Message de Père Marc de l'abbaye Sainte Marie de La Garde

publié le 8 oct. 2010 à 02:36 par Paroisse Blanzay   [ mis à jour : 26 nov. 2010 à 00:20 ]


INTRODUCTION

§ Remerciements
– Mr l'Abbé Nauleau et son chaleureux accueil,
– à vous tous pour l'amicale attention portée à la venue de quelques moines de Sainte-Marie de La Garde à Blanzay.

§ Thème que vous avez sollicité :
La vie monastique et la vocation à cette vie.

§ Annonce du plan :
[actualité cinématographique]
Si je me réfère aux actualités cinématographiques du moment, nous sommes en droit de conclure que cet après-midi, la paroisse de Blanzay est visitée certes par des moines, mais encore par « des hommes et des dieux » !
[en quel sens ?]
Peut-être êtes-vous étonnés par cette affrmation, peut-être y verrez vous une étrangeté, voire une orgueilleuse audace. Mon propos ce soir voudrait donc simplement et brièvement vous exposer la réalité de la vie monastique et de la vocation monastique en vous montrant en quel sens les moines sont « des hommes », en quel sens aussi ils sont « des dieux ».
………………………………………………………………………………………
I) LES MOINES SONT « DES HOMMES »
A) Pas des « héros »
Comme le Frère Christophe l'affrme dans un dialogue avec le Père de Chergé, les moines ne sont pas « des héros », et je dirais même qu'ils ne tiennent absolument pas à être des héros.
– § p.o.
comme chacun d'entre nous, le moine reste un homme touché, blessé par le péché originel : ma référence ici ne sera pas le flm, mais notre référence à nous, bénédictins, la Règle de Saint Benoît :
• moine et défauts
• moine et péchés, fautes
• moine et faiblesses, peurs, angoisses
– § besoin d'une conversion
> besoin d'une conversion, d'un retournement vers Dieu (1ère Épître aux Thessaloniciens : « on raconte... comment vous vous êtes tournés vers Dieu, abandonnant les idoles pour être asservis au Dieu vivant et véritable, et attendre des cieux son Fils, qu'il a relevé d'entre les morts, Jésus. » besoin d'une purifcation progressive (RB : « à mesure que l'on progresse dans la vie religieuse et dans la foi, le coeur se dilate, on court dans la voie des commandements de Dieu, rempli d'une douceur ineffable de dilection ».)
> besoin d'une sanctifcation miséricordieuse de Dieu Lui-même (RB : « ne jamais désespérer de la Miséricorde de Dieu » + « reconnaître que tout le bien qui est en eux vient de Dieu et non d'eux-mêmes ».)

