Prêtre, pour quoi faire ?

publié le 14 janv. 2021, 01:42 par Paroisse Blanzay
Un prêtre diocésain nous envoie ce texte :

Depuis quelques décennies, le ministère de prêtre ne donne pas envie à des jeunes de s’y engager. En effet, ceux ceux-ci voient certains prêtres parfois lassés de leur ministère, d’autres sont débordés par des activités qui ne sont pas forcément principales dans leur vocation, d’autres encore de véritables managers, plus intéressés par la gestion d’une paroisse que par le Salut des âmes… Autant dire que la vocation de prêtre n’a plus son sens, tant elle n’est plus celle du prêtre disponible, mais elle devient celle d’un gestionnaire qui règle des conflits entre ses paroissiens et accommode le sacré par peur de choquer…

Il y a peu, une enquête faite auprès des prêtres a fait état de chiffres alarmants quant à la dépression, la consommation d’alcool et d’anxiolytiques… mais pourquoi cela ? Cette question, beaucoup de personnes se la posent et ne comprennent pas, tout simplement parce que l’on ne regarde sûrement pas là où il faut. On regarde les branches de l’arbre, on constate qu’elles ne sont pas mirobolantes, mais avons-nous regardé les racines ? Non, pas vraiment, parce que cela pourrait remettre en question des pratiques ancrées depuis des décennies ! On préfère alors pérorer sur des futilités de la vie du prêtre : « Oui, mais le célibat du prêtre est un poids pour eux, marions-les ! » Ou encore : «il a trop de travail, faisons des choses à sa place ». Sur l’arbre, ces questions représentent le tronc. Mais le problème n’est pas là. Il est là où on sait que ça pourrait choquer ! Il est dans la relation avec les fidèles laïcs. Mais, là, il n’y a plus personne pour l’entendre tellement cela pourrait provoquer une guerre au sein même d’un clocher…

Il y a quelques années est sorti un livre s’intitulant « Monsieur le Curé fait sa crise« [1] on voit sur la couverture l’ombre d’un homme partant en courant… Dans ce livre, est racontée l’histoire d’un curé d’une paroisse lambda qui se retrouve à gérer des problèmes entre les personnes, celle de l’équipe fleurs par exemple. Il décide alors de partir au fond de son jardin et de s’y cacher. Et personne n’arrive à le retrouver ! On s’inquiète : « qu’allons-nous faire pour les messes du dimanche ? » Ce livre, par son humour, a fait sourire des catholiques pratiquants ; mais, derrière cet humour cinglant, on peut constater qu’en sous-main, l’auteur veut montrer que ce prêtre, intérieurement, est en crise…

Crise ? Vous avez dit crise ? Après tout, il l’a choisi non ? Eh bien non ! Lorsque nous choisissons d’être prêtres, ce n’est pas pour être un gestionnaire de paroisse (bien que certains séminaires formeraient plus des futurs curés que des prêtres…), ce n’est pas pour être un animateur de réunions, ni même pour être le brave type avec qui on est à tu et à toi parce qu’il est un frère chrétien comme tout le monde ! Le prêtre est, et restera l’homme du sacré ; celui qui, par l’imposition des mains et les dons de l’Esprit Saint, reçoit une grâce particulière et la mission d’aider chacun à vivre de son Baptême ! Cette grâce qu’il reçoit ne fait pas de lui un surhomme, mais tout simplement un « homme mis à part pour le service du Peuple de Dieu » (rituel de l’ordination). Cela change la donne alors ? A vrai dire, oui, et ce n’est pas être cléricaliste que de le dire ! Un prêtre est un homme à part, il ne choisit pas le célibat, il sait tout simplement que pour vivre pleinement son ministère, il ne peut pas avoir une vie matrimoniale. S’il veut exercer réellement son ministère, ce n’est pas en étant présent à des réunions (nécessaires oui, mais parfois stériles) pour parler du fait que l’on doive mettre des fleurs violettes au temps du carême, qu’il faut voir comment on peut faire lire une lettre pastorale aux équipes d’animations locales (bien que ce soit important que les fidèles puissent le lire d’eux-mêmes) … STOP ! La place d’un prêtre est sur le terrain ! Auprès de ses brebis, pas assis confortablement sur une chaise à régler des histoires sans intérêt ! Sa place est dans le face à face avec la réalité de sa paroisse !

