Fontgombault : la stabilité pour trouver Dieu Dom Pateau

publié le 7 janv. 2020 à 11:43 par Pierre Roland-Gosselin

Fille de Solesmes, l’abbaye Notre-Dame de Fontgombault remonte au XIe siècle et, depuis sa renaissance en 1948, a déjà essaimé cinq fois.

Entretien avec Dom Jean Pateau, son Père Abbé.
Propos recueillis par Christophe Geffroy © LA NEF n°321 Janvier 2020

Dom Jean Pateau célébrant la messe à Fontgombault.
Dom Pateau célébrant la messe à Foncaubault

La Nef : Quelle est l’utilité d’un moine contemplatif dans une société aussi utilitariste et « connectée »
que la nôtre, si éloignée de la prière et de la vie spirituelle ?

 

TRP Dom Jean Pateau :

Saint Benoît fait prononcer à ses moines trois vœux :

stabilité,

conversion de ses mœurs

et obéissance.

Je crois que le message du moine au monde passe aujourd’hui plus particulièrement par le vœu de stabilité.
Conversion des mœurs et obéissance ne semblent plus guère audibles.

Le monastère, par ses bâtiments, évoque déjà cette stabilité.

La communauté, l’enseignement qui y est dispensé, s’inscrivent aussi dans cette perspective de durée, de tradition.

Se retirant d’un monde liquide, sans repères, les retraitants viennent chercher auprès des moines une stabilité propice
au contact avec Dieu.

Même non croyants, des touristes de passage ressentent ce contraste.

Dieu seul est source de la stabilité monastique.

Le moine donne l’exemple d’un être « connecté » avec le Ciel : « Est moine celui qui dirige son regard vers Dieu seul,
qui s’élance en désir vers Dieu seul, qui est attaché à Dieu seul, qui prend le parti de servir Dieu seul, et qui,
en possession de la paix avec Dieu, devient encore cause de paix pour les autres. 
» (Saint Théodore Studite)

 

Le contraste entre le « monde » et le cloître paraît plus grand qu’il ne l’a jamais été : dans ce contexte,
d’où viennent vos vocations, sont-ils des jeunes hommes déjà quelque peu préparés par leur vie antérieure
à cette ascèse ou sont-ils le simple reflet des jeunes d’aujourd’hui, vivant l’instant présent avec la peur
de tout engagement ?

 

Il faut reconnaître que nous recevons des vocations de tous les horizons. Selon les provenances, le chemin
sera plus ou moins difficile, plus ou moins long.

La peur de l’engagement est assez banale. Le drame est quand cette peur dure.

Saint Benoît donne comme critère de discernement : « si le novice cherche vraiment Dieu. »
Les mots ont leur poids : chercher, vraiment, Dieu.

 

Comment présenteriez-vous la vocation et la spiritualité bénédictines en quelques mots ?

 

Je dirais une vie familiale, sous l’autorité paternelle de l’Abbé et consacrée à la louange de Dieu dans la célébration

solennelle de l’office divin, l’Opus Dei (l’œuvre qui a Dieu pour auteur), dans la sanctification de la journée

à travers le travail manuel et la charité fraternelle. Le moine se sanctifie au contact du sacré, du beau qui vient de Dieu

et qui a aussi Dieu pour objet : beauté de la liturgie, beauté d’une famille où est mis en pratique par des êtres pécheurs

le double précepte divin de l’amour de Dieu et du prochain.

 


 

Depuis le motu proprio de 1988, votre abbaye a repris la « forme extraordinaire » du rite romain :

comment vous situez-vous sur cette question liturgique et jugez-vous qu’elle a évolué depuis cette date,

et notamment depuis l’autre motu proprio, celui de Benoît XVI en 2007 ?


L’abbaye bénéficie d’un régime un peu particulier. Nous usons pour la Messe conventuelle d’un rite proche du Missel de 65, intermédiaire entre le Missel de 62 et le Missel actuel. Par ailleurs, nous utilisons le nouveau calendrier pour le sanctoral.

Il est incontestable que le droit de cité du Missel de 62, appelé désormais forme extraordinaire, s’est affermi et pacifié

depuis 1988.

Considérant l’immense trésor de la liturgie, tant au plan des rites que du chant grégorien, il serait souhaitable que

l’Église en fasse davantage bénéficier ses fidèles.

