Extraits du livre " L'Eglise en procès":Avec le fascisme contre le communisme ?

publié le 6 sept. 2019 à 16:31 par Pierre Roland-Gosselin   [ mis à jour : 6 sept. 2019 à 16:37 ]
L'Eglise en procès

Avec le fascisme contre le communisme ?
Jean-Christophe Buisson
PAR FRÉDÉRIC LE MOAL

 



Le réquisitoire dressé contre l’Eglise à propos de ses relations avec les systèmes totalitaires est aussi sévère qu’incomplet, et pour tout dire injuste.

 

Sévère parce qu’il dénonce des relations coupables entretenues avec le fascisme et le nazisme et qu’il va jusqu’à mettre en avant une complicité massive avec Berlin dans l’accomplissement de la Shoah.

 

Incomplet car il met de côté la question des rapports avec le communisme, pourtant précurseur dans le totalitarisme et les crimes de masse. En effet, un silence assourdissant pèse encore sur cette page de l’histoire de l’Eglise alors que les compromissions les plus graves l’ont été avec le marxisme, ses partis affiliés à Moscou, ses organisations et ses militants (des prêtres ouvriers à la théologie de la libération).

 

Et enfin réquisitoire injuste car l’Eglise a très vite élaboré une doctrine claire et sans ambiguïté pour condamner autant ces idéologies que les régimes politiques qui en étaient issus, et a été victime de terribles persécutions.

 

Ces griefs sont d’autant plus ubuesques que les trois régimes totalitaires ont tous considéré l’Eglise et le catholicisme comme des ennemis mortels qu’ils ont cherché, par la manière douce ou forte, à réduire à néant.

 

[…] S’il fallut attendre 1917 pour voir l’installation du premier régime totalitaire sur le cadavre de la Russie tsariste, et 1925 pour lire, sous la plume de l’antifasciste Giovanni Amendola, le mot « totalitarisme » à propos du régime fasciste italien, l’Eglise catholique a très tôt perçu l’émergence de ces idéologies contraires à la liberté et même à la nature de l’être humain.

 

En effet, les trois systèmes totalitaires avaient en commun la volonté de prendre le contrôle total de l’individu et de le remodeler afin de faire émerger un homme nouveau, mission confiée à l’Etat et au parti unique dont les rôles respectifs variaient en fonction du régime.

 

Mais une chose était certaine : l’Eglise catholique faisait face à un Etat omnipotent, voire déifié, et voyait dans ce Léviathan un danger mortel pour elle.

 

Cette tyrannie d’un genre nouveau, appuyée sur des idéologies qui toutes nourrissaient une haine viscérale pour le christianisme, mettait en danger plusieurs aspects fondamentaux du catholicisme romain, tant sur le fond que sur la forme : conception de l’homme, de sa nature et de ses droits, liberté d’apostolat, nomination des évêques, autonomie des structures ecclésiastiques et de la presse catholique, conception du mariage, de la famille, de l’éducation et parfois même existence même du culte et de l’Eglise (en URSS uniquement).

A cela s’ajoutait la nature même de l’Eglise catholique, corps autonome obéissant à un monarque absolu vivant à Rome dans un Etat indépendant que les accords du Latran lui avaient rendu en 1929. La confrontation était donc inévitable avec ces idolâtries de la race, du sang, de la nation ou de la classe sociale.

 

Elle l’était d’autant plus que le magistère, échaudé par l’expérience de la Révolution française, analysa avec pertinence la dangerosité des idéologies du XXème siècle qui aspiraient, dans une pulsion utopique, à installer une sorte de paradis sur terre.

 

On en veut pour preuve les textes élaborés depuis le XIXème siècle et dont il serait difficile de faire une liste exhaustive.

Retenons les plus éclairants :

les encycliques         Qui pluribus de ­Pie IX­ (1846),

                                 Rerum novarum de Léon XIII (1891),

                                 Non abbiamo bisogno (1931),

                                 Divini Redemptoris et Mit brennender Sorge de Pie XI (1937) ;

 

les articles de la presse catholique, dont la Civiltà cattolica, revue des Jésuites et sorte de porte-parole officieux de la pensée des pontifes ;

 

tous les documents du Saint-Office analysant le nazisme comme l’expression d’un paga­nisme germanique dangereux et synthétisés dans la liste des thèses racistes condamnées par l’Eglise, catalogue opportunément rendu public en mai 1938, au moment du voyage de Hitler à Rome.

N’omettons pas non plus les rapports du nonce en Allemagne Eugenio Pacelli, futur Pie XII, écrits dans les années 1920 et dénonçant déjà le nazisme ; les fulminations des évêques allemands contre l’idéologie nationale-socialiste pour son exaltation de la race et de l’Etat, pour son antisémitisme et sa volonté de couper le christianisme de ses racines juives.

 

La lutte culmina avec l’interdiction aux fidèles d’appartenir au NSDAP émise en 1931 puis levée en mars 1933 dans la perspective des négociations pour le concordat ; ce qui n’empêcha pas la mise à l’Index par le Saint-Office, en 1934, du livre Le Mythe du XXème siècle, véritable brûlot antichrétien d’Alfred Rosenberg, l’idéologue du nazisme.
F. L. M.

 

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Extrait publié dans le Figaro Magasine du 23 août 2019

 


 

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