le SaintSacrement y est parfois exposé. Notre prière doit vraiment s’intensifier en ces périodes de détresses corporelles et spirituelles. 

 Oculi mei semper ad Dominum : « Mes yeux toujours tournés vers le Seigneur », chantions-nous dimanche dernier à l’introït de la Messe. Ces mots résonnent comme une invitation pressante, alors que le fléau d’une épidémie particulièrement contagieuse dévaste la terre, sans que personne ne puisse dire aujourd’hui quelles en seront les conséquences. 

 Il y a déjà et il y aura encore des morts. Les médias en offrent le décompte quotidien, ajoutant le nombre des nouveaux cas diagnostiqués, et celui des gens dont l’état se révèle particulièrement grave. 

 Monseigneur Jérôme Beau, archevêque de Bourges, remarquait : « La situation sanitaire que notre monde traverse nous révèle beaucoup sur la fragilité humaine, et particulièrement de nos sociétés. Dans quelque temps, il sera nécessaire d’y réfléchir aussi théologiquement. Aujourd’hui, nous sommes d’abord invités à la prière, à la charité et à la prudence. »

 Contre la propagation de ce virus inconnu, des mesures de prudence ont été recommandées par les pouvoirs publics et spécifiées dans les diocèses par les évêques. Ces mesures dérangent nos habitudes. Il ne viendrait pourtant à l’idée de personne de supposer qu’elles ont été prises dans un autre but que de préserver la santé de la population et d’éviter autant que faire se peut une contagion massive, en particulier des personnes vulnérables que les services hospitaliers ne pourraient prendre en charge. Les respecter relève de la charité. N’oublions pas l’avertissement de saint Paul aux Romains : « Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent sont constituées par Dieu. Si bien que celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. Et les rebelles se feront eux-mêmes condamner. » (Rm, 13, 1-2) Tant que rien de contraire à la loi divine ne nous est commandé, il faut obéir. Mieux vaut obéir que de commenter sans fin, au risque de s’épuiser et d’épuiser les autres, les décisions prises par ceux qui sont responsables et qui cherchent de façon évidente le bien de tous. Les plus loquaces dans le genre de la critique sont souvent ceux qui ont le moins de responsabilités. C’est dans ce contexte que des restrictions d’accès à l’église abbatiale vous sont imposées.

 Cette crise sanitaire mondiale révèle aussi la petitesse de l’homme en face de la nature. Un virus, ce n’est pas très gros et pourtant… Le colosse fait d’or et d’argent qui asservit le monde tremble et révèle ses pieds d’argile. Les bourses s’effondrent. Les frontières se ferment. Aurions-nous oublié que notre planète si confortable poursuit une course fulgurante dans un univers hostile ? Que la nature est généreuse, mais qu’elle peut s’épuiser ? Que le petit homme qui naît a besoin d’être accueilli, aimé ? Que tout homme a besoin d’être aimé ?

 Confronté au fléau, l’homme moderne, si sûr de lui, apparaît impuissant. Acheter la mort d’un enfant, acheter le silence des hommes en face d’une enfance ou d’une humanité exploitées et avilies ne lui pose pas de problème ; mais ce petit virus, lui, nul ne peut l’acheter. Il ne se vend pas. Sans foi ni loi, il contamine, offrant au monde l’image de ce qui se passe de manière beaucoup plus discrète, silencieuse et depuis longtemps, dans le domaine moral. Évoquons à titre d’exemple la double et récente décision particulièrement révoltante de trois juges de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), rendue publique le 12 mars dernier, qui prive les sages-femmes en Europe de la garantie de leur droit à l’objection de conscience face à l’avortement. Comment imposer à ceux qui font profession de lutter pour la vie de poser des gestes de morts, et leur refuser une légitime liberté de conscience en face d’un acte qui demeure objectivement un crime ? Notre monde est devenu fou, incohérent.

 Que faire ? L’angoisse devant ce monde, devant cette épidémie serait-elle la seule réponse ? Ou plutôt, ne serions-nous pas invités à regarder ailleurs ?

 Peut-on en effet imaginer que l’homme ait pu subsister tant d’années dans un univers potentiellement hostile si un Autre ne l’avait depuis toujours aimé et protégé ? L’homme, qui semble découvrir à ses dépens qu’il n’a pas tout pouvoir, fera-t-il le pas d’accepter sa condition de créature ? Est-il plus exaltant de se considérer comme le fruit du hasard, ou de se reconnaître modelé par un Dieu qui accomplit toute chose par amour ? Si je sais que toute chose a pour Maître et Seigneur le Dieu qui m’a créé, alors l’univers, les pays voisins, le frère ou l’ami d’hier peuvent bien devenir hostiles : en Lui se trouve ma confiance et mon salut. La terreur ou l’anxiété ne sont plus la seule réponse à la souffrance. La consolation de la présence de Dieu, seule, la rend supportable. Alors, au cœur de l’épreuve, la lumière paraît. La vie de l’homme retrouve un sens. Le monde n’est plus cet univers liquide et gluant où tout homme, comme en apesanteur et sans repères, lutte contre un inéluctable destin : retourner au néant. Non, la vie de l’homme a un sens. Elle est grande. Elle est belle.