Une liturgie qui atteint son but met en contact avec Dieu. Il n’est pas nécessaire que le fidèle comprenne tout.

Mais il est indispensable qu’il comprenne que ce à quoi il assiste est saint, et que cela le porte à la sainteté.

Je persiste à penser que l’influence mutuelle des deux missels, telle que proposée par le pape Benoît, serait

d’une grande fécondité pour l’Église.

L’enrichissement de l’Ordo Missæ actuel en offrant la possibilité d’user de la formule de l’offertoire selon

la forme extraordinaire, des gestes traditionnels d’adoration (signes de Croix, génuflexions) répondrait

aux attentes de bien des prêtres.

Pourquoi avoir peur de cela ?

Le retour du sacré réconciliera les fidèles avec la célébration de la Messe.

Voyez le succès des processions, des fêtes des saints locaux, qui reviennent au goût du jour.

Une belle liturgie attire les familles et les jeunes. C’est indéniable.

La liturgie est le lieu de la rencontre de la communauté avec celui qui est le Vrai par excellence,

le lieu où Dieu dit son Nom : « Je suis » (Ex 3,14). L’homme aime entendre et réentendre cette parole.

 

Nous sortons d’un synode sur l’Amazonie qui, après celui sur la famille et l’exhortation qui l’a suivi, a ébranlé

une partie des fidèles et semble diviser l’Église, surtout sur les questions de l’ordination d’hommes mariés

et des « ministères » féminins : comment vous-même, avec le recul du moine qui est hors du monde,

analysez-vous ces événements et que diriez-vous aux fidèles déstabilisés ?

 

Oui, même derrière les murs de la clôture monastique, la détresse, l’inquiétude, de tant de fidèles, de prêtres

nous parvient. Je suis meurtri de voir la confiance, parfois l’amour, de l’Église, du Saint-Père profondément atteints.

Lors de l’institution de l’Eucharistie, le Seigneur a dit : « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19).

Dans ses sacrements, l’Église n’invente pas, elle se souvient et rend présent.

Benoît XVI exprime cela dans un autre contexte : « Ni les artistes, ni les hommes ne découvrent par eux-mêmes

ce qui pourrait être digne de Dieu et beau. Dieu communique à Moïse ce qui convient jusque dans le détail.

La création artistique reproduit le modèle montré par Dieu lui-même. Elle suppose un regard sur l’archétype,

la transposition dans le monde sensible d’une contemplation. En ce sens, la création artistique dans

l’Ancien Testament est un « regarder avec Dieu », et est très différente de la créativité qui consiste aujourd’hui

à faire du nouveau[1] ».

Il me semble que le malaise des fidèles est l’expression du sensus fidelium face à ce qui ressemble davantage

à de la créativité qu’à un « regarder avec Dieu ».

Ce « regarder avec Dieu » est exigeant.

Il implique de faire siens, d’aimer et de respecter, les siècles de Tradition de l’Église.

Il ne s’agit pas simplement de faire du nouveau pour régler des problèmes pastoraux ou de se mettre à la remorque

d’une société décadente.

Que dire alors aux fidèles ?

Avoir confiance et prier.

Aimer l’Église et le Saint-Père toujours.

Se soutenir sans médire.

Les idéologies et les idéologues, même influents, passeront.

« Dieu pardonne toujours, l’homme quelquefois, la nature jamais. »

Je doute beaucoup que la solution des problèmes se trouve dans les bricolages mais plutôt dans un recentrage

sur l’intégralité du message du Christ annoncé et vécu.

 

Beaucoup pensent, derrière le pape lui-même, que l’un des problèmes actuels de l’Église tient au « cléricalisme »

hérité du passé tridentin de l’Église, et cela n’a pas été avancé seulement pour « expliquer » les « abus sexuels »

dans l’Église : qu’en pensez-vous et comment expliquer justement l’ampleur effrayante de ces affaires d’« abus sexuels » ?

 

J’avoue m’interroger souvent sur ce mot de « cléricalisme », du moins je souhaiterais qu’on soit plus clair sur ce qu’il recouvre et sur ce qu’il cache.

On me rapportait il y a peu le refus obstiné de laïcs chargés des obsèques qu’un prêtre ami célèbre une Messe d’enterrement, suivant la volonté expresse de la défunte, par ailleurs impliquée depuis longtemps dans sa paroisse, et de sa famille, au prétexte qu’il en avait été décidé ainsi. Voilà bien un cas de « cléricalisme » que je définirais volontiers comme un abus de pouvoir sur fond religieux ou de culte, même commis par des laïcs.