B) Des hommes, des personnes qui, comme tout chrétien vivant dans le monde, auraient été capables de s'adonner à de belles et grandes choses dans le monde si Dieu ne se les était réservés pour Lui seul.
Oui,
– le moine aurait pu être cet époux et ce père de famille heureux, comblé de partager avec sa femme les valeurs authentiquement chrétiennes, et de les transmettre à ses nombreux enfants ;
– le moine aurait pu être éventuellement pourvu d'une haute qualifcation dans l'activité professionnelle, ou épanoui dans un beau métier manuel ou artistique de son choix ;
– le moine aurait pu être cet homme à qui l'argent aurait permis d'être généreux et de faire du bien dans le monde ;
– le moine aurait pu être cet homme de relations avec beaucoup d'autres personnes, il aurait même pu devenir un homme de succès ;
– en somme, le moine aurait pu être un chrétien heureux, car s'il est entré dans le secret du cloître et du silence, ce n'est pas par une sorte de
fuite des responsabilités ; ce n'est pas non plus une sorte de volontarisme inconsidéré qui pousserait le moine à fouler aux pieds les belles choses de la création telles que voulues par Dieu : le mariage, la famille, le travail, l'art ou l'amitié.
Alors ? Alors si, comme le suggère le titre du flm, les moines sont « des hommes », ils sont aussi « des dieux ».
………………………………………………………………………………………
II) LES MOINES SONT « DES DIEUX»
Afn de couper court au scandale, il nous faut nous expliquer, rendre compte de cette expression en apparence hardie. Je vous disais que les moines sont certes des hommes (appelés à la conversion du coeur et capables de belles choses et de belles réussites humaines), mais ils sont encore et avant tout des chrétiens.
A) Dans la droite ligne de la grâce du baptême chrétien
§ Un appel particulier, mais une grâce commune
Certes, la vocation monastique est le fruit d'un appel particulier et personnel ('Viens et suis-Moi' prononcé par Jésus à l'oreille du coeur), mais on doit sans cesse se dire que cet appel particulier s'inscrit dans la droite ligne de la grâce du baptême.
Celui donc qui quitte tout pour suivre Jésus-Christ à l'ombre du cloître, prend certes des moyens radicaux et exigeants, mais il les prend dans le dessein de vivre avec plus de liberté l'appel à la conversion, l'appel à l'Amour de Dieu, l'appel à la sainteté ; et, en
défnitive, l'appel inhérent à la grâce de son baptême.
§ La grâce du baptême telle que défnit par Saint Pierre
Or, chers amis, quelle est cette grâce de notre baptême telle que nous le décrit la Parole de Dieu et l'enseignement de l'Église ? Et par-là même, comment devons-nous définir le chrétien ?
C'est saint Pierre qui nous en donne la réponse dans sa seconde Épître, une réponse qui a été parmi les plus appréciée, commentée, aimée par les Pères de l'Église, les médiévaux et les grands spirituels.
Le chrétien se défnit : un homme qui, par l'effet de la puissance de Dieu et de sa glorieuse action, est gratifé d'une « participation de la nature divine » ; oui, le chrétien est rendu participant « de la nature divine », et à ce titre, il est divinisé par la grâce ; le chrétien est réellement,
véritablement, enfant de Dieu ; sous ce mode, il est « un dieu », parce qu'il a bénéfcié de l'engendrement baptismal.
§ Une aspiration de l'homme à travers l'histoire
> Depuis Adam et Ève, l'homme a toujours – plus ou moins volontairement, plus ou moins confusément – a toujours aspiré à ressembler à Dieu ;
> les Grecs s'efforçaient à cette assimilation par la philosophie, la gnose, les religions à mystère (qu'on relise « L'Illiade » et « L'Odissée » par exemple) ;
>>> mais seul le Christianisme – ou disons mieux, seul le Christ - procure la communion d'être et de vie avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit, parce que, par le Christ, Dieu communique réellement cette assimilation à Lui-même. Il ne s'agit donc pas d'image et de ressemblance plus ou moins lointaine, mais d'une participation par les fls « déifés »' de la nature de leur Père. Ainsi, nous touchons ici au mystère de la grâce, don du Christ, par laquelle le baptisé reçoit de façon radicale et inchoative une participation physique aux opérations divines de connaissance et d'amour, dont la « nature » est le principe. De par le Christ, de par la grâce du Christ, de par la grâce de notre baptême, tout chrétien devient capable de connaître et d'aimer selon Dieu, de connaître et d'aimer par, avec et dans le Christ. Et en Lui, « d'être des fls adoptifs », « d'être des enfants de Dieu », « d'être des dieux ». Comme l'écrit saint Athanase : « Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire
Dieu » ! et saint Thomas d'Aquin écrit : « Le Fils unique de Dieu, voulant que nous participions à sa divinité, assuma notre nature, afn que Lui, fait homme, ft les hommes dieux ». (cf. CEC 460) Ce qui est vrai pour tout chrétien, l'est à fortiori pour le moine.
B) Les moyens donnée au moine pour cette divinisation
La vie monastique à l'école de Saint Benoît donne au moine 4 grands et puissants moyens de grandir dans cette participation de la « nature divine ».
1) L'ADORATION
Terme sous lequel nous pourrions réunir l'essentiel de la vie du moine : le moine est un homme qui vit dans le silence et le recueillement, dans l'esprit de prière, afn de laisser éclore en son intime une vie d'adoration et d'amour de notre Dieu et Père.