 L’épreuve que nous vivons aujourd’hui, si elle rappelle la faiblesse de l’homme, invite aussi à méditer la grandeur, la miséricorde et la bonté de Dieu. Elle nous invite à l’adoration. Si nos yeux se tournent vers le Seigneur, il ne faut pas douter que Dieu, lui aussi, nous regarde toujours. Comme l’affirme saint Paul : « Cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous… Conduisez-vous comme des enfants de lumière. » (Eph 5,1-2.8)

 Que doivent faire des enfants de lumière en ces temps si sombres ? Plusieurs fois par jour, le moine redit avec le psalmiste : « Notre secours est dans le Nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. » (Ps 123, 8) Invoquons ce nom par la prière, pour l’éloignement de ce fléau, pour le personnel soignant particulièrement sollicité, pour les malades et leurs familles, pour les gouvernants qui ont à gérer cette situation difficile dans un pays en état de profonde crise économique, éthique et, osons le dire, spirituelle. Si la crise que nous vivons nous conduit à implorer le secours de Dieu, elle nous invite aussi à y associer le monde, à l’inviter à adresser, au mépris de tout respect humain, une prière à Dieu.

 Les moines portent dans leur prière tous ceux qui sont touchés par les cataclysmes que nous vivons, les familles dont la vie est bouleversée, les entreprises, les salariés fragilisés, tous nos amis.

 En ces temps, la tentation peut se faire plus grande de se replier sur soi-même et d’oublier les autres. Ce repli doit être combattu par une charité inventive. En cela, l’épreuve que nous vivons devra porter du fruit. L’homme de notre temps a besoin de s’ouvrir à l’autre, de respecter sa propre humanité, de respecter la nature, et cela commence au sein même des familles souvent si disloquées. Regardez comment tant de soignants payent de leur personne, mettent en danger leur vie au service de la vie des autres. Quel beau témoignage !

 Le confinement imposé est aussi l’occasion de redécouvrir le cœur du foyer, ce lieu si sacré de la vie de famille et en famille. Devant le mal, les hommes redécouvrent ce lieu où ils ont été conçus, où ils ont grandi, où ils ont appris à vivre ensemble sous le regard de Dieu ; ce creuset de l’amour familial si malmené se révèle un refuge béni. Puissiez-vous prendre en ces jours le temps du silence, le temps de vivre la vraie vie.

 Pour nous moines, la charité passe par l’offrande de notre prière. Unissez-vous spirituellement à nous chaque mardi, lors des Messes pro tempore mortalitatis, « pour les temps d’épidémie », que célèbrent les prêtres de l’abbaye en réponse à la demande de notre évêque.

 Unissez-vous aussi à la neuvaine à Notre-Dame de Lourdes, et au geste proposé par les évêques de France, qui invitent à déposer, le mercredi 25 mars prochain, fête de l’Annonciation, une bougie sur le rebord de la fenêtre, au moment où sonneront les cloches des églises. Ce signe, expliquent-ils, « sera une marque de communion de pensée et de prière avec les défunts, les malades et leurs proches, avec tous les soignants et tous ceux qui rendent possible la vie de notre pays. Ce sera aussi l’expression de notre désir que la sortie de l’épidémie nous trouve plus déterminés aux changements de mode de vie que nous savons nécessaires depuis des années. »

 Notre-Dame est notre Mère, tout particulièrement en ces temps difficiles. Nous nous adressons à elle chaque jour après None, en chantant la séquence dont le texte est joint à ce message.

 Soyez assurés, chers amis, de la prière des moines pour vous, pour les soignants, pour ceux qui assurent le service de la charité auprès des personnes faibles, malades ou âgées, et pour le monde entier in hac lacrimarum valle, dans cette vallée de larmes. Une vallée qui peut devenir aussi le lieu d’une renaissance, comme nous l’espérons, comme nous le confessons, et comme nous voulons y travailler. Saint Chemin vers Pâques.


+ fr Jean Pateau abbé.

Des prêtres diocésains disent parfois la messe en direction de l’est.

publié le 9 mars 2020, 17:33 par Pierre Roland-Gosselin

 Ils nous expliquent les raisons de ce choix.


Dans sa paroisse de la Vienne, le Père Allain Nauleau célèbre la messe Paul VI tourné vers l'orient.