Face à la thèse de la Scriptura Sola (l’Écriture Seule) issue de la réforme protestante, le concile de Trente avait renforcé la structure hiérarchique et visible de l’Église, la recentrant autour du sacerdoce. Le concile Vatican II, en s’attachant à l’Église comme mystère de communion, offrait des éléments qui permettaient de préciser une vision trop unilatérale. Malheureusement, il est vite apparu que pour certains, il ne s’agissait pas seulement de cela. Les interventions contre la conception tridentine (mais n’est-ce pas celle de la Tradition ?) du sacerdoce fondé par le Christ, et reprises avec complaisance par certains médias, en témoignent.

J’aime beaucoup revenir aux paroles prononcées par Benoît XVI à la loggia de Saint-Pierre juste après son élection : « Après le grand pape Jean-Paul II, messieurs les cardinaux m’ont élu moi, un simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur. Le fait que le Seigneur sache travailler et agir également avec des instruments insuffisants me console. Nous allons de l’avant, le Seigneur nous aidera et Marie, Sa Très Sainte Mère, est de notre côté. Merci. »

Tout est dit. L’antidote contre le cléricalisme, qu’il soit attribué à la réforme tridentine, issu du dernier concile, ou encore fruit d’idéologies que l’on peut voir à l’œuvre dans des Églises locales ou dans l’Église universelle, parfois sous couvert de démarches synodales habilement manipulées, c’est l’humilité et le désir de travailler selon le Seigneur. Ce n’est pas céder à la tentation du bricolage idéologique en vue d’un sacerdoce plus efficace, mais accepter que le Seigneur a ses voies, et qu’il se plaît à utiliser des instruments à nos yeux insuffisants, des êtres peu nombreux, incarnés, faibles et pauvres, pécheurs.

Au sujet des « abus sexuels » dans l’Église et de leur ampleur, je suis assez étonné qu’on ne replace pas ceux-ci dans le contexte actuel d’un libéralisme quasi-total au plan de la sexualité. Ce qui touche à la reproduction et à la nourriture fait l’objet d’un instinct nécessaire à la pérennité de l’espèce humaine et à la vie.

Le péché, s’appuyant sur cet instinct, en a fait un lieu de quête du plaisir allant jusqu’à la destruction de l’autre, comme c’est le cas dans l’avortement (la société demeure en déni sur ce point) ou comme, on le découvre maintenant, au plan psychologique chez les enfants abusés et chez les femmes et certains hommes.

Le corps humain devient marchandise.

Ces « abus » cachés longtemps par une société idéologiquement permissive, pas seulement par l’Église mais aussi dans les institutions scolaires, sportives, et surtout dans les familles, apparaissent aujourd’hui au grand jour. François citait ainsi Benoît XVI dans l’introduction à sa deuxième encyclique Laudato si, en évoquant les blessures de l’environnement naturel et social causées par le comportement irresponsable de l’homme : « Toutes, au fond, sont dues au même mal, l’idée qu’il n’existe pas de vérités indiscutables qui guident nos vies, et donc que la liberté humaine n’a pas de limites. On oublie que “l’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature” » (n. 6).

L’idéologie rend l’intelligence captive de la volonté alors que dans un acte responsable, l’intelligence offre un cadre à la volonté : la vérité. Incapable de se remettre en question, de s’atteler à discerner la vérité sur l’homme et de s’y soumettre, la société, en face de situations manifestes d’échec qui se développent désormais à grande échelle et de plus en plus rapidement, cherche des boucs émissaires. L’Église est en tête de liste, car elle s’est toujours portée en défenseur de la moralité, de l’homme ayant reçu en don de Dieu un corps et une âme. La prendre en défaut, c’est poursuivre l’œuvre de destruction entreprise contre elle depuis bien longtemps, en ignorant que c’est probablement le dernier lieu où des paroles de vérité et de miséricorde sur l’homme, sur sa nature, sont encore prononcées.

Ceci étant dit, il ne s’agit pas de disculper des silences coupables, d’ignorance, de peur face aux conséquences prévisibles, face aussi à un monde sans pitié, mais simplement de les replacer dans leur contexte et surtout de susciter un examen de conscience vis-à-vis de la promotion médiatique et légale de tant de turpitudes depuis longtemps coutumières de notre humanité malade.