La Liturgie elle-même, qui appelle la communauté à prier et chanter Dieu 7 fois le jour et une fois la nuit, fait tendre le coeur du moine à une union plus étroite à Dieu sans cesse présent à sa vie, à ce Dieu sans cesse désireux de s'unir par l'Amour avec lui.
2) LA CONNAISSANCE
Qui ne connaît ne peut aimer. Qui ne lit, qui ne savoure les réalités sur Dieu et son Mystère, ne peut méditer toutes ces choses dans son coeur et ne peut donc que peu ou proue vivre en conformité avec le bon plaisir de Dieu, en pleine harmonie avec les choses qui plaisent à Dieu.
C'est pourquoi saint Benoît fait en sorte que le moine lise, étudie, médite, prie ce qu'il a médité, tâche de faire de sa lecture l'aliment de sa prière, de son contact intime et personnel avec Dieu. En un mot, je dirai que le trésor de la foi du moine est de connaître le Christ Jésus. Connaître Jésus-Christ, pour connaître Dieu. Exploiter, inventorier le trésor du Christ par la connaissance et l'amour, voilà ce qui accompagne la prière du moine, et lui donne d'être un peu plus chaque jour « fls de Dieu », participant de sa nature. Pourquoi ? Parce que c'est la sagesse de l'Évangile qui, en un sens, entre par tous les pores de son être et de sa vie.
3) LE TRAVAIL
Le DVD évoquera nos travaux et nos métiers. Au-delà du descriptif de nos activités, je voudrais surtout dire – en prenant une image - que le moine au travail est un peu comme le prolongement des mains du Créateur. Saint Benoît fait travailler le moine, en lui demandant d'y mettre tout son intelligence, toute son application, tout son coeur, et en lui demandant de vivre ce travail toujours sous le regard de Dieu. Tout ce qu'il fait, tout ce
qu'il transforme, tout ce qu'il fabrique, est une participation concrète à l'oeuvre créatrice, mais aussi à l'oeuvre rédemptrice. Car, comme chacun sait, c'est à la sueur de notre front que nous travaillons sur cette terre : cette sueur du moine au labeur lui donne en définitive un moyen de s'unir aussi au Rédempteur, au Christ, un moyen d'unir sa peine au Christ tenant sa Croix pour le salut du monde. En vivant son travail uni au Christ, le moine travaille en serviteur caché mais réel et effcace de la rédemption du monde ; sa sueur lui donne de porter une parcelle de la Croix du Christ qui sauve l'humanité du péché et de la mort, pour lui donner la vraie Vie, la vie éternelle ! En ce sens encore, le travail fait des moines, des « dieux », des fils de Dieu.
4) LA FAMILLE
Le bénédictin est un moine qui vit en famille. Cette famille, on peut la décrire en deux mots : un père et des frères. Un père qui doit se faire frère parmi ses fils ; des fils qui apprennent à vivre le grand commandement de l'Amour : « on connaîtra que vous êtes mes disciples à l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » Cette famille est comme un corps, dont les membres se tiennent, se soutiennent, se portent, se supportent ; dont les membres s'aident à progresser dans la recherche de Dieu, dans la louange de Dieu, dans la charité fraternelle. Au dire de notre Père Saint Benoît, les moines qui vivent ainsi en communauté, sont « la plus forte espèce de moines ». Sans doute parce que, comme toute famille chrétienne, la communauté monastique peut trouver dans son unité, un encouragement sans cesse renaissant à poursuivre le but qui est le sien : vivre à Dieu, par le Christ ; et marcher ensemble vers la Grande Espérance du Royaume. Ce Royaume éternel qui nous verra réunis dans l'Amour, réunis pour chanter ensemble et à jamais les « Miséricordes du Seigneur ».
ADORATION/CONNAISSANCE/TRAVAIL/FAMILLE : voilà les piliers fondateurs d'une authentique vie monastique bénédictine.
C) Sens de la vie contemplative aujourd'hui ?
Une dernière question se pose. Quel sens peut avoir aujourd'hui la construction d'un monastère contemplatif ? Pourquoi favoriser et faire connaître une vie cachée derrière sa clôture ?
Faits d'histoire :
• Saint Benoît : Europe. Au-delà des murs > sagesse qui a fait croître et pousser en
profondeur les racines de l'Europe.
• Sainte Thérèse de l'E.J. : patronne des Missions, au même titre que St François-
Xavier. Dans sa clôture, morte à 24 ans. Message de Miséricorde et de la petite voie
d'enfance > s'est étendu au monde entier.
Mystère de l'Église et de son Coeur : les moines et les moniales contemplatifs ont cette grâce de vivre en ce Coeur qui vivife l'Église, et le monde.
> importance de faire connaître cette vie et cette vocation : de la responsabilité des parents, grands-parents, des familles, mais aussi des prêtres. Venir voir, venir faire une retraite, venir par l'intermédiaire du scoutisme, des camps de jeunes.
………………………………………………………………………………………
CONCLUSION
Que Sainte-Marie de la Garde soit pour beaucoup de jeunes, et beaucoup de nos contemporains, comme un doigt tendu vers le Ciel, qui nous rappelle les réalités du Ciel. Que Sainte-Marie de la Garde abrite en plénitude et selon toute la réalité que nous venons de voir ensemble, « des hommes et des dieux », c'est à dire des chrétiens assoiffés de sainteté et capables d'entraîner vers le Christ d'innombrables âmes.

Je vous remercie.