Ils ne sont pas « tradis », n’ont pas adopté la forme extraordinaire du rite romain, mais célèbrent pourtant de temps à autre la messe ad orientem. Traduisez « tournés vers Dieu ». D’aucuns disent « dos au peuple » (voir encadré ci-dessous).

 

 « La prière vers l’orient est de tradition depuis l’origine du christianisme, elle exprime la spécificité de la synthèse chrétienne, qui intègre cosmos et Histoire, passé et monde à venir dans la célébration du mystère du Salut. »

• « Dans la prière vers l’orient, nous exprimons donc notre fidélité au don reçu dans l’Incarnation et l’élan de notre marche vers le second avènement. »

Joseph Ratzinger, Extraits de L’Esprit de la liturgie, Ad Solem, 2001.

 « Je célèbre habituellement la messe face au peuple, mais j’ai toujours considéré que c’était naturel de célébrer vers l’orient », indique l’abbé Vincent de Mello, aumônier du patronage du Bon Conseil à Paris. « Je le fais systématiquement pour certaines messes : celle de l’aurore, à Noël, celle de l’Ascension, pour signifier que nous sommes tournés vers le Christ monté en gloire et que notre vocation est d’aller au Ciel, et lorsque c’est la fête d’un saint représenté sur la mosaïque placée derrière l’autel de la chapelle. »

Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, déclare célébrer « assez régulièrement » la messe ad orientem dans les églises de son diocèse, selon l’emplacement de l’autel qui s’y trouve : « À travers cette dispositionje signifie que le prêtre et la communauté sont dirigés dans la même direction qu’est le Christ. »

Tandis que, pour prier, les juifs et les musulmans se tournent vers un lieu spirituel (Jérusalem, La Mecque), les chrétiens ont pris l’habitude de se tourner vers l’orient, d’où, selon les Écritures, le Christ est venu sur Terre et d’où Il reviendra. « Comme l’éclair part de l’orient et brille jusqu’à l’occident, ainsi sera la venue du Fils de l’homme », nous dit saint Mathieu (24, 27).

Sur la base notamment d’une interprétation de la « participation active » des fidèles, souhaitée par Vatican II (Constitution sur la sainte liturgie Sacrosanctum Concilium, 1963), cette pratique de célébrer la messe vers l’orient a été très largement abandonnée dans l’Église catholique après le Concile. Abandonnée, mais pas abolie, nuance l’abbé de Mello. « Après le concile, l’Église n’a pas absolutisé une manière de faire. Célébrer face au peuple est une permission. Dans le missel rénové de 1969, les rubriques précisent qu’à certains moments le prêtre doit se tourner vers l’assemblée, ce qui signifie que la messe doit être célébrée dos au peuple. Ce sont les éditions françaises successives du missel romain qui ont supprimé ces mentions, mais je constate qu’elles ont été réintroduites dans l’édition du missel à paraître en novembre prochain. »

Une tradition très ancienne

Fondateur de la communauté Aïn Karem et auteur d’une Initiation à la liturgie romaine (Ad Solem), le Père Michel Gitton explique que la célébration ad orientem est très ancienne et que les premières églises étaient déjà orientées vers l’est. « Cela a été remis en cause dans les années 1930 par le Mouvement liturgique sur la base d’études sans doute incomplètes montrant que le prêtre était tourné vers le peuple dans les premiers temps de l’Église. Certains ont alors commencé à célébrer face au peuple. Le concile Vatican II n’a pas tranché cette question, mais cette nouvelle pratique s’est généralisée dans les années qui l’ont suivi, avant que l’on retrouve, notamment sous l’influence du cardinal Joseph Ratzinger, l’importance de la célébration versus dominum. »

Dans un ouvrage sorti en 2000, le futur pape Benoît XVI souligne notamment que « l’orientation versus populum (face au peuple) implique une conception nouvelle de l’essence de la liturgie : la célébration d’un repas en commun », ce qui procède, dit-il « d’une compréhension pour le moins approximative de ce que fut la sainte Cène ». 

Pour Mgr Rey, cette mise au point était nécessaire. « On a quelquefois sous-estimé la dimension sacrificielle de la messe. L’autel est certes le lieu de l’Incarnation (les quatre côtés symbolisent les points cardinaux) et du partage fraternel, mais il est aussi celui du sacrifice eucharistique, que manifeste la célébration ad orientem face au tabernacle, en direction duquel le prêtre et l’assemblée se tournent après la liturgie de la Parole. »

« Devant le mystère de Dieu, il faut rester humble, et la meilleure façon de l’être est de se tourner face au Seigneur. »  Père Allain Nauleau

Par la suite, en 2016le cardinal Robert Sarah, préfet pour la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a invité les prêtres à « retourner aussi vite que possible à une orientation [...] vers l’est ou du moins vers l’abside [...] dans toutes les parties du rite où l’on s’adresse au Seigneur ».