 

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Tout cela évoque une situation de crise dans l’Église, corroborée par les chiffres très faibles, en nos pays d’Europe occidentale, de pratique religieuse et de vocations : tout cela ne démontre-t-il pas une perte importante de la foi d’abord chez les chrétiens eux-mêmes, et comment a-t-on pu en arriver là si rapidement ?

 

Nous touchons là une question cruciale, taboue : pourquoi tant de communautés chrétiennes, tant de familles chrétiennes ne donnent-elles plus à l’Église de vocations ? Pourquoi y a-t-il beaucoup moins de jeunes qui, à l’image du Christ et à sa suite, veulent tout donner ?

Depuis des décennies, l’Église a été humiliée par la société.

Elle est l’« opium du peuple », du petit peuple, selon la formule bien connue.

Je ne suis pas certain pourtant que cette humiliation soit la raison du déclin de la pratique religieuse et du nombre des vocations.

En écoutant les propos de chrétiens, de prêtres, d’évêques parfois, on en arrive à se demander qui professe la foi de l’Église dans son intégralité ? Ceux qui militent pour une évolution du sacerdoce, pour une désacralisation de la fonction du prêtre me semblent ne pas avoir compris ce qu’est le sacerdoce catholique.

Pour le comprendre, il faut avoir rencontré le Christ dans un prêtre, un religieux, une religieuse, totalement offerts.

L’esprit critique met en doute tout ce qui n’est pas évident aux sens, tout ce qui ne semble pas utile au quotidien. Et Dieu n’est pas évident. Les vocations sacerdotales ou religieuses ne le sont pas non plus. Comment un jeune pourrait-il engager sa vie dans de telles conditions sans le désir profond d’être un disciple totalement donné ?

 


 

Ces questions révèlent une situation inquiétante : y a-t-il, malgré cela, des raisons d’espérer des lendemains meilleurs, un renouveau de la foi et de l’Église ? Et avez-vous des exemples concrets ? Pensez-vous que la France ait un rôle particulier à jouer dans un tel renouveau ?

 

Après le Vendredi Saint vient le matin de Pâques, le disciple du Christ est un homme d’espérance parce que son espérance est fondée sur le Christ ressuscité. Des raisons d’espérer, oui, il y en a ; le tout est de porter le regard où il faut.

Quand je vais à quelques pas de l’abbaye auprès de la communauté des Petites Sœurs disciples de l’Agneau, où deux sœurs valides et huit sœurs trisomiques mènent une vie de prière et de travail, je me dis qu’il y a lieu d’espérer. L’Église demeure proche des faibles.

Je sais aussi l’offrande généreuse de tant d’évêques, de prêtres, de religieux et de religieuses, de fidèles. Dieu sait tout cela.

Je dis volontiers aux jeunes : « Oui, cela vaut la peine de cheminer à la suite du Christ en répondant à l’appel du sacerdoce ou de la vie religieuse. Si vous avez obtenu un meilleur sort que les apôtres, soyez heureux mais ne l’espérez pas ! Ce n’est pas le programme habituel. Votre Maître a été fécond par la Croix. »

On peut épiloguer longtemps et en vain sur la situation de l’Église dans le monde, sur ce qui se passe à Rome, et oublier que l’urgence, c’est que tous nous soyons d’authentiques porteurs du Christ.

Le monde abonde de médias qui déversent mensonges, haines et tristesses, qui œuvrent à la dégradation de la société, qui attisent la zizanie entre les hommes.

Le monde manque de médiateurs entre les hommes, entre Dieu et l’homme.

Il manque d’hommes et de femmes de paix et de compassion, de miséricorde et de pardon. Il manque de prêtres, de religieux, de religieuses tout donnés à Dieu.

Il manque de chrétiens convaincus que le message du Christ dans sa vérité intégrale, non pas bricolé, édulcoré, est beau, fécond.

Le monde manque de témoins.

Venus des vastes étendues désertes, les cris de détresse des hommes de notre temps ne résonneront-ils pas dans le cœur de jeunes généreux ?

L’appel se fait pressant.

Je ne doute pas que la réponse viendra.

Quant au rôle de la France ?

