Extraits du livre " L'Eglise en procès" : Guerres de religion : à qui la faute ?

publié le 6 sept. 2019 à 16:29 par Pierre Roland-Gosselin
L'Eglise en procès


Guerres de religion : à qui la faute ?
Jean-Christophe Buisson
PAR OLIVIER CHALINE

 

Les tueurs, de quelque camp qu’ils fussent, des guerres françaises du second XVIème siècle faisaient une « guerre de Religion(s) » sans le savoir et pour cause : l’expression n’existait pas encore. Sa première occurrence daterait de 1596 et elle est exceptionnelle car on utilise d’autres mots : guerres civiles, révoltes, troubles… […] C’est surtout à partir des années 1660, une fois terminée la guerre de Trente Ans, que cela devient un thème de discussion dans les pays germaniques. Entre 1679, l’année de la crise de l’Exclusion (des catholiques des fonctions publiques, à commencer par le duc d’York, héritier du trône) en Angleterre, et 1714, celle de la fin de la guerre de Succession d’Espagne, la notion de « guerre de Religion » connaît une extension internationale.

 

Contre la puissance de Louis XIV qui semble menacer tous les Etats voisins, surtout dans les années 1680, les pamphlétaires aiguisent leur plume et expliquent à qui veut l’entendre qu’un tel type de guerre est le masque de la politique triomphante. La défaite in extremis des Turcs - alliés de la France - devant Vienne (1683), la révocation de l’édit de Nantes (1685) et le renversement des Stuarts catholiques (1688), alias la Glorieuse Révolution, puis la dévastation du Palatinat (1689) permettent à la « guerre de Religion » d’entrer dans le discours, pour n’en plus sortir.
L’expression désigne une guerre d’une âpreté et d’une cruauté sans égales, soit ce qui menace l’Europe si on laisse Louis XIV faire tout ce qu’il veut. Car elle vise à réunir catholiques et protestants contre le roi Très-Chrétien : le monarque français n’est-il pas le persécuteur des huguenots, le soutien d’une restauration Stuart catholique en Angleterre, l’adversaire du pape et le complice du Grand Turc ?
Il suffit ensuite d’adapter le portrait à charge selon l’auditoire que l’on veut toucher : le papiste dans toute son horreur pour les protestants, le manipulateur cynique de la religion asservie à la raison d’Etat pour les catholiques.

 

C’est à partir de ces argumentations polémiques que sont développées ultérieurement les attaques dirigées contre l’Eglise, plus largement aussi contre le christianisme toutes « confessions » confondues, et, dès le XVIIIème siècle, contre toute religion énonçant des dogmes - ceux-ci étant tenus pour une inéluctable source d’intolérance et de persécutions.
Selon les lieux et les époques, le réquisitoire est à géométrie variable, mais l’Eglise romaine est celle qui sera de toute manière visée, que le contradicteur soit protestant, déiste ou athée. Saint-Barthélemy oblige, son évidente intolérance est l’élément commun à toutes les argumentations déployées. Tout cela a pesé sur le travail des historiens et les tentatives d’explication des guerres de Religion.
Il est tentant d’imputer à l’Eglise la responsabilité des guerres de Religion(s) là où elle a refusé de céder la place. En somme, on lui reproche de ne pas s’être laissé réformer - ou détruire - sans résistance.

 

On comprend bien que des historiens protestants aient jadis pu soutenir cette argumentation. Mais, aujour­d’hui, celle-ci peut être recyclée hors de tout cadre « confessionnel » si l’on considère que les Réformes protestantes étaient dans le sens de l’Histoire et le concile de Trente beaucoup moins, voire pas du tout.
Les guerres de Religion sont alors une réaction brutale à la fin de l’unité de la foi et à l’avènement de l’individu. L’autre grande explication nous assure que tout cela est, en fait, très politique.
La religion est tantôt un détonateur provoquant la déflagration des passions, tantôt un prétexte couvrant des mani­pulations.
On dira donc que les princes réformateurs entendent développer leur pouvoir.
Les chefs de partis religieux, quels qu’ils soient, derrière leur volonté de défendre leurs confessions de foi et leurs Eglises respectives, poursuivent des objectifs très séculiers, etc.

Mais les différentes modalités de cette conception s’accordent à faire de la raison politique la seule issue de ces terribles conflits.

Dans un cas on reproche aux hommes du passé de ne pas penser comme leur historien si fier de ses certitudes.

Dans un autre, on risque à l’inverse de vouloir les conformer aux modes de pensée actuels et on sera bien en peine de séparer avec certitude le politique du religieux.

Celui-ci, pour la France du moins, a fait l’objet d’une prise en compte accrue depuis les deux dernières décennies du siècle dernier.

 

Aux études déjà nombreuses sur le vécu religieux réformé, s’en sont ajoutées d’autres sur celui des catholiques, mais en se focalisant le plus souvent sur les moments d’émotion et de violence collectives, de préférence à caractère eschatologique.

 

Mais d’autres aspects de la piété catholique, qui n’ont rien de négligeable, restent en fait sous-étudiés, alors même qu’ils expriment une réalité vécue au quotidien d’un attachement à la foi traditionnelle et parfois aussi d’une adhésion à ses renouvellements.

 

On s’est beaucoup demandé pourquoi des gens étaient devenus protestants et comment, mais fort peu pourquoi d’autres étaient restés catholiques et, parfois, avaient pris les armes dans ce but.
O. C.

 

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Le Figaro Magasine du 23 août 2019

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