Le Pape François exhortait il y a quelques années les prêtres à « sentir l’odeur de leur brebis…  » c’est à dire à être au milieu de son troupeau. Avez-vous vu un éleveur de moutons passer sa journée dans son bureau à gérer les affaires économiques de son exploitation ? La première chose qu’il fait en se levant, c’est de nourrir ses bêtes, nettoyer les litières, soigner les bêtes malades, évacuer celle qui n’a pas survécu… sa journée, dans le principe, est comme cela ! Bien sûr, il va gérer des affaires administratives courantes, mais ce ne sera pas sa priorité.

Un prêtre doit donc être comme un éleveur : sa première pensée doit être de prier pour que sa mission continue, qu’elle soit bénéfique ! Ensuite, il doit nourrir ses paroissiens, notamment par les sacrements mais aussi des enseignements ; il doit visiter ceux qui sont malades ou en difficulté, mais aussi ceux qui vont bien ! Enfin, il doit accompagner ceux qui rejoignent la maison du Père… c’est à cela qu’est appelé un prêtre ! En collaboration avec son évêque, il porte la charge de l’Évangélisation en étant présent dans le monde pour l’élever vers Dieu, lui donner le goût de Dieu ! S’il n’est pas un gestionnaire, être prêtre n’est alors plus un métier, mais bien une vocation très particulière.

Revenons donc à cette enquête faisant état de la vie des prêtres… oui, beaucoup de prêtres vont mal, mais tout simplement parce qu’ils sont loin de l’essentiel de leur vocation. La place a été prise et ne peut pas être rendue ! Certains laïcs, au nom de la répartition des tâches, ont volé la place du ministre ordonné. Bien sûr, cela a été fait de bonne foi dans la plupart des cas. Mais pourquoi chacun ne resterait-il pas à sa place ? A-t-on peur de hiérarchiser ? Car il ne s’agit pas ici de hiérarchie, mais bien de la grâce particulière reçue dans les sacrements ! Un homme marié reçoit une grâce et la mission de mener avant tout sa vie d’époux et de père chrétien. Un prêtre reçoit la grâce d’être dispensateur des sacrements et le berger du troupeau qui lui est confié par son évêque.

Durant ma première année de sacerdoce, deux jeunes prêtres se sont suicidés… l’un d’entre eux était au séminaire avec moi. Un fort caractère, mais un homme qui a été appelé par le Seigneur pour le servir. Il a sûrement fait face à une minorité de personnes qui l’ont poussé à bout, l’ont accusé de maux dont il était innocent. Tout cela pour quoi ? Parce qu’il était jeune, qu’il était prêtre, et qu’il comptait bien prendre sa place de berger du troupeau ! Une vie détruite pour rien, tout ça parce que depuis quelques décennies, les prêtres étaient devenus des animateurs plus que des pasteurs ! Gouverner, Enseigner et Sanctifier est devenu la mission de tout chrétien. Et l’on se trompe à ce sujet : chacun trouve sa place dans l’Eglise, mais laissons sa place à celui qui est le pasteur…

Recueillons-nous donc ! Notre Eglise traverse une crise sans précédent, redonnons sa place à chacun dans le corps du Christ (le pied ne prendra jamais la place de la main, ni l’oreille celle du nez). Retrouvons l’Espérance perdue et restons des veilleurs, le Christ sera le grand vainqueur au bout du chemin !

[1] Monsieur le Curé fait sa crise, Jean Mercier, Qasar 2016

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