On reproche souvent aux Français leur manque d’humilité. Le salut vient du Christ. Mais il est vrai que la « Fille aînée de l’Église » a le devoir de donner l’exemple.

Prions pour que le Saint-Esprit accorde toujours plus aux évêques le don de force et de science, afin qu’ils enseignent à temps et à contretemps.

Prions aussi pour que les prêtres et les fidèles accueillent l’enseignement authentique de l’Église. Qu’ils ne se laissent pas manipuler par les idées du temps ou par des médias « catholiques », derniers défenseurs d’idéologies dépassées et qui ont depuis longtemps démontré leur infécondité.

Je crois aussi que la France retrouvera son rôle dans la mesure où elle aimera Marie, la servante fidèle et aimante, dont le Seigneur a regardé l’humilité.

 


 

Vous avez publié en 2017 un livre sur Le salut des enfants morts sans baptême (Artège) qui tend à défendre l’idée d’un salut conféré par Dieu aux enfants morts sans baptême, rendant ainsi « obsolète » la théorie des limbes : pourriez-vous d’abord nous expliquer votre thèse en quelques mots puis nous dire comment elle a été reçue, notamment dans les milieux théologiques ? Une précision du Magistère sur cette question vous semble-t-elle imminente ?

 

Soulignons d’abord que la théorie des limbes n’a pas été reprise dans le Catéchisme de l’Église Catholique, mais que celui-ci enseigne au n°1261 : « Quant aux enfants morts sans Baptême, l’Église ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu, comme elle le fait dans le rite des funérailles pour eux. En effet, la grande miséricorde de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés (cf. 1Tm 2,4), et la tendresse de Jésus envers les enfants, qui lui a fait dire : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas » (Mc 10,14), nous permettent d’espérer qu’il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême. D’autant plus pressant est aussi l’appel de l’Église à ne pas empêcher les petits enfants de venir au Christ par le don du saint Baptême[2] ».

La question qui se pose est de savoir si on doit s’en tenir à une espérance de salut pour ces enfants, ou si l’interprétation de l’Écriture et notamment le texte de St Paul peut conduire à affirmer ce salut.

Ajoutons aussi le texte très fort d’Isaïe : « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Quand bien même les mères oublieraient, moi, je ne t’oublierai pas. » (49, 15)

L’Église demeure seule interprète authentique de l’Écriture et seule a le pouvoir d’y discerner une volonté positive de Dieu d’accorder le salut à ces enfants. Dieu n’est pas lié par l’usage des sacrements pour conférer la grâce du salut. Le livre s’applique à montrer la convenance, la cohérence d’une telle volonté. Une objection possible à une précision du Magistère est qu’il ne faut pas risquer de relativiser la nécessité du baptême. Il me semble pourtant que si l’Église affirmait le salut de ces enfants, il serait souhaitable d’intégrer cela dans un texte rappelant aussi l’obligation qu’ont les parents de faire baptiser leur enfant le plus tôt possible.

Ce n’est pas parce que Dieu interviendrait lorsque le sacrement n’a pas été conféré par omission des parents ou par impossibilité (fausse couche ou avortement), que l’homme devrait se dispenser d’accomplir son devoir.

Quel plus bel acte pour des parents, pour un prêtre que d’introduire par le sacrement l’enfant dans la communion de grâce qu’est le peuple de Dieu, l’Église !

Le livre a été bien reçu dans l’ensemble dans les milieux théologiques, certains regrettant qu’il se limite à la pensée de saint Thomas, ce qui n’est pas tout à fait juste. Je dois dire que c’est surtout de la part des femmes que j’ai reçu des témoignages émus.

La lecture de la dernière partie du livre plus accessible leur rendait une espérance, une joie. Quant à savoir si le Magistère envisage une précision, je l’ignore. Je crois que si elle pouvait être donnée, elle serait bienvenue dans le monde actuel.

Dans un monde qui méprise, exploite, et la nature et le charnel, ce serait l’occasion d’affirmer haut et fort que Dieu n’est pas avare de sa miséricorde, mais sauve ce qui a été mis au rebut par l’avortement, ou par les défaillances de la nature.



[1] Benoît XVI, L’esprit de la musique, Artège 2011, p. 69.

[2] Catéchisme de l’Église catholique, n° 1261, Centurion-Éditions du Cerf-Fleurus-Mame, Paris, 1998., p. 274.


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