Pour les prêtres qui ont répondu à cet appel, il ne s’agit pas seulement de se tourner symboliquement vers l’est, mais aussi, en se mettant dans la même direction que les fidèles, de redonner à la messe sa dimension théocentrique. « Cela aide à mieux comprendre que ce que l’on célèbre nous dépasse », explique le Père Allain Nauleau, 65 ans, prêtre à Blanzay, dans le diocèse de Poitiers. « Devant le mystère de Dieu, il faut rester humble, et la meilleure façon de l’être est de se tourner face au Seigneur, comme le reste de l’assemblée, afin de ne pas en être le centre d’attention. »

 « La célébration orientée est moins cléricale »

C’est un « point majeur » pour le Père Christian Lancrey-Javal, curé de Notre Dame-de-Compassion (Paris) :
«
Autant durant la liturgie de la Parole, être face à l’assemblée s’impose, puisque le prêtre est dans une fonction d’enseignement, autant dans ce qui est le grand mystère de la consécration, l’exposition du ministre face à l’assemblée est gênante. Elle rend plus difficile notre présence au Christ au moment le plus intime et le plus sacré de la messe. En outre, cette trop forte exposition du prêtre renforce le cléricalisme. Je pense même qu’elle peut constituer chez certains un élément d’inquiétude, voire un obstacle à la vocation sacerdotale. La célébration orientée est moins cléricale, et la symbolique du pasteur situé en tête du troupeau pour emmener le peuple vers le Christ est magnifique. »

Qu’en pensent les fidèles qui assistent occasionnellement à ces messes ? Olivier, 33 ans, les trouve en effet « plus centrées sur Dieu ».
« 
Lorsque le prêtre est face à Dieu, il est comme un premier de cordée qui nous emmène vers le sommet. C’est plus vertical. Il s’efface devant le mystère qu’il célèbre, ce qui favorise notre acte d’adoration. Avec le face-à-face, la relation est plus horizontale et nous avons tendance à juger la messe en fonction du charisme du célébrant. »

« Lorsque le prêtre est face à Dieu, il est comme un premier de cordée qui nous emmène vers le sommet. C'est plus vertical. »  Olivier

« Quelque chose de précieux »

Constance, 29 ans, reconnaît avoir été plusieurs fois touchée par le visage du prêtre lors de la consécration, « des yeux levés, graves, qui canalisent et éduquent le regard à se tourner vers le Christ », décrit-elle.
Elle trouve cependant le face-à-face parfois perturbant, «
car le prêtre peut faire écran, et l’on doit se concentrer pour penser à l’essentiel 
».
Pour son mariage, elle a demandé au prêtre une messe ad orientem. «
Le chantre et les mariés attirent déjà le regard de l’assemblée, c’est le meilleur moyen pour mettre l’eucharistie au centre de la messe », justifie-t-elle.

D’autres fidèles, généralement les plus âgés, apprécient moins le retour de cette pratique. « J’ai dû renoncer à célébrer la messe ad orientem pour des raisons purement pastorales, se désole le Père Lancrey-Javal. J’ai senti que cela bouleversait certains de mes paroissiens, ceux qui ont déjà connu le changement de l’après-concile. Bien qu’ils ne soient pas progressistes, ils ne veulent pas être à nouveau bousculés. »

Lorsqu’il célèbre sa messe ad orientem, Mgr Rey prend toujours soin d’en expliquer le geste à l’assistance au préalable, pour ne pas créer de tensions ou d’incompréhensions. Il note toutefois que la jeune génération est réceptive à cette catéchèse mystagogique (qui initie aux mystères). « Elle est sensible à la ritualité et la sacralité dans un monde sécularisé. »

Pour l’abbé de Mello, il est important d’offrir ce patrimoine liturgique à tous les fidèles.
« 
En ne le faisant jamais, on les prive de quelque chose de précieux. »

Tournés vers Dieu ou dos au peuple ?

Les prêtres disant la messe ad orientem préfèrent dire qu’ils célèbrent « face à Dieu » que « dos au peuple », qui a une connotation plus péjorative. Notons toutefois que les deux expressions ne recouvrent pas toujours une même réalité. On peut célébrer vers l’orient sans être dos au peuple, comme c’est le cas à Saint-Pierre-de-Rome, dont l’abside, pour des raisons topographiques, fait face à l’ouest. Pour célébrer vers l’orient, le célébrant se retrouve donc face au peuple. De même qu’il peut arriver à certains prêtres de privilégier la célébration « dos au peuple » sans qu’elle coïncide avec une orientation vers l’est pour des raisons purement pratiques – autel latéral collé au mur et non orienté, ou volonté du prêtre d’éviter un tête-à-tête lorsqu’il célèbre la messe en présence d’un petit nombre de fidèles.

Élisabeth Caillemer

Famille Chrétienne n° 2195 du 8 février 2020

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